Chargement...
Chargement...
La transcription complète de la vidéo, ouverte sur le tour de parole qui contient l'extrait : faites-la défiler pour lire tout ce qui précède et tout ce qui suit. Le tour cible est encadré.
Sud Radio, les débats de l'été, 10h-13h, Maxime Liédo.
Une décision hier qui est tombée au journal de 20h de TF1, Marine Le Pen, qui après la décision du tribunal de Paris, qui certes l'a condamné, mais lui supprimé d'une certaine manière la peine d'inéligibilité, avec certes ce risque de bracelet, on y reviendra, mais qui a décidé de se lancer dans la course à l'Elysée pour 2027. Ce sera la quatrième campagne pour Marine Le Pen. Beaucoup d'incertitudes, mais est-ce qu'on doit se méfier de ce que, par exemple, certains candidats craignent, à savoir par exemple une candidate, Marine Le Pen, qui fait pression l'accusation. Est-ce qu'il y a un risque que toute la campagne soit prise en otage par cette actualité judiciaire ? On y reviendra. Et pour vous faire vos idées, votre idée, amis auditeurs, je vous propose qu'on en discute avec deux maîtres du barreau, deux ténors. Deux ténors, en commençant par vous, Maître Jean-Yves Leborg, bonjour. Bonjour. Avocat pénaliste notamment, et vous avez un oeil excessivement précis, excessivement singulier sur ce type d'affaires. On aura l'occasion d'y venir avec vous, parce qu'il y a toute une série de questions. Déjà, la décision de ce pouvoir en cassation, cette décision même des juges, et puis aussi la question du bracelet, la question de la campagne, l'atmosphère qui tournera et qui sera celle autour de la justice durant cette campagne. Votre voix sera précieuse dans le débat, et vous allez en débattre avec vous. Avec Jean-Pierre Mignard, bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous ce midi. Vous êtes avocat et essayiste. Première question peut-être à tous les deux, en commençant par vous, Jean-Pierre Mignard. J'imagine que vous étiez devant de votre télévision hier à 20h, quand vous avez entendu Marine Le Pen d'abord annoncer qu'elle allait se pourvoir en cassation, puis se déclarer candidate. Comment vous avez réagi ? Je n'ai pas été surpris.
C'est toute sa vie politique, c'est tout son engagement. Elle a décidé de ne pas y renoncer. C'est son choix. On verra bien le résultat pour elle. Pour le pays, ce sera en effet une situation un peu particulière d'avoir une candidate qui est déclarée coupable de faits qui sont sérieux. En général, les candidats sont déclarés coupables une fois qu'ils ont été élus. Ce n'est pas la première fois que les dirigeants politiques du pays de premier rang, y compris les présidents, seraient poursuivis en justice. Ce n'est certainement pas la première fois. Mais là, c'est la première fois où, condamné, on y va quand même. Bien sûr, elle est en cassation et elle bénéficie de la présomption de l'innocence. C'est incontestable. C'est un choix purement... à la fois personnel et
politique. Et on y reviendra. Maître Jean-Yves Leborgne, même question pour commencer cette conversation. J'imagine que vous étiez hier devant votre télévision. Est-ce que vous avez été surpris de la décision de Marine Le Pen ? Comment vous avez réagi, vous ?
À la vérité, je dois le confesser, oui. Et je me reproche d'avoir été surpris. Pour une raison simple, c'est que j'ai raisonné en avocat conseillant un client, mais j'allais dire un client ordinaire, et non pas un personnage politique. Et compte tenu des termes de l'arrêt de la cour d'appel, qui étaient extraordinairement favorables par rapport au jugement qui avait été au contraire très dur à l'égard de Marine Le Pen, mon réflexe d'avocat était de dire, prenez le bénéfice de cet arrêt qui divise tout par... et même pour un peu plus que deux, qui fait que vous n'êtes plus inéligible puisque l'inéligibilité a été plafonnée à 15 mois et que les 15 mois sont passés, donc tout va bien. Mais il est vrai que je n'avais pas réfléchi à une notion qui n'est pas très judiciaire ni juridique. Mais peut-être un peu plus politique. Mais bien sûr. Et qui est celle que, en acceptant la culpabilité, c'est-à-dire en s'abstenant de faire un pourvoi en cassation, Marine Le Pen... s'offrait, si je puis dire, à ses adversaires comme quelqu'un qu'on allait montrer du doigt et qui avait été condamné pour détournement de fonds publics. Alors là, en contestant, puisque tout usage d'une voie de recours est une contestation, elle conteste non seulement sa culpabilité, elle conteste tous les éléments de ce dossier, mais elle prend au bénéfice néanmoins, au passage, le fait que... Il n'est plus inéligible. Il y a des risques dans tout ça, mais on en parlera.
On va les évoquer. Le premier risque, j'aimerais aussi avoir votre opinion là-dessus, Jean-Pierre Mignard, sauf si vous avez quelque chose à redire à ce que vient de dire Maître Jean-Yves Leborgne à l'instant, c'est la cour de cassation. Tout le monde, on va dire, a en tête l'idée qu'elle pourrait, d'une certaine manière, accélérer sa manière de travailler pour rendre une décision avant la campagne présidentielle. Est-ce que ce serait étonnant ? C'est ma première question. Est-ce que ce serait souhaitable ? Maître Jean-Pierre Mignard, pour commencer.
Elle est totalement libre. Elle est libre du rythme de ses délibérations et de ses choix. Sur ce point, il n'y a pas de commentaire à avoir. Si la Cour de cassation estime... que le sujet mérite en effet d'être traité par elle avant le scrutin, elle le peut parfaitement, ça me semble une évidence. Elle peut, pour la transparence du scrutin, souhaiter rendre une décision qui mette un terme à toutes les polémiques, parce qu'elles vont fleurir de partout, et donc elle est libre. Et ça, sur ce point, la Cour de casation est totalement libre. Je la vois mal d'ailleurs... Excusez-moi, M.
Jean-Pierre Minard, est-ce qu'il n'y a quand même pas un risque, si jamais elle décide en effet d'accélérer son rythme de travail, pour le dire comme ça, qu'à nouveau, on retombe sur... Ah ben voilà, là... à nouveau souhaite empêcher un candidat de se présenter.
De toute façon... Personne ne sera satisfait. Alors là, vraiment, quelle que soit la décision, on ne sera pas satisfait. On dira soit c'est une justice politique qui obéit à je ne sais quel ordre ou quelle instruction, ou on dira le contraire. Alors donc, je pense que la Cour, à mon avis, la Cour doit rendre sa décision au moment où elle l'a réfléchi, où elle est certaine d'elle-même, et puis effectivement la rendre. Voilà. Je pense que c'est le seul moyen pour elle de s'abstraire de tout reproche qu'elle se fait. et puis de toute critique partisane. Voilà. C'est un risque, d'ailleurs, les partisans de Mme Le Pen le disent. Ils disent c'est un risque, c'est un pari qu'on a pris. Bon, très bien, les dés sont jetés.
Et à partir du moment où on prend un pari, il faut aussi accepter de le perdre. D'accord avec ce que vient de dire Jean-Pierre Mignard ? Eh bien voilà, il faut
accepter de le perdre.
Maître Jean-Yves Le Bang, je vous voyais un peu dodeliner à la première phrase de Maître Jean-Pierre Mignard. Qu'est-ce qui vous sépare de son avis, de son opinion ? Non, en fait, je suis toujours
d'accord avec Jean-Pierre Mignard. Nous nous connaissons depuis fort longtemps. quand j'ai une grande estime pour lui, et quand il dit que la cour de cassation est libre du moment où elle rendra sa décision, il a parfaitement raison. Mais cette liberté est, je dirais, relative. Pourquoi ? On se souvient peut-être que lorsqu'on était encore au niveau de la première instance, enfin du jugement qui était rendu, on était en cause d'appel, se posait le problème d'accélérer le processus d'appel. de manière précisément à dégager le terrain dans la perspective de l'élection présidentielle, il y avait eu une intervention du premier président de la cour de cassation et du procureur général, qui avait dit, mais nous, on pourra se débrouiller s'il le faut. pour juger dans les six mois, quelque chose comme ça. Les six mois, si vous les prenez maintenant, ça nous met à décembre-janvier 2027. Ce serait évidemment une catastrophe que le pourvoi, par exemple, soit rejeté. Pourquoi je prends le...
Et c'est d'ailleurs, pardon, par parenthèse, maître, que l'avocat de Marine Le Pen actuellement dit tout d'un coup, ah non, mais maintenant, il n'y a plus besoin de se presser parce qu'il n'y a plus l'inéligibilité sur la table. Donc, on peut prendre son temps, d'une certaine manière. C
'est-à-dire que cette hypothèse d'une décision dans les six mois avait été... évoqué par les patrons de la cour de cassation lorsqu'il s'agissait éventuellement de confirmer ou d'infirmer une inéligibilité. Nous ne sommes plus dans cette configuration, nous sommes même dans la configuration inverse. Et il faut quand même dire que, et c'est là que je diverge très légèrement de ce que nous dit Jean-Pierre Mignard, bien sûr qu'elle est libre, il a raison de le dire, la cour de cassation pour rendre sa décision quand elle le veut, mais le délai ordinaire, on le connaît en matière pénale. C'est 8-12 mois, c'est ça ? Ah non, c'est de 12 à 18 et parfois plus. Et si nous retombons dans le délai ordinaire, la décision de la Cour de cassation sera postérieure à l'élection présidentielle. C'est-à-dire que si Marine Le Pen est élue, elle bénéficiera alors de l'immunité présidentielle et si elle n'est pas élue, les choses n'auront plus à ses yeux la même importance.
D'accord avec ça, Jean-Pierre Mignard ? Ah, totalement. Totalement. Il y a aussi une autre question, et j'aimerais avoir votre regard de pénaliste à tous les deux, d'être d'avocat. On entend aussi, et c'est la question qu'on se posait tout à l'heure avec les éditeurs et les auditeurs et nos débatteurs, c'est la fameuse question de la capacité des Français, à un moment ou un autre de toute façon, de glisser un bulletin dans un bulletin de vote pour le Rassemblement National, en l'occurrence visiblement pour Marine Le Pen, parce que c'est elle qui va porter la campagne, alors qu'elle a été factuellement reconnue deux fois coupable. détournement de fonds publics. Est-ce que ça, pour vous, il y a une forme de gêne, une forme d'inquiétude ? Est-ce qu'on entre dans cette nouvelle ère-là en politique, par exemple, Jean-Pierre Mignard
c'est certain. Moi, je suis convaincu que pour son électorat, qui lui est fidèle et qui lui restera sans doute fidèle dans sa masse, cela n'aura pas de conséquences. Là où il peut y avoir une conséquence, c'est dans les périphéries de son électorat, ces périphéries qui se décident à un moment ou à un autre, et notamment au deuxième tour, et qui peuvent par contre trouver là une cause d'abstention vis-à-vis du soutien qu'ils auraient pu lui offrir. Donc je pense que néanmoins, c'est une faiblesse, tôt ou tard, qui se révélera.
Est-ce que vous ne pensez pas, et je m'adresse toujours à vous Maître Jean-Pierre Minard, qu'on est arrivé quand même à un tel point de dégagisme, de ras-le-bol, de rapport entre les Français et la justice qui s'étiole quand même d'année en année, que le simple fait qu'aujourd'hui une candidate aussi haute dans les sondages soit-elle pour le moment, soit reconnue deux fois de suite coupable quand même de détournement de fonds publics, ne soit plus suffisamment fort pour empêcher certains butins de vote d'aller dans sa direction ?
vous posez une vraie question, ça c'est sûr, mais est-ce que la justice a été toujours aussi légitime dans l'esprit des Français ou est-ce que ces décisions ont autant imprimé dans l'esprit des Français pour qu'ils soient aussi révérencieux vis-à-vis d'elles qu'elles soient un totem ? Je ne suis pas sûr, je ne suis pas sûr, ce n'est pas vrai. Les Français sont toujours agenouillés devant la justice. Il y a toujours eu un courant. Moi, je ne sais pas s'il faut l'appeler populiste, non démocratique, mais qui a toujours estimé finalement que les juges allaient au-delà des missions qui leur ont été données. Ça, les missions qui leur ont été données, celles dont nous parlons, c'est la grande tradition libérale de la justice, son indépendance, son impartialité. Un certain nombre de Français, de droite ou de gauche, je pense en effet, dans une tradition beaucoup plus... je dirais, oui, tribunicienne, que c'est au peuple toujours de décider et que ce n'est pas des intermédiaires, fût-il investi d'une mission de décider pour eux. Mais ça, c'est un très, très vieux conflit, vous savez, c'est un vieux conflit. On n'inventera rien et on le retrouvera.
Mais on le retrouvera assez d'accord aussi avec ça, M. Jean-Yves Leban. Le regard sur la justice est en train de changer, au point qu'on se dise que de toute façon, la justice a tenté d'entraver. Et maintenant, elle a été plus ou moins rendue, en tout cas jusqu'au deuxième degré de juridiction. C'est maintenant au peuple de faire son choix.
Je crois que Jean-Pierre Mignard et moi allons décevoir nos auditeurs, parce qu'on est toujours d'accord. Jean-Pierre, il faut faire un effort pour que nous nous opposions. Oui, je veux bien.
Cher Jean-Yves, il faut que tu m'aides.
En réalité, je suis tout à fait d'accord sur le fait que l'électorat d'ores et déjà acquis de Marine Le Pen considère que cette affaire est secondaire. Et je suis aussi d'accord lorsque Jean-Pierre Mignard dit, d'une manière peut-être un peu trop rapide, mais il faut élargir. Il ne suffit pas de faire un beau score au premier tour et d'être au second. Parce qu'au second, vos seuls partisans d'origine ne suffisent pas à vous faire élire. Il faut rassembler. Alors la question est, ceux que Marine Le Pen devrait rassembler si elle veut être élue, seront-ils arrêtés par cette condamnation ? Je veux dire, j'en suis pas sûr, pour deux raisons, c'est qu'il y a ceux qui comprennent le détail des choses, et qui considèrent que cette histoire appartient à des mœurs politiques d'une autre époque, et qu'après tout, si on s'y est laissé tenter, c'est comme ça. Et qu'il n'y a pas qu'elle, d'ailleurs concrètement, qu'il n'y a pas qu'elle dans cette situation. Et puis, ce que dit Jean-Pierre Mignard est très exact aussi sur, je dirais, la légitimité et le degré de légitimité de la décision judiciaire. Je dirais que si nous rapprochions les histoires Liana, Rosa, dont on a beaucoup parlé ces derniers temps, on se dirait, mais mon Dieu, quel rapport avec Marine Le Pen, il n'y en a aucun. Eh bien, si. C'est-à-dire qu'à travers ces affaires qui n'ont rien de politique, de vulnérabilité, de possibilité d'insuffisance du système judiciaire, de telle sorte que sa décision n'apparaît plus comme revêtue d'une sorte d'autorité qui ferait obligation à un regard de révérence. Et je pense aussi que même ceux qui disent bon, ils ont peut-être un peu chargé la marque là, avec leurs histoires d'assistants parlementaires, mais enfin le problème, est-ce qu'il est là ? où est-ce qu'il est dans l'avenir de la France ?
Eh bien, je vous propose qu'on poursuive cette discussion avec vous, Maître Jean-Yves Leborgne, avocat pénaliste, et vous, Jean-Pierre Mignard, vous restez avec nous, avocat et essayiste également. On va continuer à tirer le fil de cette conversation qu'on vient de débuter ensemble, suite à cette décision, bien sûr, qui vient de tomber pour Marine Lepel, des incertitudes, mais aussi la justice. Est-ce que, comme le disent certains candidats, oui, il y a un risque, de par les mots qu'elle va utiliser, de par la campagne qu'elle va faire, qu'elle fasse pression sur la Cour de cassation, peut-être même que la campagne... soient prises en otage par cette actualité judiciaire. C'est en tout cas notamment ce qu'a exprimé Gabriel Attal ce matin. On y reviendra sur Sud Radio et on y revient dans une poignée de secondes. A tout de suite.
Vous
êtes bien sur Sud Radio, suite de la conversation avec deux ténors du barreau, maître Jean-Pierre Mignard d'un côté, avocat essayiste, et de l'autre pour lui répondre, pour lui donner la réplique aussi, maître Jean-Yves Leborn, avocat pénaliste, et on s'interroge sur la suite du calendrier qui sera certes judiciaire, mais aussi politique, avec des candidats qui... quand même, visiblement, ne sont pas rassurés d'avoir Marine Le Pen en phase 2 en tant que candidate. Au point, par exemple, et j'aimerais vous entendre aussi là-dessus, Maître Jean-Pierre Mignard, Maître Jean-Yves Le Borne, sur Gabriel Attal qui accuse Marine Le Pen de faire pression sur la cour de cassation et aussi dénonce le risque de prendre en otage la campagne. Sur ces deux points précisément, peut-être commencer par vous cette fois-ci, Maître Jean-Yves Le Borne, pour essayer de provoquer du débat avec Maître Mignard qui, visiblement, ne veut pas se faire ce midi. Est-ce que, oui, il y a un vrai risque de faire pression ? de par les déclarations, de par l'omniprésence médiatique du Rassemblement National dans les prochains jours, de par cette actualité-là, de faire véritablement pression sur la Cour de cassation. Alors,
pression, otage, ce sont peut-être des mots un peu excessifs, mais qu'il y ait une instrumentalisation de la procédure, en faisant en sorte que, non seulement la décision de condamnation ne soit pas définitive, mais que la Cour de cassation ne puisse pas la rendre définitive. du moins avant l'élection présidentielle. Ça oui, parce que, je le disais tout à l'heure, la Cour de cassation, au temps où il y avait une inéligibilité de 5 ans, avait dit, mais nous, on est prêts à faire l'effort de statuer dans les 6 mois, de manière à ne pas faire traîner cette histoire d'inéligibilité. Cette situation-là n'existe plus. Mais si aujourd'hui, la Cour de cassation se précipitait pour juger avant la présidentielle, on dirait, mais vous êtes en train de... vous organiser pour rejeter le pourvoi, s'il le rejetait, comme c'est, je ne sais pas ce que ça sera, mais disons, dans la proportion des pourvois, c'est quand même l'hypothèse la plus probable. Bon, vous agissez en urgence... parce que vous voulez faire barrage à Marine Le Pen. Ce qui serait complètement contradictoire avec les termes de l'arrêt de la Cour d'appel, qui au contraire a dit que... On adoucit
la chose.
Non seulement adoucit, mais on dit que ce n'était pas à l'autorité judiciaire de choisir si quelqu'un pouvait être candidat ou
pas. Maître Jean-Pierre Mignard, sur ce risque qui visiblement existe et qui inquiète certains candidats, dont Gabriel Attal, qui s'en est fait le porteur de ce risque ce matin, de faire pression sur la Cour de cassation, est-ce qu'il a raison de le dénoncer ? C'est quelque chose qui existe ? que vous craignez, vous, par exemple ? Maître Jean-Perminard, est-ce que vous êtes avec nous ? Alors, il a un peu disparu, Maître Jean-Pierre Mignard, c'est pas grave, ça c'est ce qu'on appelle les aléas du direct, et ils sont en train de le récupérer. Il y a le deuxième risque aussi, même si l'aspect prendre en otage est certainement excessif, et vous l'avez dénoncé, Maître Jean-Yves Leborn, c'est quand même le fait que l'actualité judiciaire réussisse aussi à paralyser l'actualité politique. On y reviendra, mais Maître Jean-Pierre Mignard, je repose ma question, est-ce que le risque de pression existe réellement de la part de Marine Le Pen, de son entourage, de faire pression sur la Cour de cassation ?
il n'y a pas de pression au sens où les magistrats de la Cour de la Cassation auraient une frayeur ou se sentiraient menacées. Pas du tout. Alors je pense qu'elle peut prendre à partie l'opinion publique de manière plus ou moins habile, mais il n'y aura pas de pression au sens où on peut l'entendre, la peur, les menaces, etc. Non, je pense qu'elle peut en effet faire en sorte que l'opinion publique... s'accorde avec ce qu'elle pense, à savoir qu'il faut lui laisser le temps d'emmener sa campagne jusqu'au bout. C'est plutôt ça que je vois. Ce n'est pas un exercice facile, d'ailleurs, de sa part. Mais la Cour de cassation restera inébranlable.
Mais j'ai entendu beaucoup, d'ailleurs, certains de vos confrères, dire oui, bien sûr, elle fait pression. Elle fait pression, Marine Le Pen. Elle
peut faire pression. Vous savez, on fait... On fait toujours pression. Je veux dire, dans nos affaires, quand même lorsqu'on délivre des interviews publiques, ou qu'on fait des papiers, dans des affaires que par ailleurs on plaide, on essaie d'influer. Ce n'est pas une pression au sens de la menace ou de la peur, c'est convertir, c'est obtenir une opinion favorable, que les magistrats d'un cours de cassation se disent « Oui, on ne peut pas l'empêcher de mener sa campagne jusqu'au bout, elle est suffisamment représentative, on le voit bien dans les sondages, pour lui laisser sa chance. » C'est une idée que peuvent avoir les magistrats de la Cour de cassation. Alors, est-ce que c'est répréhensible ? Est-ce que c'est irréprochable ? Ça, c'est un autre débat. Moi, je serais magistrat de la Cour de cassation. J'avoue que ce débat, je l'aurais, mon fond
intérieur. Jean-Yves Leborgne, je vous voyais tiquer sur... À mon avis, il y a donc deux hypothèses. Ou bien la Cour de cassation se précipite, parce que six mois, la Cour de cassation, c'est de la précipitation. pour décider du bien fondé, du pourvoi, et on dira, vous vouliez faire obstacle à Marine Le Pen, ce qui n'est pas dans l'air du temps, par rapport à ce qu'on autorise en quelque sorte comme légitime décision à la justice, ou bien la Cour de cassation statut... postérieurement à l'élection présidentielle, et on dira qu'elle a été complaisante. Je pense que dans une hypothèse de ce genre, c'est de dire, écoutez, on va être simple, on va faire comme d'habitude. Le délai d'examen d'un pourvoi et d'élaboration d'un arrêt par la Chambre criminelle, c'est 12 à 18 mois. On sera dans le créneau de 12 à 18 mois. Ce qui, évidemment, de facto, nous renvoie postérieurement à l'élection présidentielle et fait que l'option prise par Marine Le Pen, aurait
été la bonne. Et j'aimerais vous interroger aussi pour clore cette conversation, Maître Jean-Pierre Mignard et Maître Jean-Yves Leborg, de la justice, on a bien vu à quel point elle était au centre de toutes les attentions. Vous avez eu raison, Maître Jean-Yves Leborg, à l'instant de rappeler l'affaire Liana, on peut aussi très bien parler de l'affaire Bruel, on a eu l'affaire Marine Le Pen, on voit, on a aussi vu cette conférence de presse assez spectaculaire en début de semaine, c'était lundi, dans l'affaire Jubilat, on voit à quel point... tous les projecteurs seront à un moment tournés ou à un autre sur la justice. Est-ce que vous pensez que oui, ce sera un thème absolument primordial avec tout ce que ça a de positif et négatif dans les prochains mois durant la campagne présidentielle, Jean-Pierre Mignard
ça pourra l'être, parce que son affaire va illustrer les attentes que l'on peut avoir de la justice, soit estime invasive, trop intrusive, ou alors on estime qu'elle remplit la mission qui lui est donnée par la Constitution. Donc ça, il y aura un débat sur ce point. Moi, je me permettrais de donner, je ne sais pas ce qu'en pensera Jean-Yves Leborg, à mon avis, ce ne sera pas très loin, mais c'est la primeur de sa pensée. C'est que ce qui reste dans nos sociétés démocratiques aujourd'hui, Très érodé, c'est l'indépendance de la justice. Entre autres, l'indépendance de la justice. On pourrait parler de l'indépendance de la presse et des médias, mais ce n'est pas le sujet. L'indépendance de la justice, qu'est-ce qui fait que nos sociétés sont encore un peu vaillantes et ont une légitimité par rapport à quantité d'autres ? C'est ça. C'est qu'on peut avoir confiance dans une justice qui, par rapport aux puissants ou à ceux qui ne le sont pas, décide de manière équanime. et que ça, ça tient encore debout, et qui fait qu'on a encore confiance dans le pacte démocratique. Et qu'on a envie de faire confiance à nos
vieilles institutions qui tiennent encore un peu debout, alignées avec Maître Mignard, M. Leborgne ? Alors,
dans une certaine mesure, oui, parce que je pense que cette affaire, comme un certain nombre d'autres d'ailleurs, pose le... la limite, la frontière de ce qu'est la légitimité de l'intervention judiciaire. Là, nous sommes dans une décision certes judiciaire, mais qui a pour conséquence une sorte de... de mise à l'écart d'un candidat sur le terrain politique important, ou au contraire, de possibilité pour ce dernier, cette dernière en l'espèce, de conduire son chemin jusqu'au bout. Et finalement, l'indépendance de la justice, c'est bien, c'est un mot qui en théorie est très intéressant, mais le vrai problème est de savoir où elle commence. Et où elle finit ? Et je pense qu'on assiste aujourd'hui à une sorte d'évolution. Il y a encore quelques années, il y avait une sorte de tentation de la justice de régner sur toute chose, de faire du pouvoir judiciaire, qui n'existe pas dans la Constitution, puisque la justice n'est qu'une autorité judiciaire, d'en faire non seulement un véritable pouvoir, mais d'en faire un pouvoir sur les autres pouvoirs. Et on est en régression sur cette sorte... de mouvements de conquête et je pense qu'au fond la justice son oeuvre est toujours difficile mais sur le terrain non pas juridique non pas de la décision elle-même mais de l'impact sociologique elle doit se tenir à juste distance entre la timidité qui n'a pas lieu d'être, et l'arrogance qui serait un excès.
Merci beaucoup, Maître Jean-Yves Lebanque, d'avoir participé à cette conversation, à ce débat ce midi sur Sud Radio. On rappelle que vous êtes, bien sûr, avocat pénaliste. Et merci beaucoup d'avoir été avec nous à distance, Maître Jean-Pierre Mignard, pour tenir cette conversation. On n'aura pas réussi à créer beaucoup de désaccords, mais qu'est-ce que vous voulez ? C'est parfois la nature des discussions quand elles essayent d'éclairer un sujet éminemment complexe et d'actualité, en rappelant que vous êtes avocat et séise. Dans un instant...
Transcription automatique — vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.