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Le tour de parole complet qui contient l'extrait, avec celui qui précède et celui qui suit. Le tour cible est surligné.
Violences dans le périscolaire : quel bilan de la réforme des rythmes scolaires ?
17 septembre 2026
le ministre.
Monsieur le Président. Merci, Madame la rapporteure. Messieurs les sénateurs. Vous vous intéressez à un sujet, je dois dire, très difficile et certainement très douloureux pour de nombreuses familles, évidemment les enfants victimes, mais aussi, je dois dire, pour tous les personnels qui travaillent autour de l'enfance et qui sont, je crois, aujourd'hui profondément troublés et affectés par les révélations et les informations dont nous disposons maintenant. Je vous disais avant cette séance, Madame la rapporteure, c'est en 1987 que j'ai commencé à m'occuper dans une école normale d'instituteurs de la Nièvre, de l'enfance et de l'enfance en difficulté. Ces sujets existaient déjà. J'avais à la fois des enfants qui étaient maltraités, parfois c'est l'éducation nationale qui les repérait parce qu'ils étaient maltraités dans les familles. C'est aujourd'hui encore, la procureure vous l'a dit, près de 90% quand même. des sujets, et ça embolise aussi la chaîne pénale. C'est l'éducation nationale qui repérait ça avec les capacités qui sont les siennes. Et c'était aussi des fonctionnaires qui n'étaient pas à la hauteur de leur mission et qui exerçaient sur les enfants des violences. Alors là, il faudrait aussi, parce que j'ai vu des émissions, j'ai écouté les propos, il faut, dans la tâche très difficile qui est la vôtre, qui sera de proposer des améliorations. faire très attention à ne pas amalgamer un certain nombre de violences, de ce que nous appelons des violences. Ce qui est terrible, et ce sur quoi nous avons des signalements, il n'y a pas de difficultés, ce sont des violences sexuelles à l'égard des mineurs, et puis des violences. Mais vous le savez, Hausser le ton, parler plus fort. J'ai entendu certains exemples. Je me souviens d'avoir été à l'école primaire parisienne dans un très bon quartier dans les années. Ça date un peu. J'aurais l'âge d'être sénateur aujourd'hui. On tendait les doigts pour recevoir des coups de règle. J'ai eu les oreilles rouges et j'ai été mis au coin. On voit bien ce que cela entraînerait aujourd'hui. Donc il faut faire la part de ce qui est très grave, de ce qui l'est un peu moins, et faire attention à ce qui relève de qualifications pénales ou d'autres formes de rappel à l'ordre. Je crois que ces situations sont donc, comme d'ailleurs toute l'histoire de l'enfance que vous devez connaître, des situations qui ne sont pas spécifiquement nouvelles. mais par rapport auquel nous progressons et nous avons une sensibilité accrue et nous ne tolérons plus un certain nombre de choses. La procureure vous a dit d'ailleurs que quand émerge un certain nombre de signalements, à ce moment-là, d'autres vont arriver. Et tant mieux, la parole se délivre comme sur des tas d'autres sujets que nous avons vécu ces dernières années, les violences faites aux femmes, etc. Pour moi, je vous le dis au fond, philosophiquement, étant donné mon engagement depuis maintenant près de 50 ans, Il y a des gens qui contestent ces progrès en disant... Je pense que c'est profondément un progrès. Et c'est pour ça que je réponds avec beaucoup de plaisir à votre commission, y compris dans ma maison de cœur et d'adoption, qui est l'éducation nationale. Nous devons, nous devons, c'est notre responsabilité, j'ai été fonctionnaire plus de 40 ans de ma vie, nous devons faire toute la lumière sur ces questions et donner des réponses les plus adaptées possibles au sujet qui se propose à nous. C'était vrai il y a 40 ans, on a commencé, c'est encore plus vrai aujourd'hui. La représentation nationale par votre intermédiaire a un rôle à jouer. Dans le contexte de 2012, par rapport à la réforme des temps scolaires, c'est un sujet qui reste d'actualité parce que c'est un sujet, à mon avis, d'intérêt national. En 2012, il se fait que le temps scolaire est passé à 4 journées seulement depuis 4 ans. Dans des conditions que nous n'avons pas à délibérer ici, mais qui ne sont pas d'une clarté absolue, y compris pour les principaux acteurs. Ça met la France dans une situation singulière. La France n'a que 144 jours d'école publique à donner à ses enfants. Aucun d'entre nous adultes n'a vécu un tel appauvrissement du temps public et du temps scolaire. Nous allions à l'école, au minimum pour les plus jeunes, 4 jours et demi, mais pour les plus anciens, 5 jours. Et dans la plupart des pays du monde, c'est encore le cas, j'ai des petits-enfants qui vivent à l'étranger, certains vont à l'école 6 jours par semaine. La France se retrouve donc en train de décrocher, elle continue de le faire d'ailleurs, dans les études internationales concernant les compétences fondamentales, et elle a une spécificité, un accroissement des inégalités que vous comprendrez aussitôt et qui est lié au temps scolaire. Lorsque l'État ou le service public ne prend pas en charge le temps des enfants, il convient que les familles le fassent. C'est ce qui se passe, par exemple, le mercredi matin libéré. Et là, vous l'avez vu dans les chiffres que j'ai d'ailleurs fournis à la rapporteure, nous avons la situation que ceux qui ont les moyens peuvent leur trouver des activités, et tant mieux. Mais ceux qui ne l'ont pas n'ont rien d'autre que la télévision et sont absents. Et donc, ce que signale l'OCDE en permanence dans les études, la France et le pays où il y a la corrélation la plus étroite entre le niveau social des parents et la réussite scolaire, est lié aussi à cette question. Donc défaut de performance globale, défaut d'excellence de nos élèves et accroissement des inégalités. Ce qui fait que ce sujet, quand j'arrive, étant moi-même... Ça ne se fait plus beaucoup, mais un enseignant depuis plus de 20 ans, ayant formé moi-même les instituteurs autrefois, comme je le rappelais, je suis dans la situation consensuelle où le ministre qui me précède, Luc Châtel, ayant vu le problème, a organisé une grande concertation. Cette concertation a conduit à dire qu'il faut revenir à la semaine de 4 jours et demi. Madame Tabarro, qui n'est pas plus que monsieur Châtel de ma famille politique, a au nom du Parlement mené une mission dans laquelle elle a des propos extrêmement sévères sur la semaine de quatre jours. L'Académie de médecine. Il n'est pas une bande de pieds nickelés. C'est prononcé en disant qu'il faut à tout prix revenir, etc. Et puis le réseau des villes éducatives, qui existe encore, a réuni dans ce qu'on a appelé l'appel de Bobigny un certain nombre d'acteurs de l'école et du périscolaire, je pense aux grandes associations d'éducation populaire, mais il y avait aussi les syndicats, nous aurons l'occasion d'y revenir, pour dire qu'il faut à tout prix revenir à 4 jours et demi. Donc cette question... étaient, si vous voulez, d'une certaine façon acquises par l'ensemble de ceux qui s'intéressent, on va dire, à l'école. Et je n'ai eu d'ailleurs aucun débat de fond de contradiction avec les uns et les autres. Je note, parce que c'est intéressant sur le fonctionnement de notre pays, que les deux plus récentes consultations... celle à la demande de l'actuel président de la République du Comité économique, social et environnemental sur les rythmes de l'enfant, vous savez on a tiré au sort 150 personnes, etc. comme ça se fait aujourd'hui, retour à une démocratie très ancienne, a conclu à la 5 jours, plein, avec évidemment une réorganisation, on y viendra des temps pédagogiques. Et je lisais la semaine dernière, alors que vous m'aviez déjà convoqué, que le haut commissariat au plan, sans doute une instance tout à fait éclairée, après avoir travaillé sur ces questions, en venait aussi à dire qu'il faut à tout prix revenir à la semaine de 4 jours et demi. Bon. Vous auditionnerez mon collègue Jean-Michel Blanquer, qui lui-même avait dit que ça n'a pas été fait dans l'intérêt des enfants. Mais il est vrai que, suite... à ce que nous avons fait entre 2012 et, pour ce qui me concerne, 2014. Tout le monde est d'accord, mais personne ne le fait. Alors pourquoi ? D'abord, je crois qu'il y a une petite difficulté à prioriser véritablement l'intérêt des enfants. Pour la première fois dans la loi française, j'avais inscrit ce qui me semblait, je vous le dis, de strict bon sens, donc assez cartésien, la priorité aux primaires. Pourquoi ? parce que les difficultés qu'on trouve et qui s'accroissent, vous l'avez vu avec les derniers résultats, au collège, elles se préparent avant. Ça commence d'ailleurs dès la maternelle, dont j'ai refait les programmes, à nouveau l'accueil des moins de 3 ans pour le bain linguistique de ceux qui sont en milieu social défavorisés, et évidemment l'école primaire. Comment peut-on, dans notre pays, se gargariser de la priorité aux primaires alors qu'on n'accorde que 144 jours de classe aux primaires ? Vous voyez bien parfois que l'esprit ou la règle de non-contradiction n'est pas respectée par les plus hautes instances. On est contre la réduction du temps de travail, je peux le comprendre, je n'entre pas dans ces débats, mais pour les enfants, on est tout à fait pour. On en est tout à fait pour. Et le monde entier nous regarde en disant qu'est-ce que c'est que cette affaire. Nous voulons respecter la règle de non-contradiction. Donc la priorité à un moment très difficile, c'est de se dire qu'il faut être capable de recruter des enseignants. C'était déjà pas facile. Il faut mettre des enseignants devant les élèves. Pas facile. Il faut créer des dispositifs qui permettent, là où il y a des difficultés, d'y remédier le plus possible. A l'époque, c'était les réseaux d'aide qu'on appelait RASED et c'est le plus de maîtres de classe que nous avons mis en place et qui a été malheureusement supprimé sans aucune évaluation alors qu'il semblait fonctionner à l'agrément de tous et que nous avions déjà à l'époque. des évaluations sur le dédoublement des CP, puisque Luc Ferry en avait fait d'ailleurs en France une première expérimentation. J'avais lu deux études à l'étranger qui montraient que ce n'était pas inintéressant pour des tas de raisons, mais que ce n'était pas une solution, car justement, on ne changeait pas les pédagogies. Enfin, ce qui est l'élément le plus important et qu'on va retrouver pour les éducateurs, c'est la formation des maîtres, ce qu'on appelle l'effet maître. Il faut savoir que dans toutes les études que nous avons de pédagogie et sur le résultat des élèves, ce qui fait le plus de différence, c'est l'effet maître. Ça veut dire recruter des gens, bien les former. Je vous indique la chose suivante, qui n'est pas assez dite de façon très simple. Donc je vous l'ai dit de façon très simple. J'ai quitté les écoles normales en 1990 quand elles se sont transformées en IUFM. A l'école normale, au moment où je la quitte après la réforme Chevènement, qui était tout à fait remarquable. recrutement à bac plus 2, deux ans de formation professionnelle dans une école payée, des promotions de 30, bien encadrées, à côté d'une école d'application, et une alternance entre les cours théoriques, que j'assurais pour la plupart, et la pratique sur le terrain avec les maîtres formateurs. Et en deux ans, on pouvait avoir des gens qui étaient capables d'enseigner, à lire, écrire, compter, etc. Lorsqu'on a supprimé ça et confié aux universités cette formation des maîtres, On s'est trouvé dans une situation où, et je l'ai vu y compris comme ministre sur le terrain quand j'ai mis en place les formations, quelqu'un qui fait une licence de biologie, une licence de géographie, est recruté, envoyé parfois directement dans une classe, sans avoir eu la formation spécifique qu'il faut avoir pour enseigner en primaire. Tout l'enjeu... Pour ce pays, qui reste d'actualité avec la réforme qu'avait souhaité un certain nombre de ministres, dont moi, qui a relancé Gabriel Attal et qui n'est toujours pas parvenu à bon port, mais que l'actuel ministre veut mener à bon port, c'est un recrutement à trois années, deux années de formation payée avec des stages sur le terrain et spécifiques. On n'enseigne pas les mathématiques en terminale comme on enseigne à lire et écrire et compter dans un CP. C'est un métier particulier. Et c'est là que les choses commencent à décrocher. Donc quand j'arrive, mon obsession, priorité aux primaires, essayer de remettre de l'excellence dans le système, un peu d'ordre aussi, car nous avions déjà des désordres, laïcité et autres. Mais les deux grandes réformes, c'est la formation des enseignants, les ESPE. Il faut quand même imaginer que les cesseurs s'étaient trouvés sous la contrainte de les supprimer. Et moi, j'ai la chance de pouvoir remettre, y compris l'année de stage, parce que dans les 60 000 postes que le président Hollande avait donnés à l'école, et qui ont beaucoup compté dans le scrutin de 2012, vu la situation à l'époque, en réalité, je n'ai pas besoin de tous ces postes. Donc j'en donne d'ailleurs aux supérieurs et j'en utilise immédiatement pour la formation des enseignants. Et l'année de stage, que moi, comme professeur, j'avais eue, et qui est absolument essentielle. Vous ne pouvez pas commencer votre première année après le cours à 18 heures de cours, ou une classe pleine. Il faut se former. Et donc ça, c'est déjà quelques milliers de postes, comme le dispositif plus de maître que de classe. Et puis, la réforme des temps scolaires, qui n'est pas dans la loi de refondation, c'est le fond d'amorçage, qui est un décret particulier pour essayer de redonner du temps scolaire aux enfants. Voilà, à partir de là, il y avait beaucoup d'autres sujets, le lycée professionnel, la liaison école-collège, l'arrivée du numérique, et nous avons traité tous ces points. Mais l'axe central me semble être celui-là, et donc nous nous engageons dans la réforme des temps scolaires. Alors là, je dois vous dire, mais vous le savez, ça n'a pas été une partie de plaisir. D'abord, et c'est le seul point que je conteste du rapport du Sénat de 2017, qui est un rapport remarquable, et là encore, comme vous le savez, qui n'a pas été conduit, Gérard Longuet, l'ami Jean-Claude Carles, par des proches politiques. Ce rapport fait bien la part des choses, mais il commet une erreur, je crois. C'est qu'il dit qu'il n'y a pas eu de concertation. Et ça, je crois qu'il faut vraiment réfléchir à ça. Jamais une réforme n'a été autant concertée. Et c'est peut-être son point faible. Elle a été concertée, je viens de le dire, en amont, parce qu'il y avait eu des tas de commissions qui ont duré des mois, des années de consultations. J'ai noté d'ailleurs qu'on recommençait. On ne cesse de se concerter sur les rythmes scolaires. C'est eux, machin. Le problème, à un moment politique, c'est qu'il faut prendre des actes et avoir du courage. Donc concertation maximum. Personnellement... Étant appelé à ses fonctions le sachant, j'avais consulté très en amont de 2012 avec ceux qui m'entouraient, les principaux acteurs. Consensus était établi, collectivité locale, conseil généraux, qui sont très concernés par la question très épineuse des transports, qui a été pour nous un très gros problème, des petits problèmes comme ça en apparence de rien du tout, deviennent des problèmes considérables quand il s'agit de mettre les choses en œuvre. Et bien entendu les syndicats d'enseignants. Avec des demandes... Toujours contradictoire car nous tombons sur cette vieille question, comment construire un intérêt général en additionnant des intérêts particuliers ? Ça peut être le problème des concertations. Alors des fois ça déçoit les gens parce qu'on les concerte puis on ne fait pas ce qu'ils nous ont dit. Mais si on veut essayer de concilier tous les points de vue, on arrive parfois à amaudier ou en tout cas à abîmer l'intérêt général. A ce moment-là est lancée une grande consultation à la demande du Premier ministre. Je n'étais pas totalement favorable pour vous dire tout. qui prend l'été. Je n'étais pas favorable pour une raison qui n'a jamais été dite, c'est que le SNIPP syndicat enseignant du primaire m'avait averti que 90% des hussards noirs de la République étaient des hussards, qu'elles avaient été recrutées à Bac plus 5, que la sociologie n'était plus la même et que beaucoup avaient choisi ce métier pour s'occuper de leurs enfants le mercredi matin. Et donc ils auraient un problème. Ils étaient favorables pour des raisons pédagogiques, ils avaient signé l'appel de Bobigny à la réforme, mais ils souhaitaient qu'elle se fasse vite et avec évidemment un accompagnement financier. Rendre les choses dilatoires, complexifier considérablement, les maires ont eu à s'en rendre compte, le travail des syndicats sur le terrain avec les enseignants à qui nous demandions de revenir une demi-journée sans leur donner. Quel métier on fait ça ? quoi que ce soit, j'ai obtenu au bout de quelques mois une prime de 400 euros. Donc le premier ministre Jean-Marc Ayrault décide qu'il y aura cette consultation. Elle est organisée de façon tout à fait considérable avec des centaines de personnes, tous les acteurs, donc vous voyez, concertation. Ce qui concerne l'enfant était présidé à l'époque, mais je l'avais pris en tant que médecin, elle n'était pas politique à l'époque, par Agnès Bujin qui a d'ailleurs fait son travail de façon tout à fait remarquable. La réflexion sur les risques scolaires s'inscrit dans une réflexion sur l'enfant. Il y avait quatre grands groupes et c'était Christian Forestier, que nous avons perdu malheureusement l'année dernière, qui présidait cette affaire, lui qui l'avait déjà fait pour mon prédécesseur. Car contrairement à une idée souvent convenue, y compris sur ma propre personne, je crois à la continuité de l'État. Tout n'est pas polémique et il me semblait judicieux, ici comme ailleurs, de poursuivre une politique éducative et de montrer... que ce n'était pas systématiquement, cela a été un peu après mon départ, la chasse aux sorcières. Et donc j'avais demandé à Christian Forestier, d'autant plus que le temps des réformes scolaires est un temps à 10 ou 15 ans. Il n'y a pas un pays qui a réussi sa mue éducative qui n'a pas inscrit une action dans la durée. On pensait d'ailleurs que j'aurais du temps à l'époque. Donc nous nous trouvons dans cette grande concertation. Nous répondons à un certain nombre de demandes. Maintenant, j'en viens à votre sujet de préoccupation. Est-ce que les gens se rendaient compte que nous allions modifier totalement ? Évidemment. Et d'ailleurs, nos amis les maires, dont je dois dire aujourd'hui, moi je n'ai jamais été élu local, tout le monde me voit comme... ont été absolument remarquables. Époustouflants. Ils ont été mes interlocuteurs les plus sérieux sur la chose éducative. Et d'ailleurs, lisez le communiqué de l'Association des maires de France, je crois qu'il est en 14 ou 15 points, suite à leur consultation de 4 000 maires s'étant engagés dès début 2013, donc avant le congrès de novembre, dans la réforme, tous les points qui pouvaient soucier un ministre connaissant à peu près son affaire et ses collaborateurs, tous les points sont notés. Jamais sur un ton vindicatif, négatif, les maires étaient pour cette réforme. mais il demandait qu'on les accompagne et qu'on leur donne les conditions de la réussite. Parmi les conditions de la réussite, Madame Evren, c'est un sujet qui vous préoccupe à juste titre, il y avait cette question des taux d'encadrement des animateurs. Donc nous savions que nous avions un problème, il est tellement évident, il est arithmétique, de recrutement, d'encadrement, de formation des animateurs. Les associations accompagnatrices de l'école qui sont nombreuses dans ce pays, les CEMEA, Léo Lagrange, la Ligue de l'enseignement, enfin tout ce que vous voulez, avaient été mobilisées spécifiquement, y compris j'étais allé les rencontrer individuellement et je leur avais demandé de s 'engager. Les CAF ont eu au début les caisses d'allocations familiales chargées évidemment d'accompagner ce mouvement et... de dispenser de l'argent, étaient assez, comment dirais-je, à la fois les mieux informés et pas les plus récalcitrants, ce ne serait pas le terme, mais les plus inquiètes, disons, d'un certain nombre d'évolutions. Les demandes des maires, je les ai mises dans les questions que je vous ai données pour que les choses soient claires face à l'histoire, étaient de deux ordres. L'argent, absolument légitime. Absolument légitime. On ne peut pas dire, nous allons nous occuper des enfants dans le public et ne pas mettre d'argent. J'ai eu à batailler très dur pour obtenir 300 millions d'euros. Je dis aujourd'hui que cette somme était absolument ridicule par rapport aux besoins. Les estimations minimums, vous savez d'ailleurs celle de mon prédécesseur, étaient d'un milliard. En réalité, vous voyez aujourd'hui, vous entendez les chiffres valsés, vous voyez ce qu'est la dette française, vous vous interrogez, j'ai appartenu à la Cour des comptes les cinq dernières années sur la dépense, 300 millions pour tous les enfants de France s'occuper d'eux en dehors du temps scolaire, ça n'était pas la bonne dimension. Et ça nous a coûté très cher et ça nous coûte encore très cher. Car une réforme ratée, malheureusement, elle aubert. Après, tout le monde a peur d'y revenir. Et donc les enfants sont livrés dans ce pays, il faut le dire, à eux-mêmes. On s'en occupe 144 jours par an, dans de très mauvaises journées de classe, et le reste du temps, débrouillez-vous. Il n'y a pas un pays du monde qui fait ça. Notre avenir est sacrifié. Alors, la première chose que demandent les maires, c'est de l'argent. Nous obtenons 50 euros pour tous, 40 pour ceux qui sont en dotation de solidarité urbaine ou rurale, spécifique. Sans jamais, c'est la bagarre que demandent les maires, on l'irait leur communiquer, je les ai communiqués aussi. Pour dire que ça va être pérennisé, l'État a du mal. Merci et récalcitante. Et d'ailleurs, le président Macron a définitivement tué cette réforme le jour où il a dit que ça ne sera pas pérennisé. C'est-à-dire, je crois, en 2019, après l'avoir déjà abîmé par le décret de 2017. Donc, cette affaire était réglée. Vous ne pouvez pas demander à un maire. Et alors, imaginez... ce que le rapport Cartron, sénatrice vice-présidente du Sénat, a remis au Premier ministre, montrait, les efforts faits par les maires pourraient être au rendez-vous de 2013 et 2014. Moi, j'ai vu, y compris les maires ruraux, à l'époque, qui voyageaient beaucoup avec moi, on allait sur le terrain, des gens faire des choses éblouissantes. Parce que le maire qui est dans son village, dans sa ville, il connaît ses administrés, il les aime, il veut le bien. Il y a quelques exceptions. J'ai croisé quelques grands maires de France qui m'ont dit des choses que je ne répéterai pas ici, qui étaient honteuses. Mais globalement, la grande majorité des maires, et souvent de communes, soit rurales, ce n'était pas facile, et c'est bien montré dans le rapport Cartron d'ailleurs, ils ont été imaginatifs. Ils se sont mis en réseau, ils ont mis en place des activités périscolaires. Ils avaient un avantage sur la ville, souvent, Madame la rapporteure, c'est qu'ils avaient des locaux. Parce qu'il faudra qu'on parle aussi de cette question qui est la difficulté auxquelles on n'avait pas suffisamment songé peut-être, ou en tout cas qui était difficile à surmonter dans un certain nombre d'endroits, et on a vu les querelles de partage sur les locaux. Donc de l'argent, ça fut très largement insuffisant et jamais sécurisant. puisque ce n'était pas prolongé dans le temps. Et puis deuxièmement, sur la filière des accompagnateurs, des éducateurs, c'était la demande des maires que nous changions les taux d'encadrement, à la fois pour les moins de 6 ans et les plus. Nous l'avons fait, la pédale sur le frein, dans l'idée que c'était un peu comme fond d'amorçage, c'était un amorçage, une réforme, il faut la lancer, ils en avaient besoin, mais nous ne l'avons pas inscrit dans le marbre en disant nous y reviendrons quand la filière de formation, de recrutement, vous verrez d'ailleurs, je vous ai envoyé des textes, y compris des associations qui disent on va recruter, on va former, elle est bafale, etc., ce sera mis en place. Voilà ce qu'étaient les demandes des maires qui ont été exaucées. Je ne l'ai pas mis dans ce que je vous ai envoyé. La décision finale que j'avais évidemment négociée a été portée par Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre lui-même, dans un entretien avec Pélissard. Et vous avez un communiqué de presse à la sortie qui dit voilà les deux points. Mais bon, je vous ai redonné le point. Nous avons obtenu les taux d'encadrement. Nous avons obtenu l'argent. Et d'ailleurs, ma visite au Congrès des maires de novembre 2013, que tout le monde a appréhendé. Personne à part moi ne voulait y aller. se finit tout à fait agréablement. Je vous ai d'ailleurs communiqué les tables rondes présidées par Warrond et Genevar à l'époque, qui ont été d'une qualité, je le redis, tout à fait remarquable. On n'était pas dans la polémique, mais dans régler les problèmes. Je voudrais quand même attirer vos attentions, et je vais me taire, parce que c'est le grand danger, c'est que je ne peux pas me taire, sur une chose, vous dites sujet. Le grand malheur de cette affaire, dont je m'étais ouvert au président de la République, au Premier ministre, c'est que je suis le ministre de l'Éducation nationale. C'est la passion de ma vie, vous le savez sans doute, et j'ai une approche qui vient de très loin, qui est de l'instruction. Quand Chevelman refait les instructions officielles... Pour la maternelle, vous lirez, la première phrase c'est l'école en instruisant éduque à la liberté. J'ai commenté cette phrase devant des instituteurs pendant des années, je peux faire une année sur cette phrase, évidemment tout est dedans. Je n'ai jamais séparé l'instruction de l'éducation. Comme ministre de l'éducation nationale, je suis convaincu que mon travail, je vous l'ai dit, c'est d'améliorer le niveau scolaire de tous les enfants de France. Car en France on croit qu'il faut une petite élite contre les autres. Non, les pays qui réussissent le mieux... ont des élites larges, plus larges que les nôtres, et c'est tout le monde qui progresse ensemble. Ce n'est pas l'excellence contre la masse, c'est tout le monde. Mais mon problème, c'est le mercredi matin, c'est le temps scolaire. Vous savez que nous avons plus d'heures d'apprentissage fondamentaux en France que dans les pays qui nous entourent. Presque 200 heures avec certains pays. Nous n'avons pas un défaut de lire, écrire, compter en termes de temps. C'est en termes de méthode d'apprentissage et c'est en termes de qualité du temps scolaire. Évidemment, Moi, j'ai assisté à ça. Des cours de lecture ou de mathématiques à 16h en fin d'après-midi sur des enfants de 7 ans ou 6 ans. Après une journée, ils se lèvent tôt, etc. Ça n'a aucun sens. Donc moi, mon objet, c'était la reconquête du mercredi matin. Et évidemment, si j'habitais au pays des bisounounours, j'aurais fait même encore beaucoup plus. Mais déjà, le mercredi matin, pas comme temps périscolaire. C'est avant que c'était du temps laissé aux familles. Moi, c'est la reconquête républicaine et publique d'un temps scolaire, pas périscolaire. Mais vu que c'est compliqué, le ministre de l'éducation nationale se retrouve, et c'est là que je m'adresse au président Premier ministre, à devenir le ministre du périscolaire. Tout le monde ne m'interroge jamais sur la formation des enseignants, c'est ma spécialité. Je suis le seul ministre qui a enseigné aux instituteurs dans ce pays il y a 30 ou 40 ans. C'est mon travail. J'ai été psychologue de l'enfant, j'ai enseigné la psychologie cognitive, les apprentissages aux instituteurs, j'ai fait ça. Et comme philosophe aussi, c'est ma préoccupation. Et on me parle en permanence des ateliers ceci, des ateliers cela, qui relèvent des collectivités locales. Au mois d'août de l'année 2012, après une querelle dans le Parti Socialiste qui avait mobilisé beaucoup d'esprits, je me tourne vers le Premier ministre et je lui dis, j'étais numéro 3 du gouvernement étant donné la priorité aux scolaires, et je lui dis, il y a un problème, il faut faire une réunion interministérielle. Tout le monde est concerné, la ville, la culture, etc. Et le Premier ministre n'a jamais organisé cette réunion. Le ministère de l'Éducation nationale, j'ai joint pour vous parler encore d'anciens fonctionnaires, se retrouve à devoir gérer l'école, c'est quand même son job, mais en même temps la pré-école. Et il est le seul interlocuteur des collectivités locales, comme quand je vais au congrès de l'AMF, où je suis le seul à discuter de ça avec les maires. Bon, tant mieux, j'aime bien discuter avec les maires. Mais enfin, c'est une curiosité, car le projet de réforme du temps scolaire, c'est un projet... qui concerne l'ensemble des temps de l'enfant, l'éducation nationale, qui a assumé ses responsabilités, et jusqu'au bout, il faut bien le dire, mais aussi tous les autres. Et d'ailleurs, politique de la ville, ministère de la Culture, ministère de la Jeunesse et des Sports, qui est signataire des PEDT. et un certain nombre d'autres ministères qui voulaient évidemment, évidemment à l'intérieur, avec les collectivités locales, participer à ce travail. Ça n'a pas été fait et je crois que ça a été un grand préjudice aussi. Il fallait que tout le monde s'engage et que les décisions soient prises au bon niveau. Le ministère de l'Éducation nationale, je le dis dans la conclusion du texte, a été laissé un peu seul. Il fallait donner davantage de moyens aux enseignants et on avait le temps dans les ESPE. de faire des maquettes de formation où ils pouvaient travailler avec les éducateurs, qui est un problème de ce pays, dont vous allez sans doute me parler. Il fallait donner plus d'argent aux communes et il fallait donner du temps à la réforme. Du temps, non pas pour la décider. En République, ce n'est pas du temps pour la décider. Tout le monde va sur l'agora et on discute et chacun amène son. Du temps pour la mettre en œuvre. Et d'ailleurs, ça a été pour les communes quelque chose de terrible. Quand on repart en arrière, beaucoup de communes qui s'étaient engagées sont totalement désarçonnées, puisqu'elles avaient fait un effort considérable. Je vous rappelle que plus de la moitié des communes de France ont fait des projets éducatifs du territoire. C'est une nouveauté terrible en termes de concertation. Et ça m'a coûté très cher avec les syndicats enseignants, puisqu'on donnait aux collectivités locales un pouvoir qu'elles n'avaient pas jusque-là dans l'organisation de la vie des enfants, incluant l'éducation nationale, dont ce n'était pas la culture. Donc tout le monde devait évoluer. Mais on se retrouve dans la situation où, à ce moment-là... Ces communes qui ont engagé de l'argent, qui ont totalement modifié leur mode d'organisation, qui ont recruté parfois des animateurs, qui sont en train de les former, se retrouvent à faire marche in arrière sous la pression aussi évidemment des parents et des enseignants. Donc c'est vraiment une réforme qui malheureusement, et c'est vraiment dommage pour le pays, n'a pas pu aller jusqu'au bout par le décret Hamon. qui permettait des week-ends de deux jours et demi. C'est le pire en termes éducatifs. Les gens se sont rués. Nous sentons que les choses sont finies. Mon ami, collègue que vous avez auditionné en 2017, Jean-Paul Delahaye, qui a été directeur général de l'enseignement scolaire, démissionne. L'école, c'est sa passion. Il a commencé dans une école. 40 ou 50 ans comme moi il n'a jamais quitté l'école à partir de là les choses ne cessent de détériorer avec des gens qui tiennent des discours mais qui malheureusement dans la plupart des cas font l'inverse de ce qu'ils disent nous avons toujours 144 jours des tas de concertation et on l'a vu encore avec les résultats PISA même s'ils ne sont pas seulement français il y a vraiment un problème d'évolution générale et nous avons toujours le même décrochage et les mêmes inégalités donc cette question n'est pas derrière nous et c'est là que vous serez utile elle est devant nous
Madame Lapporteur,
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