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La transcription complète de la vidéo, ouverte sur le tour de parole qui contient l'extrait : faites-la défiler pour lire tout ce qui précède et tout ce qui suit. Le tour cible est encadré.
Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue dans C'est dans l'air. Ce n'est pas le destin du Premier ministre, mais le destin de la France qui se joue. François Beyrot hier a une nouvelle fois mis de la gravité dans le moment, c'est ce qu'il a dit devant les chaînes d'info. Cette semaine, il reçoit les forces politiques pour un dernier tour de piste. Mais malgré ses espoirs, la messe semble dite, la France s'enfonce, donc vraisemblablement dans une nouvelle crise politique. Nous en parlons ce soir avec Alain Minc. Bonsoir.
Bonsoir.
Merci d'avoir accepté cette invitation. Vous êtes économiste et séiste. Je cite votre dernier livre, Somme toute, publié aux éditions Grasset. Je le disais, les jours de François Bayrou sont désormais comptés d'ici au 8 septembre. Qu'est-ce qu'il a raté ? Est-ce que c'est la marge des 44 milliards qui était trop haute ? Je
crois qu'il y a deux choses. D'abord, je crois qu'il faut saluer son courage parce qu'il a parlé vrai. Ce que Michel Barnier avait commencé à faire, et c'est un peu rare, et ça va être depuis un certain nombre d'années. Ça ne le réussit pas ? Ça ne le réussit pas. Alors je crois que la première chose, c'est que oui, la marche s'explique, elle est rationnelle, mais elle est sans doute un peu haute si on cherche un compromis avec les socialistes. Il faut quand même avoir hanté d'ailleurs que la commission de Bruxelles avait demandé un tout petit peu moins. Et puis ensuite, j'ai l'impression qu'il n'a pas essayé de négocier avant. Donc il a voulu appliquer à des parlementaires le principe de la démocratie plébiscitaire. Mais ça ne marche pas comme ça, ce n'est pas au pays auquel il s'adressait. Et puis quand on démarre à 20% de popularité, c'est dur. Mais je pense qu'il faudra garder le souvenir de son moment ou de son discours de vérité.
Ça veut dire que son échec à faire passer ce budget, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas une majorité en France prête à faire des efforts ? pour rétablir les comptes
publics ? On ne peut pas partir du point de vue que le bon sens est nécessairement absent. Or, le bon sens aujourd'hui, ce serait quoi ? C'est que le bloc central, enfin je sais, le socle commun, enfin on va de métaphore en métaphore pour désigner un ensemble un peu inhabituel face à un accord de non-censure avec les socialistes. Les socialistes, ils n'ont pas intérêt à une dissolution. Alors bon, pour l'accord de non-censure, il va falloir les acheter. Ce seront des mesures économiques pas saines. Bon, il faut payer le moins cher.
Augmenter les impôts.
Mais il faudra... Moi, à mon avis, il faut maintenir la surtaxe sur les grandes entreprises. Il faut faire payer un petit peu les riches, donc vous et moi, vers la stabilité. à mon avis, vaut quelques sacrifices. Parce que sinon, les 9 mois d'instabilité dans lesquels on risque d'entrer, alors là, on verra le choc. On verra le choc par une crise financière, on verra le choc par l'effet sur les banques et le ralentissement de l'économie. En réalité, le prix sera supérieur.
Mais sur le constat, vous dites, je le remercie d'avoir fait un discours de vérité. D'ailleurs, ils sollicitent le vote des parlementaires pour leur dire, est-ce qu'on est d'accord sur le constat ? Mais on voit bien qu'il y a des dissonances. Je voudrais que vous écoutiez ce que... dit le premier président de la Cour des comptes Pierre Moscovici sur le constat et la gravité mise par le Premier ministre sur la situation des finances publiques. On l'écoute.
ne sommes pas du tout, mais pas du tout dans la situation de la Grèce, que j'ai bien connue. Un, le FMI ne sera pas là parce que nous avons un marché de dette très liquide, parce que nous gérons bien notre dette, parce que nous appartenons à la zone euro, parce que nous avons des impôts qui rentrent. Deux, la Commission européenne est plutôt là, et j'ai été commissaire européen en charge de ce sujet, pour nous aider. Donc elle sera compréhensive. Le vrai problème, où est-il ? C'est justement le coût de notre dette.
coût de notre dette. Mais, dit-il, pas de FMI, pas de crise, pas le destin de la France qui se joue.
Non, mais il faut d'abord, je pense qu'il a raison de ne pas jouer aux pompiers pyromanes. Il est le premier président de la Cour. Oui, d'accord. Deuxièmement, on joue avec les mots. C'est pas le FMI qui nous menace. C'est simplement que la ligne de soutien de la Banque Centrale Européenne nous soit donnée s'il le fallait. en échange d'un certain nombre de réformes dures. L'exemple de la Grèce est très excessif. En revanche, le Portugal, l'Espagne et l'Italie... Donc arrêtons de jouer sur les mots, et Moscovici le premier le sait, on est ou dos au mur ou tout près du mur.
Certains, c'est ce que raconte Pierre Gattaz dans son dernier livre, l'ancien patron du Medef, il dit qu'en coulisses, il entend certains patrons qui disent de toute façon, la seule manière de faire des vraies réformes dans ce pays, c'est le FMI, c'est une crise, une attaque sur la dette française, c'est-à-dire le grand collapse qu'annonce le Premier ministre. Est-ce que vous l'entendez, cette version-là ? Oui, je la connais.
Bien sûr que je l'entends. Je l'entends énormément. Mais je crois qu'on ne peut pas raisonner comme ça. Je pense que ce qu'il faut, c'est essayer d'arracher une stabilisation jusqu'à la prochaine présidentielle et qu'à ce moment-là, les vrais enjeux soient mis devant le pays. On voit déjà les investissements se congeler. On voit les consommateurs épargner dans des proportions considérables. On voit l'inquiétude monter. Croire qu'on peut attendre. La France n'est pas faite pour être... capable de subir la grosse purge. Alors après, on paye toutes nos erreurs passées, notre lâcheté collective, tout ça, c'est vrai. Mais maintenant, essayons de préserver la stabilité. Et c'est pour ça que tous les... Elle est à gauche, dites-vous, la stabilité. C'est à gauche qui peut la trouver. Non, attendez, où à gauche ? Il ne s'agit pas de nommer un premier socialiste. Ça, c'est la plaisanterie du week-end dernier. Pourquoi non ? Parce qu'il sera battu trois jours après. Donc, ce n'est pas du tout cette voie-là. Non, le problème, c'est de négocier. avec les socialistes accord pour qu'ils ne censurent pas. Je ne suis pas sûr qu'ils aient tellement envie de retourner devant les électeurs aujourd'hui parce que le jeu de masque avec LFI sera plus difficile à faire. Donc ils ont intérêt à la stabilité. Je pense simplement que Bayrou s'est comporté de manière un peu gaullienne alors qu'il fallait se comporter de manière plus politicienne.
Quand on entend Olivier Faure dire de toute façon on ne votera pas la confiance, cette décision est irrévocable, quand bien même tendre la main et dire... Non mais c'est plus maintenant.
C'est le coup d'après. C'est le successeur de Bayrou doit négocier ou essayer de négocier avec les socialistes au prix le plus bas possible, la stabilité.
Vous les connaissez, leurs idées au Parti Socialistique ? Ils ont d'ailleurs fait un contre-budget, leur retraite à 62 ans.
Non, mais tout ça, c'est de la rigolade. C'est parce qu'ils veulent ménager les Insoumis pour les élections municipales. Au fond, c'est quoi l'accord éventuel ? On ne fait pas 44, on fait 30, on ne va pas mourir de ça. Et il l'a dit d'ailleurs, Moscou. C'est grosso modo ce que la Commission demande. On maintient la surtaque sur les grandes entreprises, on fait payer un tout petit peu les riches, on fait trois ou quatre gestes sur l'État-providence. Rien de tout ça n'est grisant, rien de tout ça n'est justifié. Mais ça assurerait une forme
de stabilité politique à vos yeux.
Il faut acheter la stabilité politique. L'instabilité pendant un an, on verra où sera ce pays en réalité à l'automne prochain. Et c'est pour ça que moi, je n'accepte pas d'entendre dire par des hommes politiques... que la dissolution est inéluctable. C'est ce que dit
Edouard Philippe.
Je pense qu'il a tort quand on brigue les liens. Un commentateur peut dire ça, mais quelqu'un qui sera peut-être demain le chef de l'Etat ne peut pas le dire. Pourquoi il ne
peut pas redire ça, Alain Minc ? Je pense que le choix des hommes d
'Etat, c'est de soutenir la part de bon sens qui est dans le système pour essayer d'avoir cette stabilité. Parce que faisons le scénario de la dissolution. Il n'y a que deux cas de figure. Où le Rassemblement national ? Et donc Emmanuel Macron appellera le Rassemblement national à gouverner, terminera misérablement son quinquennat et à mes yeux c'est une catastrophe morale, économique, politique. où le Rassemblement national ne gagne pas et on retrouve la situation actuelle qui relève, si vous m'autorisez ce mot vulgaire, du bordel. Donc dans ce cas-là, Macron n'aura pas d'autre solution que de démissionner. Donc on entrerait dans une période d'une instabilité, d'une imprévisibilité affolante. Ce
serait le choix des Français ? C'est aussi un des arguments qu'on entend. Marine Le Pen dit très bien. De toute façon, on est dans une situation de blocage. Ne perdons plus de temps. Retournons devant les Français et faisons une dissolution.
Parce qu'elle veut faire un rapte sur le pouvoir. A elle, je ne lui fais aucun reproche. Elle joue sa partie. Mélenchon joue sa partie. Mais à l'intérieur du bloc, disons, raisonnable de gauche, de centre, de droite, il faut essayer d'arriver à un minimum de suivi. Les Italiens appelaient ça. d'un mot charmant, les gouvernements balnéaires. Il nous faut un pouvoir balnéaire qui gère les affaires courantes. La France ne va pas mourir non plus. Nous sommes en train de nous italianiser. En province, les petits patrons commencent à se foutre de ce qui se passe à Paris. Le pays n'est pas non plus totalement à l'arrêt. Plus l'Etat devient inefficient, plus les acteurs sociaux sont présents. Le conclave des retraites, on a été un millimètre d'une réussite. Si le patronat avait fait la petite concession, il aurait enterriné les 64 ans. Ce qui rend d'ailleurs absolument grotesque le projet socialiste de revenir à 62 ans.
Dernier outil qu'a le président de la République entre les mains, le référendum.
Vraiment s'il veut partir. Un référendum dans l'état de popularité qui est le sien, s'il reste après un référendum perdu, c'est le déshonneur. Donc il entre dans une machine. On a quand même deux dirigeants qui sont à 20% de popularité. Ça ne donne pas des marges de manœuvre gigantesques.
Est-ce qu'Emmanuel Macron, avec la mobilisation du 10, va se retrouver en frontal avec les Français désormais ? Pourquoi vous
dites la mobilisation du 10 ? Ni vous ni moi n'en savons rien. C'est l'inconnu. C'est peut-être une grande mobile. Ils veulent bloquer. Moi, je me réjouis que les syndicats, y compris la CGT... et rejoindre le mouvement du 10 parce que si les syndicats avaient été là au moment des gilets jaunes, les choses se seraient peut-être mieux passées. Ça veut dire que vous êtes confiant pour le climat
social,
Alain Minc ? Je ne suis pas confiant, je dis que je ne tiens pas pour un acquis que le 10, ça va être le 13 juillet 1789. Est-ce
que vous conseillez à Emmanuel Macron de se faire discret en ce moment ou est-ce qu'il est encore la solution de cette situation
de crise ? Depuis la dissolution, je ne lui conseille rien, je boude.
Très bien, vous continuez de bouder, Alain Minc. Merci, merci beaucoup d'être venu sur ce plateau, on va poursuivre un peu. Un peu cette discussion, il va évoquer la question des boomers. Et on pose la question d'être les boomers, ceux qui sont nés après-guerre, doivent-ils payer ? A tout de suite.
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