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Voilà la rentrée politique d'un candidat bien décidé à rester dans le match de la présidentielle, même s'il peine pour l'instant à percer dans les sondages. Vous venez de suivre le meeting de rentrée en direct de Bruno Retailleau, en direct du campus des jeunes LR, avec un discours très axé, on va y revenir, sur la jeunesse. Martin Baumer est la journaliste politique à France Info, Canal 16. Bonsoir Martin. John Christopher Roland également, docteur en droit public et constitutionnaliste. Et Mathieu Hock, politologue secrétaire général du Think Tank, le millénaire, un Think Tank gaulliste. Avant d'aller retrouver nos journalistes sur place qui ont donc suivi ce discours de rentrée de Bruno Retailleau, très attendu et très préparé. Un petit tour de table. Comment vous l'avez trouvé, Martin Beaumère, ce discours ?
Moi, je me souviens avoir été un peu impressionné il y a quelques mois dans son discours au Parc Floral, où j'avais trouvé qu'il avait entraîné les troupes, où j'avais trouvé qu'il avait vraiment posé sa candidature, posé son programme. Là, un peu moins. Je l'ai senti un peu plus faible dans les propositions, mais parce que c'était aussi un discours à la jeunesse. Je trouve qu'il a surtout tapé sur les autres. Il a beaucoup tapé sur la France insoumise. On a eu plus de noms de membres de la France insoumise que de noms des membres des Républicains. Dans son discours d'aujourd'hui, il citait Clémence Guettet, Louis Boyard, il a cité Rima Assange. Hassan, Mathilde Panot, Jean-Luc Mélenchon. Il était plus contre les autres, aussi contre le RN, le parti de la Girouette. On a senti qu'il voulait d'abord s'attaquer aux autres et puis s'attaquer aussi jusqu'à son propre... J'allais dire son propre camp, son propre espace politique, puisqu'il s'en prend à Edouard Philippe, sans le nommer, en parlant de sa volonté de parti unique, entre guillemets, ou de confédération de parti, il parle d'une idée de génie en se moquant d'Edouard Philippe, en disant en gros, on ne va pas recréer l'UMP d'il y a 20 ans, c'est ce que dit Gabriel Attal, mais on comprend qu'il le dit ainsi en disant les mêmes causes vont produire les mêmes effets. Donc on ne va pas renverser la table, c'est ce qu'il dit, avec ceux qui veulent remettre le couvert juste en changeant la couleur de la nappe. Donc vous voyez, il s'en prend aussi à Edouard Philippe. Philippe. J'ai senti qu'on était moins dans la proposition politique, même s'il veut opposer les déconstructeurs aux reconstructeurs et eux seraient les reconstructeurs. J'ai senti qu'il y avait peut-être un peu plus de volonté de taper sur les autres que de poser un cadre politique.
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effectivement, il s'adresse à la jeunesse, ça c'est quelque chose qui est assez original. On pourra sans doute revenir sur les propositions, et notamment constitutionnelles qu'il a faites, mais sur la forme, il y a quelque chose qui est un peu étonnant, c'est qu'il oppose deux types de jeunesse. Il y aurait la jeunesse courageuse, et puis de l'autre côté, une jeunesse feignante. Je ne dis pas pour les étudiants, parce que Nanterre est plutôt réputée comme une fac de gauche, on va dire, mais je trouve ça dommage de vouloir réconcilier la génération. Des plus âgés ont dit que l'électorat LR est un électorat vieillissant, donc pas de mauvaise idée finalement d'essayer de mettre des ponts entre les générations. Mais en la séparant d'un autre pan de leur génération, j'ai trouvé ça étonnant.
Mathieu Hock
? Oui, j'abonde dans ce qui vient d'être dit. En fait, je trouve qu'on a vu un Bruno Retailleau plutôt offensif vis-à-vis des autres partis politiques, vis-à-vis de ses concurrents. On sent bien qu'il veut creuser un peu son sillon, c'est-à-dire reprendre tous les marqueurs. de ce que pourraient être dans l'identitaire collectif les valeurs de la droite. Parler de liberté, parler d'ordre le plus juste possible, parler de mérite, parler d'effort, parler de travail, j'ai plutôt la sensation qu'il veut creuser ce sillon de « c'est le candidat de la droite », qu'Edouard Philippe, finalement, ou les autres, ne sont pas des candidats de droite, ils sont des candidats centristes, c'est ce qu'il dit dans le sous-texte, et que Marine Le Pen n'est pas non plus une candidate de droite. Et comme il s'appuie sur des sondages, j'imagine, qui considèrent que quand on prend l'auto-positionnement des Français, les Français s'auto-positionnent, c'est un sondage qui est souvent fait par l'Ipsos de Frédéric Dhabi, à plus de 60% à droite, ils s'adressent plutôt à ces gens-là, indépendamment de leur âge ou de leur classe sociale. J'ai plutôt senti un président de parti qui est un candidat à la présidentielle. qui veut vraiment être l'offre unique à droite.
Et incarner le retour de ce clivage droite-gauche. Je ne suis pas centriste, je ne dirige pas un parti centriste. On retiendra aussi quelques punchlines, quelques formules bien pesées. Le sursaut ou le chaos, la dernière chance pour la France, où encore la France est au fond du trou, avec des accents assez de dramatisation. On va y revenir. Mais d'abord, retournons à nos gens sur Marne, où s'est tenu ce discours de rentrée de Bruno Retailleau. Devant les jeunes LR, on va retrouver Gilles Papin et Daïk Odoui qui sont sur place pour France Info. Environ 45 minutes de discours et un Bruno Retailleau qui affiche sa détermination à aller jusqu'au bout, en tout cas le plus loin possible.
Bruno Rotaillot qui était déterminé pour ce campus de rentrée des jeunes républicains ici pour affirmer qu'il est bien le candidat de la droite. Et je me trouve effectivement avec Daïk Odoui pour le site franceinfo.fr. Vous suivez Daïk, Bruno Rotaillot, pour cette campagne présidentielle. Quelle tonalité vous avez trouvée dans ce discours ? Il
y a une thématique et une tonalité. La thématique, c'était plus rimposée. On est devant les jeunes LR. C'est un discours à la jeunesse. C'est un passage obligé d'un candidat. d'élection présidentielle. Voilà, il s'y est conformé. Il a fait quand même porter comme message l'idée que derrière l'avenir, le déclinisme, que l'avenir va être difficile, que ce sont eux une part de la solution. Il leur a fait un serment. Il est candidat pour eux, pour cette génération-là, pour leur redonner un pays, pour leur donner un avenir. Mais ça, c'est la thématique. Ce qui est important, c'est la tonalité. C'est celle d'une mobilisation. Dans les mots contre le déclinisme, qu'il y a Bruno Retailleau par rapport à l'avenir de la France, c'est aussi des mots contre le déclinisme pour sa propre candidature. contre la petite musique qu'on entend, comme quoi ils ne pourraient pas aller jusqu'au bout. Et donc c'est un discours de mobilisation pour ces jeunes-là. Parce que ce sont eux qui vont aller tracter, porter la candidature de Bruno Rotaillot dans leur fac, dans leur entreprise. Et d'ailleurs c'est pour ça qu'il a opposé à un moment de jeunesse. Cette jeunesse-là qu'a pour héros Arnaud Beltrame ou encore Samuel Paty face à la jeunesse d'extrême-gauche. qui, je cite Bruno Retailleau, a par exemple pour héroïne Rima Hassan, et qui défend par exemple les couleurs de la Palestine, alors que eux, ici, Sadja Tesla, toujours selon Bruno Retailleau, défend les couleurs du pays.
Merci Daïk. On a aussi entendu effectivement, comme le disait vos invités en plateau Sonia, des charges contre LFI et le Rassemblement National. Et puis aussi, quel espace il reste à Bruno Rotaillot entre le RN et Edouard Philippe, qui est quasiment au double de points d'intention de vote devant lui. Comment va-t-il pouvoir tracer sa route ? Et bien on va le voir dans les semaines et les mois à venir.
Merci beaucoup à tous les deux, Gilles Papin et Daïk Auduit. Il a un espace politique, Bruno Retailleau, Martin Beaumère, entre le Rassemblement national et les multiples candidats du Bloc central. Je ne sais pas s'il l'a,
mais il essaye de le créer en tout cas. Son but, c'est d'essayer de prendre... Je ne sais pas s'il essaye de prendre dans cet espace ou s'il essaye d'empêcher les fuites vers ces espaces-là. Parce qu'aujourd'hui, le match s'installe. La réalité, c'est que la campagne de Bruno Retailleau, pour l'instant, n'a pas forcément imprimé. Et que le match s'installe davantage entre Marine Le Pen et Edouard Philippe, voire Gabriel Attal. Mais dans son espace politique, c'est assez compliqué de jouer des coudes pour Bruno Retailleau. Donc oui, là, la campagne, en tout cas dans ce... Début de campagne, elle va d'abord se jouer sur des thématiques de droite, vraiment de droite, et c'est pour cela que là, aujourd'hui, il essaye de s'imposer effectivement comme le candidat de la droite, parce que c'est sur ces thématiques-là qu'il va essayer de grappiller dans les sondages. Alors, lui, il a tout intérêt à ne pas saisir la main tendue d'Edouard Philippe, Bruno Retailleau pour l'instant, parce qu'il faut aller le plus loin possible pour montrer qu'on existe. Je ne sais pas s'il la saisira à un moment ou s'il ira au bout, mais s'il veut plus tard, je ne sais pas, dealer quelque chose, pourquoi pas Matignon, pourquoi pas le ministre ? ministère de l'Intérieur ou sûrement plus aux législatives essayer d'avoir des accords pour les circonscriptions. Il faut qu'il pèse dans cette campagne, il ne faut pas qu'il saisisse cette main tendue tout de suite. Donc il essaye de se faire cette place dans cet espace politique qui est assez restreint.
Oui, assez restreint. Il est jaugé entre 6 et 10% selon les sondages dans les intentions de vote au premier tour. Il peut encore peser dans cette campagne, Bruno Retailleau, c'est encore possible ?
C'est vrai qu'il y a un étau qui est quand même très compliqué pour LR depuis 2017. et l'émergence du phénomène de la tripartition, c'est que LR, que ce soit à la présidentielle ou aux législatives, sur la présidentielle entre 2017 et 2022, LR a perdu 75% de son électorat. François Fillon a fait 20%, Valais Pécresse, moins de 5%. Sur la législative, c'est 66%. C'est-à-dire que... LR a fait un score qui était autour de 20% en 2017 et a fait un peu moins de 10% en 2022, et 2024 même d'ailleurs. Et cet espace-là, il y a une forme de récession électorale qui est naturelle. Ensuite après, pour Bruno Rottel, est-ce qu'il peut le faire ? Moi aussi, je le disais tout à l'heure, il y a le verre à moitié vide et le verre à moitié plein. Il y a quand même une manière de voir les choses, c'est de dire qu'il y a quand même une attente de ce qu'on pourrait appeler entre guillemets le peuple de droite, un peuple de droite qui se sent... un peu orphelin sur les questions de sécurité et régalienne de l'offre macroniste, c'est-à-dire qu'il y a des défauts qui ont été constatés sur les questions de sécurité et sur les questions migratoires, mais également orphelin sur les questions économiques du projet du Rassemblement National. Et peut-être qu'il y a une volonté pour certains électeurs de concilier les deux, c'est-à-dire une offre économique plus libérale que celle de Marine Le Pen et une offre régalienne plus forte que celle d'Emmanuel Macron ou de ses successeurs. Et donc, dans cet espace, en tout cas sur la base de ce programme politique... Il faudra arriver à séduire les électeurs pour qu'ils puissent être au deuxième tour de la présidence.
De ce point de vue-là, la candidature de Marine Le Pen et l'effacement relatif de Jordan Bardella, tel qu'on peut l'observer depuis cette rentrée, c'est plutôt une bonne nouvelle pour Bruno Retailleau. Ça lui permet d'aller chercher peut-être ces électeurs que vous venez de décrire, orphelins de cette droite qu'il ne retrouve pas incarnée ni au RN, ni chez Edouard Philippe.
2017, un pourcentage d'électeurs du Rassemblement national qui est dit, alors, en mettant des guillemets, modéré, c'est ce qu'ils ont gagné depuis 2017, qui pourrait être effrayé. D'autant que, c'est pas moi qui le dis, c'est unanimement apprécié par les observateurs, la campagne du Rassemblement national depuis la rentrée est totalement ratée. Donc, il peut effectivement espérer, sur un temps un peu plus long, récupérer finalement des transfuges plus modérés du RN qui reviendraient vers lui notamment. par rapport au programme économique. Et puis, parce que c'est peut-être aussi plus simple, intellectuellement, de se dire je vais voter quand même pour un candidat de droite, ça sera moins mal que de voter pour un candidat du Rassemblement national. Toujours est-il que, c'est toujours le même exemple qu'on donne, mais je le redonne quand même, Jacques Chirac a commencé à frémir dans les sondages plus tôt vers la fin décembre. Il n'a aucun intérêt pour le moment. à céder, puisqu'on ne sait jamais, les cours peuvent se croiser. Tout est arrivé dans nos campagnes présidentielles. Et pour rejoindre ce que disait Martin tout à l'heure, de toute façon, à la fin des fins, il y aura des investitures à avoir, il y aura quelque chose à obtenir. Donc, il ne faut pas fermer la porte. Mais plus on reste, plus on pèse. Mieux c'est.
Après, comme vous l'avez souligné tout à l'heure, Martin Baumer, il n'y a pas de proposition vraiment nouvelle dans ce discours de Bruno Retailleau. Il y a toujours cette proposition de réforme de la Constitution qu'il présente comme la mère de toutes les réformes. Est-ce que vraiment ça peut parler aux gens concrètement ? Je ne sais pas si ça peut
parler aux gens, si c'est vraiment très palpable pour les lecteurs, mais aujourd'hui, les Républicains. Imaginons, évidemment, en cas de victoire, est le seul parti qui est assez installé pour réformer la Constitution en ayant les trois cinquièmes du Parlement. Si toutefois Bruno Retailleau devient président de la République et gagne les législatives, elle erre à le Sénat. Il faut les trois cinquièmes des parlementaires pour réviser la Constitution. Donc aujourd'hui, c'est plus compliqué pour Marine Le Pen de l'affirmer. Bruno Retailleau, lui, il peut appuyer là-dessus. Parce qu'il en serait capable, lui, président, avec des législatives, évidemment, avec une majorité à l'Assemblée nationale, il en serait capable. Le Sénat peut bloquer une réforme constitutionnelle s'il ne vote pas. le même texte que l'Assemblée nationale et le Sénat aujourd'hui, et probablement après le sénatorial, mais ça on en parlera dans quelques semaines, restera probablement LR.
Je voyais le juriste lever un peu les yeux au ciel. Quand vous avez entendu Bruno Retailleau s'en prendre au Conseil constitutionnel, qu'il a accusé de dénaturer le texte de la Constitution. Oui,
alors sans donner d'avis d'opportunité, moi je trouve ça très bien que d'ailleurs cette primaire à ciel ouvert, à droite comme à gauche, me paraît une bénédiction sur le plan de la démocratie. Non pas que je soutiens ni l'un ni l'autre, mais au moins qu'on ait des idées et des programmes. Je trouve que c'est ce qui manque en ce moment. Il y a beaucoup de slogans. Là, au moins, on a une compagnie qui commence. Pour Bruno Rotaillot, pour Gabriel Attal, pour Raphaël Glucksmann, très bien. Maintenant, sur la Constitution, c'est toujours délicat, si vous voulez, d'opposer la légitimité du Conseil constitutionnel, qui est quand même un des garants, ce n'est pas le seul, de l'État de droit, à la volonté populaire. Les deux sont miscibles. D'ailleurs, puisqu'il est gaulliste, le Conseil constitutionnel, même si c'est émancipé, évidemment, de son rôle de 1958, a été approuvé par le peuple à, exactement, je crois, 82%. Donc, qu'est-ce qu'on cherche, en fait, derrière ? L'État de droit, c'est aussi des jurisprudences. Alors, ils se basent effectivement sur des textes plus anciens, mais qui ont été adoptés à un moment donné où la société était moins fracturée. Je me dis d'abord, c'est pas plus mal que dans des temps apaisés, des gens aient une vision pour l'avenir, pour pas justement avoir ces soubresauts. Et puis, deuxièmement, on parle quand même de liberté individuelle. Juste pour terminer, imaginons qu'il aille au bout de sa réforme, qui techniquement est possible. Martin l'a rappelé, on peut passer les 3 cinquièmes, etc. Il fait un référendum, il le gagne. Il élargit le spectre des référendums. Très bien. Sur quoi on va légiférer par référendum ? Si c'est des libertés individuelles, il dit qu'il veut apaiser, enfin, ce n'est pas le seul quand il parle de cette possibilité, mais ce serait sur des libertés individuelles, des questions posées aux Français qui donneraient une campagne pas très joyeuse. Imaginons, je donne un exemple, on dit, faut-il légiférer sur l'avortement ? Moi, je suis un homme, je vais aller voter. Je ne connais rien au ventre des femmes. Je vais donc m'imposer dans un débat qui ne me concerne pas. Et ça, je suis pas sûr que ce soit de nature à rassembler la France.