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La transcription complète de la vidéo, ouverte sur le tour de parole qui contient l'extrait : faites-la défiler pour lire tout ce qui précède et tout ce qui suit. Le tour cible est encadré.
Vous qui prenez les politiques au mot, ce mot d'amour, comment vous l'entendez
c'est vrai que ce mot d'amour en fait il revient très souvent chez les hommes politiques. Et là pour avoir beaucoup étudié les discours de Marine Le Pen ou de Jean-Marie Le Pen ou d'autres, l'amour de la France normalement c'est le B.A.B. du discours d'homme politique et donc son absence dans les discours précédents d'Emmanuel Macron était la chose remarquable. On a déjà vu aujourd'hui cette intervention. C'était une manière de marquer un tournant, de tracer un arc narratif pour Emmanuel Macron et de lire l'histoire de son quinquennat pour nous, de nous donner la clé de l'histoire. Le fait de faire passer ça comme une relation d'amour, j'ai beaucoup aimé l'analogie avec le mariage où on apprend à s'aimer et à vivre ensemble. Il y a eu ce mot de ensemble qui est réapparu constamment aussi pendant cette intervention. C'est l'idée de créer un lien d'empathie, un lien affectif qui était peut-être manquant, mais plutôt que de le créer aussi un peu ex nihilo par le vocabulaire, plutôt que par une adhésion, là encore, des Français à Emmanuel Macron.
dit qu'il y a l'amour, il y a l'épreuve d'amour ?
y a l'épreuve d'amour. Là, je ne sais pas où est-ce qu'elle serait, puisque lui-même a reconnu qu'il a été dur dès le départ du quinquennat. Mais pour reprendre cet arc narratif, le moment clé, c'est la crise, comme dans un mariage. Et ici, la crise Covid, qui, grâce au confinement, nous a fait tous revivre. ensemble de façon de très grande proximité. D'ailleurs, je voudrais remarquer sur la scénographie qu'Emmanuel Macron est sur le bord de son siège comme pour être plus proche des journalistes, plus proches aussi des Français. Donc il y a cette idée de créer de la proximité, du lien et un effet miroir entre vous et moi pour créer cette empathie aussi par réciprocité et solliciter l'empathie du public. Bien sûr.
L'empathie que j'exprime et que j'aimerais qu'il s'exprime à mon égard dans les deux sens. La clé, c'est que je
te comprends, je vous comprends et réciproquement.
Pascal Brindeau, vous avez été élu local, maire de Vendôme, député. Ce discours d'amour-là, est-ce que vous l'entendez à toutes les échelles ? Est-ce que c'est quelque chose que vous embrassez vous aussi ou que ça vous semble complètement lointain des priorités des gens ? Est-ce que vous aimez Vendôme ? Est-ce que vous aimez les Vendômois
? Je ne suis pas certain qu'un élu, qu'il soit local, national ou même le président de la République, pour créer ce lien de confiance, parce que c'est d'abord ça, d'adhésion. L'amour, c'est quelque chose qui relève de la sphère intime, privée. Ce mot-là me choque un peu, quelque part, dans le discours politique. Dire qu'on aime la France quand on est candidat à la présidence de la République ou quand on est président de la République, les trois anciens présidents dont on a montré les images l'ont fait. Je veux dire, on est dans le cadre d'un discours un peu convenu peut-être, mais en tout cas qui réaffirme ce que la personne du président de la République donne à son pays, donne à la fonction et donc donne aux Français. Il y a quelque chose qui sonne faux dans la façon dont Emmanuel Macron le prononce. Comme une forme de mea culpa, comme une forme d'excuse et comme une forme d'appel à dire « je vous aime aimez-moi ». Il y a quelque chose d'égo-centré qui est terrible dans la façon dont il a de le prononcer. Et même dans la communication non-verbale, si on entre un peu dans les détails, il y a un moment où il baisse la tête et où le regard se détourne. Il y a quelque chose de faux là-dedans.
puis il y a cette formulation un petit peu maladroite, j'ai appris à aimer les Français, qui n'a pas manqué d'être relevé par l'opposition, notamment par Marine Le Pen, qu'on a vu dans le mail de Pierre Michel. Comment vous entendez cette phrase, vous, Christian Salmon ? Est-ce que c'est une erreur de communication ?
voudrais faire le lien avec ce que vous disiez sur quel type de rationalité politique incarne Emmanuel Macron. Moi, je dirais qu'il incarne l'évitement. de la question politique. C'est quelqu'un qui, depuis le début, vous vous rappelez son programme de 2017. Il n'y a pas de programme dans une campagne. La campagne, c'est de la magie, c'est de la fusion avec un auditoire, etc. C'est quelqu'un, moi, en le regardant hier, je pensais au titre d'un roman de Kasuo Ishiguro, un artiste du monde flottant. Je pense que Macron, c'est un artiste du monde flottant. C'est-à-dire qu'il n'a pas d'idéologie propre. On va en parler dans un deuxième temps, mais c'est très frappant. en ce moment combien il est en train de se repositionner. Et la question était présente dans l'interview d'hier vers la gauche. Le terrain est évidemment tellement en ruine qu'il y a de quoi faire. Mais c'est quelqu'un qui, pendant tout son mandat, a constamment joué sur des postures, à incarner ou à essayer d'incarner des figures, le président narrateur, le président médecin, le Thomas Thurge qui soigne les Français. On a eu comme ça une stratégie d'évitement de la crise. des gilets jaunes, évitement de la crise, du Covid. Et s'il vous plaît, il me fait penser un peu aussi à la phrase de Paul Begala qui disait à propos de Trump en pleine crise du Covid. Le Titanic n'avait pas un problème de communication, il avait un problème d'iceberg. Je pense qu'aujourd'hui, Macron, à la veille de son élection, de sa réélection, de la campagne, il a un problème d'iceberg. Et il essaie de contourner cet iceberg de toutes les façons, avec amour, avec empathie, avec toutes sortes de choses, mais l'iceberg est là.
C'est passionnant, mais vous avez vous-même... Évitez la question de Camille, vous n'avez pas d
'évitement. Vous êtes venu sur la chute quand même.
Je la repose, Laurent Jacobelli. Cette phrase-là, j'ai appris à aimer les Français, vous l'entendez comment ? On a entendu Marine Le Pen ? Elle
est terrible en fait, c'est l'aveu d'un échec, c'est une rencontre qui ne s'est pas faite. Je crois qu'Emmanuel Macron n'a pas compris que l'amour était incompatible avec le mensonge et le mépris. Quand il dit, il est revenu sur cette phrase, il y a ceux qui ne sont rien lorsqu'il est avec des jeunes entrepreneurs, le signal est terrifiant quand il dit à un jeune qui recherche un emploi, vous n'avez qu'à traverser la rue pour en trouver. Tout ça c'est du mépris, c'est de la suffisance, c'est du contentement et une forme de... de mépris de classe, et c'est incompatible avec l'amour. Là, il va rentrer en campagne, on ne va pas se mentir, c'est sa dernière interview en tant que président de la République, il sait qu'à partir de janvier, son temps sera décompté. Donc je pense qu'il a fait une opération déminage. Il sait très bien ce que toutes les oppositions vont lui reprocher, d'être assez inhumain, d'être froid, calculateur, techno, de ne pas avoir la France en lui. Il a quand même dit qu'il n'y avait pas de culture française en soi, il est plus européen que français. On voit bien qui il est. Et donc ces opérations déminages, je vais vous montrer que je vous aime, mais comme il ne l'a jamais... montré pendant son quinquennat et bien il le dit le redit il leur redit mais il ya quand même un côté acteur studio en tout cas c'est mon avis qui se frôle l'insincérité vous l'avez dit il ya des preuves d'amour ces preuves les français ne les ont pas eu On
dit souvent qu'Emmanuel Macron connaît très bien l'histoire politique et l'histoire de ses prédécesseurs et l'histoire de la communication de ses prédécesseurs. Et moi, je pense que sur cette histoire d'amour, il faut différencier l'amour de la France et l'amour des Français. Et en 1965, au moment où le général de Gaulle se présente à la première élection au suffrage universel, en 1958, il est élu par un grand collège, par un collège de grands électeurs, il ne fait pas campagne. D'ailleurs, il dit « je ne fais pas de politique ». non plus, il est au-dessus, il est arbitral, surplombant, il ne fait pas de politique et il ne fait pas compagne. Et puis, c'est les premiers sondages, on voit Mitterrand qui monte et il y a un risque de balottage, ce qui serait un affront pour le général de Gaulle. Et donc, il est convaincu qu'il faut passer la télévision. Donc on va chercher Michel Droit, son interviewer attitré, et Michel Droit pose une question. un peu difficile, qui devait être un petit peu téléguidé. On a l'image ici. Et il lui dit, mon général, quelque chose comme ça, mon général, les Français vous savent gré d'avoir remis la France sur pied, vous vous occupez bien de la France, maintenant ils voudraient... que vous occupiez des Français. Et c'est vrai que c'était au cœur des Trente Glorieuses. Les Français travaillaient beaucoup. Le général avait remis la France devant de la scène internationale. Mais les Français, ils voulaient des augmentations. Ils voulaient la vie quotidienne. Et c'est là qu'il y a cette phrase. La Française, elle aime bien. Le Français, il veut une auto. La Française, il veut un frigo. Il se met à parler des Français. Et c'est, dit-on, ce qui a sauvé son élection. En tout cas, ce qui a donné une bonne avance. Moi, je pense qu'Emmanuel Macron s'est dit ça. Il s'est dit, je me suis occupé de la France, des taux, des chiffres. Par exemple, les 80 à l'heure, c'est bon pour la planète et c'est bon pour passer de 3000 à 2500 morts par an. Les Français individuellement, les 80 à l'heure, ça les emmerde surtout après l'essence. Il est passé du collectif à l'individuel et pour passer du collectif à l'individuel, on dit j'aime la France et j'aime les Français. C'est ce petit transfert dans le discours
amoureux. Est-ce qu'il n'y a pas aussi un moment quand même au-delà même du contexte électoral ? Est-ce que la crise sanitaire n'est pas aussi un formidable moment ? pour éprouver l'empathie. Parce que vous dites, il n'avait rien fait pour les Français. La crise sanitaire, c'est quand même pour les Français. Le quoi qu'il en coûte, c'est quand même pour les Français.
C'était des discours globaux. En tout cas, c'est comme ça que ça a été perçu. Je pense qu'il connaît cette... ce petit moment historique de 1965 et ce passage du collectif à l'individuel.
Madame Robaud-Dallon, sur ce moment particulier, qu'il soit seulement parlé de présidente Thomaturge. Je
voulais d'abord revenir sur cette question de l'amour. Oui,
on y revient toujours. Nous sommes tous d'accord,
je pense que nous sommes absolument tous d'accord qu'il y a des sentiments politiques. Et que les sentiments politiques, c'est quelque chose d'absolument fondamental, qu'on ne fait pas simplement de la politique avec des chiffres, de la rationalité. Donc il y a ce qu'on appelle des affects. Ce qu'on éprouve, pas simplement ce sur quoi on réfléchit. La question que je me pose, et là je suis d'accord avec vous, c'est de savoir si le mot amour convient tout à fait. Est-ce que vraiment c'est un sentiment politique ? Et moi, je pense à cette phrase que j'aime beaucoup de Hannah Arendt qui dit « L'amour n'est pas un sentiment politique ». L'amour n'est pas un sentiment politique parce que pour vivre ensemble dans une cité, les gens qui vivent ensemble comme des citoyens, ils n'ont pas besoin de s'aimer. Comme on s'aime dans une famille, comme on aime ses enfants, comme on aime un partenaire, quel qu'il soit. Ce n'est pas simplement le problème de Macron. On l'a vu avec tous les présidents qui ont dit... qui disent « j'aime les Français ». Alors évidemment, ce sont des problèmes absolument abyssaux, parce qu'il n'est pas question d'imputer à Macron la responsabilité d'analyse qui sont de toute façon un petit peu perverties par rapport à ce que devrait être une société politique. Par exemple, chez les Grecs, on disait que la philia, l'amitié, était un sentiment politique. Et ce n'est pas du tout la même chose que l'amour. L'amitié est un sentiment politique parce que l'amitié, ça implique de la distance. Et comme vous l'avez dit... L'amour, c'est le registre de l'intime, c'est la fusion. Et je ne vois pas très bien, moi, pour dire les choses très simplement, comment on peut demander aux gens de vous aimer, comment on peut revendiquer de les aimer dans une société démocratique, c'est-à-dire dans une société qui doit normalement reposer sur le désaccord.
La démocratie, c'est une culture
du désaccord. Ce n'est pas une culture de l'empathie. Tout à fait, alors j'abonde dans ce sens.
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