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La transcription complète de la vidéo, ouverte sur le tour de parole qui contient l'extrait : faites-la défiler pour lire tout ce qui précède et tout ce qui suit. Le tour cible est encadré.
Je vous demande maintenant d'accueillir le groupe Delgresse sous vos applaudissements s'il vous plaît.
Sous-titrage ST' 501
Bravo encore au groupe Delgresse qui vous a transporté et fait vibrer. Bravo encore. Et maintenant, j'invite madame la ministre Christiane Taubira à me rejoindre sur scène.
Madame la Présidente de l'Assemblée nationale, Mesdames Messieurs les Ministres, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Directeur Général de l'UNESCO, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Madame la Défenseure des Droits, Mesdames Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les Présidents de départements, maires et élus, Mesdames et messieurs les directeurs, mesdames et messieurs les acteurs du monde, de l'éducation, de la culture, du monde associatif et de la mémoire, mesdames et messieurs, chers élèves, le plus dur est fait. Madame la présidente de l'Assemblée nationale, si j'étais à l'Assemblée nationale, je redemandais le décompte de cet épisode du temps de parole. En tout cas, j'espère que ce formalisme m'aidera à tenir en bride. Mon émotion, je suis extrêmement touchée et sensible à votre présence, à chacune et chacun d'entre vous. Et je voudrais justement avec vous, en cette circonstance commémorative et en ce lieu où il serait possible, aisée, peut-être même convenue, quoi qu'encore légitime, d'évoquer la construction de ce palais, ne serait-ce que pour démontrer à quel point cette histoire s'attarde encore au cœur même de la République. Mais je ne le ferai pas ce soir, il m'aura suffi de l'évoquer. Ce que je préfère, puisque j'ai votre attention, c'est nous interroger sur l'origine de cette loi, d'où vient-elle, et pourquoi et comment elle nous réunit ce soir, à la fois en gravité mais en... en forte et totale convivialité. Cette loi qui reconnaît la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité ne vient pas de nulle part. Elle prend sa source dans la longue genèse de ce qui aboutit à ce que nous sommes, à qui nous sommes, ici en France, en Europe, dans les territoires dénommés Outre-mer et ailleurs. En fait, elle plonge ses racines dans la longue, très longue expérience, à la fois collective et individuelle, de la capture en terre d'Afrique, de l'acheminement des personnes enchaînées jusqu'aux côtes atlantiques, de l'entassement de ces personnes entravées dans les cales de navires négriers, des révoltes, des insurrections, des suicides, des marchés aux esclaves. dans les Amériques, les Caraïbes, les îles de l'océan Indien, du fouet sur les plantations. Mais cette loi, elle est amarrée à la première crispation. La première femme, le premier homme, allez savoir la première jeune fille ou un adolescent, la première ou le premier qui s'est cabré et qui a refusé ce destin de captif de choses, de marchandises. qui a refusé soudain de naître plus humain, qui a refusé au risque du fouet, de la mutilation, au risque de la mort. Car nos ancêtres ne furent pas que victimes. Nous ne serions pas à qui nous sommes, nous ne serions pas à ce que nous sommes, si notre histoire n'était qu'une longue complète d'hommes et de femmes désespérés. Et d'ailleurs, le patrimoine immatériel de l'humanité ne serait pas aussi riche s'il n'était aussi composé du jazz, de la capoeira, du vaudou, du classico, du bouillon hara, des langues créoles et aussi de la vanille. Mais cette loi s'adosse aussi à la patience de celles et de ceux qui ont fait mine de plier, qui parfois ont plié. Parfois, par moments, on fait ce qu'elle et il pouvait, simplement en accompagnant, en encourageant celles et ceux, les femmes et les hommes qui décidaient de marronner. Cette loi s'est adossée aussi aux pensées, aux paroles, aux écrits de personnes, de celles et de ceux reconnus ou non comme abolitionnistes qui, depuis les métropoles esclavagistes, ont protesté. A commencer par ces deux capucins chers à Louis-Salamolens, Epiphanes de Moiran, Francisco José de Jaca, qui depuis 1680, avant même le Code Moiran, ont protesté, réclamé l'abolition et des réparations pour les personnes esclavisées. Suivront ensuite les paysans de Champagny et leur cahier de doléances, les canutes de Lyon avec leur grève, les ouvriers de Paris et leur... protestation, leur pétition adressée à la Constituante. Cette loi s'est accoudée ensuite, avant d'advenir, à trois générations de personnes, de descendantes et de descendants, qui, nous, graves et enthousiastes, nous débattons avec ces héritages composites. Je pense ici, en ce lieu en particulier, je pense au Gong de Saint-On, je pense à l'UPLG de Thésoros, Mapouk, Mérion. Je pense à Lojam et son défenseur Maître Manville. Je pense au Moguide de Delanon et la Tidine. Je pense au CIPN de Renette et Jacret. Je pense au MIR de Malsa et à Pamoumia. Je pense au Profat de 1998. Évidemment, je n'idéalise pas qui nous sommes, ce que nous sommes. Nous nous débattons avec ses héritages. Je sais quelle querelle bréenne nous travaille parfois. Je sais aussi nos failles narcissiques. Je sais également à quel point nous nous égarons parfois dans des affiliations confuses. Mais je sais aussi que nous portons en nous une part de l'espoir du monde. Et cette loi, donc, au bout de 25 ans, a-t-elle produit ? Monsieur le Président de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, Monsieur le Premier ministre Jean-Marc Thérault, a brossé très rapidement tout à l'heure un peu un bilan de cette loi. En matière d'enseignement, la flamme de l'égalité. En matière de recherche universitaire, nous en sommes à la 21e année d'attribution du prix de thèse. Et en matière de coopération sur des initiatives, des actes mémoriaux, ici et ailleurs. Je voudrais juste très rapidement saluer la mémoire de Maryse Condé, qui fut la première présidente du Comité national de l'histoire et de la mémoire de l'esclavage, créée par la loi, comme vous l'avez rappelé, Monsieur le Président. Marie Skondé qui a su donner, insuffler, une identité à ce comité national. Et ensuite les présidentes qui ont suivi, Françoise Vergès, Myriam Cotias et Frédéric Réjean. Je voudrais évoquer peut-être ce qui est remarquable et non mesurable. C'est l'installation dans l'espace public de cette histoire, non plus seulement sous l'angle exclusif de l'abolition, mais sous sa longue et violente réalité. Et puis aussi ces nouveaux esprits libres qui ont conscience d'eux-mêmes et conscience du monde. Cette loi est ancrée dans cette histoire commune et elle nous enjoint de porter ensemble, solidairement, le monde. Où nous mène-t-elle ? Elle nous mène au monde, justement. Elle nous mène au monde et récemment, cette résolution qui a été présentée par le Ghana. à l'Organisation des Nations Unies, qui a été portée par le très digne secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, monsieur Antonio Guterres. Cette résolution a été votée par tous les pays de la CARICOM, de la Caribbean Community. Elle a été votée par le Brésil, le Brésil qui est le pays qui porte la plus grande... communauté non, en tout cas le plus grand nombre de personnes afro-descendantes hors d'Afrique. Tous les pays de l'Amérique du Sud l'ont voté, à l'exception d'un seul. Tous les pays de la Caraïbe, tous les pays de l'Amérique centrale, tous les pays d'Afrique. Je veux évoquer là, sans rien idéaliser, sans vénérer personne ni aucun lieu, je veux évoquer là une géodiplomatie. qui indique un des grands rendez-vous géopolitiques que nous avons aujourd'hui dans le monde. Cette loi qui vient donc du monde, comme je viens de l'indiquer, elle nous ramène aussi au monde. Elle nous ramène à nous-mêmes, à qui nous sommes, à ce que nous sommes devenus. Elle nous ramène à notre responsabilité sur le monde, à l'empreinte que nous portons sur le monde. Et je me dis, Bordeaux et Nantes, ce sont les mots d'Aimé Césaire. Et je me dis, Bordeaux et Nantes et Liverpool et New York et San Francisco, pas un coin de ce monde qui ne porte mon empreinte digitale et mon calcanéum sur le dos des gratte-ciels et ma crasse dans le scintillement des gemmes. C'est d'aimer Césaire. Alors, cet après-midi, j'ai écouté les paroles qui ont été prononcées avant moi. J'ai reçu et perçu votre chaleur, votre affection et l'émotion que nous avons partagée. Et cette émotion, je l'apporte encore là, en m'adressant à vous, en vous disant à quel point je suis confiante sur l'avenir. Alors j'ai essayé de vous dire les choses clairement, sans rien se laisser. Je les ai dites parce que je sais que nous sommes attachés à un certain nombre de mots. Le courage, la clairvoyance, la justice, la probité, l'éthique. Ces mots sont dynamiques. Alors le Parlement va bientôt s'emparer de l'abrogation formelle du Code Noir. Ce Code Noir était tombé en déçue attitude formellement après la publication du décret d'abolition du 27 avril 1848. Il sera abrogé formellement. Je pense à une très jolie formule de la langue française. Il faudra que ce débat mange un peu de pain. Il ne se fasse pas sans manger de pain. Parce que cette démarche ne peut être que symbolique. D'ailleurs, lorsque Napoléon Bonaparte a rétabli l'esclavage en 1802, il a bien précisé que les lois... qui était en vigueur avant l'abolition de 1794, redeviennent applicables. Il ne faudra donc pas que ce soit une abrogation juste, symbolique. Mesdames et Messieurs, merci pour votre attention, merci pour votre chaleur, merci pour vos accompagnements, merci aux enseignantes et aux enseignants. Nous ne fabriquons pas les mêmes... promotion de citoyens, les mêmes générations de citoyens lorsque nous leur enseignons l'histoire et l'histoire du monde, lorsque nous leur indiquons la part que nous prenons, que nous avons prise dans l'histoire du monde. Et cette résolution que j'évoquais, c'est une résolution votée par tous ces pays qui reconnaissent eux aussi l'inanité de la hiérarchie entre les crimes contre l'humanité. Ils savent qu'il n'est pas nécessaire de comparer pour convaincre. Simplement qu'en évoquant la mesure, la durée, le nombre de victimes, le bouleversement du monde, la rationalisation et l'organisation du premier système économique mondialisé, en rappelant les justifications doctrinales, raciales, racialistes et racistes, Ils disent simplement, ils décrivent simplement l'histoire et la réalité. Nous allons donc nous serrer les coudes, marrer nos reins, comme disait Émilie Césaire, nous attacher la taille ardiment, pour prendre en charge ce monde, ce monde complexe, ce monde diffracté, ce monde profondément injuste, pour prendre notre part dans l'amélioration de ce monde. Nous sommes attachés aux mots, je le disais, et ces mots comptent pour chacun d'entre nous. Parce que les mots sont dynamiques, ils créent, y compris des événements. Et je vais simplement évoquer un immense poète qui sait à quel point les mots sont dynamiques. C'est Mahmoud Darwish, un poète palestinien. Une voix sensible et ardente qui n'est plus parmi nous, mais qui nous accompagne parce que ses poèmes sur notre chemin de vie nous enseignent à la fois le songe creux des envahisseurs et des oppresseurs, ainsi que l'inanité de la complaisance. Il nous faudra du courage en acceptant les risques. Et en prononçant ces quelques mots, j'ai consenti, je consens aux risques que mes mots peuvent provoquer. Lorsque mes mots étaient tourbes, j'étais l'ami des épis. Lorsque mes mots étaient colères, j'étais l'ami des fers. Lorsque mes mots étaient pierres, j'étais l'ami des rivières. Lorsque mes mots étaient révoltes, j'étais l'ami des séismes. Lorsque mes mots étaient colloquantes, j'étais l'ami de l'optimiste. Lorsque mes mots devinrent miel, Les mouches ont couvert mes lèvres Merci
Merci beaucoup, merci infiniment Madame la Ministre. J'invite maintenant le directeur général de l'UNESCO, Monsieur Caleb El Enani, à me rejoindre sur scène sous vos applaudissements, s'il vous plaît.
Monsieur le Président de la République, Madame la Présidente de l'Assemblée Nationale, Monsieur le Premier Ministre, Madame la ministre Christiane Taubira, je suis en difficulté de passer après vous. Mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les ambassadeurs, Excellences, mesdames et messieurs, chers amis, c'est pour moi un honneur de m'exprimer à l'occasion du 25e anniversaire de la loi Taubira du 21 mai 2001. quand la France a reconnu la traite et l'esclavage comme crime contre l'humanité. Un geste inédit à l'échelle mondiale qui a su transformer un silence douloureux en impératif juridique et moral. Je rends hommage à Madame Taubira et à son pledoyer sans relâche à cet égard. La justice commence toujours par le courage de reconnaître la vérité historique. Celle d'une tragédie qui est s'étendue plus de 4 siècles, affectant des dizaines de millions de personnes innocentes. Derrière ces chiffres, il y a des vies, des hommes, des femmes, des enfants, ainsi que leurs descendants, qui portent cette douleur encore. Je salue, Monsieur le Président, le travail de reconnaissance engagé par la France. non seulement par la loi de 2001, mais aussi les deux journées nationales auxquelles l'UNESCO est associée chaque année, les 10 et 23 mai. Cette reconnaissance a été encore confirmée, vous l'avez souligné, à l'échelle mondiale en mars dernier par l'adoption par l'Assemblée générale des Nations unies d'une résolution sur la traite transatlantique des Africains réduit en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains. L'histoire de la traite est un héritage global. qui a façonné des sociétés tout entières à travers l'Afrique, les Amériques, l'Europe, l'Asie et l'Océanie. Pour briser le silence qui l'entoure, l'UNESCO agit à deux niveaux, documenter et préserver, et surtout transmettre cette histoire. Depuis 1994, sous l'impulsion de la France et d'Aïti, l'UNESCO porte le programme « Deroute des personnes mises en esclavage », une plateforme mondiale de recherche, de mémoire et de dialogue. En 2024, nous l'avons prolongé par le réseau des lieux d'histoire et de mémoire, 28 lieux dans 13 pays à travers le monde. Cette mémoire est inscrite dans nos sites de patrimoine mondial, telles l'île de Gorée, le centre historique de Salvador de Bahia et les lieux de mémoire de l'arc caribéen. Nous avons aussi lancé récemment les dialogues UNESCO pour la justice répartrice, qui rassemblent les experts et les institutions spécialisées dans le domaine. L'UNESCO participera à ce titre à la Conférence mondiale sur la justice réparatrice organisée par le gouvernement du Ghana, à Accra, les 18 et 19 juin prochains. Nous n'oublions pas, enfin, les formes de résistance, de création et de dignité portées par les personnes mises en esclavage, comme le Maloya de la Réunion, le Goka de la Guadeloupe, inscrit au patrimoine immatériel de l'UNESCO. C'est cette mémoire plurielle. que nous honorons tous les 23 août lors de la Journée internationale des souvenirs de la traite négrière. Mais pour que cette action soit efficace, il nous faut transmettre cette mémoire aux générations futures. C'est tout le sens de la recommandation de l'INUSCO sur l'éducation sur la paix, les droits humains et le développement durable, qui a été établie en 2023. Un cadre pour transmettre l'histoire dans toute sa complexité et former des citoyens capables de prévenir la violence et de construire des sociétés inclusives. Dans cet esprit, l'UNESCO agit partout dans le monde et développe des outils dédiés, notamment le guide de l'UNESCO pour aborder les passés violents par l'éducation, publié en 2025. Nous travaillons pour cela également avec nos réseaux d'écoles associés à travers le monde. nos ouvrages pédagogiques et des initiatives comme le Forum mondial contre le racisme. En outre, l'UNESCO appuie la recherche académique grâce à des publications comme Esclavage, Représentation visuelle et Culture matérielle réalisées avec le CNRS, aux documents inscrits au registre et mémoire de monde de l'UNESCO et au travail du réseau des chers UNESCO spécialisés dans la traite comme celle de l'Université de Versailles Saint-Quentin en Yvelines. Et parce que l'histoire de la traite est inséparable d'autres traumatismes qui marquent la mémoire commune, nous mettons en œuvre dans 30 pays depuis 2015 notre programme international pour l'enseignement de l'Holocauste et des génocides. Mesdames et Messieurs, en ce jour particulier, on aura la mémoire de celles et ceux qui ont souffert, soutenant leurs descendants. affrontant lucidement les héritages du passé et engageant-nous à construire un avenir fondé sur la dignité et l'égalité de toutes et tous. C'est l'esprit de la loi du 21 mai 2001, mais c'est aussi l'engagement que l'UNESCO continuera de porter. Je vous remercie.
Merci beaucoup, monsieur le directeur général. Et maintenant, j'appelle le président de la République à venir me rejoindre sur scène sous vos applaudissements, s'il vous plaît.
la présidente de l'Assemblée nationale, mesdames, messieurs les ministres, monsieur le Premier ministre, monsieur le directeur général de l'UNESCO, Mesdames, Messieurs les ambassadeurs, Madame la défenseur des droits, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Mesdames, Messieurs les présidents de départements, maires, élus, Mesdames et Messieurs les directrices et directeurs, Mesdames et Messieurs, en vos grades et qualités, chers amis. La loi du 21 mai 2001 reconnaissait et qualifiait la traite négrière et l'esclavage dans sa vérité. un crime contre l'humanité. Et l'histoire retiendra que cette loi fut portée avec force et dignité par Christiane Taubira. Cette force et cette dignité, nous l'avons retrouvée pour ceux qui étaient nostalgiques. Nous en avons retrouvé les accents, le chant sourd. Les résonances de Césaire à Maryse Condé et cette voix aussi singulière, française, qui, de l'Océanie en passant par l'Amazonie jusqu'à nos Caraïbes, chante notre langue différemment. Vous l'avez redit, Madame la ministre, chère Christiane, avec beaucoup de force, cette loi venait de loin et elle était nécessaire. Elle était nécessaire et la présence que je retrouve aujourd'hui montre combien elle dit quelque chose de ce que nous sommes, de ce qu'est la France, de ce que sont évidemment nos territoires ultramarins et la possibilité de continuer cette histoire, mais aussi de notre relation avec le continent africain, avec le continent américain, avec l 'Océanie et le Pacifique. Alors il y eut bien des débats et ils existent toujours. Pour s'interroger sur la pertinence de lois dites mémorielles, faut-il légiférer sur l'histoire ou pas, jusqu'où aller. Mais au fond, cette loi, nommée et reconnaissée, elle était l'aboutissement en effet de siècles de souffrance, de siècles durant lesquels cette mémoire singulière et douloureuse avait été transmise, partagée. De génération en génération au sein de familles antillaises, réunionnaises, guyanaises, maoraises, africaines et tant d'autres. Parfois on voulait la faire taire, parfois elle ne faisait que se murmurer, mais elle était passée de main en main, de mère en fille, de famille en famille. Elle fut parfois écrite. Elle était là. Oui, il a fallu convaincre chacun que ce combat était celui de la République, encore et toujours. Que l'oubli ne devait pas ensevelir les victimes et que la République avait certes aboli deux fois l'esclavage en 1794 puis en 1848, mais elle ne l'avait pas encore qualifié. Ainsi a fini par s'imposer le jugement de l'histoire que la loi reconnut comme telle. C'est pourquoi cette loi était nécessaire. 25 ans plus tard, où en sommes-nous ? Vous l'avez rappelé, vous venez de le dire. Le président Hérault, cher Jean-Marc, l'a dit aussi. La loi du 21 mai 2001 a permis l'essor d'une recherche historique rigoureuse. Elle a inscrit le 10 mai comme journée nationale de commémoration. Elle a donné une reconnaissance légale à une douleur que certains voulaient et veulent encore minimiser, ignorer, refouler. Elle a permis la Fondation, ô combien importante, et nous l'avons pérennisée, consolidée, installée là où elle devait être, comme une évidence aujourd'hui. Alors que reste-t-il à faire ? Puisque vous avez rappelé, au fond, toute cette légende des siècles sur laquelle s'adossait et dans laquelle s'enracinait ce texte, que reste-t-il à faire ? Beaucoup, en vérité. D'abord, et cela vient d'être évoqué, le Code noir. En effet, il subsiste encore un texte qui n'aurait jamais dû survivre à l'abolition de l'esclavage, encore moins traverser les siècles jusqu'à nous, un texte qui n'a jamais fait l'objet d'une abrogation formelle par la République, au point... que cet oubli est comme devenu une faute. Je veux ici citer évidemment ce qu'on appelle le Code noir promulgué en mars 1685 sous l'égide de Louis XIV, rédigé sous l'autorité de Colbert. 60 articles. 60 articles destinés à organiser la mise en esclavage d'êtres humains dans les colonies françaises. 60 articles pour réduire les Africains à l'état de biens meubles, prescrire les châtiments corporels les plus abominables, organiser la séparation des familles, nier enfin à des centaines de milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, leur humanité fondamentale. Certes, depuis l'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848, ce terrible code ne produit plus d'effet juridique. Mais précisément, le droit n'est pas seulement une mécanique d'effet. Le silence... Voir l'indifférence que nous maintenons depuis près de deux siècles à l'égard de ce code noir n'est pas un oubli, mais est devenu une forme d'offense, un défi à ce qui nous fonde depuis 1789. C'est pourquoi je demande au gouvernement de faire sienne la proposition de loi visant à abroger le code noir qui doit être débattu le 28 mai prochain à l'Assemblée nationale. Je veux ici saluer le travail de nombreux historiens qui ont soulevé ce débat, l'ont porté jusque dans la sphère politique. Saluer le député Max Mathiassin et des parlementaires à ses côtés qui ont ouvert ce chantier nécessaire en déposant cette proposition de loi, conformément au vœu et à l'engagement qu'avait pris François Bayrou à leur Premier ministre. Oui, la France va enfin abroger le code noir. Non pas pour l'effacer de notre histoire. Les archives demeureront, les historiens continueront leur travail, les musées continueront de l'exposer. Mais pour affirmer clairement... que son maintien est une trahison de ce qu'est la République. Et parce que la République française doit enfin se donner les moyens de dire, dans sa propre langue juridique, avec la même solennité qu'elle a su déployer pour d'autres textes de mémoire, oui, ce texte est contraire à notre Constitution, contraire au droit de l'homme du citoyen, contraire à l'égale dignité de tous les êtres humains que nous professons comme une valeur fondatrice. Oui. En nous reconfrontant à ce que la France a pu faire avec lucidité, nous aurons à dire non. Car il est une part du peuple français pour qui le 10 mai, le 23 mai ne sont pas des dates abstraites. Pour qui les noms de Toussaint-L'Ouverture, Louis d'Allégresse, Solitude, Joseph Ignace ou tant d'autres sont... des noms de famille au sens le plus profond. Pour qui l'histoire de l'esclavage n'est pas un passé révolu, mais une origine à laquelle on revient sans cesse, une blessure que l'on transmet sans le vouloir, une mémoire que l'on ne sait parfois pas comment tenir sans qu'elle vous consume. Alors abroger le code noir, c'est dire à cette part essentielle de notre peuple que son histoire, sa mémoire, est aussi celle de la nation elle-même tout entière. Alors, il y a devant nous ce défi, cette autre grande question. qui est sous-jacente à ce qu'a convoqué à l'instant la ministre Christiane Taubira, qui est celle de la réparation. Grosse affaire, dirait-on à Haïti. Immense question, que d'ailleurs nous avons su affronter à plusieurs reprises sur des questions de mémoire très contemporaines, comme avec les harkis. La question, c'est comment réparer ? Un tel crime, comment réparer quand, des générations après, les choses sont là ? Est-ce une promesse tenable ? En tout cas, c'est une question qu'il ne faut pas refuser. Mais c'est une question sur laquelle il ne faut pas non plus faire de fausses promesses. Et je vais essayer de vous dire, et sans doute, cette réflexion et ces décisions sont encore inachevées, car nous cheminons tous ensemble. Mais c'est tout ce que, depuis 25 ans et ces dernières années, nous avons essayé de faire collectivement avec notre propre histoire, avec l'histoire qui nous lie avec le continent africain, avec nos Caraïbes, l'Océanie, l'Amérique. On ne peut pas réparer au sens, je parle sous le contrôle d'un éminent académicien, au sens où, étymologiquement, on pourrait le dire, c'est-à-dire rétablir un État premier et effacer les traces. C'est impossible. Et ça n'est pas souhaitable. Mais réparer, c'est d'abord restaurer la juste place. Et donc, c'est d'abord l'éducation. C'est par là que vous avez commencé. Vous l'avez rappelé, c'est le cœur d'ailleurs de la mission de l'éducation nationale, évidemment, de ce que fait la Fondation, de ce qui a été fait depuis 25 ans de manière encore plus ardente. Et c'est pour ça que j'ai une gratitude très profonde pour nos enseignants qui sont ici présents, directrices, directeurs, rectrices et recteurs. Le concours de la flamme de l'égalité à l'école est évidemment clé, mais tous les concours... Tous les enseignements, le changement des programmes et tout ce qui nous reste à faire est essentiel, qui consiste à remettre la pleine place de cette histoire dans l'histoire de la République et de la France. Et donc, la première des réparations consiste à restaurer la vérité dans notre histoire, à lui donner toute sa place, à redonner des noms aux héros. à leur redonner un sens, à leur faire réhabiter les lieux, comme nous l'avons fait d'ailleurs en 2023 avec Toussaint l'ouverture au fort de Joux, et à mesurer d'ailleurs la cruauté au carré lorsqu'il a fallu mettre ce héros, ce soldat, celui qui au fond était plus républicain que les Français eux-mêmes, dans le fort le plus reculé de toutes les côtes. afin d'être totalement sûr qu'il ne puisse jamais s'en échapper et mourir dans le froid et si loin de sa terre natale. L'éducation donc, pilier essentiel pour commencer à réparer. La recherche ensuite, vous l'avez dit, la fondation là aussi, pour la mémoire de l'esclavage joue un rôle essentiel. Là aussi, l'Education nationale et l'enseignement supérieur ont continué ce travail, mais c'est poursuivre les fonds dévolus aux études sur l'histoire coloniale, sur l'histoire de l'esclavage, de la traite, afin de les mettre à la hauteur de notre ambition mémorielle et afin surtout que ce travail de vérité, d'histoire, continue de se faire. Je veux ici dire combien ces dernières années nous avons placé au-delà de la question de la traite, de l'esclavage. La question de la recherche scientifique comme étant au cœur de toute forme de réparation. Sur notre propre histoire coloniale avec l'Algérie, je souhaite que nous puissions reprendre le travail de cette commission mixte, mais aussi pour une histoire plus contemporaine comme nous l'avons fait avec le Cameroun, avec le Rwanda, dans des gestes, je crois, mémoriaux qui sont essentiels, et par un travail scientifique où ces commissions mixtes ont pu avancer, faire révéler la vérité, et du coup pouvoir... donner tout son sens à notre histoire. Et là, oui, la réparer. C'est-à-dire y ajouter des pans qui avaient disparu, remettre des faits, des axes, des actes, redonner une place à des traces qui avaient été effacées, à des récits qui avaient été travestis. La recherche essentielle. Ensuite, c'est de continuer à donner des lieux, de les nommer. La Fondation en a un ô combien important. Et c'est aussi pour ça que nous avons voulu le mémorial des victimes de l'esclavage. Et je me réjouis de pouvoir l'inaugurer à Paris au début de l'année prochaine avec vous, là où fut adoptée la Déclaration universelle des droits de l'homme au Trocadéro. Je tiens à remercier toutes les associations, le ministère des Outre-mer, je sais l'engagement aussi qu'a eu votre prédécesseur, Manuel Valls, Madame la ministre, pour finaliser ce projet, l'ensemble des ministères, des associations qui sont là et qui ont... su trouver l'accord et les artistes, évidemment, et ce mémorial aura une place essentielle dans notre capitale et viendra en quelque sorte comme prolongé ou dialogué avec le Memorial Act de Pointe-à-Pitre, des lieux aussi. Et puis pour continuer de réparer, il faut restituer, c'est-à-dire redonner à l'histoire de nos partenaires, et je le dis ici, devant les ambassadrices et les ambassadeurs qui sont là, Car cette mémoire, la violence qui va avec l'esclavage, la traite, qui a été aussi avec la colonisation, s'est accompagnée de raptes. Et donc la restitution que nous avons décidée des oeuvres, elle contribue à ce geste de réparation. C'est-à-dire dans un cadre qui a été dûment défini. de la même manière par les chercheurs, par les plus grands spécialistes, qui ensuite a cheminé, qui a donné lieu à ce texte de loi voté à l'unanimité il y a quelques jours, promulgué il y a quelques jours à peine, de pouvoir restituer des oeuvres qui avaient été volées dans ce même geste de violence. La restitution des oeuvres, des biens culturels, qui sont aussi souvent des biens cultuels et religieux, participe de ce chemin. de réparation. Indissociable de cela, il y a, et c'est au fond ce que votre texte de loi il y a 25 ans a fait, la reconnaissance. Reconnaître, c'est nommer, c'est mettre des mots, c'est inscrire pleinement dans notre histoire, mais ce n'est pas un geste. léger. Et ce parcours de la reconnaissance, nous ne l'avons pas terminé. C'est de continuer, comme vous l'avez fait, comme par prétérition, à divulguer et à expliquer quelle est notre histoire, l'histoire de nos lieux. Celui-ci, en effet, construit avec l'argent, de la traite, de l'exploitation, du sucre. Parce que le financier Croza a voulu rendre heureux contre l'Evreux, que sa fille puisse contracter un beau mariage. Ce lieu a été financé par là, comme beaucoup de lieux de la République. Faut-il pour autant les abattre, les effacer ? Faut-il démolir les statuts ? Non, je l'ai déjà dit. Ce n'est pas ça le sens de l'histoire, ce n'est pas ça réparer. Ce serait encore casser davantage. Mais il faut le reconnaître, le nommer, le partager, et lui donner sa juste place dans notre histoire. Parce que c'est ce qui nous permet de continuer d'avancer, tel que nous sommes, et avec aussi... et dans nos Outre-mer, et avec aussi le continent africain et tous nos partenaires. Si nous ne reconnaissons pas, aucune chance qu'on puisse bâtir l'avenir. Nous sommes comme l'ange de clé qui est pris entre le vent qui l'amène vers l'avenir et un regard qui est constamment rivé vers le passé parce qu'il n'a pas digéré ce passé, parce qu'il n'a pas reconnu lui-même. Ce travail de reconnaissance, ce parcours, c'est celui que nous devons poursuivre. Et c'est aussi, il se fait par un... Un va-et-vient constant entre la science, le travail qu'il faut poursuivre avec les historiens, et le geste politique. Et il n'est pas terminé. Et je veux ici situer dans ce travail ce parcours de reconnaissance, évoquer deux travaux qui me tiennent à cœur et qui sont importants pour nous, tant que Français, et pour notre relation avec les Caraïbes et l'Afrique. C'est d'abord le travail qu'on a enclenché avec Haïti, il y a un an. Il est très important, il relève de cette éthique de la responsabilité. Nous avons reconnu que Charles X avait en 1825 infligé à la jeune république d'Haïti le remboursement d'une dette pour prix du départ de la puissance coloniale française. Indument, nous avons reconnu. Et cette dette était d'autant plus cruelle qu'elle frappait une nation d'anciens esclaves qui s'étaient libérés par les armes, au nom même des valeurs de la révolution et de la république. Et c'est pour cette raison que nous avons d'un commun accord avec les autorités haïtiennes, réunis des historiens de nos deux pays, des spécialistes, et je remercie ceux qui ont à piloter cette commission. Et je souhaite que le gouvernement leur donne tous les moyens de continuer, d'avancer dans leurs travaux, pour justement revisiter cette histoire et de manière la plus exacte possible, établir les responsabilités de tous les acteurs, la réalité et les réparations possibles. Ce travail était nécessaire et la Commission est à l'oeuvre, je le sais, depuis plusieurs mois. Je souhaite qu'elle puisse, en décembre prochain, nous rendre ce travail. Puis il y a un autre dialogue du même ordre que nous commençons avec l'Afrique et avec mon ami John Dramani Mahama, président du Ghana, initiateur de la résolution évoquée. La France ne l'a pas votée, cette résolution. Mais de manière totalement assumée, et je l'ai expliqué au président Dugana, parce qu'on aurait dû sans doute faire mieux le travail en amont collectivement, mais parce qu'on a refusé la formulation explicitement hiérarchisant les crimes contre l'humanité. Et je pense d'ailleurs que ce n'était pas une bonne démarche. Et d'ailleurs, ces crimes contre l'humanité sont eux-mêmes inséparables, et j'ai toujours refusé toute hiérarchie. Je pense qu'on aurait ouvert des débats dans notre société et on aurait d'ailleurs acté, je pense, une hiérarchisation qui, dans la période que nous vivons, n'aurait pas été salutaire. Néanmoins, je l'ai dit parce que j'ai eu de longues échanges avec le président, avant, après, il est venu ici, on en a longuement parlé, on ne peut pas simplement s'arrêter à cette résolution, on ne peut pas ne pas entendre ce qu'il y a derrière, qui est justement une demande de justice, toujours de réparation. Et donc, ensemble, nous en avons parlé et j'ai d'abord accepté l'invitation du président Mahama de participer au suivi de la mise en oeuvre de la résolution de l'Assemblée générale en m'adressant à la conférence que le Ghana accueillera dans un mois. Mais nous avons décidé de lancer ensemble un travail scientifique international avec un ancrage franco-ganéen, mais assumant la participation large de... nos scientifiques en la matière pour établir les éléments scientifiques et faire des recommandations très concrètes aux décideurs politiques. Même si on n'est pas d'accord avec la formulation, on ne peut pas balayer d'un revers de main cette résolution. En effet, ce mouvement qui s'est établi, qui sinon viendra à créer de nouveaux clivages dans le monde que nous connaissons et qui, en quelque sorte, serait vécu, vu comme une forme de mépris. ou de refus de voir. Nous devons engager le dialogue, le travail avec honnêteté pour continuer ce chemin. Et donc là encore, nous allons mener ce travail. S'il est l'affaire de tous, la France... va continuer de prendre sa part, elle va prendre depuis longtemps, et je souhaite qu'avec nous, Etats, organisations internationales et régionales, l'UNESCO, l'ONU, l'Union européenne, la communauté caribéenne, l'Union africaine, etc., et toutes les fondations aussi, comme la Fondation pour la mémoire de l'esclavage et l'association, participent de ce mouvement, car il est essentiel. Mais pour autant, en faisant cela, nous devons avoir l'honnêteté de nous dire qu'on ne pourra jamais réparer ce crime. totalement, parce que c'est impossible. Mais qu'est-ce que cela nous dit ? D'abord, je pense l'honnêteté de dire les choses et de ne pas se tenir de fausses promesses. Mais ça nous dit que ce parcours de reconnaissance et de réparation, nous devons accepter le fait qu'il n'a pas de point final. On ne peut pas clôturer ce qui s'est passé. Mais que nous devons sans cesse le recommencer. Et que nous devons sans cesse continuer d'avancer. Mais que vous ne pourrez pas un jour mettre un chiffre, mettre un mot qui viendrait donner un point final à cette histoire. Parce qu'elle continue de circuler. D'abord, elle continue et continuera de circuler entre les Caraïbes, les Amériques, l'Afrique et la France. Mais c'est à nous, par ce parcours de reconnaissance, de réparation assumée, de lui donner un nouveau visage. Et j'ai été frappé de voir que quand on a, par exemple, restitué au Bénin les œuvres qui avaient été volées dans la brutalité il y a plus d'un siècle, ces 26 pièces du trésor d'Abomey, la manière dont nous l'avons fait penser, conçue, n'a pas été un point final. Des artistes contemporains béninois sont venus créer. Ils sont venus exposer ici, à la conciergerie. Ils sont venus continuer le travail et le dialogue. Ils se sont réappropriés ces œuvres qu'on leur avait volées pour en faire des mythes contemporains. Et des jeunes Français sont venus redécouvrir Béanzin et ces figures qui avaient disparu, qu'ils ne venaient plus voir quand c'était dans nos musées, parce que des artistes de leur génération sur le continent africain, d'un seul coup, venaient réinventer cette histoire. Si nous avons le courage, la lucidité, la volonté de dire qu'il n'y a pas de point final, les générations à venir continueront de faire circuler cette histoire. Les souffrances, mais cette fois-ci, les souffrances qui ne sont plus tues ou murmurées, mais qui sont transcendées, recrées, réinventées. Et on leur redonnera toute la place dans nos institutions. Et c'est exactement le même chemin que nous devons faire pour nous-mêmes en France. La réparation au fond, et je veux ici faire un affreux plagiat, mais comme je le cite, ce ne sera pas un plagiat, mais m'inscrire dans les pas du philosophe Rachid Benzin, qui travaille en ce moment sur une notion un peu orpheline de notre philosophie, de notre pensée, le chagrin. Et il a raison de dire que nos nations sont traversées par des chagrins, individuels ou collectifs. Et nous ne savons pas les prendre. Il y a des fausses promesses faites aux chagrins. Les uns, en ne voulant plus les entendre, chagrin d'hier ne vient plus m'ennuyer avec ça, on va passer à autre chose, fini la repentance. Ou les autres, fausses promesses, ton chagrin est indépassable et je vais vivre avec toi dans un chagrin éternel qui va, en quelque sorte, désunir le pays. Un chagrin se porte et ils se portent ensemble. Et la vraie reconnaissance et réparation, c'est d'accepter tous ensemble de porter ces grands chagrins de la France et de la République, et d'avoir reconnu ces crimes que sont la traite et l'esclavage, de continuer à en faire ce travail de vérité, de l'enseigner, de rechercher, de continuer de créer, de l'assumer, de le reconnaître, et de se dire c'est nous, et on le porte ensemble, chacun avec vos histoires, avec nos histoires. Nous n'avons pas la même histoire les uns et les autres par rapport à ces crimes. Mais nous les portons ensemble parce que nous sommes ensemble la France. Et je terminerai là-dessus. Je suis profondément convaincu qu'il y a 25 ans, la loi que vous avez portée, tout ce travail que fait la Fondation, que toutes et tous vous faites dans vos associations, vos écoles, vos parlements, ce que nous sommes en train de faire là, est évidemment un travail nécessaire pour inventer l'avenir, mais nécessaire à nous-mêmes. Il y a cette sempiternelle question qui revient dans notre pays. Quelle est l'identité française ? C'est ce chemin. C'est ce chemin. Et l'identité française, elle est faite. de ses formidables faits d'armes, de ses grands récits, de ses grandes aventures, elle est faite aussi des crimes qui ont été commis, de ses pages, de son histoire qu'elle doit regarder avec lucidité. Mais la France et sa République est faite de citoyennes et de citoyens qui ont vécu cette histoire, et parfois de chaque côté. Mais ils l'ont vécu ensemble et ils vivent surtout aujourd'hui ensemble. Et la possibilité de vivre ensemble, ce qui est ce qui nous fait une nation. c'est de faire ce parcours de reconnaissance et d'assumer pleinement et de reconnaître cette histoire. Il n'y a pas d'identité française ni dans le déni de ce qui s'est fait, ni dans le déni, l'effacement de ce qui est là, ni dans le refus d'avancer sur les reconnaissances ou les réparations, ni dans le repli exclusif sur ces histoires où d'autres voudraient promettre que la réparation possible est intégrale ou que la vraie lutte est dans un communautarisme contemporain. Le vrai, la véritable identité française, c'est d'avoir fait des grandes choses, c'est de reconnaître aussi les crimes graves que nous avons pu faire et c'est de continuer de vouloir avancer ensemble. Cette histoire y participe et ce que nous sommes en train de faire y participe. C'est pourquoi nous aurons toujours la réparation imparfaite. Parce que cette histoire est intranquille. Alors, chère Christiane, il n'y a aucune chance que nos lèvres soient couvertes de miel. Parce que nous continuerons à dire des choses qui offensent, bousculent, et nous continuerons d'avoir besoin dans la République à le faire parce que cette histoire n'est pas finie. Parce que la reconnaissance est un parcours et il ne s'achève pas. Et parce qu'il fait au fond notre identité, c'est sans doute à coup sûr. Cette intranquillité, c'est le fait que nous sommes fiers de ce que nous sommes, que nous aimons notre histoire, que nous l'embrassons avec force, que nous détestons que qui que ce soit dans le monde nous donne des leçons ou nous conduise, mais que nous sommes prêts dans le même temps à reconnaître et à réparer quand des crimes ont été commis et à leur donner leur place dans notre histoire. Cette intranquillité est inséparable de la liberté, de l'égalité, de la fraternité française. Parce qu'elle vient de très loin, elle aussi. Et elle s'accoude, s'adosse, sur des siècles qui ont bâti cet universalisme français. Je crois très profondément que ce combat, celui que vous portez, celui que nous continuerons de porter, et ce travail que je viens ici d'essayer de... de rappeler qui est le nôtre depuis ces années et que vous conduisez, est un travail qui rassemble. Et je finirai là-dessus. C'est l'unité de la France qu'il y a derrière. C'est sa beauté. Et le défi qui est le nôtre, c'est de porter cette unité à travers cet universalisme républicain qui n'efface pas, qui ne néglige pas, qui ne cantonne pas. mais qui porte toutes ces histoires, qui reconnaît, qui assume, mais qui voit dans chacune une citoyenne, un citoyen. Merci du courage, il y a 25 ans. Merci de continuer d'être intranquille. Et au fond, derrière tout cela, il y a une volonté de continuer à avoir ensemble des exclamations et ensemble à refuser de s'habituer ou de s'accoutumer à rien. Vive la République et vive la France.
Merci à toutes et à tous. Pour la séquence photo à présent je vais appeler tous les élèves des trois établissements lauréats et leurs professeurs ainsi que ceux de la mention du jury à monter sur scène.
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