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Nous on va parler politique avec Edouard Philippe qui veut, figurez-vous, changer le calendrier présidentiel. Élu en mai, le prochain président ne prendrait ses fonctions qu'en septembre. Quatre mois pour souffler, consulter et préparer son gouvernement. Une idée immédiatement moquée par ses adversaires. Alors qu'Edouard Philippe défend par ailleurs, vous le savez, l'idée de faire davantage travailler. Les Français interrogés, vous le voyez, dans un podcast intitulé Le Gratin. Il déclarait donc, vous êtes obligé de proposer au président et d'y travailler avec lui, un gouvernement très vite, dans des conditions dont je considère qu'elles ne sont pas géniales. Si on faisait les choses aujourd'hui, j'adorerais un système dans lequel le président est élu en mai et il prend ses fonctions en septembre. Fin de citation. On va en parler dans un instant avec nos invités qui vont nous rejoindre. Aussi avec Muriel Jans, notre journaliste politique. Bonjour Muriel. Et avec Patrice Romden, notre spécialiste des questions internationales. Parce qu'il y a évidemment d'autres systèmes dans le monde qui font comme rêverait Edouard Philippe. Mais d'abord Muriel, comment on doit comprendre cette sortie d'Edouard Philippe ? Il veut vraiment des vacances
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évidemment, politiquement non, mais il prend plusieurs justifications. Il dit qu'une campagne présidentielle, c'est usant, c'est fatigant. Le président de la République a besoin de se reposer. Il faut du temps pour former ses équipes, pour consulter les partenaires sociaux, pour affiner ses décisions politiques, du temps pour s'entretenir avec les chefs d'État, pour mieux se positionner sur la scène internationale, d'autant que les 100... premier jour d'un mandat politique sont scrutés et font toujours l'objet d'un bilan de la part des observateurs. Il est vrai que du côté de ces soutiens, on s'interroge en coulisses, certains sont embarrassés, ces propos pour certains proches passent mal. D'autant que le candidat, selon eux, a du mal à accrocher auprès des Français. Il se demande si Edouard Philippe a vraiment envie de devenir président de la République. Évidemment, Edouard Philippe a immédiatement réagi. Il parle de désinformation. Il explique que si on écoute bien la totalité du podcast, un podcast dans lequel l'ancien Premier ministre se confie durant une heure et demie, Edouard Philippe parle de ce qu'il imagine. Un autre système qui pour l'instant n'est pas mis en place en France, mais vous l'avez dit, dans certains pays à l'international comme les États-Unis.
Muriel, on imagine que ça fait évidemment déjà réagir.
alors les premiers à avoir réagi, c'est ceux qui se positionnent sur l'échiquier droite toute, le Rassemblement national et UDR. Alors cet après-midi, juste avant la dernière action, c'est Gabriel Athel qui a réagi, le candidat Renaissance pour 2027. Il est en déplacement à la fête agricole de Metz, organisée par les jeunes agriculteurs. Il a y gratiné Edouard Philippe en disant... On sait qu'ils sont
en compétition les deux hommes, pour celui qui restera in fine candidat du Bloc central éventuellement.
Exactement, ils visent en plus à peu près une partie du même bloc des électeurs, cet électorat du centre et du centre droit. Edouard Philippe dit que la France n'a pas une minute à perdre, il faut agir immédiatement. Alors auparavant, juste quelques jours après la publication de ces extraits, c'est plutôt des réactions du côté du Rassemblement National et de l'UNDR qu'il faut regarder. Ils ont critiqué un candidat qui appelle les Français à travailler plus et critique un adversaire direct. Parce qu'on le sait que dans les sondages, notamment le dernier dans le Figaro, Edouard Philippe pourrait se retrouver face à Marine Le Pen au deuxième tour. Donc ils attaquent. La réaction d'Hélène Laporte, député RN. Edouard Philippe, fatigué avant d'essayer d'être élu. Ce sont ses mots. Réaction aussi d'Éric Chiotti. Maire de Nice, président de l'UDR. Voici ses mots. Le droit à la paresse n'existe pas pour un président de la République. Sébastien Cheneu aussi avait renchéri totalement hors sol Edouard Philippe, le flémard.
Merci Muriel. Vous restez bien sûr avec nous car on a besoin de vos lumières. John Christopher Rolland nous a rejoint. en droit public et constitutionnaliste, d'abord sur les vacances, parce que c'est quand même la première partie de la polémique, puis on verra si cette transition démocratique pourrait se passer mieux si on avait plus de temps. Mais derrière la polémique des vacances, est-ce qu'il faut revoir la transition entre deux présidents ? Ça vous paraît quelque chose d'allongé le temps ? Ça vous paraît quelque chose d'intéressant comme débat ? 'est un système
qui existe aux États-Unis, puisque l'élection a lieu au mois de novembre et que je crois que de mémoire, l'investiture... se déroule le troisième mardi, si je ne dis pas de bêtises, du mois de janvier. Donc en fait, c'était ça. Dans le propos d'Edouard Philippe, ça serait effectivement d'avoir un mandat présidentiel qui court un petit peu plus longtemps et que l'investiture se fasse plus tard. Ça, on peut comprendre.
Mais il commence par dire, il faut souffler, il faut prendre le temps. Et c'est pour ça que ces principaux opposants, puisqu'on est en pré-campagne présidentielle, haussent le ton et disent, mais enfin, comment ça ? Président, on veut être président, mais on a besoin de prendre des vacances.
Alors, il est de manière générale. Quel que soit le candidat, la campagne présidentielle est une campagne éprouvante. C'est une campagne très dure. On se souvient en 2007 que Nicolas Sarkozy, d'ailleurs, il avait été critiqué pour cette raison, puisqu'il avait été se reposer sur un yacht. Alors, c'était la personnalité du propriétaire du yacht qui avait fait polémique à l'époque. Vincent Bolloré. Pardon, ce n'est pas moi qui l'ai dit. Non, mais c'était le yacht de Vincent Bolloré. Oui, tout à fait. Voilà, il n'avait pas du tout été critiqué pour cette période, on va dire, de latence.
Il avait dit qu'il allait prendre quelques jours. Et rappelez-vous, on avait beaucoup glosé à l'époque sur à quoi pourraient ressembler ces quelques jours. Et certains avaient parlé d'une retraite dans un monastère. Finalement, ça s'est transformé sur un yacht de luxe. C'est pour ça qu'on en avait parlé aussi.
Mais ça ne serait pas, si vous voulez, incroyable. Alors évidemment, pour un candidat qui déclare le droit à la... Voilà. que le droit à la paresse, ce n'est pas quelque chose d'audible, on va dire. Ça peut poser problème, mais il va falloir quand même qu'on se pose la question de ces campagnes électorales. D'ailleurs, la campagne officielle est très courte, très intense. Et bon, alors après, voilà, t'es les prix qu'il croit y prendre. Il veut faire travailler les Français plus longtemps. Ils sont
fatigués, Muriel Jeans, nos candidats, et donc le président qui l'emporte, ou la présidente d'ailleurs, à l'issue d'une campagne comme ça, vous qui suivez les candidats ?
sûr, ils sont fatigués. Mais quel est l'impact sur les électeurs en employant ces mots-là ? Il faut que je me repose, il faut que j'ai du temps. Alors que eux, dans leur quotidien, ce n'est pas ce qu'on leur demande. C'est ça surtout. Quel impact ça va avoir sur les électeurs ? Et est-ce qu'avec cette phrase-là, besoin de se reposer juste après ? Peut-être que cette formulation a été mal appropriée. Quel impact ça va avoir sur les électeurs et comment ils vont réagir ? Est-ce qu'Edouard Philippe va perdre des points après cette sortie de mots un peu incongrue ?
nous avez dit combien de temps ce podcast ? Une heure et demie ? Une heure et demie d'entretien. Florian Tardif, bonjour. Vous êtes journaliste politique à Paris Match. Merci de nous rejoindre. Vous avez tout écouté. J'ai tout écouté. Bravo d'abord. C'est un peu mon métier. Je suis le bloc
central. Vous
avez l'impression que la polémique vaut après avoir écouté une heure et demie d'entretien ?
Très sincèrement, je pense que la polémique ne vaut pas. J'entends en revanche le fait que ça puisse heurter une partie des Français lorsqu'on entend un candidat à la présidentielle. Même qu'il y a encore huit mois de combat électoral entre les différents candidats, d'ores et déjà entendre l'un des... candidat qui est dans le top 3, top 4 peut-être, dire qu'il aura besoin de se reposer. D'autant moins,
Florian, je vous coupe et je vous redonne la parole tout de suite, d'autant moins de la part d'un candidat qui veut faire travailler plus les Français, allonger les bureaux de cotisation des retraites, peut-être abandonner les 35 heures et que sais-je encore.
Non, alors je pense qu'effectivement le terme concernant le repos peut heurter et c'est tout à fait compréhensible. En revanche, et vous l'avez noté, puisque j'ai écouté les 1h30 d'entretien, j'ai donc compris ce qui s'était passé avant. Et pourquoi à un moment donné, Edouard Philippe tient ses propos ? C'est tout simplement parce qu'il revient sur son expérience à Matignon et notamment le moment où il y a eu une passation des pouvoirs au tout début du premier quinquennat d'Emmanuel Macron entre lui et Bernard Cazeneuve. Et il dit... Je suis arrivé à Matignon, le bureau, il n'y avait rien dessus, je n'avais pas de dossier, je ne savais pas qui appeler, je n'avais pas de gouvernement, je n'avais pas de ministre. Certes, il fallait que je dirige la France, mais j'étais tout seul. C'est un petit peu baroque. Est-ce qu'il ne faudrait pas, et c'est pour cela qu'à un moment donné, il prend l'exemple américain, qu'il y ait une période de transition où les ministres... précédents, du gouvernement précédent, avec potentiellement... Peuvent
passer les dossiers. Peuvent passer les dossiers, etc. Je veux dire, plus longuement que lors d'une cérémonie de passage. Oui, après, on peut aussi
expliquer que, prendre l'exemple américain, en Amérique, on a même ce terme, je crois, qui est utilisé, de lame duck, c'est-à-dire de canard broiteux. Certes, il y a une transition qui est opérée pendant quelques semaines, mais c'est compliqué parce qu'on a un président qui est certes au pouvoir, mais qui n'a plus la légitimité. Un candidat qui a la légitimité d'être au pouvoir, mais qui n'est pas au pouvoir.
On va y venir. Je finis d'un mot sur cette question des vacances, parce que l'idée qu'il défend, c'est de travailler davantage. Ce n'est pas un peu désastreux comme politiquement parlant, j'ai envie de dire.
d'Edouard Philippe, en tout cas les bribes de programme qu'on a pour le moment, sont quand même assez indicatifs sur le fait qu'effectivement il dit qu'il faut travailler plus longtemps, dans l'année, dans la journée. Donc ça peut être pris pour une erreur de communication. Maintenant sur le fond du débat, honnêtement, moi ce qui me frappe le plus, c'est qu'il faudrait d'abord changer la constitution. Et on sait que compte tenu des majorités actuelles, quelle que soit d'ailleurs la suivante, ça risque d'être compliqué parce qu'il faudra sans doute obtenir un texte identique dans les deux chambres, etc. Ça me paraît peu probable. Pour autant, l'idée, alors en Amérique, c'est un spoil system, c'est-à-dire qu'on a la valse des fonctionnaires. Il ne faut pas oublier qu'en France, la transition se passe de manière assez fluide parce qu'on a une haute fonction publique qui gère les dossiers.
Et qui reste en place normalement, quoi qu'il en soit, sauf si c'est une chasse aux sorcières, évidemment. Patrice Romden. y a plusieurs pays, on prend évidemment toujours en exemple les États-Unis, peut-être parce que c'est celui qu'on connaît le mieux, où ça se passe comme ça, où il y a une forme de transition longue.
Oui, alors ça existe dans d'autres pays, les États-Unis ont été cités, je m'y attarde quand même quelques minutes pour expliquer, il y a des raisons évidemment historiques, mais en 1845, le Congrès a fixé la date de l'élection, donc en novembre, le 1er mardi. qui vient après le premier lundi du mois de novembre. Pourquoi cette date déjà à l'époque ? Tout simplement parce que les récoltes étaient terminées. Et donc les travaux à la ferme étant terminés, les fermiers pouvaient aller voter. Mais il y a quand même une différence entre la France et les États-Unis. C'est qu'en France, on élit directement le président de la République, tandis qu'aux États-Unis, on élit de grands électeurs. Et il faut ensuite que ces grands électeurs se réunissent. Au congrès, donc ça, ils le font au mois de décembre et tout ça nécessite forcément quelques semaines avant que le président prête serment le 20 janvier. Le congrès, lui, commençant ses travaux traditionnellement le 3 janvier. Alors, est-ce qu'il y a d'autres pays en marge des États-Unis ? Oui, il y en a d'autres. Il y a le cas de Venezuela, du Guatemala, où il y a eu des transitions de 5-6 mois, mais ça peut varier. Il y a deux cas particuliers qui sont le Brésil. Et le Mexique. Mais là encore, il y a des explications. C'est-à-dire que le Brésil, il y a souvent des contestations. Donc il faut du temps pour vérifier que tous les bulletins sont clean. Alors le Mexique, c'est assez intéressant parce que lorsqu'il y a une élection présidentielle au Mexique, il n'y a pas qu'une élection présidentielle, c'est une élection générale, mais massive. C'est-à-dire qu'on élit le président, mais on élit aussi le président. les députés, on a dit les sénateurs, on a dit les gouverneurs, et aussi tout un tas d'élus locaux. Donc il faut du temps pour mettre tout ça en place. Il n'y a pas une seule élection, il y en a beaucoup, dans des pays là encore où peut-être le processus de vérification, on va dire, est peut-être plus poussé, la question étant plus sensible dans ces pays-là qu'en France.
Alors effectivement, Edouard Philippe met en avant cette possibilité. Il ne propose pas quatre mois de vacances, on est bien clair. Il parle de quatre mois pour consulter, choisir son équipe, préparer ses premières mesures. C'est une possibilité, mais il y a quand même un risque. Je ne sais pas comment ça se passe à l'étranger, mais Patrice nous le dira dans un instant. Il y a un risque, c'est celui de quatre mois d'immobilisme.
C'est la fameuse période dont vous parliez à l'instant, celle de l'Aimduck. Aux États-Unis, on parle de la période du canard boiteux. Pendant quatre mois, on ne fait rien.
Celui qui est toujours en place, mais qui expédie les affaires courantes, et vous verrez que je vais en venir à ce qui peut se passer des fois à Matignon, évidemment. Et des fois, ça dure longtemps. Il ne faut pas que ce soit
trop long, parce que j'ai parlé du 20 janvier pour les États-Unis tout à l'heure, mais il faut savoir qu'avant 1933, c'était au mois de mars. Ils attendaient beaucoup plus. Ils se sont aperçus effectivement que c'est une période inconnable et qu'à un moment, il fallait raccourcir les délais. D'autant qu'initialement, cette décision avait été prise parce qu'il fallait faire venir tous les bulletins de vote. Et à l'époque, il fallait presque que lui soit là pour surveiller qu'il n'y ait pas quelqu'un qui bourre les urnes ou qui trafique un petit peu les trucs. Donc là, aujourd'hui, avec le développement des moyens de transport, tout peut être vérifié avec la numérisation encore plus. Mais pareil au Mexique. Au Mexique, il y avait un délai qui était de 5 mois, je crois. ont voté au mois de juin au juillet et le président entrait en fonction au début janvier. Là, maintenant, ils ont raccourci le délai, ils votent en octobre et le président arrive en janvier.
Jean-Christophe Roland, le risque de l'immobilisme, c'est ça la proposition d'Edouard Philippe, ce qu'elle peut aussi entraîner finalement, voire, allez, j'ose le mot, voire quatre mois de gouvernement de ces fameux hauts fonctionnaires. qui sont finalement à la manœuvre en attendant.
La particularité de la Ve République et cette élection présidentielle au suffrage universel direct donnerait d'abord comme premier résultat de donner une délégitimation au président sortant, celui qui serait en train de finir son mandat tranquillement. Donc oui, ça risque effectivement de donner de l'immobilisme. Et en plus, contrairement aux États-Unis, puisqu'il y a cette élection directe, il y a cette impulsion, cette aspiration qui fait qu'on veut derrière. Tout de suite, et d'ailleurs on va très vite, un gouvernement très rapidement, en général quand un président est élu en France, tout de suite c'est quel gouvernement, quel Premier ministre, etc. Donc ça paraît, si vous voulez, cette période de latence n'est pas adaptée aujourd'hui aux États-Unis, ils ont fini par s'acclimater à ce délai, mais n'est pas du tout dans la nature du régime. Donc moi je pense que c'est peu faisable, c'est peut-être une idée qu'il a sorti effectivement de manière en réfléchissant tout haut. Très
certainement, je pense, réfléchir tout haut, c'est peut-être aussi le danger de ces nouveaux formats, de plus en plus de politiques, ont plus confiance dans ces formats d'illons où ils peuvent effectivement développer leurs pensées pendant des heures et des heures. Le risque, c'est qu'on peut effectivement penser à voix haute. Et d'ailleurs, c'est ce qu'il fait. Au tout début, il commence à expliquer pourquoi il pense que cette idée est bonne. Puis à la fin de son propos, il explique également pourquoi elle est mauvaise et pourquoi elle est inapplicable en France. Et d'autant plus qu'il y a une contradiction par rapport à ce qu'il propose aujourd'hui, tout simplement parce qu'assez régulièrement, on l'entend évoquer son souhait de réformer par ordonnance avec quasiment le calque de ce qui avait été fait juste avant le début de la Ve République, c'est-à-dire au moment où... remet un tout petit peu le pays en ordre, on règle les problèmes économiques, il y a ce plan piné qui est mis en place, une fois que le pays est, entre guillemets, et ça va être tout le débat de ces prochains mois, notamment à l'Assemblée nationale, une fois que le pays est remis sur pied économiquement, là on peut commencer à engager des réformes plus structurelles, d'où la naissance de la cinquième.
un fonctionnement qui peut s'apparenter à ça, c'est celui du changement de Premier ministre. Quand il y a un changement de Premier ministre et de gouvernement, il y a un gouvernement des missionnaires. On l'a vu ces derniers temps et plus d'une fois, je parle sous le contrôle de Jean-Christopher Roland, mais on l'a vu plus d'une fois, un Premier ministre et un gouvernement qui expédient les affaires courantes et un autre qui cherche à se bâtir du côté de l'Élysée. Mais en fait, c'est bien de l'immobilisme en quelque sorte qui se passe à ce moment-là.
Il me semble que ce n'est pas nouveau sous la Ve République. Ça se passe souvent comme ça, même dans certaines mairies également. On se souvient de témoignages de maires qui arrivent où il n'y a plus rien sur le bureau, dans les étagères, dans les ministères exactement. C'est la même chose, surtout quand il y a un changement de parti au pouvoir. Ça se passe souvent comme ça. Peut-être qu'il a une expérience malheureuse, comme d'autres d'ailleurs, et ça a été l'occasion de pointer du doigt ce fait. qui marque d'autres hommes politiques également.
Juste une précision sur ce que j'ai dit tout à l'heure. Au Mexique, on vote en juillet et avant, le président entrait en fonction en janvier. C'est dans ce sens que le délai a été raccourci. Là maintenant, il entre en fonction au mois d'octobre. Et alors à l'inverse, vous avez aussi le Royaume-Uni. C'est-à-dire que là, ça se passe en quelques heures. Celui qui perd l'élection, le lendemain, il arrive, il envoie sa démission au roi. Il n'a pas de pouvoir, mais avalise les choses. Et ensuite, le Premier ministre suivant est déjà devant le 10 d'Alling Street avec ses valises. Il attend et il rentre et l'autre dégage.
John Christopher Roland, Florian Tardif. Edouard Philippe juge, je cite, complètement dingue le système actuel. Un président élu un dimanche, un Premier ministre nommé très rapidement et un gouvernement constitué dans la foulée. Je m'adresse d'abord aux constitutionnalistes. Est-ce que c'est trop brutal comme délai pour une démocratie moderne ?
C'est une question très profonde, parce qu'il y a deux choses. Pour les premiers ministres, c'est peut-être le témoignage aussi que l'administration continue. Je rappelle qu'en Belgique, on a pu avoir des gouvernements d'affaires courantes pendant un an et demi, ce qui prouve bien qu'il y a des techniciens. Les dossiers ne
doivent pas avancer beaucoup, mais les dossiers politiques, j'entends, avec des décisions politiques.
Le deuxième problème, c'est qu'un président de la République, constitutionnellement ou pas, il y a des choses qui s'est accaparées aussi, c'est lui qui signe les traités, c'est lui qui gère la politique internationale. On parlait de la monarchie britannique. En France, le système de l'élection présidentielle, c'est presque le roi est mort, vive le roi. Et ça me paraît compliqué, si vous voulez, de mettre un frein. Alors on pourrait, je rejoins ce qu'a dit Florian tout à l'heure, c'est-à-dire que si on était dans une situation économique et majoritaire stable, on pourrait réfléchir à des ajustements pour que la modération se fasse sur un temps un peu plus long. Mais aujourd'hui, compte tenu des enjeux, ça serait peu audible dans l'opinion publique d'avoir ces temps. alors même qu'on dit aux gens qu'il faut aller vite et qu'il faut faire des efforts.
Dans des pays comme la France, par exemple, il y a une administration, effectivement, j'allais dire, c'est un peu comme un jean sale, ça tient debout tout seul, et effectivement, même s'il n'y a pas d'exécutif disponible, ça continue à fonctionner. Mais tous les pays... dont je vous ai parlé, où il y a un délai entre le moment de l'élection et le moment de la prise de fonction du patron, en l'occurrence du président, c'est aussi parce que dans ces pays-là, la tradition veut que, quand un nouveau président arrive, il y a toute l'administration qui dégage. Et là, il n'y a plus de ginsale qui tient la boutique. Rien à
voir avec notre système, Florian.
Le débat, et on en parle assez peu, on parle beaucoup de cette vidéo, mais si on prend un tout petit peu de recul, pourquoi on a aujourd'hui ce questionnement-là autour de la durée de prise en fonction du président de la République, du Premier ministre, du ministre
?
Oui, mais surtout parce que c'est depuis une dizaine d'années la fin du bipartisme. C'est-à-dire qu'avant cela, lorsqu'une majorité était désignée via la présidentielle, puis ensuite suivie des législatives, en général on conforte maintenant, depuis que le calendrier législatif est calqué sur le calendrier présidentiel, on donne une majorité au nouveau pouvoir en place. Qu'est-ce qui se passait ? On avait différents... personnalités, différentes personnalités politiques connues, reconnues, qui avaient parfois occupé des fonctions, que ce soit dans des cabinets ministériels ou bien de hautes fonctions à l'Assemblée nationale. Et quasiment, lorsqu'on élisait Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, puis plus récemment François Hollande. globalement, sans savoir qui allait être ministre de la Santé, ministre de l'Économie, ministre du Travail. On savait, c'est-à-dire que nous, citoyens, on savait, de par les fonctions qui avaient été occupées par un tel ou une telle, dans l'entourage de François Hollande, dans l'entourage de Nicolas Sarkozy, ou même dans l'entourage de Jacques Charac, on savait qui allait être en poste. Et ces derniers savaient aussi sur qui s'appuyer. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.
Je traduis vos propos, vous me direz si je me trompe. Vous êtes en train de nous dire, Florian, et je vous pose la question à tous, que... En fait, Edouard Philippe, ce débat, même si sortant de la proposition d'Edouard Philippe, ce débat est là parce qu'aujourd'hui, il y a un parti qui n'a jamais gouverné et qui est aux portes du pouvoir dans les sondages en tous les cas. Je rappelle que les sondages ne sont pas une prédiction, mais une photographie à un instant donnée de l'opinion. Le Rassemblement national, pour ne pas le citer, est qu'il ne serait peut-être pas assez préparé et que c'est quatre mois pour lui donner de l'air. Non,
mais sans forcément être pas assez préparé, c'est-à-dire que… Il y a, et on peut tout à fait comprendre, qu'il y a cette demande depuis une dizaine d'années de renouvellement total, et d'ailleurs qui s'exprime dans les urnes, du personnel politique. Sauf que ça a des conséquences. C'est-à-dire qu'à partir du moment où vous renouvelez totalement... On l'a vu à l'Assemblée, avec les nouveaux députés de différents bords d'ailleurs. Eh bien, vous avez des personnes qui n'ont jamais été en fonction, donc qui sont là pour... s'entraîner à l'exercice, excusez-moi du terme, mais qui ne savent pas forcément comment cela fonctionne en interne et qui ne savent pas après ensuite sur qui s'appuyer. C'est ça, Jean-Christophe Roland,
qui se passe. C'est-à-dire qu'on est en train de réfléchir à ce qui pourrait se passer si Marine Le Pen entrait à l'Élysée dans quelques semaines, quelques mois.
Je réfléchissais en écoutant Florian. C'est ce qui s'est passé lors de la grande alternance de 1981. où la crainte, c'était effectivement qu'il n'y ait pas de continuité. Parce que Novice, à ce moment-là, ça faisait 23 ans qu'il n'avait pas été au gouvernement, jusqu'au grand chancelier de la Légion d'honneur, d'ailleurs, qui avait refusé de venir décorer le président. Ils ont dû jouer, finalement, avec des gens qui les avaient rejoints, comme Michel Jobert, qui avait une stature étatique. Et même dans la tenue, je disais Pierre Bérégovoy, qui disait qu'il avait interdit aux ministres de venir sans cravate, etc. Ils ont dû compenser, finalement. cette espèce de rupture. Donc là, effectivement, s'il y a une crainte sur l'alternance qui est redoutée pour l'année prochaine, effectivement, ça peut être l'une des explications d'avoir finalement une transition en douceur.
Alors, il nous reste deux minutes. Imaginons maintenant un changement de majorité politique radicale en 2027. Pendant quatre mois, le président Sefortan reste en fonction. Je fais de la politique fiction. Tandis que le président élu prépare son arrivée, est-ce que ce n'est pas le risque d'une cohabitation explosive ? nous qui en avons connu des pas mal déjà, entre le président et le Premier ministre, et puis qui décide pendant ces quatre mois, qui négocie les crises internationales, excusez-moi, mais on est en allant sur le bouton nucléaire, qui nomme, qui engage la France, et est-ce qu'un président battu a encore la légitimité pour prendre des décisions importantes ? C'est toutes ces questions que pose au-delà de... de la sortie d'Edouard Philippe, ce questionnement ? – Mais c'est le problème de l'élection,
au suffrage universitaire direct, il est revêtu de la légitimité populaire, il y a la question du bouton nucléaire en fait, et alors quand c'est des présidents du même camp, j'allais dire à la limite pourquoi pas, il peut y avoir quelque chose d'assez doux, mais quand c'est une rupture d'alternance, celui qui reste, qui est sortant, sa légitimité s'affaisse. Quasiment immédiatement. Après, il ne
faut pas désespérer de l'homo politicus français. On a connu ça finalement à Matignon. On devient
pragmatique tout d'un coup quand on est élu ou quand on est nommé. Florian, c'est possible ?
on l'espère. En tout cas, s'il y a une rupture brutale qui est demandée par le peuple français lors de la prochaine élection, on espère que les personnes qui occupent aujourd'hui les ministères vont opérer une transition non pas brutale, mais qui puisse accompagner l'arrivée de leurs successeurs. C'est ce qu'on espère. Et ensuite, pour revenir juste et pour clore le... notre débat ici. Il y a quand même aujourd'hui, tout simplement parce que j'évoquais en 2017 le renouvellement total de la classe politique. Voilà, ça fait une petite dizaine d'années, que ce soit autour de Marine Le Pen, autour d'Edouard Philippe, autour de Gabriel Attal ou même de Jean-Luc Mélenchon, il commence à y avoir des profils. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, même si ce n'est pas connu de l'ensemble des Français, il y a des personnes qui, on peut le comprendre, seront plutôt fléchées sur Bercy, sur Matignon. Merci beaucoup. Il y en a une qui a gagné
dans le cœur des Français. Vous savez qui c'est ? C'est Céline Dion.