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Henri Vernet, je me tourne vers vous. Il y a un timing particulier, ce n'est pas pour rien que c'est maintenant qu'il lance cet appel. Fabien Roussel.
Non, ce n'est pas pour rien. C'est pile une semaine après sa déclaration de candidature. C'était une de plus à gauche. Donc on ne peut pas dire qu'elle est tellement marquée. Mais maintenant, il pense que c'est son moment. D'abord parce qu'il est très bas dans les sondages. Aujourd'hui, Fabien Roussel, il est autour de 2-2,5%. Et donc il a vraiment besoin de booster sa candidature. Ce week-end, c'est la fête de l'humanité qui est traditionnellement un temps fort de la rentrée politique. nombre de politiques qui viennent, donc il faut qu'il s'affirme, il faut qu'il soit plus à gauche que les autres à gauche, qu'il se fasse lui aussi un peu le centre du pouvoir d'achat, donc il est là pour ça, et en plus il est en concurrence directe. au sein même de la fête du Luma, avec un certain Jean-Luc Mélenchon, qui lui aussi est invité dans les rangs et qui risque à l'applaudimètre d'être davantage regardé que Fabien Roussel. Donc pour lui, c'est une question vraiment d'exister, de prendre sa marque, le pas dans cette campagne qui démarre.
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Sylvain Boulou, qu'est-ce que vous diriez que cette fête de l'humanité, c'est une caisse de résonance idéale pour Fabien Roussel ? Que là, encore une fois, le timing est propice pour lancer un message très fort ?
fête de l'humanité a quand même été pendant plusieurs décennies la fête de l'organe central du Parti communiste français. Fabien Roussel est le candidat du Parti communiste français. Donc il semble relativement logique qu'il utilise la fête de l'humanité pour donner plus d'ampleur à sa campagne. Comme ça avait été le cas pour Georges Borchet, Jacques Duclos avant lui, ou quelques autres dirigeants communistes qui se sont présentés à l'élection présidentielle. Là, il n'y a rien de surprenant. Et comme c'est à la rentrée, et à chaque rentrée, il y a des appels à la mobilisation qui peuvent exister, qui émanent normalement plutôt des milieux syndicaux, mais là, comme ce sont des mouvements citoyens qui sont en train de se... lancé par des citoyens qui sont en train de se créer, les dirigeants du parti ou d'autres reprennent ces slogans. Normalement, dans le temps, c'était plutôt les organisations syndicales qui le faisaient.
va tenter d'en savoir un petit peu plus sur ce qui est en train de se tramer au niveau de cette gronde sociale avec vous, Marjorie Lemeur. On voit sur les réseaux sociaux notamment des appels à manifester. Ça nous rappelle forcément la naissance du mouvement des Gilets jaunes.
Oui, regardez cette affiche. Il s'agit d'un appel à manifester demain, le 12 septembre, là où se prennent les décisions, c'est-à-dire devant les mairies ou encore les préfectures. Une autre affiche avec, cette fois, un appel à manifester à Paris. Gilets jaunes contre la Macronie. Demain, donc, Paris, 15h, place Jussu. Et puis, sur ces affiches, il y a également une date qui revient assez souvent. Il s'agit du 17 octobre. Ici, il y a écrit « Les gilets jaunes veulent à nouveau ». descendre dans la rue. Eh bien, toutes ces affiches, elles rappellent les débuts du mouvement. Regardez par exemple cette pétition. Elle date de fin mai 2018. Elle demande une baisse des prix du carburant à la pompe. Elle est à l'origine du mouvement des Gilets jaunes. Et à l'époque, elle avait recueilli plus d'un million de signatures.
à l'époque, quelles étaient les raisons de la colère des Gilets jaunes, Marjorie ?
Alors, plusieurs raisons. D'abord, l'abaissement de la vitesse maximale sur les routes secondaires, passant de 90 km heure à 80 km heure. C'était une mesure qui avait été jugée... Elle avait même été décrite comme une machine à PV. Et puis il y a également la hausse des prix du carburant. A l'époque, plus de 1,50 euros le litre à la pompe. plus cher aujourd'hui, plus de 2 euros le litre. Et puis enfin, l'injustice décrite, l'injustice fiscale, avec la suppression de l'impôt sur la fortune, l'ISF, voulu par Emmanuel Macron, une politique qui avait été jugée inégalitaire.
Merci beaucoup Marjorie pour toutes ces précisions. Sylvain Boulogne, vous nous le disiez tout à l'heure, c'est a priori. De toute façon, tous ces mouvements citoyens ne sont jamais les mêmes. Ce qui s'est passé en novembre 2018 n'est pas ce qui pourrait se passer à l'automne 2026. Pourtant, il y a quand même des similitudes entre le mouvement des Gilets jaunes et ce qui est en train de se tramer, notamment autour de la communication. Il
y a des similitudes, oui, mais maintenant, en fait, la majeure partie des appels à des mouvements sociaux, des mouvements revendicatifs, se font par des canaux qui sont nouveaux, donc on appelle les nouveaux moyens d'information, et donc on n'est plus dans des appels à la mobilisation traditionnelle, tel qu'on peut les retrouver dans les organisations syndicales, avec des distributions de tracts, des sorties d'usines. On est devant quelque chose d'un phénomène. devant un phénomène relativement nouveau. Donc les formes de coagulation vont être différentes. Après, pour qu'il y ait mouvement social, à un moment donné, il faut quand même qu'il y ait des gens qui descendent dans la rue ou qui occupent d'une manière ou d'une autre l'espace public pour que ces mouvements existent réellement. Pour le moment, on en est juste à des consultations et des clics sur les différents réseaux sociaux avec des j'aime, j'aime pas. On n'est pas encore dans une mobilisation. Alors, il faudra voir ce que ça donne demain, mais on n'est pas dans des formes de mobilisation très importantes. Et même les indicateurs qu'on peut avoir sur les gens qui sont potentiellement... qui veulent potentiellement y aller, sont relativement faibles. Donc si on compare à ce qui s'est passé il y a 8 ans, on est quand même dans quelque chose de très très faible, même par rapport à l'année dernière. Même si
tout était très vite pour les Gilets jaunes et que personne n'aurait
imaginé ce scénario. Après, c'est facile en faisant l'histoire du mouvement. Ce n'est pas si rapide que ça. Vous avez un phénomène de gronde qui commence dès l'hiver 2017-2018 avec différents mouvements, des protestations contre les vaccins, des motards en colère. Je ne vais pas vous faire l'historique complète, mais vous avez tous ces mouvements de protestation qui s'agglutinent, qui s'agglomèrent et qui finissent par, en septembre-octobre, donner le mouvement des Gilets jaunes. Là, pour l'instant, on n'a pas de mouvement de protestation qui soit en train de s'agglomérer. Il y a quelques protestations sur le tabac chez les buralistes, chez les pompiers, mais c'est des phénomènes totalement disparates. On voit mal les revendications des uns et des autres. aux autres converger. Après, le principe des mouvements sociaux, ils peuvent s'agréger comme ils ne peuvent
jamais s'agréger. On va justement rejoindre Priscilia Ludowski. Bonsoir, merci d'être sur France Info. Vous êtes une ancienne gilet jaune. Vous avez longuement tous les week-ends manifesté sur les ronds-points. Aujourd'hui, quand vous entendez l'appel de Fabien Roussel, est-ce que vous avez envie d'y répondre ? Est-ce que vous pensez que c'est le bon moment pour une telle contestation ?
Bonsoir. Je pense qu'il n'y a pas de bon ou mauvais moment. Effectivement, c'est ce qui me rappelle, j'entendais vos parallèles entre le mouvement des Gilets jaunes et ce qui se fait aujourd'hui. Je pense évidemment qu'il y a de l'inspiration, ne serait-ce que les flyers, les visuels, l'appel à se saisir de certains lieux, des ronds-points, etc. Donc c'est fortement inspiré, c'est certain. Mais c'est un prêt-t-il aussi, comme en 2018, une période électorale, c'était les élections européennes lorsqu'on s'est mobilisé en 2018. Et j'entendais là tout à l'heure, est-ce que ça aura une ampleur similaire, on ne peut jamais savoir, mais en tout cas, ce que je peux en dire pour avoir lancé cette pétition en mai 2018, donc ça avait commencé bien avant novembre, le temps de lui donner de l'ampleur, c'est beaucoup de travail pour faire ça, et c'est surtout beaucoup de travail logistique. Donc c'est vrai qu'il ne suffit pas de lancer un appel sur les réseaux sociaux pour que les choses se passent, il y a eu beaucoup de travail en coulisses, moi j'ai beaucoup oeuvré entre mai et novembre 2018 pour faire que... La mayonnaise traîne et ce n'est pas rien, ça ne se voit pas. Et donc, c'est vrai qu'on ne sait pas tout à fait comment s'organiser cette fois-ci. Mais en tout cas, c'est du travail et des sacrifices. Ce sont des sacrifices. Et donc, on ne peut jamais imaginer si le résultat sera que les gens seront nombreux dans la rue ou pas. Mais en tout cas, tout ça, ça s'organise d'un point de vue logistique. Donc, c'est vrai que ça paraissait spontané, mais ça ne l'était pas vraiment.
Cette gronde, on le disait pour le moment, qui est disparate avec Sylvain Boulouc, en tous les cas, elle s'agrège autour d'un thème, c'est-à-dire le pouvoir d'achat, la difficulté pour de nombreux Français, ils sont de plus en plus nombreux, à boucler les fins de mois. Est-ce que vous diriez, parce que le pouvoir d'achat, en ce moment, on le sait, la campagne présidentielle a d'ores et déjà commencé, le pouvoir d'achat, c'est le thème principal des campagnes des oppositions, que ce soit LFI ou le Rassemblement national. vous diriez qu'il faudrait à un moment donné que ce mouvement qui pour l'instant est apolitique, le devienne pour avoir une caisse de résonance plus importante.
ne suis pas certaine qu'il faille nécessairement qu'il se greffe un mouvement politique d'un bord ou d'un autre. Je pense que les revendications sociales en général, elles ont toujours été intenses dans les différents plans de l'histoire. Et en fait, la question, c'est à quel moment les partis politiques vont vraiment s'en saisir et faire que lorsque il y a ce type de revendications, arriver au pouvoir, comme on dit. elles puissent enfin appliquer des choses qui sont justes. Parce qu'Emmanuel Macron, ça fait quand même dix ans de règne, et dix ans où nos droits sont en recul, où tout est matraqué, où tout est passé en force à coup de 49-3, à coup de pétitions qui sont publiées sur le site de l'Assemblée nationale et qui sont balayées. Donc il y a plus qu'une question de mise à l'agenda politique, c'est à quel moment la personne qui accède au pouvoir, elle fait ce qu'il faut pour faire qu'on ait des mesures beaucoup plus justes, en fait. C'est ça qui... qui posent problème à chaque fois. Il y a beaucoup de gens qui ne votent pas, il y a beaucoup d'abstention parce qu'il y a de la déception une fois que les personnes arrivent au pouvoir. Donc c'est vrai que tous ces partis politiques qui vivent soutenir ces mouvements, qui vivent dans nos programmes, on a des mesures qui se retrouvent dans ce qui a pu être redit dans le mouvement des Gilets jaunes et revendiqués. OK, on l'entend. La question, c'est une fois qu'ils arrivent au pouvoir, qu'est-ce qu'ils font de ces mesures
Justement, puisque vous nous parlez de ces mesures, pour faire face à la gronde des gilets jaunes, on avait vu un Emmanuel Macron qui avait arpenté la France, parfois parlant durant des heures et des heures à ces gilets jaunes en colère pour tenter de les écouter. Il y a eu tout un tas de mesures qui ont été prises. Est-ce que vous diriez qu'aujourd'hui, il n'en reste pratiquement plus rien et que cette colère, finalement, elle est intacte huit ans après
Emmanuel Macron n'a pas fait grand-chose. annoncer des mesurettes pour essayer de calmer les choses. Mais en réalité, il y avait quand même des mesures très claires qui avaient été remises en main propre à François de Rugy à l'époque, quand on l'a rencontré. Et en l'occurrence, ce que moi j'appelle le One Man Show, le grand débat national qui a quand même coûté 12 millions d'euros, qui n'a pas été suivi des faits. C'est-à-dire que quand votre politique est remise en cause par un grand nombre de personnes, que vous dites « on va organiser un débat » parce que c'est comme ça qu'il avait répondu à ma pétition sur Change.org, en disant « on va organiser un débat national, une discussion » qui met en place ce One Man Show parce qu'il y a des élections européennes qui arrivent. Donc en fait, c'était une très bonne opportunité pour faire campagne pour son parti. Et ensuite, il y a eu quand même un traitement qui a été demandé par le monde de la recherche, de ces cahiers de doléances qui sont arrivés en mairie, de tout ce qui a été collecté sur la plateforme, et ça n'a pas été exploité pour remettre son programme. Il n'y a pas d'écoute, il n'y a pas d'entente. Pardonnez-moi juste, je
voudrais qu'on recadre. Parce que vous dites, Emmanuel Macron n'a pratiquement rien fait. Il a surtout beaucoup parlé. Il y a quand même eu, parmi les mesures débloquées, 5 milliards d'euros de baisse d'impôt sur le revenu. Il y a eu une réindexation sur l'inflation des retraites inférieures à 2 000 euros à partir de 2020. Tout ça, ce n'est pas rien. Même si, évidemment, comme vous l'avez dit, ce grand débat national a coûté de l'argent. Il ne reste vraiment... Qu'est-ce qu'il aurait dû faire ? finalement, Emmanuel Macron, pour qu'aujourd'hui, on n'en soit pas là
Quand je dis que c'est rien, je pense qu'on voit bien que la vie des gens n'a pas changé. Les gens ne s'en sortent pas mieux, donc il n'y a pas grand-chose qui a été fait, même si on annonce des très grands chiffres.
Il y a aussi un contexte géopolitique
et
international, avec ce qui se passe au Moyen-Orient, ce qui se passe en Ukraine.
Quand il y a eu la guerre en Ukraine, il y a eu de l'inflation, les prix augmentés, ça a exacerbé la chose. Il y a eu la crise sanitaire aussi qui est passée par là. Tout un tas de faits se sont produits depuis 2018 qui font que ça... Ça a exacerbé tout ça. Il y a eu les mouvements très intenses contre la bichère en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane, à la Réunion, etc. Toutes ces mobilisations démontrent que les mesures qui ont été mises en place ne sont pas nécessairement plus justes. Ce qui a été intéressant lorsqu'il y a eu la mobilisation pour le climat à la fin 2018, plus les gilets jaunes et plus les retraites, etc., ça a mis une certaine pression au gouvernement qui a lâché des mesures, notamment celle de la création de la Convention citoyenne, qu'on avait appelée de nos voeux, la fiscalité, la démocratie et le climat. En fait, quand on a associé la population à la création de mesures, à ce moment-là, il y a eu des mesures qui sont apparues qui paraissaient plus justes. Donc il faut les co-construire avec les gens pour que ce soit plus juste.
Merci beaucoup Priscilla Ludosky d'avoir été avec nous sur France Info. Merci beaucoup.