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La transcription complète de la vidéo, ouverte sur le tour de parole qui contient l'extrait : faites-la défiler pour lire tout ce qui précède et tout ce qui suit. Le tour cible est encadré.
Bonsoir, bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue, c'est Sens Public, votre rendez-vous quotidien de débats, de reportages, de chroniques et d'analyses sur Public Sénat. 90 minutes pour donner du sens à l'actualité grâce à nos experts. Et l'actu aujourd'hui, c'est le discours d'Emmanuel Macron ce matin sur l'autonomie de la Corse. Le chef de l'État entre-ouvre la porte et donne la marche à suivre. Il
faut pour cela 'entrée de la Corse dans notre Constitution. C'est votre souhait, je le partage et je le fais mien.
inscrire les spécificités corse dans la Constitution, il faudra un minimum 6 mois de travail avec le gouvernement pour écrire le texte. Il faudra surtout l'accord des 3 cinquièmes des parlementaires et donc de la majorité de droite au Sénat. L'autonomie de la Corse est-elle possible ? Est-elle souhaitable ? Ce sera notre premier débat dans une minute. Et puis dans trois quarts d'heure, c'est le nouveau poids géopolitique d'Elon Musk que l'on va sous-peser dans un livre qui vient de paraître le patron de Tesla, Twitter. SpaceX est accusé d'avoir bloqué une offensive ukrainienne contre la flotte russe. Est-ce vrai ? Quelle est cette constellation de satellites qui fait de Musk un acteur important du conflit ? Le milliardaire, génial et colérique, roule-t-il pour Donald Trump, pour la Russie ? Beaucoup de questions passionnantes à aborder tout à l'heure. Mais d'abord, ce qu'il faut retenir des annonces du président de la République devant l'Assemblée de Corse avec Flora Sauvage.
'espoir en ligne de mire après plus d'un an de discussion entre l'Etat et les dirigeants de l'île de beauté, Emmanuel Macron a proposé devant l'Assemblée de Corse qu'une nouvelle étape soit franchie. Le chef de l'Etat donne six mois au gouvernement et aux élus corses pour aboutir à un texte constitutionnel et organique afin d'inscrire les spécificités corses dans la Constitution, faisant sienne l'une des demandes historiques des nationalistes.
ne veux ici préempter aucun des débats démocratiques que mèneront les forces vives en Corse et la représentation nationale. Je suis favorable à ce que les spécificités de la communauté insulaire corse soient reconnues dans la Constitution au sein d'un article propre, celle d'une communauté insulaire, historique, linguistique et culturelle.
quoi satisfaire les indépendantistes à la tête de la collectivité territoriale depuis 2018.
est sur une inscription qui donnerait des droits à la Corse, des droits nouveaux à cette communauté, à cette autonomie. Il est évident que notre jeu, ce sera de se rapprocher le plus possible de la libération du 5 juillet, parce qu'il y a quand même un cœur d'essentiel à préserver.
Le 5 juillet dernier, les nationalistes ont adopté un projet d'autonomie plaidant pour un pouvoir législatif confié à l'Assemblée de Corse. Les élus corses réclament un statut de résident, la co-officialité de la langue corse et l'inscription de la notion de peuple corse dans la Constitution. Autant de lignes rouges pour Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, farouchement opposé à l'autonomie de la Corse. Or, le chef de l'État aura besoin d'une majorité des trois cinquièmes au Congrès pour graver dans le marbre de la Constitution toute évolution institutionnelle de l'île de beauté.
'autonomie de la Corse est-elle souhaitable, est-elle possible ? C'est en tout cas un chemin semé d'embûches, et c'est ce que l'on va voir tout de suite avec mes invités, Michel Verger et Franceschi, bonsoir. – Bonsoir. – Bienvenue, vous êtes professeur émérite des universités, Béatrice Giblin, bonsoir. – Bonsoir. – Et bienvenue, vous êtes géographe et directrice de la revue Hérodote, Benjamin Morel, constitutionnaliste. – Bonsoir. – Benjamin, maître de conférences en droit public à Paris 2, Panthéon, Assas, et vous publiez ce livre, La France en miettes, aux éditions du CER. On est au cœur des débats dont on va parler dans cette émission. Avec nous en duplex également, Jean-Christophe Angelini, le maire autonomiste de Porto Vecchio, président du groupe Parti de la Nation Corse, je le dis en français, à l'Assemblée de Corse. Bonsoir et bienvenue à vous. Et Laetitia Cruppa, éditorialiste politique, évidemment, à mes côtés. Bonsoir Laetitia. Michel Vergé, Franceschi, qu'est-ce que vous pensez ? Une question assez générale pour démarrer de cette autonomie, allez, je vais dire esquissée par le chef de l'État.
'est revenir un petit peu à ce qu'était la Corse pendant des siècles, parce que vous savez, la Corse n'a jamais vraiment dépendu de Gênes ou dépendu de l'Angleterre du temps du royaume. Et donc, on a toujours été, j'ai refait un article récemment dans Storia Corse, en disant que le Moyen-Âge était de retour. Parce que dans nos petits villages très éloignés de tout pouvoir central, les Corses se géraient un petit peu sans subir des lois très proches d'eux. Le pouvoir central. même Versailles, Versailles par rapport à Corté au XVIIIe siècle, il faut voir la distance. Prétendre que la Corse a toujours été soumise et qu'elle a toujours été conquise, c'est une jolie formule. On la voit sur toutes les serviettes, on la voit sur tous les t-shirts, mais ça n'est pas vrai. Les Corses qui n'ont jamais été très nombreux, il ne faut pas l'oublier, c'était 120 000 habitants quand Napoléon est né, c'est le triple, 330 000. C'est le tiers de la ville de Marseille à peu près, c'est le 19e arrondissement. De Paris ? de Paris. Et les Corses ont toujours eu une certaine autonomie par rapport à un pouvoir central, quel qu'il soit. – Peut-être que la situation de la République a quand même changé ? – La République a fait beaucoup de bien. Ça, c'est une chose essentielle. Depuis que les Corses ont voulu devenir Français et ont voulu le vote du décret du 30 novembre 1789... Pour s'unir à la monarchie française, le terme de monarchie était mal choisi. On était en novembre, donc après le 14 juillet. Donc on a voté un décret qui a été le décret d'union de la Corse à l'imperium, un mot latin, le territoire français. Et donc depuis, il y a un vrai pouvoir. et de vrai
progrès dans tous les domaines. – On y reviendra, évidemment. Je vais vous donner la parole à tous les deux, évidemment, rapidement. Mais il se trouve que Jean-Christophe Angélini a d'autres rendez-vous et donc on l'a seulement pendant une dizaine de minutes dans ce débat. Je voudrais commencer, avant de vous donner la parole, monsieur le maire, entendre un extrait de l'allocution d'Emmanuel Macron. Quelle autonomie ? C'est un peu la question qu'on va tous se poser ce soir. Écoutez ce qu'en dit le président de la République.
nouvelle étape institutionnelle que nous voulons lancer doit permettre à la Corse de conserver son âme et son identité tout en restant dans les bornes de la République et de continuer ainsi à bénéficier de la solidarité nationale. Notre priorité, c'est d'aider la collectivité à répondre aux attentes des Corses, l'aider à bâtir l'espoir et la sérénité.
-Christophe Angénie, est-ce que c'est une étape importante qui a été franchie ce matin pour vous
Incontestablement, oui. Dans le discours, dans l'approche, on a bien vu une volonté claire de franchir un cap, un seul nouveau. Et je crois qu'il y a dans l'allocution du président l'effermant d'une promesse importante. Des mots forts ont été prononcés. Autonomie, évolution statutaire, langue, culture, identité, capacité à produire. nos propres normes, donc incontestablement, même si tous les termes que nous connaissons depuis fort longtemps et qui sont majoritaires dans l'espace public et le champ institutionnel de Corse n'ont pas été consacrés, il n'en demeure pas moins que l'allocution d'aujourd'hui marque, oui, une inflexion nette.
– Restez avec nous, je vais donner la parole à Benjamin Morel, est-ce que c'est une… c'est encore flou, ça doit se définir, mais quand même, ça pose la question de l'unité républicaine, ce qui est en train de se passer pour vous. Tout dépend du contenu.
Alors ça pose évidemment la question de l'unité républicaine parce qu'il ne nous a pas échappé que concomitamment vous aviez le président de la région Bretagne qui donnait un rapport à Elisabeth Borne pour lui demander également l'autonomie sur des termes corse. Donc là en effet, il y a un effet qui peut être un effet d'emballement et ça c'est très très dangereux. Ensuite sur le contenu, on a un Emmanuel Macron qui a été très très offensif. Il a prononcé le mot assassinat mais uniquement lié à Ivan Colonna. Le mot erignac n'est que lié au mot commando erignac. Donc vous voyez que le discours de 2018 de Bastia est celui-là. Il y a un delta extrêmement important. Il reprend les termes des nations et d'une certaine façon, il s'adresse d'abord et avant tout à eux en reprenant un certain nombre de signifiants rhétoriques. Sur le fond, l'autonomie, c'est un mot valise. Ça ne veut rien dire en réalité. Qu'est-ce que c'est l'autonomie ? Est-ce que c'est avoir un pouvoir normatif ? N'importe quelle commune dispose d'un pouvoir normatif en réalité à travers un pouvoir réglementaire résiduel. Est-ce que ça veut dire un pouvoir législatif ? Ce n'est pas du tout la même chose. Donc on va voir ce qu'il va en être. À ce stade-là, en effet, les mots sont importants, le
contenu lui est flou. – Jean-Christian Fangelini, jusqu'où… vous voulez pousser le courseur, parce qu'on a bien compris que là maintenant, il y a un processus de discussion qui va continuer, d'abord entre Corse, et puis peut-être parallèlement, et ensuite avec le gouvernement. C'est quoi pour vous l'autonomie souhaitée ?
'autonomie de société, pour nous, c'est celle qui fait le quotidien depuis des décennies de dizaines, peut-être de centaines de millions d'Européens de par le monde. Je ne partage pas complètement l'analyse de M. Morel, sauf sur un point qui a été évoqué en creux, c'est qu'on n'est pas, effectivement, quand on évoque ces questions, dans une tradition établie en France qui est… Michel Verger, que je salue, connaît ses questions par cœur, le fruit d'une longue et lente centralisation. Et donc on est effectivement dans une république qui a quelques difficultés avec le fait régional, le fait territorial et avec ses identités particulières. – Pardon, je vais essayer d'être
très concret, c'est toujours compliqué, je reprends la main et je m'en excuse. Par exemple, sur la langue corse, qu'est-ce qui pourrait changer d'après vous ?
– Très concrètement, l'autonomie… Pour reprendre un bout de votre question précédente, c'est pour nous la capacité à légiférer et à réglementer dans tous les domaines, à l'exception bien sûr de ceux qui relèvent du régalien. C'est en cela qu'il n'y a à mon avis aucune sorte de péril pour la République, dès lors que les grandes matières qui sont du domaine du régalien ont vocation à rester dans ce même secteur. Pour le reste, vous parliez de langue corse. Je vous rappelle quand même que la Corse aujourd'hui n'est même pas dans la capacité de fixer ses propres dates de rentrée. qu'elle est soumise en termes de rythme, de contenu pédagogique, à un certain nombre de règles qui, pour spécifiques qu'elles puissent être, n'en demeurent pas moins calquées sur les grands modèles nationaux. Donc je crois qu'il y a vocation, notamment en matière éducative, à imprimer nos propres contenus, à développer notre propre pédagogie et bien sûr, comme le président lui-même l'a dit, inscrire la langue et la culture. dans l'espace massifié de l'enseignement public. – Ok,
restez encore avec nous quelques minutes, je sais que vous êtes pressé, mais vraiment je voudrais donner la parole à Béatrice Giblin et entendre votre réponse. Est-ce que vous êtes un peu inquiète vous Béatrice Giblin ce
soir ? – Ah oui, quand j'entends Jean-Christophe Angelini, oui je suis un peu inquiète. – Pourquoi ? – Par exemple pour dire, on fera nos programmes d'histoire parce que c'est ça qu'il y a derrière, comme on l'entend et on enseignera un certain type d'histoire, oui ça me préoccupe parce que le récit… la constitution, une histoire multiséculaire comme la nôtre. Avec la Corse à l'intérieur, évidemment. Si chacun se met à faire son discours historique, on a vu que dans des écoles d'Iwan, par exemple en Bretagne, ils avaient effectivement un enseignement d'histoire qui était... pour le moins tendancieux. Donc il faut faire attention à un certain nombre de choses là-dessus. Donc oui, ça m'inquiète. De même, par exemple, sur le rapport à la langue, on comprend très très bien l'importance de la langue pour une partie de la population corse, parce que tous les corses ne parlent pas le corse. Mais quand on voit, par exemple, ce que ça a donné en Catalogne, où petit à petit on a supprimé l'espagnol, où il n'est resté que le catalan, et où d'une certaine façon ça a permis de marquer... marginaliser une partie de la population. Je ne dis pas que ce soit ça en ce moment, mais ça peut venir à l'idée. Et à partir de ce moment-là, la République une et indivisible, elle est un petit peu en miettes.
– Allez, une dernière question, et peut-être réponse à cette réaction de Béatrice Giblin, Jean-Christophe Angelini. Qu'est-ce que vous répondez face à ces craintes qui s'expriment ici et ailleurs d'ailleurs, dans le champ politique aussi ? On écoutera la réaction par exemple du président. du groupe LR au Sénat dans quelques minutes. Qu'est-ce que vous répondez à ces craintes qui s'expriment
J'entends avec beaucoup de respect vos invités. Je ne partage pas encore une fois cet humble point de vue, mais je les trouve sans taquinerie, dirons-nous, en deçà du président de la République lui-même. Qu'a-t-il été dit aujourd'hui ? Qu'à l'heure d'une économie et d'un monde globalisé, on pouvait vivre d'identités multiples. qu'enseigner le Corse n'était pas tentatoire à l'enseignement du français. que parler de notre histoire et la convoquer, non pas dans un récit mythifié ou mythologique, mais dans un récit objectif, n'était pas portée atteinte à toutes les autres histoires. Le ministre Darmanin, lors de la cérémonie commémorative de l'assassinat du préfet Rignac, a parlé de réconciliation des mémoires. Donc je crois qu'il ne faut pas poser les choses en termes d'exclusives ou d'anathènes. Je le redis, enseigner le Corse, ça n'est pas décrédibiliser ou marginaliser le français. qui a des centaines de millions de locuteurs de par le monde, quand la langue corse, elle, a un taux de transmission familiale de l'ordre de 2 ou 3 % et est sur le point de s'étendre. Et moi, je considère que le Corse n'est pas que la langue des Corses. C'est un bout du patrimoine de l'humanité qui nous est commun et qu'on a intérêt à préserver dans l'intérêt du peuple corse, mais de l'humanité tout entière. Donc ne raisonnons pas en termes d'exclusives. C'est une démarche ouverte de tolérance, d'accueil, d'humanisme. et poser l'autonomie de la Corse avec cette capacité à légiférer et à réglementer dans un ensemble global, ça n'est pas porter atteinte à qui que ce soit. C'est simplement trouver un chemin de paix en dehors de toute violence politique, en dehors de toute surenchère et dans la claire conscience qu'on peut réinventer un pacte entre la République, l'Europe et la Corse pour peu que l'ensemble des partis s'accordent sur un minimum, si chacun se répugie. Dernier mot.
Ce sera le défi, évidemment, des prochains mois. Merci beaucoup, Jean-Christophe Angelini. Je vous laisse repartir, je crois, vers l'Assemblée de Corse, si je ne me trompe. Mais peut-être est-ce une erreur ? Je n'ai pas payé à mémoriser ce qu'on m'a dit. Avec la suite du voyage du président de la République. C'est ça, c'est ça. Merci beaucoup et bonne fin de journée. Tiens, sur la Corse, Michel Verger-Franceschi, il y a si peu de Corse qui parle Corse aujourd'hui ?
langue, elle n'est jamais imposée par un État. Oui. Ici, en ce moment, nous ne parlons pas du tout la langue de Louis XIV, on parle la langue de Molière. En Angleterre, on ne dit jamais la langue d'Henri VIII, on dit la langue de Shakespeare. Et donc, les Corses ont le droit de parler Corses en vertu de l'ordonnance de 1539 dont deux articles n'ont jamais été abrogés. La langue officielle qui a remplacé le latin, c'est le français. C'est normal pour l'éducation, pour l'administration et pour la justice.
Donc
c
'est la
langue du quotidien, le français. du quotidien, c'était la langue de mon grand-père qui parlait Corse en Corse et qui parlait français à Paris.
– Alors, qu'est-ce que vous répondez aux questions que se posait Béatrice Giblin en prenant l'exemple catalan, d'un risque finalement de gommage ou d'érédication de la langue française ? –
L'idée du bilinguisme est une très très belle idée. Seulement, quand on est dans un processus d'affirmation d'une nation, à ce moment-là, le rapport de force, parce que c'est une histoire de rapport de force. Le rapport de force qui s'instaure est de faire passer la langue qu'on estime être de sa propre identité devant l'autre. Et pour cela, il est important, effectivement, dans un premier temps, on joue des deux. Et puis, petit à petit, on renforce la langue, sa propre langue. Parce que c'est une façon, en fait, aussi de se préserver. des espaces qui sont des espaces politiques, qui sont des espaces économiques. Et petit à petit, les choses se referment sur un discours, je finis juste, sur un discours de l'ouverture. Alors, on est peu nombreux dans la mondialisation, on a le droit d'exister. C'est important qu'on existe, c'est la richesse, le patrimoine, tout ça c'est des belles paroles. Mais de fait, on arrive à, en fait, une fermeture, à réserver, aux siens, les postes, les sièges. Et ça, c'est une évolution qu'on voit partout. Il ne faut pas raconter d'histoire. On le voit en Flandre, on le voit en Catalogne, on le voit aux Pays Basques et on le verrait
en
Corse si ça se produisait.
– Alors, je fais avancer le débat. La mort d'Yvan Colonna, on était en mars 2022 après son agression par un co-détenu en prison. Vous vous en souvenez, ça avait provoqué plusieurs nuits d'émeutes, de violences et... ouvert la voie finalement à ces discussions sur l'évolution institutionnelle de l'île. Écoutez ce qu'en disait un manifestant, on est dans ce mois de mars 2022.
fait 7 ans que les nationalistes sont au pouvoir à l'Assemblée. Ça fait 7 ans qu'ils discutent. Il a fallu d'une semaine de violence pour que le gouvernement lâche quelque chose. Donc il faut se poser des questions, des bonnes questions. Peut-être que la violence qu'on décrit tout le temps, peut-être elle sert à quelque chose. Malheureusement.
Yvan Colonna, je le rappelle, condamné pour avoir assassiné le préfet de Corse, Claudré Derignac. On était le 6 février 1998 à Haxio. Michel Verger-Franceschi, est-ce que ce que dit ce manifestant est juste ? – La mort de Colonna, les violences qui ont suivi, nous mènent où on est aujourd'hui, c'est-à-dire à une autonomie entre-ouverte. –
C'est exact, c'est une réaction sur l'émotion, et un État ne doit pas réagir sur l'émotion, il doit réagir sur la pérennité. Et donc ça, c'est quand même très très important. Alors c'est vrai que la mort de Colonna a 61 ans, au même âge qu'Érignac, 25 ans auparavant, 61 ans. Tous les deux lâchement assassinés dans leur dos, sans voir leur assassin, ni l'un ni l'autre. Un en faisant des pompes, l'autre en sortant du cinéma. Ça a été la deuxième tragédie de ces 25 dernières années. On ne peut que la déplorer. Être assassiné en milieu carcéral, ça fait peser effectivement sur la République une erreur dont la République a bien conscience, puisque pendant 25 ans... On a interdit aux prisonniers corses d'être emprisonnés en Corse et ceci a été une erreur, il faut bien le reconnaître. Et on aurait pu éviter ce drame. Et le premier, il est évident qu'il est odieux et que j'avais dit à l'époque que ce n'étaient pas des bandits d'honneur mais des bandits d'horreur.
Benjamin Morel, ce qui s'est passé dans les jours qui ont suivi l'agression puis la mort d'Yvan Colonna, c'est notamment toute une partie, je dis bien une partie, de la jeunesse corse. qui a alimenté ces nuits de violence. Est-ce que c'est aussi l'enjeu des prochains mois ? C'est-à-dire inverser cette éventuelle radicalisation d'une partie de
la jeunesse. Le problème, c'est que la radicalisation, elle passe par aujourd'hui une domination culturelle. Regardez l'université de Corté. Vous n'avez que des syndicats indépendantistes à l'université de Corté. L'université de Corté, vous avez un amphithat qui s'appelle Aquaviva. C'est le nom d'un plastiqueur du FLNC. Que croyez-vous quand vous prenez vos cours dans l'amphithéâtre Aquaviva ? Que pensez-vous que vous puissiez penser aujourd'hui ? Donc il y a une conquête culturelle, en effet, des mouvements nationalistes, voire indépendantistes, qui radicalisent une partie de la jeunesse. Et là, ce qui était annoncé, on reviendra peut-être sur le fond, parce que le maire dont nous parlions tout à l'heure, avait quand même une vision très éthérée, je crois, de ce qu'a annoncé Emmanuel Macron. Il a été beaucoup plus flou, et ça, ce qu'il proposait, à mon avis, ne passerait pas les fourches codines du Sénat. Donc il va y avoir de la frustration, c'est le danger du discours du président de la République. Faire des grandes annonces, donner aux nationalistes sur le fond, en tout cas sur la forme, ce qu'ils attendent pour ensuite donner de la frustration, c'est très très dangereux. Et ce qui s'est passé tout de même avec Ivan Colonna. La mort d'Ivan Colonna, c'est un drame. Et c'est un crime. En revanche, ça ne fait pas d'Ivan Colonna un héros. Quand vous avez une collectivité qui met en berne ses drapeaux, en l'honneur d'Ivan Colonna, quand vous avez une minute de silence dans l'Assemblée de Corse en faveur d'Ivan Colonna, quand vous avez un ministre de l'Intérieur, je pense à Gérald Darmanin, qui intervient sur une chaîne concurrente en disant « Ivan Colonna égale Samuel Paty », là, il y a quelque chose de réellement choquant. Et à ça, l'État a cédé. L'État a cédé aux violences qui ont suivi, contre les préfectures, etc. Si jamais l'État cède à ça, si jamais l'État accepte ce type de discours, ça veut dire que quelqu'un qui a tué dans le dos un préfet de la République, eh bien demain peut être porté en héros. Et là, il y a quand même une défaillance forte et de l'État et du président de la République.
– Alors je voudrais vous entendre sur justement la figure d'Yvan Colonna. Est-ce que c'est un héros en Corse ? – Évidemment, c'est trop général, ma question, parce que tous les Corses ne vont pas répondre oui.
– En Corse, d'ailleurs, le président a parlé de commando ce matin, parce que beaucoup de gens, aujourd'hui, quand on en parle, doutent de sa culpabilité. C'est possible, je n'en sais rien, je ne connais aucun des membres, bien entendu, du commando, mais beaucoup disent… qu'il le regrette parce que ça n'aurait pas été lui. Alors que l'affaire a été jugée, elle est passée aux assises. Donc moi, en tant que professeur d'université, je présidais un jury en décembre dernier à l'université de Corté. C'est très choquant d'arriver en voyant sur les murs de l'université Yvan, tu es un héros, et de voir également Etat français assassin. Et j'ai surpris un petit peu les étudiants en disant, Etat français assassin, vous avez raison. Alors ils m'ont dit, mais ce n'est pas possible. Je dis, oui, c'est Vichy. L'État français, c'est pétain. Depuis 1945, c'est terminé. Si vous êtes contre la République, il faut oser dire, je suis contre la République, c'est beaucoup plus difficile à dire.
– Votre avis là-dessus, Béatrice Gimlin, sur cette figure du héros, alors que, revenons effectivement au point de départ. Je ne sais pas si les doutes ne lui ont pas suffisamment bénéficié lors du procès. Mais bon, voilà, il a été jugé et il reste l'assassin du préfet. – Il n'est pas coupable au point de vue de la justice. – On est d'accord, c'est acté par la justice. – Pour
moi, c'est absolument scandaleux de pouvoir en faire un héros. C'est absolument scandaleux. Et ça montre bien la dérive dans laquelle on est aujourd'hui en Corse à pouvoir faire cette confusion. vraiment cette confusion entre un assassin d'un préfet... dont on fait son héros. Ça veut dire que c'est une partie de la jeunesse corse qui n'a plus les référents qu'il faut. Et cette université de Corté, moi aussi professeure émérite, je me suis toujours interrogée sur était-il judicieux de faire une université au cœur de la Corse pour un petit nombre d'étudiants. Parce que le départ… – Ah oui, mais sinon
ça les obligeait à… – Il valait mieux payer des
bourses et qu'ils aillent se frotter à… – Je ne suis pas tout
à fait d'accord avec vous. – Non mais vous avez le droit de ne pas être d'accord
avec moi. Mais parce que je pense qu'un milieu universitaire très étroit… très petit, avec des enseignants qui sont quand même très engagés pour une grande partie d'entre eux, qui tolèrent qu'on puisse écrire sur les mots « état français assassin ». N'ouvre pas, alors qu'on nous parle d'ouverture, n'ouvre pas ces jeunes au débat, à la contradiction, à l'esprit critique, à tout ce qui est la formation qu'on doit donner à l'université. Mais c'est là encore une forme d'enfermement. Et je trouve que ceci permet des dérives. Dernier mot, dans une société dans laquelle, aujourd'hui, les dérives mafieuses sont... On
essaiera de parler de l'économie corse, de qui a le pouvoir, notamment le pouvoir économique. J'espère qu'on aura le temps parce qu'il y a d'abord un grand chapitre forcément à consacrer, vous avez commencé à l'évoquer, à la question constitutionnelle qui est évidemment majeure. Je propose à Tam Tranuit de nous rejoindre tout de suite sur ce plateau puisqu'on va, bonsoir Tam avec vous, rentrer un peu dans le détail. Emmanuel Macron, on l'a compris, propose de faire entrer la Corse dans la constitution, une révision constitutionnelle. qui s'annonce, peut-être même faible, pas évidente.
– Oui, le président de la République d'ailleurs, il est bien prévenu puisqu'il a déjà échoué sur ce terrain lors de son premier mandat. Dès 2017, dans la foulée de son élection, Emmanuel Macron annonce une réforme constitutionnelle. Alors à l'époque, on parle notamment d'un texte large qui prévoit de réduire le nombre de parlementaires, qui prévoit l'introduction d'une dose de proportionnel, mais qui prévoit aussi l'inscription de la Corse dans la Constitution avec un article, un article 72. qui donne à la Corse un statut particulier et qui reconnaît à l'île de beauté des spécificités liées à son insularité ainsi qu'à ses caractéristiques géographiques, économiques ou sociales. On est donc alors en 2017, je le disais, c'est l'euphorie en Macronie, majorité écrasante à l'Assemblée. Emmanuel Macron pense pouvoir emprunter la voie rapide, que ça va prendre un an. En réalité, ça va devenir un long chemin de croix, car pas de réforme possible sans accord du Sénat. Et les pourparlers vont finir par s'enliser.
Ça n'a pas beaucoup changé la situation là-dessus. Il faut toujours l'accord du Sénat pour mener cette réforme.
Petit rappel de droit constitutionnel, il n'y a pas 50 façons de réformer la loi fondamentale. La principale, c'est donc le recours. à l'article 89 de la Constitution qui prévoit que pour faire aboutir une telle réforme, il faut d'abord que le Sénat et l'Assemblée nationale se mettent d'accord sur un même texte. Et puis vous avez deux possibilités pour faire adopter ce texte, soit l'adoption en Congrès avec l'accord de 3 5e des parlementaires, soit le référendum. Mais dans tous les cas, si vous n'avez pas l'accord du Sénat, vous n'avez pas de réforme.
– Et pour l'instant, la majorité sénatoriale de droite et de centre droit ici au Sénat et Emmanuel Macron ne sont pas sur la même ligne. –
Oui Bruno. Le patron des sénateurs Les Républicains a tracé ses lignes rouges dans un entretien donné à Corse ce matin. C'était avant le déplaçant du président de la République. Il dit que cette autonomie ne peut figurer qu'à l'article 72 de la Constitution. Alors qu'Emmanuel Macron a dit qu'il pouvait se trouver dans un article propre. Ensuite, le sénateur veut bien de l'autonomie, a-t-il dit, mais avec une définition bien restrictive. Il ne faut surtout pas qu'on aille vers un statut proche de la Nouvelle-Calédonie. surtout pas de pouvoir législatif propre. Or, Emmanuel Macron, on l'a dit, vient d'ouvrir la porte pour que les élus de Corse puissent légiférer sur des domaines bien précis, même si on est bien d'accord, ça reste bien flou. Enfin, Bruno Retailleau rappelle bien dans son interview, il n'y aura aucun accord sans le Sénat. Et même, c'est encore plus vrai sur un texte relatif à l'organisation territoriale de la République, c'est le Sénat qui est saisi en première lecture. Là-dessus, on ne sait pas c'est qu'Emmanuel Macron peut répliquer, sauf à sortir le très controversé article 11 de la Constitution, qui permet de soumettre directement à un référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, comprend donc contourner le Parlement. C'est un article qui n'a pas été utilisé depuis 1969. A l'époque, il avait entraîné la chute du général de Gaulle. C'est donc un petit peu le monde d'hier.
– Oui, effectivement. Merci beaucoup, Tam, pour ces détails. Mercredi prochain, d'ailleurs, Emmanuel Macron sera devant le Conseil constitutionnel. du 65e anniversaire de la Constitution. Benjamin Morel, on va en savoir peut-être un petit peu plus à ce moment-là ? – Oui, je pense qu'on saura en tout
cas quelque chose qui est quel va être le statut de ce projet de loi sur la Corse ? Est-ce que c'est un projet de loi particulier, singulier et je dirais autonome ? Auquel cas, en effet, il va falloir définir réellement ce que c'est autonomie. Parce qu'Emmanuel Macron parle de pouvoir normatif sous le contrôle du Conseil d'État et du Conseil constitutionnel. Ça peut vouloir dire plein de choses. Je le rappelle, selon les accords de Nouméa, est un territoire en voie de décolonisation. Ce qui impliquerait de faire de la Corse une colonie. Bizarre. Mais l'unité de la République, c'est l'unité du législateur. Si on donne un point législatif à la Corse, on rompt clairement l'unité de la République. Ça peut vouloir dire également... Même si c'est seulement sur certains domaines précis. L'unité du législateur. On va avoir ensuite une capacité avec des lois peuvent concerner certains territoires. Mais l'unité du législateur, en l'occurrence le Sénat... et l'Assemblée nationale, ça, ça ne se négocie pas. Donc là, il n'y aura pas d'accord avec le Sénat, en tout cas je ne crois pas. De l'autre côté, contrôlé par le Conseil d'État et le Conseil constitutionnel, ça peut également être la possibilité, dans le cadre d'une loi, d'accorder un certain nombre de marges de manœuvre réglementaires à la collectivité. Auquel cas, on est dans quelque chose qui ressemble beaucoup à ce qui a été annoncé en 2019. Je pense que le maire à qui on a parlé tout à l'heure ne sera pas très très content si on lui promet ça. Vous voyez que le delta est très très fort, c'est ce que proposent notamment la droite sénatoriale et Bruno Retailleau. Donc il y a loin de la coupe aux lèvres. Donc on va savoir si c'est un projet de loi pour répondre finement à vos questions, si c'est un projet de loi autonome. ou si c'est un projet de loi fourre-tout. Parce que si jamais vous arrivez avec un projet de loi constitutionnel dans lequel vous mettez l'immigration référendum possible à l'article 11, la gauche... quelle que soit sa position sur la Corse, ne le votera pas. – Et donc il nous manquera toujours des parlementaires pour arriver au 3-5ème. – Si vous mettez l'IVG et l'environnement à l'article 1er, la droite va avoir du mal à le voter. Et donc à ce moment-là, vous envoyez un projet de loi qui n'a aucune chance de passer, qui permet de mettre tout le monde en porte-à-faux, politiquement c'est malin, mais sur la Corse c'est très dangereux. Parce que comme je le disais tout à l'heure, le jour où les nations vont se réveiller et comprendre qu'on leur a promis la lune… pour finalement accoucher d'une souris, il peut y avoir de la violence.
– Oui, parce que les discours de ce matin, évidemment, a fait naître un certain nombre d'espoirs. On termit, il citait l'interview de Bruno Retailleau à Corse ce matin, c'était en début de semaine, c'était ce lundi, il définissait un certain nombre de lignes rouges, on va lire ensemble un autre extrait, la notion de peuple corse conduirait au séparatisme et l'expression de ce principe à la co-officialité ou au statut de résidence, c'est-à-dire à créer juridiquement et de fait deux catégories de citoyens, la Corse qui traite alors la République française. Ce n'est pas ce que je souhaite. Béatrice Giblin, là, je suis en train de vous dire, est-ce qu'Emmanuel Macron, qui est quand même un fan politique, n'est pas en train de calculer, de faire porter au LR, finalement, ou au sénateur LR, la responsabilité de l'échec de l'autonomie ? Oui peut-être, peut-être que
c'est son calcul, ce qui me semble un calcul éminemment dangereux, parce que moi je rejoins complètement Benjamin Morel sur la frustration que ça va générer, en particulier chez des jeunes indépendantistes qui ont envie d'en découdre. Et déjà comment ils ont réagi au moment de l'assassinat de Colonna qui a entraîné effectivement de nouveau la discussion, alors ils auront l'impression d'avoir été complètement floués. La violence peut parfaitement ressurgir et il y aura des tas de gens pour utiliser cela de façon à déstabiliser une société. Ça permet de faire des ouvertures pour pouvoir se glisser, pas forcément avec les meilleures intentions du monde. Je reviens sur ce que je disais tout à l'heure. Donc l'ordre, ce n'est pas du tout ce qui convient à un certain nombre de gens qui agissent aujourd'hui. lui en Corse. Donc le danger est absolument réel. Et moi, j'y verrais presque une forme d'irresponsabilité. On fait plaisir, comme ça, on cède, on fait plaisir sans mesurer les conséquences. Vous l'avez dit, il y a loin de la coupe aux lèvres, et je vois mal le Sénat. C'est quand même lui qui va avoir la parole le premier, pouvoir dire qu'il est
d'accord. – Dans ce chemin semé d'embûches, c'est le titre de notre débat, il y a aussi la question des indépendantistes, des autonomistes corses, Michel Verger et Franceschi. Est-ce qu'ils sont d'accord entre eux sur la définition de l'autonomie ? Est-ce qu'il y a un front commun face au gouvernement, là, pour le semestre qui s'ouvre ?
– Non, d'une part, il y a des divisions, mais je voudrais revenir sur le mot. de peuple. Cela fait 50 ans que plusieurs Corses demandent la reconnaissance de ce terme. Et depuis la République, ça n'est plus possible. Et depuis quand ? Surtout depuis un Corse. C'est Napoléon le premier qui a créé la notion de peuple, de peuple français. Je souhaiterais être enterré au bord de la Seine auprès de ce peuple que j'ai tant aimé. Aucun roi de France n'était... uniquement rois de France. Louis XIII, Louis XIV, Henri IV, à Toulon, ils signaient rois de France et de Navarre, virgule, comte de Provence, comte de Fort-Calquier. À Rennes, ils signaient duc de Bretagne. Donc il y avait un ensemble de peuples. Donc on a tort en Corse de s'arc-bouter sur quelque chose qui ne peut pas être donné de toute façon par la République. Parce que si la République reconnaît le peuple corse, il faut reconnaître le peuple alsacien, le peuple des Pyrénées-Orientales, le catalan, le peuple... Ce n'est pas du jacobinisme français, c'est la constitution. Ce livre est excellent sur la France en miette que vous avez écrit Benjamin, parce que la France c'est ça. Si on en revient à la notion, un amiral de France comme Colligny, il était amiral de quoi ? d'îles de France, c'est-à-dire uniquement de Normandie, c'est-à-dire des côtes qui étaient du ressort du Parlement de Paris. Et donc, l'ensemble de la collectivité française repose sur cette réunion de comtés, de duchés, d'Auvergne, etc. Et la France, c'est comme ça. Donc, demander la reconnaissance du peuple corse, qui est un mot qui existe sous la plume de Voltaire, qui existe sous la plume de Rousseau, depuis la Révolution, ça n'est plus possible. – Mais est-ce que ça
peut faire partie Là, je reviens au présent et à ces six mois de discussion qui vont s'ouvrir, c'est ce qu'Emmanuel Macron a annoncé avec le gouvernement, pour aboutir à un texte constitutionnel. À quoi on peut assister ? Est-ce qu'on peut assister à une sorte de surenchère de certains indépendantistes ? Justement, ou alors au contraire, il y a une occasion là à saisir. Allons-y, mezzo voce.
Il y a des choses que l'on demande et que l'on ne pourra jamais obtenir. Et c'est ce qui est dommage, c'est de s'arc-bouter. Parce que quand on dit qu'on dialogue, il faut dialoguer d'une façon réelle. Et aujourd'hui, on assiste à des reculades. Moi, ce que j'ai entendu ce matin d'Emmanuel Macron, qui citant le général de Gaulle, dit au sujet de l'anniversaire de 1943, de Gaulle a dit, la Corse, premier territoire. – Libérée. – Et non, il a dit premier morceau de la France libérée. Donc on est obligé aujourd'hui de transformer nos citations de De Gaulle pour ne pas offenser les populations. Et donc l'expression de territoire, c'est Jean-Guy Talamone qui est un ami que je connais très bien, que je respecte beaucoup, et bien ce qu'il a employé pour ne plus dire justement… –
Et donc Emmanuel Macron a pris… – Le langage nationaliste. – Le langage nationaliste, d'accord, on l'a bien compris. – Souvent comme
ça quand même, quand une politique, il faut le reconnaître, se déplace dans un territoire. –
Bien sûr. – Souvent. – Oui, ou s'adapte à ses différents interlocuteurs. Alors, un des principaux handicaps, Laetitia d'Emmanuel Macron, dans cette relation avec les Corses, c'est l'absence d'un monsieur Corse, un interlocuteur qui pourrait justement faciliter le dialogue. –
Oui, ça explique en grande partie, je pense, les adhérents moments d'un Emmanuel Macron qui arrive en 2017 au pouvoir. Et je peux vous dire que quand vous discutez, avec notamment l'état-major des nationalistes corse, il vous dit c'est simple, on a été traité comme des corps intermédiaires.
C
'est-à-dire qu'on n'a pas été traité du tout. Et c'est vrai qu'Emmanuel Macron n'a pas de monsieur corse. comme elle avait ses prédécesseurs. Quand on regarde par exemple François Mitterrand, il avait Michel Charas, il avait aussi, je ne sais pas si c'est de votre famille, mais Joseph Franceschi, secrétaire d'État à la Sécurité publique auprès de Gaston Defer, qui était alors ministre de l'Intérieur, et puis Jacques Chirac. On le sait tous, il avait Charles Pasqua, Nicolas Sarkozy, lui, connaissait très bien le terrain. Pourquoi ? Parce que dès son arrivée au ministère de l'Intérieur, il s'était déplacé en Corse et avait constitué un tissu de relations assez solide. C'est vrai qu'avec François Hollande, ça a commencé un peu à s'effilocher, mais finalement, les relations étaient plutôt normalisées, on ne s'en est pas rendu compte. Et là, avec la mort d'Ivan Colonna, tout a basculé et le siège vide du monsieur Corse a sauté aux yeux.
Oui, on l'a évoqué, c'est à partir de ce moment. qu'Emmanuel Macron étoffe ses discussions avec les nationalistes et remet la Corse dans ses priorités. –
Oui, il change complètement de fusil d'épaule, mais vous l'avez tous dit, il l'a fait sous la contrainte. C'est jamais bon de faire quelque chose, un acte politique, ou même volonté politique, de la mener sous la contrainte. C'était quelle contrainte ? Il y avait une menace d'une reprise d'un temps. Il faut dire les mots, il y a encore aujourd'hui des violences, on n'en parle pas beaucoup. Mais quand on parle avec les Corses, moi on m'a dit hier que j'ai eu des Corses… Au téléphone, on m'a dit, dans le sud de l'île, Thomas, il y a encore des villas qui sont cramées, qui sautent. Donc il y a aujourd'hui un risque réel, vous avez raison Béatrice de le dire, il y a un risque réel de reprise
de la violence. – Alors donc, faute de M. Corse, il s'est appuyé sur qui ?
– Il s'appuie sur le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, et c'est vrai que finalement ça a fonctionné à force de rencontres, à force de dialogues. Les Corses ont accepté Gérald Darmanin, pourquoi ? Parce qu'il est ministre de l'Intérieur, donc il a une certaine légitimité. Ils ont accepté que ce soit l'interlocuteur, l'émissaire de l'Élysée, finalement dans ses négociations. Est-ce qu'il va continuer à le faire là pour les six mois à venir ? On verra bien, mais pour l'instant, c'est Gérald Darmanin qui a cette casquette de M. Corse. –
Béatrice Giblin, est-ce que c'est un jeu de dupe auquel on est en train d'assister
ne prendrai pas cette expression de jeu de dupe. – Je ne l'apprendrai pas. Je pense que pour une partie des élus corse autonomistes nationalistes, ils sont séduits, on sait que le président sait être séducteur, ils sont séduits et ils ont envie de faire avancer un peu les pions en faisant un écho très positif, comme si on allait avoir du mal à reculer. Mais je pense qu'ils y croient. Je pense qu'en tout cas, ils ont envie d'y croire. Là où je suis encore plus dubitative, c'est leur entente interne entre Corses. Et ça, j'ai quand même pas mal de doutes. Parce qu'y compris avec Angelini, qui est quand même partie de la nation Corse, c'est pas non plus le parti de Simeoni. Et pas du tout. Et tout ça, quand il va falloir se mettre d'accord... dans six mois pour aller faire un texte de consensus de façon à pouvoir présenter quelque chose. Très sincèrement, je pense qu'on n'y est pas. Parce que justement, vous savez, on est peu nombreux en Corse. Moi, je reviens là-dessus. On se connaît et il y a des risques à trahir, je mets des guillemets à trahir, ceux qui sont des soutiens ou autres. – Quel risque ? – Des plus indépendantistes, par exemple, qui voudraient accepter une proposition d'autonomie, on va dire, raisonnable. pas se rendre pour des traîtres à leur propre camp. Ça veut dire qu'ils perdent à ce moment-là des soutiens électoraux, mais peut-être beaucoup plus que ça. Il y a quand même parfois des règlements qui se passent de façon, on va dire, violente, tout autant. Donc, dans une petite société, on n'est même pas en Catalogne où c'est plus de 4 millions d'habitants, là, on est quand même à 330 000 habitants. C'est très peu, c'est très peu. Est-ce que je finis juste là-dessus ? Allez
-y, parce qu'il nous reste 5 minutes, il y a encore un autre thème que je dois aborder. C'est qu
'on a en plus une démographie qui sur le plan du sol naturel est négative et n'a de croissance qu'avec l'apport extérieur. C'est le solde migratoire qui fait ça. Ce n'est pas des Corses qui arrivent. Donc cette idée d'un peuple corse qui est à mon sens complètement mythifié aujourd'hui dans la mesure où… Un tiers de la population est arrivée depuis moins de 50 ans. – Je voudrais qu'on parle d'économie,
excusez-moi Béatrice Giblin, mais je voudrais qu'on écoute, parce que vous nous l'avez dit, il y a beaucoup d'espoir qui naise de cette autonomie possible. Par exemple, écoutez Marie-Antoinette Maupertu qui est présidente de l'Assemblée de Corse, c'est assez frappant.
50 années d'incompréhension, de frustration, d'espoir déçu et de drames individuels et collectifs. 50 années. Un demi-siècle. Il est grand temps aujourd'hui de donner à cette jeunesse corse les moyens d'assurer les conditions de sa propre existence, voire de sa survie. Faire face aux défis globaux, tout en maintenant vivant ses valeurs et son identité plurielle dans une Corse apaisée, décomplexée dans sa relation à la République française et passionnément européenne.
Michel Vergé-Franceschi, ça changerait quoi une Corse autonome en matière économique ? Est-ce que le pouvoir économique changerait de main ? – C'est
la première question qu'il faut se poser. Alors moi je suis toujours un peu gêné parce que ce sont des amis. Annette Maupertuis, ma collègue, elle est agrégée d'économie de l'université de Corté. Quand j'ai besoin d'iconographie pour un bouquin, elle a fait un excellent travail dans le domaine du tourisme, etc. – Mais vous pouvez quand même avoir un livre arbitre et une opinion libre. – Tout à fait, j'ai une opinion libre. Mais bon, je déjeunais avec Angelini au mois d'août. – La
question c'est combien de familles possède le pouvoir économique en Corse ?
– C'est pour ça que je parlais du retour au Moyen-Âge, c'est l'équivalent d'une trentaine de seigneurs locaux qui sont à des carrefours économiques et qui ne sont plus dans des castels ou des tours, mais c'est la même chose, c'est la maîtrise d'un territoire, c'est un territoire immobilier au lieu d'être un territoire militaire il y a 500 ou 600 ans, et on revoit en refleurir l'ancienne situation médiévale avec les assassinats qui étaient… extrêmement nombreux. Vous prenez la famille de Gentil, 12 assassinats dans la famille au 14e, 15e siècle. Donc c'est un retour au passé. Donc l'autonomie, c'est pour ça que je disais ça tout à l'heure. On l'a connu, on l'a vécu. Et moi, je suis pour la défense extrêmement du régalien. Il faut que l'État, la justice, l'éducation nationale, l'université, etc. Et pèse encore plus dans une île qui en a besoin. Parce que là, on a tous vu un petit peu trop les défauts, peut-être, mais il y a des choses qu'on ne pourra jamais corriger. L'insularité, moi j'aime à dire que les frontières de la Corse, elles sont dues peut-être à Dieu, mais elles sont éternelles. Les frontières de la France, les Pyrénées, l'Alsace, le Rhin, etc., tout ça a changé, c'est dû à l'homme. Et donc c'est ça qui crée l'identité d'une île. Une île, elle est très forte parce qu'elle a toujours... eu ces frontières, elle les avait déjà à l'époque de Sénèque ou à l'époque de Cicéron. Les autres handicaps, le soleil, tout le monde cherche le soleil, donc c'est le tourisme. La mer, et par conséquent, tous les problèmes qui en découlent, les problèmes de résidents, le coût des maisons, etc., on a la même chose à l'île de Ré. Alors on parle souvent de comparaison, c'est une erreur avec la Polynésie. Moi je retrouve les mêmes revendications. à l'île d'Oessan sous Louis XIII, à Bréa, dans les îles de l'Erinse. Et une chose importante, pourquoi le père de Pascal Paoli a-t-il fait marquis ? Parce que la Corse est une marche du royaume, comme le marquis de Porquerolles, le marquis d'Oessan, et c'était tous des marquis. Et donc là, on comprend que l'île de Corse est nécessaire au royaume. à la France aujourd'hui, à la République, parce qu'elle a toujours protégé le premier port de guerre français, Toulon, le premier port de commerce français, Marseille, jusqu'au jour où les Anglais ont pris Gibraltar. Et à ce moment-là, c'est Bordeaux et Brest qui ont supplanté les précédents.
– Magnifique le tour d'histoire. Merci beaucoup, merci à tous d'avoir participé à ce débat. Il faut lire le livre de Benjamin Morel, La France en miettes. Si ce débat vous a passionné comme nous, on est vraiment au cœur de la question de l'entité républicaine. de l'unité républicaine et c'est publié aux éditions du CERF. Et Béatrice Giblin, je conseille évidemment la lecture de la revue Hérodote. Je vous dis à tous, à bientôt sur Public Sénat.
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