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La transcription complète de la vidéo, ouverte sur le tour de parole qui contient l'extrait : faites-la défiler pour lire tout ce qui précède et tout ce qui suit. Le tour cible est encadré.
Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue dans C'est dans l'air avec ce soir une émission un peu spéciale, consacrée à une révolution, l'intelligence artificielle.
Cosa cambierà concretamente nelle nostre vite?
Alors voilà une petite démonstration de ce que peut faire l'IA. Non, je ne parle pas couramment chinois, russe et italien. Mais demain, est-ce que j'aurais besoin en fait d'apprendre ces langues ? On va en parler ce soir avec nos experts, nos invités. Il y a une révolution qui nous veut du bien. C'est la question que nous posons ce soir. Avec nous pour en parler Jacques Attali qui est resté à mes côtés. Vous êtes écrivain, je rappelle votre livre, Histoire et avenir des villes, publié chez Flammarion. Philippe de Sertine, vous êtes professeur à l'université IAE Paris-Panthéon-Sorbonne. Votre livre, Le Grand Basculement. et publié chez Robert Laffont. Avec nous ce soir, Isabelle Rille. Vous êtes vice-présidente IA à l'université Paris Sciences et Lettres. Vous y dirigez Prairie PSAI, programme de formation et de recherche en IA. Nicolas DeBelfont est avec nous. Vous êtes directeur associé chargé de l'intelligence artificielle au cabinet Boston Consulting Group. Merci à tous les quatre d'être à mes côtés. Et puis ce soir, pour répondre à vos questions, UNIA, l'avatar d'un expert, on l'a appelé IAN, il répondra à vos questions. Vous avez posé sur les réseaux.
Bonjour, je suis une intelligence artificielle et ce soir je répondrai à toutes vos questions.
on va le challenger un peu l'IA ce soir. Regardez C1 pour commencer. On voit bien que l'ensemble de la presse accompagne ce sommet international sur l'IA. On a l'impression qu'on se travaille tous collectivement sur la portée du changement. Peut-être avec vous, vous travaillez sur l'IA depuis longtemps ?
Oui, effectivement, l'IA ce n'est pas nouveau. C'est des techniques mathématiques qui existent depuis les années 50. Ça s'est vraiment déployé. dans les grandes entreprises depuis une vingtaine d'années, mais il y a eu une vraie révolution avec l'arrivée de ChatGPT en novembre 2022, et un avant et un après pour le grand public et pour le monde des entreprises.
Jacques Attali
C'est un recontinuum, c 'est la manipulation de l'information qui s'accélère, il n'y a rien de nouveau. ChatGPT c'est la même chose, c'est simplement ce qu'on faisait sur les machines industrielles, c'est-à-dire faire de la maintenance prédictive avec de la corrélation. Sans causalité mais avec de la corrélation. On le fait sur le langage. Et ça fait longtemps qu'on sait le faire. On prend le langage et on voit quel mot peut probablement venir après l'autre. Et c'est ça que ça donne. Alors plus on a de capacité de calcul, plus on a d'énergie à dépenser, plus ça permet de faire quelque chose de spectaculaire. Mais c'était déjà connu depuis très longtemps. Ça fait au moins 20 ans que ceci est sur la table.
– Isabelle Rille, le fait que les Français, en l'occurrence ce soir on va en parler aussi, s'approprient l'intelligence artificielle, vous travaillez les uns et les autres depuis longtemps sur le sujet, vous nous dites au fond c'est un continuum, c'est une continuité dans l'histoire de la technologie, aujourd'hui on parle de révolution, on a raison ou on a tort ?
y a une révolution dans l'accélération, dans la prise de conscience. Il y a quand même eu quelques avancées techniques importantes. Il y a 2012, le deep learning, c'est-à-dire ces fameux réseaux de neurones où on a beaucoup de couches de neurones qui essayent un peu, si on l'explique sommairement, de reproduire les couches de neurones du cerveau. 2017, une technique introduite qui s'appelle les transformers qui permet de regarder des données de manière plus large et qui permet un bon technologique. Et il y a quand même quelque chose de très particulier, c'est à la sortie de ChatGPT, Il y a effectivement le gros modèle de langue qui est une technologie de continuum, mais il y a une interface qui permet à n'importe qui, vous, moi, votre grand-mère, de jouer directement avec. Et donc là, il y a un effet wow planétaire où tout le monde d'un seul coup se dit c'est là. Alors qu'en fait, c'était déjà là avant.
Tout le monde, y compris le président. Regardez.
Je fais cette petite vidéo pour essayer de vous remonter le moral. C'est quand même une dinglie, tu vois. Prends ensuite tous les cheveux qui restent sur le côté droit. La techno a une culture à part entière. On est attachés à la bagnole. On aime la bagnole. Et moi, je l'adore. N'hésite pas à t'abonner pour plus de vidéos. Bisous mes petits loups. joué. C'est assez bien fait, ça m'a plutôt fait rire. Mais plus sérieusement, avec l'intelligence artificielle, on peut faire de très grandes choses. Changer la santé, l'énergie, la vie dans notre société. Et donc la France et l'Europe doivent être au cœur de cette révolution pour saisir toutes leurs chances et pour pousser aussi les principes qui sont les nôtres, ce en quoi nous croyons.
nous allons parler ce soir de la santé, de l'emploi, du shop que ça peut représenter dans l'industrie. Juste un mot sur... On joue pour l'instant avec l'IA, comme l'a fait le chef de l'État, comme je l'ai fait en débutant cette interview. On teste les uns et les autres les capacités.
Je crois qu'on est même quand même déjà au-delà. C'est-à-dire qu'on est... Moi, je ne partage pas complètement l'idée qu'on y était déjà depuis longtemps, que tout ça... Non, non, il y a eu des ruptures très très fortes et tout le milieu scientifique autour de l'IA a même été presque affolé par la vitesse avec laquelle les choses ont changé et avec laquelle, évidemment, on peut commencer à les utiliser. Et là, quand on voit bien sûr les images, on sait qu'on a d'autres images parfois qui peuvent être avec des impacts politiques très lourds, qui peuvent être des images construites. On sait qu'on peut avoir un certain nombre. Et ça, ça a été une des grandes... le fait que l'image commence à être construite. On disait tout à l'heure, le grand changement de Tchert GDP, qui d'ailleurs à l'époque a quand même, 2022, c'est-à-dire ça fait très longtemps, ça fait deux ans et demi, la communauté des gens les plus brillants, il faut rappeler que cette année le prix Nobel de physique a été accordé à quelqu'un qui était un des grands spécialistes de l'IA, c'est la première fois qu'on a quelqu'un qui devient considéré comme le chercheur le meilleur de l'année, pourrait-on dire. Là, on est effectivement dans quelque chose où maintenant l'IA produit, c'est-à-dire elle produit la data. Elle produit de la donnée elle-même. Et là, c'est la raison pour laquelle tout le monde a eu cette inquiétude. Et d'ailleurs, l'image qui est derrière nous, c'est aussi Matrix. C'est le cinéma, c'était Blade Runner. On disait, en fait, ça y est, on commence à arriver dans quelque chose qui ressemble à ce que la science-fiction nous racontait depuis longtemps, Frankenstein, etc. Vous voyez, même les mythes grecs dans l'Antiquité disaient, on va construire un jour un homme. Et là, tout d'un coup, on a le sentiment qu'il y a quelque chose qui peut construire une réalité crédible, une réalité qui peut influencer. c'est les autres humains, donc quelque chose qui s'accélère de façon incroyable, et qui surtout, évidemment, c'est ça qui est troublant, c'est presque parfait. On se dit, mais c'est inouï, ça ressemble vraiment à ce que peut être la réalité. Effectivement,
la perspective d'autres usages, vous parliez de la pornographie, on peut parler de la désinformation, c'est-à-dire que le vertige, il est aussi là, sur qu'est-ce que l'on peut faire collectivement de ces images.
Dans ce qui se fait autour du langage. Je continue à penser, et je le répéterai aussi longtemps que nécessaire, que ce n'est absolument pas nouveau, que c'est juste une accélération de technologies qui existent et qui permettent, par de la corrélation, c'est-à-dire quelque chose de très rudimentaire, de savoir quel mot vient après l'autre. Et ça nous permet, en effet, d'avoir quelque chose qui ressemble de façon très sommaire au langage.
Mais sur l'image.
Sur l'image, ça permet d'aller plus loin, mais la capacité à faire des faux speakers, c'était déjà il y a 10 ans à la télévision coréenne, donc il n'y a rien de nouveau là-dedans. C'est une accélération avec des moyens de calcul de plus en plus puissants, et c'est vrai que ce qui est en train de se passer sur le langage est très impressionnant. La
nouveauté, c'est que je puisse le faire. La nouveauté, c'est que n'importe qui puisse faire ce qu'on appelle un prompt. On va en parler aussi ce soir, c'est-à-dire une demande. Imite-moi le président de la République qui déclare la guerre à la Russie et balance-moi ça sur les réseaux sociaux. Beaucoup
plus vite que ça n'était, mais il y a déjà des années qu'il y a des machines à traduire. Vous parlez et la machine traduit. C'est plusieurs années que j'utilise des machines qui me permettent de parler avec quelqu'un d'autre sans parler sa langue. Non, c'est un processus qui s'accélère, mais il n'y a rien. Le vrai nouveau qui va apparaître, il n'est pas là. Ça, c'est déjà ancien. C'est quoi le vrai nouveau ? Ceux qui vont disparaître, ce sont ceux qui n'ont pas vu que ce nouveau qui est maintenant, c'est comme un tsunami. Là, on est rattrapé par le tsunami. Si on avait été assez... malin pour partir plus tôt, on ne serait pas rattrapé par le tsunami, on ne serait pas surpris. Le prochain tsunami, pour moi, c'est l'ensemble, avant d'autres, c'est les industries de la simulation. C'est le fait qu'on est capable de faire des jumeaux virtuels, des villes virtuelles, des machines virtuelles qu'on voit. dans les jeux vidéo, mais qui vont permettre de faire... Ça
changera quoi ? Ça changera
tout, dans la mesure, beaucoup de choses. Dans la mesure où vous pourrez simuler une machine sans la construire, donc vous pourrez faire énormément d'essais avant de faire les choses, vous pourrez faire des médicaments de façon virtuelle avant de les faire, on va gagner des années dans les recherches de toutes sortes. Vous pourrez faire des constructions, par exemple, vous voulez faire un nouveau quartier, vous en faites 50 000 modèles avant de le faire.
On
le voit déjà avec les jeux vidéo, et le hasard veut, et c'est pour ça que j'en rage de voir qu'on ne met pas assez en... – En valeur, c'est que dans les jeux vidéo, dans les métiers… – On n
'est pas mauvais ? –
On est les meilleurs du monde.
– Allez, on va en parler justement, parce que s'il y a un domaine aussi où l'intelligence artificielle est perçue comme une chance, c'est bien la santé. Les équipes de sédonaires sont allées interroger des médecins qui utilisent déjà l'IA au quotidien avec des perspectives, vous l'avez dit, assez vertigineuses. Constance Meyer et Ariane Morrison.
suis atteinte d'une sclérose en plaques. Je ne marche plus depuis environ fin 2017. Et je ne peux même plus me mettre debout depuis 2020. Mais la science pourrait
bientôt tout changer. Grâce à un exosquelette, une sorte d'armure robotisée qui soutient son corps. Ouais, on y va ? Ouais. Florence remarche. Des exercices de rééducation une heure par semaine pour soulager son corps et l'espoir aussi d'un jour transformer son quotidien.
demain je peux aller à un buffet sans me prendre les miettes des autres sur la tête parce que je suis en fauteuil roulant, ça m'arrange. C'est bien aussi de ne pas se casser le cou pour parler aux autres. Voilà, j'attends ça et d'aller en voiture en exosquelette. Un autre jour.
-être même d'ici l'an prochain. C'est en tout cas l'ambition de la société qui a développé cet exosquelette. Plus d'une centaine de personnes travaillent déjà sur cette nouvelle version, animée par de l'intelligence artificielle. L'exosquelette de demain est plus léger, plus rapide, plus autonome. Il pourrait être utilisé à domicile.
sait faire tout ce dont on va avoir besoin dans la vie quotidienne, c'est-à-dire commencer à avancer, aller faire ses courses. En une semaine, on fait des dizaines de millions de simulations. On a un robot virtuel dans l'ordinateur qui va tomber jusqu'à ce qu'il ait appris à marcher. Et qui va essayer de reproduire ce que l'humain a fait en 2 millions d'années d'évolution darwinienne. Et en plus, en 4 ans d'apprentissage de la marche, entre 1 an et 5 ans, quand l'enfant apprend à marcher, on reproduit un peu ce mécanisme-là.
L'intelligence artificielle. Un outil révolutionnaire aux multiples usages, déjà au service de la médecine dans les hôpitaux. À l'Institut Curie, premier centre européen de prise en charge du cancer du sein.
respirez pas. Respirez. Vous pouvez vous reculer.
Les mammographies sont directement analysées par un logiciel d'intelligence artificielle qui livre un diagnostic clé en main aux radiologues.
cette patiente, le système a également découvert une lésion du sein gauche qui n'avait pas été identifiée, qu'on a pu confirmer qu'effectivement cette patiente était porteuse d'un cancer bilatéral qui a été mis en évidence par l'IA.
Caroline Malher garde malgré tout un œil attentif sur les résultats proposés.
place, elle reste majeure. Les études montrent que la meilleure performance, c'est quand le radiologue s'aide de l'intelligence artificielle qui devient un radiologue augmenté et que jamais l'IA ne remplacera totalement l'humain. L'intelligence artificielle.
Une aide à la médecine de précision. Cet oncologue travaille depuis 6 ans avec des informaticiens pour développer, à partir d'échantillons de biopsie, un algorithme capable de retrouver l'origine d'un cancer, le premier organe touché.
'outil DI nous a permis de dire cet essentillon, je le reconnais comme un cancer du pancréas, alors que nous n'étions pas capables de le faire sur les moyens diagnostics standards. Quand on ne sait pas d'où vient le cancer, le traitement de référence, c'est une chimiothérapie un peu à l'aveugle. C'est-à-dire qu'on fait une chimiothérapie large spectre, avec l'objectif d'essayer de cibler plusieurs origines potentielles. Ça marche très mal. Ce qu'on sait, c'est que pouvoir donner aux patients la perspective d'un traitement personnalisé, va être beaucoup plus efficace.
Cette intelligence artificielle fonctionne dans 80% des cas. La mise en place d'un traitement plus ciblé permet de tripler l'espérance de vie des patients.
Isabelle Rille, on aura toujours besoin des médecins
? Il faut espérer encore pendant quelques temps. Dans le reportage que vous avez passé, quelque chose de très intéressant, c'est qu'on n'a pas beaucoup évoqué le fait depuis le début que tout n'est pas IA générative. Et qu'entre les technologies qui sont utilisées pour générer la vidéo du président Macron ou ça, il y a ses cousins. mais ce n'est pas la même. Aujourd'hui, quand vous avez des hallucinations, des choses fausses, ce n'est pas ce qui est cherché en médecine, et en particulier pour ce qui est du diagnostic du cancer sur de l'imagerie. Ça, c'est de la segmentation d'images avec de l'apprentissage supervisé, c'est-à-dire des techniques plus anciennes, très bien maîtrisées, et qui vont indiquer quelque chose au médecin. attirer son regard, lui indiquer en aide au diagnostic qu'il faudrait regarder ça, approfondir cette image, mais pas inventer quelque chose. On ne demande absolument pas à l'IA d'inventer. De la même manière que pour les exosquelettes, en robotique, vous avez un tas de technologies qui ne sont pas de l'IA générative. La planification de trajectoire, par exemple. Il faut faire très attention. Mais ils n'utilisent pas
l'IA en
robotique pour améliorer la machine ? C'est de l'IA. C'est de l'IA. Tout n'est pas IA générative. Le deep learning, c'est de l'IA. La robotique, c'est de l'IA. Les planifications de trajectoire, c'est de l'IA. Il faut bien faire attention à ce qu'on fait. Il y a de l'IA partout aujourd'hui, mais il n'y a pas de l'IA générative.
Disons qu'on appelle IA ce qu'on appelait avant digital. C'est juste un mot qui est devenu la mode. qui va passer d'ailleurs, c'est une mode passagère, et qui représente l'essentiel des techniques du numérique qu'on avait avant. Il y a
des doutes autour de la table. Allez-y, sur la santé, un mot sur la santé. Sur
la santé, tout à l'heure, c'était très intéressant. Parce qu'en fait, ce qu'on voyait sur cette image, c'est qu'ils ont trouvé une causalité, non pas une causalité, mais une corrélation entre un point et la maladie. Mais ils ne savent pas du tout s'il y a une causalité. Donc, il n'y a pas de théorie sur le cancer en question. Il y a simplement un
constat
statistique probabiliste. Donc, ça n'aide en rien à faire avancer la compréhension de la maladie. Ça aide énormément au diagnostic parce qu'on prend les millions de cas qui sont là et on dit, ben là, c'est comme ça. Mais ce n'est pas une avancée. C'est bête et méchant, vraiment. Et le bête et méchant permet d'avancer, mais ce n'est pas un progrès théorique. Ce que
vous voulez nous dire, c'est qu'ils ne vont pas remplacer les médecins.
Ça ne va pas remplacer la
science. pense qu'effectivement ce qu'on est en train de dire est très important en disant, regardez la data, donc on a l'exemple du cancer du sein sur le mélanome par exemple, vous voyez les grandes beautés qui deviennent des cancers, ça a été vraiment des exemples pris très très tôt en disant c'est extraordinaire en fait quand vous avez des millions et des millions de cas vous allez déceler ce qui se passe. Elon Musk, pour reprendre quelqu'un aujourd'hui dont on parle beaucoup, sur Tesla, était à fond, il est à fond depuis le départ dans l'IA, générative. C'est-à-dire dans l'idée de dire, quand lui était sur, par exemple, l'idée comment je vais faire pour avoir un véhicule autonome avec quelqu'un qui est à la place d'un humain, c'est-à-dire avec une IA qui commence à inventer, on lui rend plein de données, et elle commence à inventer d'autres cas de figure pour être prête si jamais il y a tel ou tel cas qui se produit. C'est-à-dire que là, on est dans quelque chose qui a inquiété, qui a commencé à inquiéter, on va dire, les plus grands cerveaux de notre époque, qui commençaient à dire... Oui mais en fait là, on se demande jusqu'où ? jusqu'à quel point l'intelligence ne devient pas autonome, parce qu'en réalité, elle va aller plus loin que peut faire un cerveau humain, voire même, elle n'aura pas toute, j'irais l'information que peut avoir un cerveau humain, mais probablement elle va en créer tellement qu'elle va avoir une vision plus riche. C'est ça qui a d'ailleurs, entre parenthèses, du point de vue économique, on y reviendra, mais qui a provoqué cet espèce d'incroyable engouement de toute la finance autour de cette IA générative, qui change complètement la règle du jeu, dans énormément de disciplines, dans énormément d'approches, et on se rend compte très très souvent qu'en fait... ça remet en cause, oui, c'est vrai, beaucoup d'emplois. – Bien sûr, et je voudrais
qu'on en parle justement avec vous, Nicolas de Belfont, puisque c'est vraiment l'objet de votre travail au quotidien. En préparant cette émission, j'ai essayé de trouver des chiffres sur, d'après l'OIT, l'IA détruirait 75 millions d'emplois, je ne sais pas. D'où sort ce chiffre ? Comment ils l'ont obtenu ? Je vous le livre. En tout cas, il y a 67% des personnes qui ont été interrogées dans un sondage publié récemment, une étude mondiale, Marco. 67% des personnes interrogées craignent de perdre leur emploi. Est-ce que l'on mesure aujourd'hui l'impact sur notre modèle économique ? Tout à l'heure, j'interrogeais Jacques Attali, on entendait Bill Gates qui disait, lui, tout simplement, il va falloir se reposer la question de comment on travaille. On va peut-être plus travailler que deux ou trois jours par semaine, le reste du temps, on fera autre chose. Est-ce qu'on sait où ça nous amène ? Alors,
ce qui est certain, c'est que pour une très grande majorité d'entre nous, ça va changer la manière dont on travaille au quotidien. Quand on regarde une entreprise moyenne, il y a au moins 50% des emplois dans l'entreprise qui vont être radicalement bouleversés. Ça veut dire qu'au moins un tiers des tâches du quotidien vont disparaître et d'autres probablement... apparaître des nouvelles tâches. Mais vraiment, ça va changer profondément la manière dont tout est en train de faire. Pouvez-vous donner des exemples
concrets pour des professions, par exemple, les avocats, les cabinets de conseil, les experts comptables, les journalistes, que sais-je ? Je
prends assez simplement un cabinet de conseil. On va avoir des consultants juniors dont une grande partie du travail au quotidien, c'est de chercher des données, de les mettre en forme et puis ensuite de produire des présentations, des rapports PowerPoint. Alors vous traduisez ça, les avocats, il y a beaucoup de ça aussi. les comptables, un certain nombre d'autres types d'emplois qui vont être impactés de la même manière. Mais c'est radicalement différent demain parce que toute cette partie du travail va changer, mais probablement que d'autres types de tâches, on va passer plus de temps dans la réflexion, dans l'innovation, dans le fait de trouver des nouvelles idées, on va passer plus de temps sur la conduite du changement, d'autres
types. Ou supprimer des emplois.
Et après, il y a peut-être des emplois qui vont être... plus fortement impactés que d'autres et qui donc vont disparaître. Mais je pense qu'il y a plus d'emplois qui vont changer que d'emplois qui vont disparaître profondément.
– Oui,
ce sont les tâches qui vont changer, pas les emplois. C'est-à-dire qu'il y aura des tâches qui vont changer à l'intérieur d'un emploi, mais on aura toujours besoin de gens pour faire les choses. Et grâce à cela… Les seuls qui vont perdre des emplois, c'est ceux qui ne sauront pas faire les tâches autrement grâce à ces techniques de l'IA. Ceux qui ne sauront pas et qui ne l'auront pas appris dès la maternelle, eux vont perdre leur emploi. Mais ceux qui le sauront, feront beaucoup mieux grâce à ces outils qui, encore une fois, doivent être suivis parce qu'ils changent tous les jours. Encore une fois, regardez ce qui se passe sur les réseaux sociaux ou sur les lettres confidentielles qui ne sont pas du tout confidentielles. Moi, je reçois tous les matins des annonces de nouvelles. applications qui sont révolutionnaires. Et tous les jours... Par exemple, il y a une application qui n'est pas encore sur le marché, mais je donne un texte de 10 000 signes et moins de 20 secondes plus tard, moins d'une minute plus tard, ça me sort un podcast à trois voix. qui discute de mon texte. Ça, j'ai vu ça la semaine dernière. Cette semaine, hier, j'ai vu une autre application qui s'appelle CoStorm, qui, je lui donne un sujet, il dialogue avec moi pour préciser le sujet d'une façon très sophistiquée, et il me sort une étude en 30 pages avec toutes les références bibliographiques et toute vérification faite. Il n'y a pas une erreur. C'est fait par une grande université américaine. Et ça, c'est ce matin. Demain, j'en aurai sûrement 10 autres. qui vont apparaître.
Comment ça, ça ne peut pas être un choc pour la société, pour l'organisation du travail ? Comment ça pourrait se passer tranquillement ? Ça
ne se passera pas tranquillement pour ceux qui n'ont pas la curiosité de le suivre et de s'en occuper. Et ça ne se passera pas tranquillement si à l'école, à l'école primaire, les profs n'apprent pas par leurs élèves, parce que leurs élèves seront plus en avance.
Regardez, tiens, on va regarder comment ça se passe à l'école, une école de Londres, il n'y a pas de professeur, il n'y a pas de professeur, là pour le coup, c'est une IA qui fait les cours, c'est une première au Royaume-Uni.
L'enseignement va être transformé par l'IA. Cela ne fait aucun doute. Et l'IA n'est pas près de disparaître. Donc, soit vous êtes agile et vous l'adoptez, soit vous risquez plus tard d'en être victime, jusqu'à un certain point.
Juste là, les professeurs, en fait, vous nous disiez tout à l'heure quand on faisait l'interview, après je vais vous libérer, mais le problème, c'est pas pour les élèves, c'est pour les professeurs. Voilà, on peut les remplacer, les professeurs ? Non, les
professeurs vont faire beaucoup mieux. S'ils connaissent ces techniques, s'ils les apprennent, ils peuvent faire beaucoup mieux. Ils peuvent faire des choses beaucoup plus créatives. Ils peuvent pousser les élèves à être beaucoup plus créatifs, à travailler entre eux. Ils peuvent faire du travail entre eux. L'avenir de l'éducation, c'est au travail coopératif, à apprendre ensemble. Et donc ça, les techniques d'IA... Tous les jours vont aider à faire mieux. Mais en effet, ça va faire disparaître d'un certain nombre de choses. Et là, c'est peut-être vertigineux. Juste, je termine sur ça. Aujourd'hui, il y a un téléphone portable en Afrique, développé par des Africains, permet de ne pas avoir besoin ni de savoir lire, ni de savoir compter, ni de savoir écrire. Parce que le téléphone fait les trois choses. Donc, bientôt... Comme au Moyen-Âge, on avait peur que l'imprimerie va nous dire qu'on n'a pas besoin de mémoire puisqu'on va pouvoir lire les textes. Aujourd'hui, on n'a plus besoin de savoir ni lire, ni écrire, ni compter. Et ça, c'est très dangereux pour le développement du cerveau.
– Quels métiers seront les plus touchés par l'IA ? Comment assurer la transition pour les emplois concernés ? Il faut que je vous liberte, Jacques Attali. Allez-y, merci d'être resté avec nous. Je sais que vous avez un engagement après. Je vous pose la question, Isabelle Rille, sur les métiers les plus touchés. Je
pense que c'est difficile de prévoir, mais qu'ils seront tous touchés d'un moment ou d'un autre. Bien sûr, il restera des tâches, de l'art, des choses comme ça. Comme on l'a dit, tous les métiers auront des tâches qui vont être modifiées. Et ce qui est important aujourd'hui, c'est que toutes les formations, tous les gens qu'on forme au métier de demain, quel que soit le métier, qu'ils soient économistes, sociologues ou que sais-je. Boulanger et un enseignement en IA qui leur permettent d'intégrer tous les outils qui seront à leur portée dans leur quotidien. Est-ce qu'il y a des secteurs
qui sont totalement protégés ? Est-ce qu'il y a des secteurs où vous dites, bon, là, on parlait des boulangers, on parlait de la création, vous pouvez imaginer que la création serait protégée par l'IA ? Non, on a entendu l'alerte aux États-Unis avec ce mouvement de grève. Nicolas Cage qui s'est indigné aussi des craintes qu'il avait par rapport justement au scénario, à la réalisation, à la mise en image, à l'utilisation de propres images des acteurs, etc. En tout cas, il y a une crainte de la part du monde du cinéma, de la culture. Est-ce qu'il y a des secteurs où vous dites, bon, non, ça franchement, c'est sanctuarisé ?
a priori, aucun. Aujourd'hui, les métiers les plus touchés, ils sont dans le domaine de la connaissance. Dans le domaine du relationnel aussi, parce qu'on n'en a pas parlé, mais la capacité de l'IA, on a vu votre avatar, à interagir de manière de plus en plus humaine. Il n'est pas
très sympathique.
Alors, c'est une question de paramétrage, mais aujourd'hui, il y a un certain nombre d'applications qui permettent d'avoir quelque chose de très empathique, très à l'écoute, c'est vraiment bluffant. Même les métiers de vente, de relations clients. L
'aide à la personne ? Bien sûr. Aujourd
'hui, on a par exemple une IA. qui, dans le monde médical, va appeler les patients qui doivent prendre des médicaments de manière régulière, qui ont des maladies chroniques, et donc ils les appellent. Et au bout de, on va dire, quelques minutes de calage, les patients se disent « Ah, c'est incroyable, je parle à une IA ». Et ensuite, ils continuent leur conversation comme si de rien n'était. Et au bout de 20 minutes, ils sont ravis. de l'échange qu'ils ont eu, parce que l'IA a un temps infini pour s'occuper d'eux. Avec une forme
d'humanité, c'est ça que vous voulez dire ?
Là où une infirmière, c'est timé parce qu'elle doit appeler un nombre défini de patients dans la vie. Ça,
il y a une grosse perspective de développement, justement, sur l'aide à la personne, la vente, c'est-à-dire la relation interpersonnelle. Ce que je veux dire, c'est que
je pense qu'une partie du choc vient que ces professions, justement, que vous avez mentionnées, sont des professions qu'on croyait protégées. On a toujours imaginé l'industrialisation comme le remplacement des métiers de manipulation ou autre. et que les professions d'avocat, de médecin, toutes celles qui sont un peu nobles, allaient être protégées. Alors qu'en fait, là, ce n'est pas le cas, et donc on a un petit choc. Et si vous regardez aujourd'hui ce qui est compliqué, l'aide à la personne dont vous le mentionnez, oui. Le fait d'avoir aujourd'hui un robot qui va prendre une personne âgée, par exemple malade, l'aider à se lever, etc., on n'y est pas encore. Parce que le sujet aujourd'hui, il est dans la robotique au sens de la mécanique. Quand vous avez un robot qui vous prend, il ne faut pas qu'il vous écrase la main. Et la moindre petite erreur, c'est dramatique. Et donc on a encore des tas de tâches qu'on pensait subalternes qui sont aujourd'hui celles qui sont protégées.
Vous êtes une spécialiste du sujet. Quand vous regardez cette révolution qu'on commande depuis le début de l'émission, dans quel secteur vous vous dites que ça va être vertigineux ? Il y a une accélération dans les secteurs d'activité qu'on vient d'évoquer. Est-ce que c'est justement dans cette relation interpersonnelle qu'on va avoir avec des IA ? Est-ce que c'est dans la robotique ?
Je pense que ça va être un peu partout, que la robotique, ça va être un très gros sujet, mais aussi tout ce qui est lié, effectivement, à la répétition de tâches sur du texte, les gens qui faisaient des PowerPoint, qui faisaient de la traduction. Pas le haut de gamme, si vous voulez être un traducteur, un auteur de poésie, etc. On n'y est peut-être pas encore. Mais les personnes qui traduisaient les manuels, par exemple, des objets qu'on achète, d'une cafetière ou autre, c'est moins bien traduit, parfois, parfois pas. Mais est-ce que vous êtes prêts ? à investir beaucoup plus pour avoir une traduction un tout petit peu meilleure.
Il y a un sujet qu'on n'a pas encore évoqué et qui est majeur quand on parle de l'intelligence artificielle et on a une question qui est posée pour notre IA ce soir. L'IA est une grande consommatrice d'électricité, n'est-ce pas un problème pour le climat ? Que dit Yann
Oui, l'intelligence artificielle est une grande consommatrice d'électricité et cela peut poser un problème pour le climat, en particulier si cette électricité provient de sources fossiles comme le charbon, le gaz ou le pétrole.
Ok.
Donc là, c'est une des questions. Il a
raison. Oui, ça pose un problème.
Mais sauf que jusqu'à il y a 10 jours, vous avez deep-sic l'intelligence artificielle chinoise qui nous montre que déjà, on peut avoir des baisses incroyables de consommation avec une efficacité aussi forte. On est juste au début d'un processus qui est un processus de plus en plus extraordinaire.
Merci beaucoup Isabelle Rille. Merci Nicolas de Belfont d'être venu avec moi. Je remercie aussi Jacques Attali qui a dû nous quitter. Avec nous Philippe de Sertine, on va poursuivre cette émission et on va évoquer précisément ce que vous venez d'aborder parce que c'est une guerre mondiale qui a commencé entre les grandes puissances qui ont chacune leur champion. L'américain Chachipiti, le chinois Dipsic ou le français avec Misral, le chat. Derrière ces IA génératifs, trois hommes au cœur de ce qu'on peut appeler une révolution des ingénieurs devenus tout puissants. Portrait signé Romain Bessénou et Erwann Illion.
gauche, l'américain Sam Altman. A droite, le chinois Liang Wenfeng. L'un a créé Chad GPT. L'autre est venu le concurrencer avec DeepSync, le nouvel agent IA, annoncé comme beaucoup moins cher et aussi performant.
Vous n'en aviez jamais entendu parler jusqu'à aujourd'hui. Ça s'appelle Deep Seek. Avec Deep
Seek, Liang Wenfeng incarne la revanche de la Chine sur le géant américain en pointe sur l'intelligence artificielle. Ce jeune geek, inconnu jusqu'alors, a été propulsé au rang de héros national reçu par les plus hauts dirigeants chinois. La fierté de tout un peuple.
Ne sous-estimez jamais l'ingéniosité des scientifiques et des
ingénieurs chinois.
Aux Etats-Unis, c'est la douche froide. Les mêmes qui pensaient faire la course largement en tête se préparent désormais à la guerre.
Ça a été la panique à Wall Street où les actions de la tech se sont effondrées à cause de la Chine qui semble rivaliser avec les Etats-Unis tout en investissant mieux et moins d'argent.
Nous sommes dans une guerre économique et technologique avec la Chine et c'est le pays avec la meilleure IA qui
gagnera. Et pour gagner, les Etats-Unis ont donc leur propre héros de l'IA, Sam Altman, le créateur de ChatGPT, une super star de la tech. le monde entier, comme le Messie. Le
seul et l'unique, celui qui décidera de notre futur.
Avec son groupe OpenAI, il est parti prenant du projet Stargate à 500 milliards de dollars annoncé par Donald Trump. A 39 ans, ce pionnier de l'IA prédit une révolution
technologique et globale. Plus tard, lorsque nous regarderons le niveau de vie et ce que nous tolérons pour les gens aujourd'hui, nous nous dirons comment autant de gens pouvaient-ils vivre dans la pauvreté ? Comment pouvait-il y avoir autant de maladies ? On imaginera tous ces gens qui ne reçoivent pas d'éducation, qui ne peuvent pas vivre pleinement, et ça nous paraîtra barbare.
Et pour savoir ce que ces géants de l'IA nous réservent, il suffit de leur demander. Exemple sur ChadGPT. Comment Sam Altman imagine le monde de demain ? Réponse, chaque individu pourra disposer d'une équipe personnelle d'IA. Nos enfants pourraient bénéficier de tuteurs virtuels avec enseignement personnalisé. L'IA serait capable de diagnostiquer des maladies plus rapidement que les humains et de générer des films ou des œuvres d'art avec des interactions humaines minimales.
La véritable question c'est qu'arrivera-t-il lorsque 70 à 80% des métiers d'aujourd'hui seront totalement différents ou auront disparu dans 10 ou 20 ans ? C'est de l'ordre des révolutions industrielles ou agricoles.
Une vision du progrès qui diffère lorsqu'on interroge le champion chinois. Les villes de demain pourraient être gérées de manière plus efficace grâce à l'IA. Des systèmes intelligents pourraient optimiser la circulation, réduire la consommation d'énergie et améliorer la sécurité publique. Les systèmes de surveillance, basés sur l'IA, pourront détecter des comportements suspects en temps réel. Dans cette compétition de point zéro, l'Europe essaye de combler son retard. Mistral AI, une entreprise française, vient de lancer sa propre interface équivalente à ChatGPT, le chat. Son cofondateur, Arthur Mench, encore plus jeune que ses homologues étrangers, voit dans le sommet de l'IA à Paris une chance d'entrer dans la course.
Les yeux sont rivés sur la France. Je pense que c'est l'occasion aussi pour l'intelligence artificielle en Europe et puis pour l'industrie en Europe de montrer ce qu'elle sait faire. Et donc c'est aussi l'occasion de montrer qu'il n'y a pas que les États-Unis, qu'il n'y a pas que la Chine, qu'il y a une voie supplémentaire.
'Europe devra lever cette semaine plusieurs obstacles au développement de l'IA en assouplissant par exemple certaines régulations jugées excessives par les entrepreneurs.
j'accueille à mes côtés ce soir Antoine Borde, vous êtes vice-président d'Helsing, société spécialisée dans l'application de l'intelligence artificielle dans le domaine militaire. On va beaucoup en parler ce soir. Vous avez dirigé longtemps le pôle IA chez Meta. Dominique Nora est avec nous. Vous êtes grand reporter au Nouvelle Obs, votre hebdomadaire qui titre cette semaine nos vies sous IA. Et puis je cite votre dernier article, comment l'intelligence artificielle est devenue l'enjeu d'une bataille planétaire. Nous allons en parler également dans un instant. Enfin, vous êtes philosophe, auteur de « La fin de l'individu, voyage d'un philosophe au pays de l'intelligence artificielle » publié aux éditions de l'Observatoire. Et Philippe de Sertine est resté à mes côtés. C'est le survivant de la première partie. Cette question qui nous est posée ce soir. Pensez-vous que la France, sans l'Europe, fasse vraiment le poids à côté des États-Unis et de la Chine ? Antoine Borde, sur cette question.
Je ne pense pas. Non, je pense qu'à l'échelle où on est des investissements, des concentrations de talents et des concentrations d'enjeux, je pense que la vraie échelle, c'est l'échelle européenne. Au niveau des capitaux, au niveau des infrastructures, au niveau de l'énergie. Donc non, ma réponse est assez claire, c'est une question européenne.
C'est une question européenne. On a entendu hier le président annoncer 109 milliards d'euros dans l'intelligence artificielle. Alors, on a beaucoup parlé sur ce plateau de disette budgétaire. C'est des fonds qui ne viendront pas. Pas des contribuables français ?
Pas entièrement. Il y a beaucoup de fonds privés. Voilà. Y compris qu'ils ne viennent pas d'ailleurs de France. Y compris
qu'ils viennent d'Arabie Saoudite ?
Voilà, également. Donc on est effectivement dans un investissement. Mais tout ça, on est dans des masses d'argent beaucoup plus importantes. Est-ce que vous dites qu'ils sont nécessaires ? Je veux dire, 109 milliards, c'est impressionnant, mais en fait, c'est rien. Donc même quand Trump annonce 500 milliards, après on se rend compte, mais en fait, ça veut dire quoi, etc. On est vraiment dans un aspirateur en ce moment à monnaie. Pourquoi ? D'abord pour les cerveaux, et je pense que vous avez tout à fait... raison. La vraie question, c'est le nombre de cerveaux que vous allez pouvoir mettre ça. Pour le coup, vous voyez, l'intelligence artificielle, elle a besoin de cerveaux humains. Cerveaux humains, cerveaux humains. Pourquoi ? Dans la data, la première puissance en réalité aujourd'hui, c'est l'Inde. Parce qu'ils sont à 1 milliard, 500 millions et qu'ils ont été bien formés très très tôt, y compris d'ailleurs, comme le disait Jacques Attali tout à l'heure, quand ils ne savaient pas lire ou pas compter. C'est pour ça que le Premier
ministre indien est invité.
Oui, je pense que ça, pour le coup, c'est quelqu'un de très important pour nous, en effet.
Dominique Nora, sur cette... une espèce de nouvelle guerre mondiale, des puissants, c'est vrai qu'il y a eu, et on en a parlé sur le plateau de Ceylon, c'est dans l'air ces dernières semaines, des annonces spectaculaires, Starlink, non pas Starlink, ça c'est Stargate, Stargate pour les Etats-Unis avec 500 milliards, et puis on a appris que les Chinois étaient allés plus vite, avec les téléspectateurs qui nous écoutent ont entendu parler de l'open source, on se disait mais qu'est-ce que, voilà, et des modèles qui s'entrechoquent, on a l'impression qu'on est dans une course de vitesse, est-ce qu'on a tous les atouts ? pour continuer à peser ?
Je pense comme Antoine Borde que la France n'est pas toute seule, que c'est très important qu'on soit européens et même britanniques ensemble, parce qu'aussi on a des valeurs communes et qu'il faut que nos valeurs progressistes européennes existent dans l'écosystème de l'IA mondial. On voit bien que les États-Unis viennent... de déréguler complètement, c'est-à-dire Donald Trump a même supprimé ce que Joe Biden avait fait en matière de régulation américaine. Les Chinois, on sait bien que la régulation, ce n'est pas leur truc. Et en intelligence artificielle, il faut absolument qu'il y ait des valeurs humanistes qui soient intégrées à ces outils. Donc pour cette raison-là, c'est très important. C'est
-à-dire que nous, on va intégrer des valeurs humanistes, eux ne vont pas le faire. Est-ce que ça veut dire qu'on fait la course avec un boulet au pied ?
Non, je pense que c'est plutôt l'inverse, c'est-à-dire qu'on va y aller avec notre manière de faire, on va essayer au moins d'avoir une façon de porter notre propre voix. Donc c'est pas forcément un boulet au pied d'avoir des valeurs, il faut faire attention. Si la régulation
est intelligente. Oui. Mais ce que je voulais dire aussi par rapport à ces centaines de milliards qui sont investis, l'irruption de DeepSync, donc de cette petite start-up chinoise dans l'écosystème mondial, montre qu'on peut faire avec... Moins d'argent, des choses intelligentes. Et Mistral et Helsing aussi sont dans cette course. Open source,
ça veut dire que... C'est quoi la différence ? Peut-être un mot là-dessus. Effectivement, DeepSync en open source. ChatGPT, ce n'était pas en open source. C'est quoi la différence ? Je
vais être avec vous, Antoine Borg. Oui, open source, donc en domaine ouvert en français, ça veut dire qu'en fait, DeepSync met leur modèle à disposition de tout le monde. Donc quand on va... OpenAI, c'est ChatGPT. La seule façon qu'on a d'interagir avec l'IA de OpenAI, c'est d'aller sur chatgpt.com et de taper une question. Donc les données vont chez OpenAI, sont traitées et reviennent chez nous. Quand on fait un domaine ouvert, on peut aller sur l'application DeepSync, c'est le même principe, mais DeepSync a un autre endroit où on peut télécharger le modèle et l'installer sur son ordinateur. On pose la requête à DeepSync, la réponse revient, mais tout reste sur son ordinateur à soi. Et après, des développeurs peuvent aussi prendre ce modèle et construire des applications dessus. Et ça, c'est le modèle
qui s'est imposé ces dernières semaines.
C'est le modèle qui s'est imposé, ça a été aussi la philosophie de Mistral, ça a été la philosophie de Meta avec l'open source de Lama, ça n'a été pas le modèle de Google, ni celui d'OpenAI, et Dipsy qui a complètement rebalancé les cartes.
Et là je me tourne vers le philosophe.
Non
mais le philosophe, j'avoue, est assez irrité, presque assez ému, de voir cette béatitude universelle sur l'intelligence artificielle. Ça reflète l'obsession de nos élites politiques et économiques pour l'intelligence tout court. On a des élites d'ingénieurs, d'administrateurs, de financiers qui adorent rationaliser, normer, bureaucratiser le monde. Et en fait, l'IA n'est que le produit de ça. Et moi, je crains que de manière plus, je dirais, métaphysique, cette obsession de l'intelligence, elle nous empêche aujourd'hui de voir le vivant. On parle de l'IA, on commence à construire des réacteurs nucléaires pour pouvoir donner de l'énergie au data center, sans s'interroger une seule seconde sur le fait qu'on a franchi la sixième limite planétaire. Mais ce que je veux dire, c'est que c'est très existentiel. C'est-à-dire que cette passion de la data, ça nous permet quasiment de ne plus être dans notre corps. D'ailleurs, on pense déjà faire une sorte d'immortalité numérique. Ça nous permet d'être détachés de la sensibilité, de ne jamais penser à la biologie, de ne plus être en connexion avec notre environnement. Et pour moi... ça accélère, disons, la perspective de l'effondrement des espèces, du vivant, aujourd'hui on est dans la sixième extinction de masse quand même, et de l'humanité parmi elles. Deuxièmement, ce que j'avais vu dans mon voyage sur l'intelligence artificielle, il y a déjà 6 ans, donc tout ça, c'est vrai, n'est pas très nouveau, même s'il y a Génératif, c'est une nouvelle étape. J'avais intitulé mon livre « La fin de l'individu ». Pourquoi ? Parce que bien sûr qu'il y a des applications scientifiques, médicales, qui sont tout à fait excellentes, comme l'expliquait Jacques Attali, c'est des processus de corrélation absolument fascinants, d'accord ? Mais le problème, c'est l'interaction aujourd'hui des plateformes avec l'utilisateur ou le consommateur, et le fait que, comme le disait Harry, que vous citiez, début d'Homo Deus, il dit, finalement, on va... rompent avec le principe de nos sociétés démocratiques libres qui sont fondées sur le libre arbitre individuel. Pourquoi
on perd notre libre arbitre si on fait appel à la machine ?
Parce qu'on est constamment sous un nudge, c'est-à-dire un petit coup de coude, comme on dit en anglais, qui nous oriente, qui oriente notre pensée, qui pense à notre place et qui nous incite à déléguer notre capacité de choix. Je vais vous donner le dernier exemple en date qui me rend fou, c'est que j'ai fait l'erreur de mettre à jour mon Word. Beaucoup de gens utilisent Word, l'appui de Microsoft pour le traitement de texte. Moi, je suis écrivain, donc c'est mon outil de tous les jours. Je suis un artisan de Word. Et tout d'un coup, qu'est-ce qui se passe ? Il y a une petite mouche qui arrive sur mon écran. Cette petite mouche, c'est la nouvelle IA de Word, ça s'appelle Copilot. Et cette IA qu'on ne peut pas enlever, enfin, visiblement, sur certains ordinateurs, mais moi, je n'ai toujours pas réussi. Je vais finir par l'enlever avec un marteau. Et elle me dit, en fait, en permanence, à chaque ligne, elle est là. Et elle ouvre la petite case et elle dit... Mais allez, mais je vais t'aider. Mais finalement, ce paragraphe, tu ne vas pas y arriver tout seul. Et en échange, qu'est-ce qu'elle fait ? Elle pompe le texte que je suis en train d'écrire. C'est-à-dire que là, c'est une privation de droit d'auteur, c'est une infraction de droit d'auteur, mais à la source, c'est-à-dire sur mon ordinateur. Et allez sur les forums, les forums qui discutent de copilotes. Et là, vous vous apercevez que d'un côté, l'élite politique et économique fait son show en disant l'IA, c'est formidable, on investit des centaines de milliards et tout. Et que de l'autre côté, les gens disent, mais laissez-nous... tranquille. Je ne veux pas ce truc qui regarde par-dessus mon épaule. Oui, il y a des utilisations excellentes. Je ne veux pas être constamment entraîné dans un monde de recommandations. On s'assure que les pouvoirs publics ont comme fonction parce que nous sommes en Europe et parce que nous avons des valeurs humanistes. mais de s'assurer d'abord et avant tout que leurs citoyens restent libres. Et d'ailleurs, c'était l'esprit de la régulation européenne sur l'IA qui disait qu'elle allait interdire ou réguler les applications qui privaient les utilisateurs de leur libre arbitre. Je trouve que sur le plan, on va voir comment ça peut s'appliquer, mais que sur le plan philosophique, c'est la bonne direction. Et oui, ça nous fait perdre dans la guerre de l'IA. Oui, il faut le dire qu'être fidèle à nos valeurs, c'est
un
défaut de productivité. Mais ce n'est pas grave. C'est pas grave, c'est un choix politique que nous faisons en tant que société, que nous devrions faire. C'est vrai qu'on entend
beaucoup cette question qui est, alors les Etats-Unis et la Chine innovent et nous on régule. Quand on entend la démonstration de Gaspard Koenig, on se dit, bon, peut-être qu'on a des raisons d'être prudents, notamment, et vous l'avez évoqué, la question de la maîtrise de nos données et du libre arbitre. Quel est votre regard là-dessus ? Vous qui avez fait le choix de quitter une entreprise américaine Meta pour venir mettre votre intelligence au service de l'Europe.
Oui, alors... En fait, la régulation, c'est évidemment une très grosse question. Effectivement, l'IA Act, qui est la régulation principale sur l'IA, qui est rentrée en vigueur très récemment, il y a une ou deux semaines, mais qui va être mise en application sur les prochains mois, a été beaucoup discutée. Maintenant, l'IA, il est là. Donc maintenant, on va travailler avec. Je pense que c'est un peu le constat aujourd'hui. On ne peut pas l'arrêter. Voilà. Mais après, maintenant, on va discuter de ce que ça veut dire en pratique. Et c'est aussi cette incertitude qui pose beaucoup de questions. Moi, je pense que réguler selon nos valeurs... Je pense que oui, le problème c'est qu'on n'a pas non plus équité une clarté pour pouvoir faire un équivalent à Microsoft Word ou à copilote européen. Donc c'est ça l'enjeu, c'est-à-dire que... Non mais il y a du logiciel libre, donc on peut avoir du traitement de texte libre. Oui, du traitement de texte c'est possible. Oui mais un copilote libre par exemple, il n'existe pas. A-t-on besoin de copilote ? Non, mais ça, c'est pas la question. La question, c'est plutôt si jamais on veut avoir accès à un copilote qu'on maîtrise et qui n'est pas... Ou les données vont... Peut-être que M. Koenig voudrait avoir accès à un copilote, mais où les données restent chez lui, par exemple. Peut-être. Et ça, on n'a pas construit cette alternative. Donc le problème de la régulation, c'est de dire, il faut aussi avoir une autre jambe qui nous permet de faire émerger des alternatives européennes pour que les gens aient le choix.
On parlait aussi, dans votre démonstration tout à l'heure, vous disiez l'influence que les IA peuvent avoir sur le libre-arbitre, c'est sur le jugement, sur la vision du monde. Ce qui est intéressant, c'est ce petit exercice qu'on a fait faire à deux IA, donc une IA américaine OpenAI et une IA chinoise avec Dipsy. La question qu'on a posée est toute simple, Taïwan est-il un pays ? Regardez ce que dit OpenIA.
Taïwan est une île située en Asie de l'Est, mais son statut politique est complexe et fait l'objet de débats internationaux. La République populaire de Chine considère Taïwan comme une partie intégrante de son territoire.
ça c'était dit psych, pour le coup, avec la Chine considère Taïwan comme faisant partie intégrante de son territoire, la lecture est politique, regardez ce que dit l'américain pour le coup au panier.
statut de Taïwan est complexe et fait l'objet de débats diplomatiques. Officiellement, Taïwan se considère comme un État souverain avec son propre gouvernement.
Donc là, il y a une influence politique des modèles d'IA sur une lecture du monde. On parle de guerre mondiale, là pour le coup, c'est parfaitement clair.
C'est pour ça que c'est important que les grands modèles de langage ne soient pas uniquement américains ou chinois, et qu'on ait aussi les nôtres en Europe, parce que Mistral s'est vertue à faire. Et en parlant d'influence et de libre arbitre, c'est ce qu'on a voulu montrer dans cette enquête qu'on sort dans le Nouvel Ops cette semaine. c'est que les utilisateurs sans discernement dans le grand public peuvent être complètement accros à leur IA et finir par leur obéir puisque ces IA sont plus intelligentes qu'eux. voire les connaissent mieux qu'eux. J'ai trouvé un utilisateur extrême qui lui a fait lire tout son journal intime. Depuis qu'il écrivait un journal intime, il dit « Tchad GPT me connaît mieux que je ne me connais moi-même, donc je lui obéis en tout. » Et il lui obéis dans tous les compartiments de sa vie. C'est devenu son psy, son coach, sa fille jette le téléphone par terre, il va s'enfermer dans les toilettes pour savoir comment lui parler et comment réagir. Donc il y a quand même un vrai danger pour des gens qui... qui ne ferait pas preuve de discernement. Et donc, il y a un vrai problème d'éducation à ces outils dès le plus jeune âge. Philippe de Serti, peut-être un mot ?
Oui, parce que moi, peut-être, je voudrais essayer de rassurer Gaspard en lui disant. Je pense que... D'abord, cher Gaspard, nous ne sommes pas dans un monde parfait que nous sommes en train de quitter loin sans faux. Notre modèle, notre système économique, on en parlait tout à l'heure, est effectivement un modèle qui dérègle le climat. Il va falloir qu'on en change, qu'on en change dans le monde entier. Et pour changer un modèle économique, il faut des nouveaux outils. Là, nous avons un outil.
Ça n'est rien d'autre que... Si on mettait 10% des sommes investies dans l'IA, dans la transition agroécologique, on aurait déjà résolu
le
problème.
Je travaille moi aussi sur ces questions. Et je pense que l'IA peut être un des facteurs... fondamentaux pour arriver à cela. Ce que vous êtes en train de dire quand vous êtes en train de regarder les deux IA, vous êtes exactement sur la même question que quand je suis en train de lire le Nouvel Obs ou le Figaro. Vous avez quelqu'un qui va lire tout le temps le Figaro, qui va dire « Mais vraiment, le Figaro dit déjà, c'est juste. » Et quand je lis le Nouvel Obs, je dis « Ah ben non, d'ailleurs, ils ne sont pas d'accord. » Et ils disent « Ah ben non, mais mon journal a raison et l'autre non. » Nous sommes là, des humains, avec des outils. Quand vous êtes en train de dire tout à l'heure sur la question médicale « Mais est-ce que ça va remplacer les médecins ? » Mais s'il vous plaît, il y a plein d'endroits dans le monde, y compris dans notre campagne, où il y a plus... de médecins. C'est-à-dire que là, on est avec des outils qui sont en train de correspondre aussi au grand défi de l'humanité. Un, le dérèglement climatique. Deux, le vieillissement de l'humanité qui va faire qu'on a de moins en moins de gens qui vont pouvoir travailler. Mais de plus en plus de gens qui vont vivre vieux et qui vont avoir besoin qu'on travaille à côté d'eux. Donc là, on est dans quelque chose, effectivement, dont on commence à dire, mais c'est incroyable ce que ça nous ouvre comme perspective. Ça ne veut pas dire que ça nous ouvre le paradis. Ça veut dire que ça nous ouvre des outils nouveaux qui vont permettre à l'humanité de relever les défis qui sont les siens. Mais ça veut dire évidemment que pour relever un défi avec des outils, il va falloir s'éduquer. Comme quand il y a eu le moteur qui est apparu, on a eu le permis de conduire parce que sinon vous écrasiez les gens. C'est la même chose. On est avec quelque chose dont effectivement on peut s'emparer pour le pire, pour le meilleur, mais qui va nous permettre... La question c'est la maîtrise
de cet outil. Et à quel moment est-ce qu'on garde la maîtrise de cet outil ? Il y a des grands patrons de la tête qui ont, j'en parlais tout à l'heure avec Jacques Attali, sonné l'alerte en disant il faut mettre sur pause, ça va trop vite. C'est une mise en péril de l'humanité. Vous entendez ces craintes-là ?
Oui, je les ai entendues, mais je les entends un petit peu moins actuellement de ses grands patrons. Elon Musk a créé un data center de 100 000 machines et a pris une IA qui est disponible partout et qui est complètement dérégulée. Elle a des valeurs très très... Donc il faut faire attention un petit peu avec ses discours un peu alarmistes, qui étaient très alarmistes il y a deux ans, qui sont beaucoup moins alarmistes aujourd'hui. Et d'ailleurs, même les gens qui étaient là, il ne faut pas du tout faire. justement de l'open source des modèles, ça va créer des catastrophes. Deux ans plus tard, on se rend compte que finalement, ça n'a pas joué grand-chose. C'était plutôt bénéfique, puisqu'en fait, ça a permis une plus grande partage de cette technologie. Donc oui, il y a ces craintes-là. Moi, je pense que la crainte aussi, c'est si jamais on refuse complètement de les adapter et on essaie d'impousser ces nouveaux outils, on prend un retard dans l'adaptation, de la compréhension, dans l'éducation. Et je pense que malheureusement, ça sera difficile à rattraper après.
Emmanuel Macron appelle à un sursaut européen sur cette question.
je voulais dire que sur la super intelligence, c'est-à-dire l'idée, effectivement, popularisée par certains, qu'on va être dépassé, que le robot va prendre le contrôle, etc. C'est quelque chose qui a été popularisé par souvent des gens qui ne sont pas des informaticiens, comme Nick Bostrom par exemple, qui sont des gens qui sont plutôt habitués à regarder les grands trous noirs et qui fantasment d'un point de vue purement logique, dont la définition de l'intelligence, que je disais, est très pauvre. Parce que quand vous regardez la définition de l'intelligence sur Bostrom, c'est juste de la puissance de calcul. Il ne comprend pas du tout le caractère biologique de l'intelligence. Mais la deuxième chose, pour revenir... sur les images qu'on a vues, sur ces deux IA qui disaient des choses différentes. Et pour le coup, être d'accord avec Philippe, le problème, c'est la ligne éditoriale. C'est-à-dire que dans un journal, on sait qu'il y a une ligne éditoriale. Pourquoi ? Parce que c'est signé parce que c'est sourcé. Et c'est ça les conditions de la production de la connaissance humaine, c'est de sourcer l'information. C'est ce qu'on vous apprend à l'école, c'est le B.A.B.A. C'est tu l'as trouvé où ? Qui le dit ? C'est le premier truc qu'on regarde sur Google. Quel site ? Est-ce que c'est le site de la BBC ou est-ce que c'est un site complètement inconnu ? Le gros problème des IA génératives, c'est que comme elles fonctionnent sur des bases de données extrêmement larges et qu'elles ne reprennent pas des expressions ici ou là qu'elles pourraient sourcer, comme le fait Wikipédia par exemple, qui est vraiment une construction numérique de connaissances collectives, là elles le prennent statistiquement mot après mot. Donc la source c'est tout. ou rien, il n'y a plus de source. Ou alors, si on lui demande la source, il donne la source probable à une information probable. Il ne dit pas cette phrase vient de là. Et ça change tout. Et Kissinger, qui avait d'excellents mots sur l'IA avant de mourir, avait écrit un article avec d'ailleurs un patron de la tech, Eric Schmidt, merci, qui disait, en fait, on est en train de changer le statut épistémologique de la connaissance, de la vérité. La vérité, jusqu'à présent, se construisait par réfutation et par objection. ça devient des ambiguïtés cumulatives, c'est-à-dire une sorte de grande probabilité qui ne peut jamais atteindre le vrai puisqu'on ne peut pas la réfuter, on ne peut pas la réfuter parce qu'on ne peut pas la sourcer. Mais ça veut dire que si on laisse le monde et si on laisse notre information passer par les IA génératives, et vraiment j'oppose ça à par exemple Wikipédia ou Google, on va finir dans 10 ans par penser, par la moitié de la planète va penser que la Terre est plate et on va dire, tiens, qu'est-ce qu'on fait, c'est un problème.
Je voudrais qu'on écoute le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz. Lui, il redoute en fait une prise de... des grands patrons de la tech l
'intelligence artificielle pose une grande variété de risques cela va de la manipulation de l'information à l'ingérence politique en passant par l'incitation à la haine raciale
L'IA amplifie tous nos problèmes.
Mais il y a aussi des dangers plus existentiels, sur lesquels les créateurs de l'IA nous ont alertés. Ceux qui font de l'argent grâce à l'IA se moquent de tout ça. Tout ce qui compte pour eux, c'est le profit. Comme les banquiers, il n'y a pas si longtemps, ils voient l'argent rentrer dans leur poche et ils ne veulent pas de contre-pouvoir. Certains d'entre eux parlent d'autorégulation, on sait ce que l'autorégulation a donné pour les banques.
Ceux qui
contrôlent l'intelligence artificielle, sont de très grandes entreprises qui font des milliards de dollars de cash. Le commun des mortels ne peut pas les concurrencer. Et plus ils récoltent d'informations, plus ils deviennent
puissants.
Juste une réaction à cette crainte de Joseph Stiglitz sur le fait que ce sont des grandes entreprises qui vont prendre la main sur l'IA. On se souvient de ce qu'avait dit Vladimir Poutine dès 2017, celui qui contrôlera l'IA contrôlera le monde.
C'est assez vrai. Et je pense d'où l'importance pour l'Europe d'avoir des concurrents, soit étatiques, soit privés. mais Adosano Valeur pourrait faire partie de cette course. On ne peut pas y aller en étant complètement démunis et en regardant juste le train passer. Donc oui, c'est vrai, les grandes entreprises, beaucoup américaines, mais donc les Chinois sont aussi en train de s'équiper, sont en train de mener la danse. C'est elles qui mènent la danse de quels sont les nouveaux bolets qui sortent, quelles sont les nouvelles capacités, quels sont les nouveaux usages, quelles sont les nouvelles applications. On peut essayer de reprendre la main. Qui sont
les meilleurs, Antoine Borde, à l'heure où on se parle ? C'est les Chinois ?
Non, c'est encore les Américains.
'est encore les Américains ?
Oui, c'est encore les Américains. Les Chinois d'Ipsic ont fait vraiment une entrée fracassante dans le champ, avec un modèle qui est de très très bonne qualité, mais qui n'est pas forcément meilleur que les meilleurs modèles américains, mais très très bon. Mais surtout, les modèles américains, là où ils ont le plus grand puissant, c'est qu'il y a plusieurs acteurs aussi, ils n'ont pas juste une entreprise, ils ont plusieurs. Les Chinois aussi,
moi on me dit que sur Ging Face, qui est cette banque de modèles en open source, les trois les plus téléchargés actuellement sont trois Chinois, donc derrière d'Ipsic. Les Américains ne sont pas très open source. En tout cas, cette bataille
-là, elle est lancée. Et vous nous disiez, en débutant ce plateau, qu'on n'était pas totalement décrochés, nous, Européens. On a des talents et des entreprises qui sont encore dans la... Sur les applications,
on a quand même... Sur le modèle de base aussi ? Oui, sur le modèle de base, il y a Mistral.
Je pense qu'on n'est pas dans un système figé. Ça ne va pas arrêter de bouger. C'est pour ça que nous, Européens, on a le temps. On peut aussi accrocher un autre wagon.
Juste un mot, ce qui est vraiment important, c'est que ce n'est pas figé, mais surtout les cycles d'innovation sont très rapides. Et
on forme de très bons chercheurs dans les écoles françaises, et qui sont parfois partis, mais parfois revenus, c'est votre cas Antoine Borne. En tout cas, c'est l'un des enjeux majeurs de la révolution, l'IA, la défense. Quelle place auront par exemple les robots sur le champ de bataille ? La question est déjà posée, vous allez le voir dans ce reportage d'Anne Makinion et Wanan Guyen.
'est une fiction apocalyptique. Notre monde est marqué par d'incessantes menaces balistiques.
y a un deuxième impact sur le général.
Imaginé par des auteurs de science-fiction et des chercheurs pour permettre à l'armée française de se préparer au pire.
Il y avait des essences de drones, comme on n'avait jamais vu. C'était le chaos.
Un scénario catastrophe, mais est-il vraiment possible ? L'IA peut-elle changer le visage de la guerre ? Que faut-il craindre dans les prochaines années ? Nous sommes allés poser ces questions à Bertrand Rondepierre, en charge de l'intelligence artificielle de la défense, au sein du ministère des Armées. Il tient d'abord à nous rappeler que l'IA est déjà utilisée par les militaires, notamment ukrainiens.
Les militaires ont cette boucle OODA. Donc OODA, c'est observer, orienter, décider, agir. L'IA, en fait, en jouant un grand rôle, c'est accélérer cette boucle. Et en fait, quand vous accélérez cette boucle, quand vous êtes capable de la faire plus vite que votre adversaire, normalement, c'est ça qui vous donne la supériorité.
Et toutes les grandes nations s'y mettent. Les Etats-Unis avec ce puissant drone de combat. Israël et son tank Barak, dotés de capacités de détection basées sur l'intelligence artificielle, de nouvelles armes plus puissantes et une massification à prévoir, comme cet essein de drone, déjà intégré dans les exercices militaires sud-coréens.
Quand on envoie aujourd'hui quelques drones pour leur mission, demain, dans des échelles industrielles, on peut imaginer avoir des esseins avec 10, 100, 1000 drones, je ne sais pas. Et ça, c'est aussi une mutation, parce qu'aujourd'hui, on est sur beaucoup d'objets technologiquement compliqués, et demain, je pense qu'on sera beaucoup sur de la masse, avec des objets moins complexes, moins coûteux, avec de l'intelligence qui serait opérée soit à distance, soit à un embarqué, mais massifiée. Pour réfléchir à l'avenir, je pars d'un principe qui me semble clé dans le rôle que j'occupe, qui est... que tout ce qui peut se passer va se passer.
Et que va-t-il se passer alors ? Et chiens robots guidés par l'intelligence artificielle sont déjà testés par l'armée britannique pour désamorcer les bombes. Ou sont équipés aux Etats-Unis de fusils. Peut-on aussi envisager des robots boostés par l'IA qui agiraient à la place des soldats ?
parle beaucoup d'armes autonomes, mais concrètement, aujourd'hui, on met un détecteur de mouvement un peu rustique sur une nitrailleuse. En fait, il n'y aura pas de détection intelligente, mais on va avoir une machine qui tire automatiquement sur tout ce qui bouge grosso modo. Donc la réalité, c'est qu'on est déjà sur des systèmes à l'usage potentiellement horrible sans même y mettre d'IA. Donc demain, en mettant de l'IA... Il se passera probablement des choses à peu près du même acabit. Et donc, encore une fois, la question, c'est pas tant est-ce que c'est horrible ou pas. La question, c'est nous, en tant qu'armée française, qu'est-ce qu'on fait pour s'y préparer et y faire face
'IA, c'est aussi les deepfakes. Ces vidéos créées de toutes pièces dans lesquelles la voix et l'aspect d'une personne sont parfaitement imitées, comme ici, avec le président ukrainien. Une arme redoutable pour manipuler l'opinion publique.
Évidemment qu'il y a un enjeu sur les deepfakes, pour nous en fait à faire la part entre vrai et faux. Donc évidemment que ça c'est déjà le cas aujourd'hui, ça continuera d'être le cas demain, et en fait ça rentre toujours dans cette réflexion de comment on fait comme on fait face.
L'enjeu pour l'armée française est de ne pas se faire distancer.
Si, en tout cas, les compétiteurs se mettent à avoir des capacités avec des drones, des essais avec 1000 drones, et qu'en fait, nous, en face, on n'est pas capable d'y faire face pour telle ou telle raison, parce qu'on n'aurait pas développé l'autonomie, parce qu'on n'aurait pas développé de la commande à grande échelle, par exemple, ça veut dire très concrètement que sur le terrain, on perd notre supériorité. Et si on perd notre supériorité, ça veut dire qu'on est vulnérable. Très concrètement sur le terrain, ça se traduit par, si je schématise un peu, par perdre la guerre.
Oui, c'est ça qui joue. C'est prendre le tournant de l'IA ou perdre la guerre. Je rappelle, Antoine Borde, que vous êtes à la tête d'une entreprise qui s'appelle Helsing, spécialisée dans l'IA et la défense. Il y a déjà de l'IA, qu'on l'a vu sur les terrains de conflit, notamment en Ukraine. La question qu'on peut se poser après ce reportage, c'est de se dire, l'étape d'après, c'est quoi ? C'est des robots qu'on active tranquillement du ministère de la Défense et plus de soldats sur le terrain. C'est quoi les sujets sur lesquels vous travaillez ?
fait, il y a une phrase qui a été dite, tout ce qui peut arriver va arriver, on l'a noté. Je pense que c'est un petit peu ça. Ici, on revient juste en arrière sur le conflit ukrainien qui va se rapprocher ces trois ans. En fait, au début du conflit ukrainien, les échos, c'était on revient à la guerre de 14. C'est de la guerre de tranchées, c'est des guerres d'artillerie, c'est des guerres de position, etc. Et en fait, qu'est-ce qui s'est passé trois ans plus tard ? Maintenant, on parle des seins de drones qui sont capables et aussi, qu'on appelle complètement de transparence totale du champ de bataille. C'est-à-dire qu'on voit tout grâce aux satellites et aux drones d'observation. Donc, qu'est-ce que ça nous dit ? Ça nous dit qu'en fait, en moins de trois ans... On a réussi à changer quelque chose qui était quasiment 100 ans de guerre. Et c'est ça, je pense, qui est l'enjeu le plus important, et que Bertrand de Pierre rappelait bien, c'est qu'il faut être capable d'innover très rapidement, puisqu'en fait ces cycles-là vont très vite. On n'était pas capable de produire des drones il y a trois ans, on ne savait même pas les concevoir, potentiellement des drones ne frappent. Maintenant, les Ukrainiens en produisent un million par an. Et les Chinois vont en produire un million par an, et les Américains vont en produire 10 millions par an.
Il y a une question qui est posée à l'IA, tiens, allez, l'IA peut-elle tuer ?
'intelligence artificielle ne tue pas de manière intentionnelle, mais son usage dans des domaines sensibles comme l'armement, les transports ou la santé peut entraîner des morts si elle est mal conçue, mal utilisée ou insuffisamment contrôlée.
une fois qu'on a dit ça, on n'a pas dit grand chose.
L'amour aussi, parce qu'il y a eu des suicides par des usagers qui étaient amoureux de RIA et qui voulaient aller les rejoindre.
Je vais dire quelque chose d'un peu naïf, mais après tout c'est le rôle du philosophe, c'est que l'IA va se poser la question par rapport à la guerre, comment être plus efficace, et l'intelligence humaine va se poser la question, pourquoi la guerre ? Et peut-être qu'au lieu de réfléchir aux nouveaux robots qui vont permettre de faire quoi en fait, pourquoi fait-on la guerre aujourd'hui ? Pour prendre du territoire ? pour prouver sa domination ? En fait, on ne sait plus. Parce que la guerre, c'était imposer une volonté, une intention. Ça avait quelque chose qui impliquait une espèce de fierté du combat. Si c'est des robots qui se font la guerre, peut-être que la guerre n'a juste plus de sens. Et si la guerre n'a plus de sens, on pourrait
peut
-être arrêter. Non, mais c'est ça la question qu'il faudrait se poser. Parce que face aux enjeux du monde aujourd'hui, il y a prolifération du nucléaire, effondrement des espèces, etc. On a plus besoin que jamais de coordination internationale et moins besoin que jamais de perdre son temps dans la guerre. C'est l'inverse
qui semble se dessiner.
Avec
des grandes puissances comme les Etats-Unis qui ont de nouveau des velléités territoriales.
Peut-être parce qu'on obsède justement sur l'intelligence et qu'on n'est pas assez connecté à nos émotions. Et deuxièmement, ce qui est intéressant, c'est que la priorité de l'armée de terre aujourd'hui, qui a fait un colloque sur le sujet il y a 15 jours, c'est ce qu'ils appellent le commandement par l'intention. C'est-à-dire que l'armée est extrêmement bureaucratisée, comme tous les secteurs de la société, privés comme public, et que donc ça recommence à poser un problème stratégique. Donc une des priorités de notre armée de terre, c'est de débureaucratiser. Comme on parle attention, ça veut dire que le soldat de base devrait être capable de manière autonome d'exécuter un ordre simple en trouvant les moyens de poursuivre cette finalité. Mais c'est intéressant parce que ça veut dire que ce qu'essaye de faire l'armée aujourd'hui, c'est au contraire, sur ces problèmes opérationnels, de retrouver beaucoup d'intelligence humaine parce que sinon ils sont en risque. En risque bureaucratique, en fait.
Antoine Borde, de toute façon, la décision reste humaine.
la décision reste humaine. Mais en fait, ce qui se restreint, c'est le temps qu'a l'humain pour prendre la décision. Et le temps qu'a la chaîne de commandement pour la décision, puisque les informations peuvent arriver plus vite. L'ennemi, qui avant pouvait prendre plusieurs heures pour avoir une information, maintenant à prendre quelques minutes. Donc c'est pour ça aussi que l'armée essaie de réduire la chaîne de commandement. La décision est humaine, mais peut-être qu'elle doit être prise plus bas dans la chaîne.
Il y a une question qui est amusante de Valérie, qui est retraité, qui dit comment les retraités peuvent-ils ne pas... de ne pas être complètement perdus avec l'intelligence artificielle, devrons-nous retourner à l'université ?
Les retraités utilisent l'intelligence artificielle, parce que le propre de ces intelligences artificielles génératives, c'est qu'elles sont extrêmement faciles à utiliser. Et donc, non, ils ne doivent pas retourner à l'université, mais ils peuvent apprendre avec l'intelligence artificielle à condition de le faire avec dix. Ce
qui était suggéré à la fin de ce reportage, il y a la guerre qu'on mène sur le terrain des combats, et puis il y a la guerre informationnelle, qui est un enjeu majeur, si on fait référence au début de cette émission, avec les images d'Emmanuel Macron, ou cette simulation qu'on a faite en débutant. cette émission. C'est l'une des craintes qu'on peut avoir collectivement.
L'IA, c'est un outil. Donc c'est au service des humains. Les humains se font la guerre depuis la nuit des temps. Ils n'ont pas assez de philosophes. Les humains sont en compétition. Et là, on est exactement là-dedans. C'est-à-dire que oui, là, on est dans une compétition et on est dans cette utilisation, entre parenthèses, évidemment, dans les guerres. C'est aussi le moment où on va très très vite dans l'apprentissage parce qu'on est dans une concurrence qui est féroce et qui est tragique. Mais là, on est exactement à ce moment de l'histoire de l'humanité.
Merci beaucoup. Merci à tous lesquels.
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