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La transcription complète de la vidéo, ouverte sur le tour de parole qui contient l'extrait : faites-la défiler pour lire tout ce qui précède et tout ce qui suit. Le tour cible est encadré.
Bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue sur le plateau de C'est dans l'air. Mon invité ce soir est Julien Denormandie. Bonsoir.
Bonsoir.
Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes ancien ministre de l'Agriculture, mais surtout, vous venez de publier avec Eric Orsena, Nourrir sans dévaster aux éditions Flammarion, alors que le gouvernement est toujours aux prises avec la colère des agriculteurs. Et c'est cela aussi que nous allons aborder ensemble ce soir. Depuis 7h ce matin, alors il est revenu depuis, mais Gabriel Attal était lui aussi au salon de l'Agriculture. C'est habituellement, ce salon que vous connaissez bien en tant qu'ancien ministre, un salon où on se retrouve, un salon où on vient en famille. C'est devenu depuis... quelques heures, quelques jours, un champ de bataille politique. Est-ce que vous allez nous dire, comme dit le président ou comme dit Gabriel Attal, c'est de la faute du RN ?
Que le salon d'agriculture ait deux facettes, une facette très populaire et une facette politique, ça je dirais c'est vieux comme le monde. Qu'il y ait des enjeux politiques singulièrement prenant cette année, à l'évidence. On voit bien des récupérations ici ou là. Moi je pense qu'il faut avoir une boussole, c'est le monde agricole. C'est-à-dire derrière ces enjeux politiques, qu'est-ce qui doit nous réunir ? Comment fait-on pour consolider la Ferme France ? Et c'est ça le plus important.
C'est bien le sujet, d'ailleurs, du gouvernement qui multiplie les propositions depuis quelques semaines. De nombreuses propositions, dont la dernière en date. Alors vous allez me dire si elle avait été évoquée quand vous étiez ministre de l'Agriculture. L'idée de prix plancher pour que les agriculteurs parviennent à vivre de leur production, c'était inenvisageable en réalité quand vous étiez en fonction.
Disons que derrière ce terme, et pardon de rentrer un peu dans la technique, derrière ce terme, il y a un enjeu qui est fondamental, c'est le revenu de nos agriculteurs. Et le revenu de nos agriculteurs, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que c'est la mer des batailles. N'oublions jamais qu'entre 2010 et 2020, il y a 100 000 agriculteurs qui ont fermé leurs fermes. Et dans cette mer des batailles, vous avez d'un côté la grande distribution, de l'autre les industriels et enfin les agriculteurs. Vous avez un ménage à trois. et un ménage à trois dans lequel vous parlez d'argent. Dans un ménage à trois, quand vous parlez d'argent, à coup sûr, ça finit mal. Rassurément, on ne le
découvre pas, ça.
Non. Et donc, moi, j'avais porté une première loi dont beaucoup de personnes parlent aujourd'hui, qui s'appelle la loi EGalim, qui visait à faire quoi ? À dire, dans ce ménage à trois, on va partir du coût de production de la matière première agricole. Et on va faire en sorte que ce coût de production soit préservé pour aider les agriculteurs dans ce ménage à trois. Force est de constater que... Un, il faut aller beaucoup plus loin dans les sanctions pour... Toutes les industries des grandes distributions qui ne jouent pas le jeu. Et deux, c'est ce que dit le président de la République, est-ce qu'on ne peut pas aller encore plus loin en sacralisant ce coût de la matière première agricole ? Vous aviez
conscience, quand vous êtes arrivé en fonction, c'est la mère des batailles dites-vous aujourd'hui, vous le saviez lorsque vous êtes arrivé aux responsabilités. Pourquoi est-ce qu'on n'y est pas arrivé ? Pourquoi est-ce qu'il faut légiférer encore, d'ici au mois de juin, sortir des propositions comme celle des prix planchers de nouveau, qui, on va le voir dans un instant, ne sont pas si faciles à appliquer ? Pourquoi on y arrive ? Est-ce que c'est parce que, comme le dit Marc Fainaut, les grandes distributions manquent de patriotisme ? C'est ce qu'il a dit.
Moi, je pense qu'il y a une véritable question de rapport de force. La loi, c'est bien, mais la loi, ça ne peut pas tout. Si la loi était les solutions à tout, je peux vous dire, dans notre pays, on serait les champions du monde. Les champions du monde. Et il y a un rapport de force. Ce qu'on raconte avec Eric Orsona dans ce livre, Nourrir sans dévaster, c'est justement le derrière de la scène dans ce rapport de force. Quand vous voyez qu'une entreprise comme Lactalis... a demandé à ce qu'on enlève l'origine, l'origine du lait sur les briques de lait. J'étais ministre à l'époque, j'ai porté le sujet en justice, j'ai perdu. Pourquoi je vous donne cet exemple ? Pourquoi vous
avez perdu déjà ?
Parce que la Cour de justice européenne a donné raison à l'actalis, pour de sombres explications, mais a donné raison à l'actalis. Et donc j'ai perdu. Face à la justice, pourquoi je vous donne cet exemple ? Parce que que ce soit sur l'origine ou le prix, c'est un véritable rapport de force. Et
Lactalis a été à nouveau visé aujourd'hui au salon de l'agriculture. Ils ont déployé une banderole en disant que les industriels font leur beurre sur notre dos. Pour que les gens qui nous regardent comprennent bien, Lactalis offre 420 euros la tonne de lait quand le vrai coût de production c'est 440 et que la rémunération idéale pour que les producteurs puissent en vivre, ce serait 500 euros. Et
quand vous avez d'autres industriels ? comme par exemple LSDH, qui est une autre laiterie dans le centre Val-de-Loire, elle joue le jeu et rémunère correctement les agriculteurs, comme quoi c'est possible. Et je reviens à cette notion de rapport de force. La loi, elle doit donner les outils pour que le gouvernement, que les responsables... puissent intervenir dans le rapport de force et gagner. Vous n'aviez pas les
outils, Julien Denormandie ? C
'est pour ça qu'on a passé la loi EGalim. Après, aujourd'hui, le monde agricole, d'ailleurs, salue la loi EGalim, mais dit qu'il faut aller encore plus loin, ce que dit le président de la République. Moi, tout ce qui va en faveur d'un renforcement du revenu des agriculteurs, j'y suis évidemment favorable. Il y a quelques
semaines, on parlait aussi du prix. On parlait de la négociation entre les distributeurs et les producteurs, mais plutôt du côté de la grande distribution, en disant comment est-ce qu'on fait pour faire baisser les prix. On est toujours au milieu de ce débat-là, même en tant que... bien
sûr et c'est ça qu'il faut bien comprendre et dans dans ce livre d'ailleurs on met en avant cette somme de contradictions qui fait que le boulot des agriculteurs devient impossible il ya une sorte de de folie qui est que Politiquement, notamment en 2008-2009, on s'est dit, on va financer le pouvoir d'achat des Français en réduisant le revenu de nos agriculteurs. On va financer le pouvoir d'achat des Français en disant, la grande distribution, vous aurez les pleins pouvoirs. C'était la loi LME. C'était folie. Il faut aujourd'hui accepter, mais c'est dur à dire politiquement, qu'on doit payer son alimentation à sa... juste valeur et de l'autre côté des politiques sociales pour celles et ceux qui n'ont pas accès à cette alimentation. Vous n'êtes
pas si loin de la phrase Emmanuel Macron, en tout cas ce sont des propos rapportés du président lors d'une rencontre avec le mouvement de défense des exploitants familiaux qui auraient dit les smicards préfèrent un abonnement VOD à une alimentation plus saine.
Il a démenti formellement. Je suis même certain que cette phrase n'a pas été prononcée. En revanche, dans le livre, ce qu'on met en avant avec Eric Orsona, c'est que souvent, nous tous, nous sommes peut-être citoyens de bon matin, mais consommateurs passé le quart d'heure. Avec beaucoup d'humilité, parce que beaucoup de nos concitoyens n'ont pas la capacité, la possibilité d'avoir accès à cette alimentation. Mais ne croyons pas. qu'on va sauver le pouvoir d'achat des Français en réduisant le revenu des agriculteurs. Ce qu'on a beaucoup entendu dans
cette crise-là, c'est l'idée que tout se décide d'en haut. On légifère, on fait des lois. Et au final, elles ne sont parfois pas appliquées totalement sur le terrain. Ça prend du temps. Une forme de déconnexion entre la France des élites et la France d'en bas, de ceux qui font. Écoutez ce que dit Eric Ciotti. Il était lui aussi en visite au Salon d'agriculture.
ne peut pas gérer d'en haut sans connaître, dire aujourd'hui qu'il faut un prix plancher par exemple, ce qui est une idée que lorsqu'on discute avec les producteurs ici, qu'ils soient de la filière laitière, de la filière de l'élevage, on ne voit pas comment concrètement ça se passe. Donc ça traduit quoi ? Ça traduit qu'on est dirigé par des gens qui n'ont ni expérience, ni compétence, ce qui est grave.
Écoutez, moi j'ai été ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, je suis moi-même ingénieur agronome. Je crois pouvoir dire que je sais de quoi je parle quand je parle d'agriculture. Donc, évidemment, Éric Ciotti fait de la politique, je le laisse faire de la politique.
Mais vous l'avez entendu, ça aussi, puisque vous les avez rencontrés, les agriculteurs, on les a entendus dans tous les reportages, dire on nous impose des normes. Et là, si on va aussi à l'échelle européenne, et c'est aussi présent dans votre livre, cette idée d'une forme de déconnexion entre ceux qui font et ceux qui savent. En fait,
je pense que la bonne politique, qu'est-ce que c'est ? C'est ce que nous disait Edgar Pisani, ancien ministre de l'Agriculture, c'est avoir une vision. Et se soucier du quotidien. Et la mauvaise politique, c'est simplement l'accumulation d'une mesure. Qu'est-ce que demande le monde agricole aujourd'hui ? C'est une vision. Quand on intitule notre livre Nourrir sans dévaster, dévaster l'environnement, nos agriculteurs, nos solidarités, nous-mêmes, c'est de donner une vision. C'est quoi la vision de l'Europe par exemple ?
Effectivement, c'est la thèse de votre livre. En Europe, certains plaident pour une agriculture moins productive, donc plus respectueuse. On l'a entendu, c'était from farm to fork, avec l'idée qu'il fallait faire moins, mais faire mieux. Est-ce que cette crise agricole ne remet pas complètement ce modèle-là cul par-dessus tête ?
On le montre d'ailleurs à travers un voyage à la fois dans nos contrées, mais aussi à l'international, en Ukraine, au Brésil, en Égypte par exemple, on montre à quel point la notion de production est importante. Il faut produire. Il faut produire parce que... L'Egypte, par exemple, aujourd'hui, les crocs de l'ogre russe se sont plantés dans les estomacs des Égyptiens. Moi, je préfère que ce soit la France qui leur exporte du blé. Mais une fois que j'ai dit ça, quel est le problème au niveau européen ? Par exemple, sur les
pesticides, produire, ils disent très bien, mais il nous faut des outils pour produire comme les
autres. Mais quel est le problème de l'Europe ? L'Europe a une vision très claire en termes de protection. L'Europe, aujourd'hui, n'a pas de vision en termes de production. Et c'est ça. Ce qui manque dans la vision, une fois, demandez à n'importe quel responsable politique européen quels sont les objectifs de production. Personne ne vous répondra. Personne. Parce que l'Europe n'en dispose pas. Et qu'est-ce qu'il faut ? Il faut afficher des objectifs de protection, des objectifs de production, faire du en même temps agricole, si je puis dire. Et une fois que vous avez les deux objectifs, vous dites, mais comment on arrive à les concilier ? Comment on arrive à faire ? C'est ça, la vision. Et une fois que vous avez cette vision, vous l'avez découlée. Je suis bien de Normandie. C'est pas bon de le dire comme ça,
mais l'Europe s'est plantée. Sur ce sujet-là ?
Je
sais que vous êtes européen, on peut dire quand on s'est trompé.
Je pense que profondément, l'Europe manque de cette vision. Profondément, l'Europe a fait des erreurs. Profondément, la Commission européenne a eu des comportements inacceptables, notamment sur ce qu'on appelle les « close miroir ». Je le raconte. Et je me suis battu, et j'ai eu des succès, et j'ai eu des échecs. Mais, mais, l'Europe, c'est notre solution. Donc je suis très critique, mais incroyablement en soutien. Il faut dire qu'on aime l'Europe.
Et en tout cas, cette crise aujourd'hui, elle n'impacte pas seulement la France. Grâce qu'une vingtaine de pays européens sont aussi plongés dans cette colère exprimée par les paysans, par les agriculteurs. Merci beaucoup d'avoir été mon invité. Je rappelle le titre de votre livre écrit avec Eric Orsena, « Nourrir sans dévaster ». C'est une vision, c'est la vôtre et c'est celle que vous développez dans ce livre. Dans un instant, nous allons venir sur une déclaration du président de la République. Il a évoqué une hypothèse, celle de l'envoi de troupes. En Ukraine, il a sans doute brisé un tabou, depuis c'est une bronca, dans les capitales européennes, mais aussi dans la classe politique française. A tout de suite.
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