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La transcription complète de la vidéo, ouverte sur le tour de parole qui contient l'extrait : faites-la défiler pour lire tout ce qui précède et tout ce qui suit. Le tour cible est encadré.
Sophie Cluzel. Bonjour. Secrétaire d'État chargée des personnes handicapées de France, merci d'être notre invité. Vous annoncez une revalorisation de l'allocation adulte handicapé. Est-ce que ça va assez loin en faveur de ces personnes, ces 12 millions de personnes concernées
sur l'allocation adulte handicapé, c'est 1,2 million qui touche l'allocation adulte handicapé. 12 millions, c'est le nombre de personnes qui sont en situation de handicap, mais c'est aussi les enfants, etc. Donc là, sur l'allocation adulte handicapé, peut-être rappeler deux, trois choses. Elle a été augmentée de 100 euros par mois depuis le début du quinquennat. C'est un budget État de 12 milliards. Elle a été déjà augmentée de 100 euros pour l'ensemble des personnes handicapées. Et là, ce que nous faisons en janvier, c'est que nous améliorons le calcul de l'allocation adulte handicapé pour les couples. Parce qu'il y avait une injustice qu'on a très bien entendue et donc nous avons remonté justement le barème pour permettre de toucher plus longtemps en couple parce que l'allocation adulte, comme toute prestation sociale, est liée à la conjugalisation des ressources quand on est en couple.
Alors justement, beaucoup d'associations demandent que ça soit déconjugalisé et ce peut être une promesse de campagne du candidat Macron lorsqu'il se présentera.
Alors j'entends les associations, c'est une revendication depuis longtemps, mais je rappelle que cette prestation est ainsi calculée depuis très longtemps, depuis 1987, sa création. On hérite de cette situation. Moi j'entends, c'est un minima social. Et donc la façon dont sont calculés nos minimas sociaux en France, que ce soit le RSA, l'Allocation adulte handicapé, l'ASPA pour les personnes âgées, eh bien tient compte des revenus du foyer pour pouvoir flécher à ceux qui en ont le plus besoin justement les minimas sociaux. Donc j'entends que c'est une revendication. Moi j'ai dit ouvrons le débat à ce moment-là pour l'ensemble de nos prestations sociales. Qu'est-ce que l'on veut faire de notre politique de solidarité nationale et familiale ? Comment on ne détruit pas non plus la cellule familiale en excluant un ? minima social et pas les autres, c'est un vrai sujet de société.
Oui, donc la porte reste ouverte, c'est ce que vous dites.
Eh bien moi, j'ai dit, ayons ce débat, en effet, pour un prochain quinquennat, mais c'est un débat sur lequel je me bats pour que les citoyens, pour que les personnes en situation de handicap soient des citoyens à part entière. Donc ne les remettons pas à part avec une fiscalité encore différente. Et puis je tiens à dire que l'individualisation de la situation de handicap, c'est à travers la prestation de compensation du handicap. Celle-là, elle est individualisée parce qu'elle vient compenser avec des aides techniques, avec des aides financières pour justement avoir... soit la personne quand on est en dépendance dans les gestes de la vie quotidienne. Donc d'un côté, on a l'allocation adulte handicapé qui est un minima social, qui tient compte, il est à 904 euros, donc il tient compte déjà par rapport à un RSA d'un éloignement à l'emploi, parce que c'est plus difficile quand on est en situation de handicap. Puis d'un autre côté, on a la prestation de compensation du handicap pour plus de 350 000 personnes et qui, celle-là, est individualisée.
– Oui, Éric Zemmour a fait polémique avec ses propos sur la place des enfants handicapés à l'école. Vous aviez déjà bien sûr réagi avec beaucoup d'autres personnalités politiques. Jean-François Ruffin de la France Insoumise, j'allais presque dire, va dans le sens de Zemmour en disant effectivement il y a une inclusion low cost des enfants handicapés à l'école. Et en quelque sorte il remercie Éric Zemmour d'avoir mis le handicap dans la campagne électorale alors qu'il n'y était pas.
D'abord, je voudrais dire que le handicap est priorité du quinquennat. Nous avons eu six comités, nous allons avoir six comités interministériels du handicap parce que c'est l'affaire de tout un chacun. C'est un vrai projet de société que l'on porte. Donc, M. Ruffin essaie d'exister encore une fois sur un sujet, un sujet où chaque fois il sort l'étendard. C'est la France
insoumise, là. Oui,
mais bon, c'est ainsi depuis le début. Je rappelle que la France insoumise a été le seul parti qui n'a pas accompagné les personnes handicapées pendant la crise parce que j'avais fait des réunions avec tous les groupes et la France insoumise ne s'est jamais pointée. Donc remettons vraiment les polémiques là où elles sont. Non, il ne s'agit pas de low cost, on a augmenté de 17% le budget du handicap sur le quinquennat. Rien que sur l'école, 65% d'augmentation de budget. Alors ce sont des chiffres qui ne parlent pas. Mais ce que je voudrais dire, c'est plus de 35% de plus d'accompagnants d'élèves en situation de handicap. 125 000 personnes qui sont toutes en contrat éducation nationale. Alors ne parlons pas de low cost. Bien sûr, il reste encore du chemin. Et ça, personne ne le nie. Il y a encore trop de parents et d'enfants qui attendent les moyens qui ont été notifiés. Et on se bat avec Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Éducation nationale, qui a fait un travail extraordinaire. Formation des enseignants. On ouvre les murs de l'école. Parce que ça veut dire quoi, scolariser un enfant handicapé ? Eh bien la vie, c'est d'abord un vrai dialogue avec les familles, et ça c'est le cas maintenant. C'est surtout travailler en coopération avec les rééducateurs, les ergothérapeutes.
L'argument financier, parce que Zemmour l'a dit, ça coûte beaucoup moins cher de mettre un enfant dans une école classique que dans un établissement spécialisé. Monsieur Zemmour ne connaît pas le sujet.
Parce qu'on ne met pas un enfant à l'école classique tout seul. Donc on met les moyens justement. de rééducation dans l'école. Donc l'arrêtement financier
n'a rien à voir. Mais il n'a
rien à voir. C'est une méthode de travail qu'on est en train de faire. Et il n'est pas question que les enfants handicapés ne puissent pas apprendre avec les autres. C'est notre socle. Ça passe par le vivre ensemble dès l'école. pour après aller en insertion professionnelle ou en logement. Et ceux qui seront très éloignés de l'emploi, bien les accompagner, justement, là où ils veulent, c'est ce qu'on a développé avec l'habitat inclusif, c'est-à-dire se loger différemment, en cœur de ville. Monsieur Zemmour, il veut tout simplement les exclure et ne pas les voir. Eh bien non, ce n'est pas le sujet de société que je porte, et que l'ensemble du gouvernement porte.
Oui, oui. Alors, vous êtes l'auteur de ce livre, Sophie Cluzel, « La force des différences, changer le regard sur le handicap », c'est publié chez La Thèse. Vous y rencontrez beaucoup de personnalités, il y a Claude Chirac, il est grand chef, il y a des... des patrons de médias, pour dire au fond, finalement, le handicap, alors je le disais, je donnais ce chiffre tout à l'heure, 12 millions de personnes, mais ça va même au-delà. Ça concerne combien de personnes ? Ça concerne pratiquement tout le monde.
En fait, c'est 12 millions de personnes, mais c'est aussi toute la famille, les fratries, et c'est les aidants pour 8 millions. Mon échange avec Claude Chirac est très axé là-dessus, sur l'impact que ça a sur sa vie familiale, mais sa vie professionnelle. Donc quand je dis qu'on est tous concernés, tous mobilisés, oui. C'est très important. Et les situations sont très variées. 80% des handicaps sont invisibles. 80% des handicaps s'acquièrent au cours de la vie. Donc voilà, faisons tomber les préjugés, allons voir la personne avant le handicap, c'est ça que l'on veut. Et s'enrichir de cette différence. C'est changer le regard.
Qu'est-ce que c'est que ce regard finalement qu'on porte sur les personnes handicapées ?
Eh bien on porte un regard, moi ce que je voudrais maintenant c'est qu'il change et il est en train de changer. C'est-à-dire qu'on a une présomption de compétence et justement une présomption de leur laisser la parole et d'exprimer justement leur envie de vivre, de travailler, de bosser, d'aller au cinéma, d'avoir une vie sociale et culturelle avec eux. nous pendant trop longtemps on a fait une politique à part C'était vraiment les jardins à la française. C'est-à-dire, dans les années 50, on a délégué aux associations qui ont créé des établissements. Mais ce mouvement de société, il existe partout en Europe. Donc il faut qu'on aille encore plus vite. Et moi, je suis justement intéressée pour accélérer cette société inclusive, c'est-à-dire scolarisation, insertion professionnelle, logement, accompagnement. Transformons ces établissements pour les mettre dans l'école et les collèges de la République. C'est comme ça qu'on y arrivera. Et ça existe déjà. C'est un mouvement. Et j'encourage M. Seymour qui voyage souvent. dans l'histoire, d'aller voyager en France, tout simplement. Je reviens de Dordogne, où là, dans un petit village, à Marciac, à Saint-Quentin, les enfants de l'IME, de l'Institut médico-social, ils sont dans l'école de la République, petite école du village. C'est vrai dans Lyon, c'est vrai partout. Donc il faut arrêter, c'est possible, ça ne va pas assez vite. Mais on va accélérer justement.
La semaine olympique et paralympique, faire bouger plus d'enfants. Vous associez évidemment cette opération à l'école qui vise tous les enfants finalement. Le sport
est un vrai vecteur d'intégration, le sport partagé. Cette semaine est très importante parce qu'elle travaille sur les valeurs de l'olympisme, qui sont justement le dépassement de soi, des valeurs très républicaines qui nous obligent à faire mieux encore, à se vivre ensemble. C'est une semaine très pédagogique pour connaître les parasports, tout ce qu'on appelle le paralympisme. C'est aussi une façon de pouvoir expliquer que cette différence, elle est de toute façon déjà au milieu de nous. Donc c'est une semaine olympique, paralympique avec un très beau parrain, notre astronaute, notre cher Thomas Pesquet, qui va aussi accentuer l'idée de faire du sport ensemble et faire plus de sport, 30 minutes de sport à l'école. Vraiment, parce qu'il en va vraiment de la santé des enfants. Et c'est un sport partagé ensemble. Voilà, vous avez des belles photos qui illustrent en effet ce sport partagé.
Oui, oui. Derrière tout cela, il y a une certaine vision, un certain humanisme. Vous diriez, au fond, un choix de société.
Exactement. S'enrichir de la diversité, de la différence, faire sa place à tous. Et ce n'est pas forcément des vulnérables, comme on dit souvent. Ce sont des personnes qui ont beaucoup à nous apprendre. Et pour ça, il faut leur donner la parole. C'est pour ça qu'à travers ce livre, si vous voulez, dans ces dialogues, j'ai vraiment voulu donner la parole, parce que ça impacte tout, ça impacte la fratrie, Gringe avec son témoignage de son frère qui a un handicap psychique, mais Alexandre Jolien qui le vit aussi, le regard sur le corps, Marie-Amélie Le Fur, notre championne paralympique et présidente du comité paralympique du sport français, qui explique aussi sa reconstruction et sa réappropriation de son propre corps. Voilà, l'enjeu il est là, de dire comment on va aller chercher la personnalité. avant de s'arrêter à des préjugés, qui sont encore très nombreux.
Oui, ces préjugés contre lesquels il faut lutter. On voit plein d'exemples dans ce livre, des personnes qui ont pu avoir un accident vis-à-vis de la reconstruction de leur corps, de leur féminité, des gens qui doivent engager des personnes handicapées et la difficulté que ça peut poser. Ce sont des situations absolument multiples.
Exactement. Et c'est ça tout l'enjeu, c'est de faire comprendre qu'il n'y a pas un handicap, mais il y a des handicaps multiples. 80% sont invisibles. Les troubles psychiques, les troubles des fonctions cognitives, même la surdité, c'est invisible. Et donc comment on prend en compte justement son collègue de travail, qui peut être différent parfois, qui a des réactions qu'on ne comprend pas. Donc c'est libérer la parole, expliciter, faire de la pédagogie, puis dire de toute façon c'est possible. D'abord c'est souhaitable, mais surtout c'est possible. Et c'est ce cheminement vraiment de regard différent sur le fait que je pense que tout un chacun va pouvoir se retrouver dans ce livre, dans les expériences qu'il a pu avoir, et de dire, d'ailleurs n'ayons pas peur de la différence, comprenons-la mieux. Allons chercher la personnalité avant, justement, peut-être l'écran que fait cette différence. Méconnaissance, la méconnaissance entraîne souvent la peur de l'autre, on le voit bien, donc c'est un vrai sujet de société.
Oui, et un sujet électoral aussi, puisque là, la campagne électorale, l'élection présidentielle, c'est-à-dire que la situation des handicapés, des personnes handicapées, est un vrai sujet d'enjeu pour l'avenir.
Mais bien sûr, mais bien sûr. Alors, si je peux faire une petite disgression, c'est que j'ai un entretien avec Eleonore Lalou, qui est la première conseillère municipale porteuse de trisomie 21 dans la ville d'Arras. Elle est conseillère municipale au bonheur et à l'inclusion. Et donc, moi, je dis aux personnes handicapées, ce que je veux, c'est leur donner le pouvoir d'agir. Ils sont électeurs, mais ils sont aussi éligibles. Et ça, peut-être aussi. Il faudrait le réfléchir sur la pluralité des listes que peuvent présenter. Là, on est sur une élection présidentielle, certes, mais avec un vrai projet de société qu'ils doivent justement porter. Et le président Emmanuel Macron l'a érigé en priorité du quinquennat. Et ça, ce chantier, il est vraiment maintenant ancré, que ce soit à l'école, à l'insertion professionnelle, parce que le handicap, ce n'est pas l'affaire de Sophie Cluzel, c'est l'affaire de l'ensemble du gouvernement. Et c'est comme ça qu'on a changé la donne, parce que je suis rattachée auprès du Premier ministre et que donc, d'objet de soins, les personnes handicapées sont passées à un sujet de droit.
Oui, de droit. Parfois, il faut user la contrainte pour que les personnes handicapées aient leur place dans les entreprises, par exemple. Il faut des quotas.
ce quota, il existe depuis 87. C'est une des lois, justement, de Jacques Chirac. 6% d'obligation. 33 ans après, on est à 3,8% dans les entreprises privées, près de 6 dans la fonction publique, les trois fonctions publiques. Donc ça ne va pas assez vite. Ça a été coercitif puisqu'il y a des amendes, une pénalité, ce qu'on appelle en politiquement correct, une contribution des entreprises, mais qui est en fait une charge que les entreprises peuvent éviter de payer. Moi, mon objectif, c'est de passer de l'obligation à l'envie et de dire que l'embauche d'une personne handicapée, elle est génératrice de progrès pour l'ensemble du collectif de travail. Et je salue l'engagement des entreprises à travers le manifeste inclusion, 140 entreprises, avec vraiment 10 critères très très simples sur lesquels ils peuvent agir. Les apprentis en situation de handicap, 75% d'augmentation des apprentis en situation de handicap là, dans ce grand mouvement, donc dans le jeu « Une jeune, une solution », c'est y compris des jeunes en situation de handicap. Mais pas que, dans l'embauche, dans le maintien dans l'emploi. Et là c'est pareil, de la même façon qu'on a fait sur la scolarisation, les accompagnants. on est en train de développer aussi le job coaching, l'emploi accompagné, parce qu'on ne nie pas les difficultés, on les accompagne.
Oui, le philosophe Alexandre Jolien, disiez-vous, il y a un film qui sort là, qui s'appelle « Presque
».
« Presque », c'est le mot,
«
Presque ».
On est tous
presque normal, c'est ça que dit le film, le film est très touchant.
– Oui, cette rencontre de personnalités que rien ne devait se faire rencontrer, cet apprentissage de l'autre. dans sa personnalité, dans sa singularité, comme aime dire Alexandre Jolien.
Merci beaucoup. Merci Sophie Cluzel, secrétaire d'État aux personnes handicapées en France, d'avoir été notre invitée. Merci.
Merci.
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