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France 24, LCP. Public Sénat présente.
à tous et merci de nous rejoindre pour Ici l'Europe sur France 24 et les chaînes parlementaires. Nous allons beaucoup parler dans ce programme de la montée en puissance des droites radicales et en particulier nous ferons notre débat sur la France, la France qui inquiète l'Europe. Mais pour commencer, nous sommes au cœur de Paris, dans la résidence de l'ambassade du Luxembourg, pour recevoir aujourd'hui le premier ministre luxembourgeois, Luc Frieden. Bonjour. Bonjour. Vous êtes depuis bientôt trois ans le chef du gouvernement de ce petit état de 670 000 habitants, enclavé entre la France, l'Allemagne et la Belgique, qui est le plus riche de l'Union européenne par habitant, donc grâce en particulier à son secteur bancaire, on en parlera. Vous êtes aussi président du Parti populaire chrétien social qui correspond à la droite mainstream en Europe, le Parti populaire européen. Et nous allons, pour commencer, parler de ce sommet de l'espace à Paris, auquel vous participiez, 2000 invités, 120 pays. Les Américains ont... à la demande de Trump. Il ne veut pas valider le modèle européen. Mais le chancelier Friedrich Merz n'était pas là non plus parce que la France défend le principe d'une autonomie stratégique européenne via notamment le lanceur Ariane Space. Et les autorités allemandes veulent garder un peu la porte ouverte notamment aux lanceurs américains SpaceX. Est-ce que les Européens se déchirent sur l'espace ?
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'approuve l'idée du président Emmanuel Macron de réunir tous ceux qui veulent que l'Europe soit autonome et soit forte. Ce qui ne signifie pas qu'il faut exclure les autres. Nous travaillons évidemment bien avec les Américains, avec d'autres sur ces sujets. Mais l'Europe… a besoin en matière de défense, en matière d'énergie, en matière d'intelligence artificielle, en matière d'espace, de jouer aussi son propre rôle. Le Luxembourg est le premier opérateur en Europe pour les satellites commerciaux, mais aujourd'hui, évidemment, avec la situation géopolitique, les satellites jouent un rôle en matière de défense, en matière de communication quantum, en matière de... sécurité, et donc il faut évidemment que l'Europe soit un peu plus autonome. Nous ne l'avons pas été suffisamment peut-être par le passé. En même temps, nous restons des amis des États-Unis. Une certaine concurrence est bonne, mais vous voyez ce que font les États-Unis. Masque, Bezos, ils sont très actifs et donc l'Europe aussi doit jouer son rôle. Il y a évidemment parfois des intersections.
Alors comme chaque semaine, monsieur le Premier ministre, nous vous proposons des nouvelles choisies de l'Union européenne. C'est l'Europe en bref avec Isabelle Romero.
sommet de l'espace à Paris, le président français a appelé l'UE à devenir un des tout premiers acteurs mondiaux de l'espace. Face au désengagement des États-Unis de certains programmes d'exploration lunaire communs avec l'Europe, la question des vols habités jusqu'à présent, non prioritaire pour l'UE, l'est redevenue. La capsule cargo européenne Nix effectuera sa première mission vers la Station spatiale internationale à bord d'une fusée Ariane 6. dans le cadre d'un contrat de 760 millions d'euros. En déplacement au Groenland, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé une enveloppe de 200 millions de dollars pour développer le territoire face aux visées impérialistes de Donald Trump. Elle a signé une déclaration commune avec la Première ministre danoise et Jans Frédéric Nielsen, Premier ministre groenlandais.
la protection civile et encore davantage.
'UE espère nouer une relation de confiance et diversifier l'accès aux matières critiques, jusqu'ici très dépendant de la Chine. Le rapport PISA évalue tous les 3 ans les compétences des élèves de 15 ans en mathématiques, lecture et sciences dans 91 pays. Et le décrochage est brutal. Les pays asiatiques tiennent le haut du palmarès. Seul pays de l'UE parmi les 10 premiers, l'Estonie à la 6ème place. La France se maintient dans la moyenne basse à la 27ème place, mais affiche une lourde chute en compréhension de l'écrit et en mathématiques. Au-delà des inégalités sociales et du manque de moyens, le rôle des écrans, des réseaux sociaux et d'un usage massif et non maîtrisé de l'IA sont pointés par l'étude.
Frieden, le résultat de l'étude PISA 2025 révèle une tendance inquiétante au Luxembourg comme dans l'ensemble des pays européens, compris la France d'ailleurs. Les compétences des élèves de 15 ans s'érodent en mathématiques, en compréhension de lecture et ce depuis plus d'une décennie, vous l'attribuez à qui, à quoi ?
'ai lu cette étude et effectivement, je regrette les résultats. Il faut les analyser. Un des facteurs qui m'a frappé le plus, c'est que les réseaux sociaux, apparemment, sont à l'origine du manque de compétences, notamment pour la lecture des jeunes. Et donc, il faut y travailler. Il faut voir comment est-ce qu'on peut encourager les jeunes à lire plus, à lire mieux. Je crois qu'il faut tirer les conclusions au niveau national, évidemment, dans chaque État membre, mais ce volet des réseaux sociaux… qui, selon cette étude, a un impact, au moins chez nous, à Luxembourg, sur la diminution des compétences. Et ça m'inquiète en tant que chef du gouvernement.
Justement, dans une lettre adressée à Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron a demandé à la présidente de la Commission un texte européen pour interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. La loi a été rejetée en France par le Conseil constitutionnel. Vous pensez qu'il faut une directive européenne d'interdiction ?
soutiens cette demande du président Macron à la Commission européenne. J'ai fait d'ailleurs la même chose oralement à la présidente de la Commission, qui elle-même partage ce point de vue. L'interdiction n'est jamais quelque chose qui, dans un monde libéral dans lequel nous sommes, est la première solution. Mais quand on voit qu'il y a de tels problèmes, je crois qu'il faut… protéger les jeunes dans leur développement. C'est la même chose que nous faisons avec l'alcool, avec les cigarettes, avec la conduite. Je préfère une solution européenne puisque nous vivons dans un espace européen, donc c'est un peu... Dommage de le faire juste à l'intérieur de ses frontières, chez nous encore plus que dans d'autres pays, vu la taille du pays. Et donc nous avons décidé que si l'Europe n'agit pas d'ici la fin de l'année, nous allons le faire aussi au niveau luxembourgeois, tout en tenant compte aussi d'ailleurs des réflexions du Conseil constitutionnel français quant aux limites de cette restriction à la liberté.
Alors en théorie, l'Union européenne, elle a encadré ses réseaux sociaux avec ce qu'on appelle le DSA, le Digital Service Act. y compris d'ailleurs récemment le réseau social Reddit, la plateforme de jeux Roblox, et les intelligences artificielles qui sont maintenant logées à la même ancienne, alors que OpenIA, on a vu une intelligence artificielle qui a désobéi à ses instructions, qui s'est échappée, qui a pris le contrôle d'un site Internet. Est-ce que la volonté politique des Européens d'encadrer, y compris de déclencher, des sanctions, est bien réelle ou on a trop peur des Américains et des Chinois ?
Européen ne doit jamais avoir peur des autres. C'est un grand continent, 400 millions d'habitants, donc nous pouvons être fiers de ce que nous sommes avec nos valeurs, nos principes. Mais en même temps, nous voulons une intelligence artificielle qui soit, je dirais, humaine. Et donc nous voulons qu'elle respecte un certain nombre de principes. Le Luxembourg et moi-même, nous sommes très en faveur du développement de l'intelligence artificielle, mais il faut évidemment l'encadrer. Et donc, si quelqu'un ne respecte pas un certain nombre de règles fondamentales, qu'il faut probablement adapter au fil du temps, il faut aussi... des sanctions. Mais les sanctions, c'est toujours la dernière étape. Il faut d'abord qu'il y ait un consensus, d'abord en Europe, sur une IA à taille humaine, et nous y travaillons, et mon pays joue un rôle de leader là-dedans aussi. Nous avons fait, comme premier pays en Europe, un accord avec la société européenne, française, Mistral IA, pour introduire l'IA dans l'État luxembourgeois, pour nos citoyens, pour nos fonctionnaires. Mais évidemment, il faut qu'au niveau européen, certaines règles soient respectées. C'est ça l'Europe. Les valeurs de l'Europe, elles ne sont pas les mêmes qu'en Chine, qu'aux États-Unis.
Alors parlons d'un autre sujet clivant pour les Européens. Le futur budget de l'Union, 2028-2034. La Commission propose 2% du PIB, de la richesse de l'ensemble des 27. Les pays frugaux, Allemagne et Nord, donc, demandent deux fois moins. Vous dites que vous ne faites pas... pas partie de ces frugaux. Mais finalement, si on regarde un petit peu vos déclarations, vous êtes contre des projets de taxes européennes sur le tabac, de taxation sur les multinationales qui ont profité de la crise énergétique, alors que l'Union européenne espère en faire, au contraire, des ressources propres dans leur budget européen, augmenter donc.
faut éviter qu'en Europe, on fasse des choses qu'au niveau national on ne fait pas. La fiscalité est un bon exemple. Nous avons baissé l'impôt sur les sociétés dans mon pays pour que l'économie luxembourgeoise reste compétitive face à d'autres parties du monde. Et donc on ne peut pas au niveau européen, quel que soit l'État, augmenter les impôts pour les entreprises parce que ça va pousser les entreprises vers d'autres continents et je veux que les entreprises restent en Europe. Sur le budget, il faudra trouver d'autres ressources propres. Nous ne sommes pas opposés à des ressources propres, mais il faut des ressources propres qui fassent du sens, qui ne soient pas contraires à notre objectif de compétitivité, qui ne soient en même temps réparties de façon équitable entre les... Et si nous trouvons là des solutions, par exemple la taxe d'importation, une taxe écologique en fait, une taxe carbone à la frontière, une taxe sur les déchets, on peut discuter de toutes sortes d'impôts à condition que ça n'impacte pas la compétitivité des entreprises et le pouvoir d'achat de nos citoyens qui sont extrêmement importants pour la prospérité de l'Europe. Sur le budget. du côté dépenses. Je voudrais juste dire que nous avons besoin de soutenir au niveau européen aussi les nouvelles politiques, l'innovation, l'espace, la technologie, les satellites. Tout cela requiert… Donc on a besoin d
'un gros budget, pas à 1%,
plutôt à 2% ? On a besoin d'un budget est plus grand que le budget actuel. mais il ne faut pas qu'il soit trop grand parce qu'il doit aussi être financier. C'est la raison pour laquelle mon pays n'est ni du côté des frugaux, ni du côté des pays de cohésion. Il faut trouver un juste milieu, moins que ce que la Commission a proposé, mais on ne peut pas biffer dans toutes les catégories parce qu'il faut aussi garder une politique de cohésion. C'est essentiel pour... réduire le déséquilibre entre les pays plus développés et moins développés économiquement. Et je sais aussi, notamment dans certains pays, l'importance de la politique agricole commune. Donc je suis aussi réaliste, on ne peut pas l'abolir. La France en l'occurrence. La France, mais aussi dans d'autres pays, y compris le mien, l'agriculture fait partie non seulement de la tradition et de l'environnement, c'est aussi pour nous nourrir nous-mêmes en Europe. Je ne veux pas qu'on importe tous les produits. d'agriculture. C'est aussi une question d'autonomie pour les années à venir.
Luc Frieden, parlons d'un pays voisin au Luxembourg, l'Allemagne, avec une victoire de l'AFD dans le land de Sachsen-Anhalt. L'Allemagne, donc, qui est une république fédérale, ça veut dire que les régions ont beaucoup de pouvoir. L'AFD... entend dans le monde de la culture imposer tous ses partisans au poste clé, couper les subventions, prône la fin de la culpabilité nazie dans l'éducation, l'apprentissage du russe et veut supprimer des programmes d'intégration pour les migrants. Quelle leçon vous tirez du retour des vieux démons chez votre voisin allemand
m'inquiète profondément. J'ai toujours été opposé à toutes les solutions extrémistes, mais si l'extrême droite gagne, En Allemagne, ça, évidemment, aussi pour un voisin de l'Allemagne dont le pays a été envahi en 1940 par les nazis, c'est évidemment extrêmement choquant et inquiétant. Et donc j'en appelle à tous les électeurs de tous les pays européens pour regarder l'histoire. Le nationalisme, la discrimination des minorités, ça conduit à la Deuxième Guerre mondiale. Et donc il ne faut pas oublier les leçons. de l'histoire. Et donc c'est le devoir des partis du centre, et moi je fais partie du centre politique européen, vous l'avez dit tout à l'heure, du Parti populaire européen, il faut que nous trouvons des solutions pour garantir la cohésion sociale, la prospérité et la paix.
Vous n'avez pas l'impression que ces solutions passent tout le temps par le fait de s'en prendre encore plus aux immigrés ?
ne doit pas être le cas, parce que l'Europe a besoin d'une immigration. Regardez le Royaume-Uni, c'était le même débat sur le Brexit. En fait, le Royaume-Uni a besoin d'immigrés, ce qui ne signifie pas qu'il faut permettre à tout le monde dans le monde entier de venir chez nous. Mais nos marchés du travail ont besoin d'un certain nombre d'immigrés. Et donc, il faut des solutions réalistes. Les gens vont réaliser que ce que proposent les partis extrémistes de droite et de gauche, ce sont des solutions qui sonnent bien à première vue, mais qui ne résoutent aucun problème. Vous l'avez vu aux Pays-Bas, où un parti d'extrême droite avait gagné, il n'a pas réalisé un seul point dans la coalition à laquelle il a appartenu. Mais c'est un énorme défi pour les partis du centre politique. Nous devons y travailler, nous devons analyser cela en commun aussi au niveau européen. Mais encore une fois, c'est une tendance extrêmement dangereuse. pour l'Allemagne et pour l'Europe. D
'ailleurs, l'année à venir est ponctuée d'élections. En 2026, la Suède en septembre, la Lettonie en octobre. En 2027, Espagne, Italie, Pologne, Estonie, Finlande, Grèce et bien sûr la France en avril 2027 avec Marine Le Pen. Est-ce que vous craignez partout une montée de cette droite radicale ? Est-ce qu'il y a un enjeu de survie pour l'Union européenne ?
vivons en démocratie et donc à chaque peuple désigner ses responsables politiques. Nous sommes très attachés à la démocratie. Il ne faut surtout pas voter pour des gens qui, in fine, veulent, sur certains aspects, détruire la démocratie. Regardez ce qui se passe dans un certain nombre de pays où des populistes ont gagné aussi en dehors de l'Europe. Oui, je suis inquiet face à ces tendances que j'observe dans d'autres pays. Mais nous avons encore, jusqu'à ces élections, dans tous les pics que vous avez cités, des mois pour réagir et pour montrer que des compromis qui sont nécessaires en politique, en démocratie, peuvent aussi contribuer à améliorer la situation des gens, notamment en termes de pouvoir d'achat, de création d'emplois. Nous sommes dans un monde géopolitique extrêmement compliqué. Et si l'Europe est la meilleure réponse face aux défis qui nous sont lancés par la Russie ? en Ukraine, par les États-Unis qui ont changé leur attitude vis-à-vis des institutions internationales, vis-à-vis de la Chine qui est extrêmement ambitieuse et dominante en termes de technologies et autres. Donc l'Europe a tout intérêt à être unie, à être soutenue, parce que c'est la seule réponse pour survivre dans ce monde très compliqué.
L'extrême droite est aussi assez sensible aux narratifs pro-russes. Peut-être que le soutien à l'Ukraine peut s'éroder ? sous la poussée de cette droite radicale. Vous étiez en visite récemment à Kiev. Vous croyez une attaque possible sur un pays de l'OTAN ?
ne l'exclus certainement pas. Je crois que si l'Ukraine perdait cette guerre, la Russie et son président seraient quasiment une invitation pour essayer dans d'autres pays de l'Europe de l'Est. Et d'ailleurs, au-delà de l'attaque de l'invasion, il y a déjà aujourd'hui des attaques hybrides. La cybersécurité, nous sommes attaqués tous les jours. Nos systèmes informatiques, les drones qui arrivent, tout cela, ce n'est pas de la science-fiction. C'est déjà une réalité. Je crois que Poutine teste un peu l'Europe et nous sommes unis. Nous sommes unis face à ces menaces, mais c'est pour ça qu'il faut l'Europe. Parce que chaque pays seul est faible, même s'il est grand.
Merci Luc Frieden, Premier ministre du Luxembourg, d'avoir été notre invité aujourd'hui pour France 24 et les chaînes parlementaires. Restez avec nous. Nous continuons sur la question de savoir si la France inquiète l'Europe, sa situation économique bien sûr, et puis les élections à venir. C'est tout de suite notre débat.
Bienvenue au Parlement européen à Bruxelles qui, dès cette rentrée, a les yeux tournés vers la France. Les Européens sont en effet fébriles à l'approche d'une élection présidentielle qui pourrait être remportée par Marine Le Pen et marquer un tournant en Europe. Si la candidate du RN a renoncé à quitter l'UE, elle parle en revanche de diminuer unilatéralement et drastiquement la contribution française au budget européen, ce qui inquiète dans de nombreuses capitales. où l'on retrouve aussi toutes les craintes du moment les risques d'ingérence étrangère une captation du débat politique par les extrêmes et une polarisation du pays oui
et puis d'ores et déjà la france est en difficulté notable vis-à-vis de ses partenaires européens en cette rentrée une dette qui dépasse 115 % de son pib deux fois plus que les recommandations du pacte de stabilité son budget ne respectera pas les 5% de déficit promis pour 2026 et dans ces conditions les marchés financiers sanctionnent l'État français avec les pires taux d'emprunt de l'Union européenne, plus élevés d'ailleurs que ceux de la Grèce ou de l'Italie. Et alors pour en parler aujourd'hui, nous recevons des invités, trois invités en duplex d'abord depuis Budapest. Bonjour Andras Laszlo, vous êtes eurodéputé hongrois, vous êtes membre du FIDES, donc c'est l'ancien Premier ministre Victor Orban. Ici au Parlement de Bruxelles, vous siégez au sein du groupe des... patriotes pour l'Europe qui est dirigée justement par Jordan Bardella.
avec nous en plateau à Bruxelles, nous accueillons aussi Charles Guerinz, bonjour, vous êtes luxembourgeois et siégé au sein du groupe Renew, ici au centre de l'hémicycle, et puis Daniel Freund, eurodéputé allemand, membre du groupe des Verts. Daniel Freund, depuis l'Allemagne justement, comment est-ce qu'on voit les choses ? Est-ce qu'on est entré en mode panique vis-à-vis de la France ?
panique, mais il y a une certaine inquiétude. Voir que l'extrême droite est devant dans les sondages, qu'apparemment il y a une chance que l'extrême droite et l'extrême gauche arrivent au deuxième tour et que tout le centre, le côté progressiste, les verts, les social-démocrates, les libéraux n'arrivent pas à même arriver au deuxième tour. Évidemment, ça inquiète pour la France.
Alors Andras Laszlo, votre champion Victor Orban en Hongrie vient de perdre une élection et d'ailleurs il incarnait finalement un certain leadership de cette droite radicale. Est-ce que vous allez faire campagne maintenant activement pour votre groupe Les Patriotes qui est dirigé, je le disais, par Jordan Bardella et puis au-delà bien sûr Marine Le Pen ? Nous
attendons l'année prochaine un changement en France et un changement puis après dans la politique européenne. Ce qu'on voit ces dernières années c'est que… La politique migratoire de l'Union européenne, c'était un échec. La politique des sanctions et d'énergie était un échec. L'idéologie du Green Deal qui incarne tout, ça n'a pas mené à la croissance, mais en fait ça a fait chuter la compétitivité européenne. C'est pourquoi on voit cette crise. Au niveau européen, c'est pourquoi on a eu des difficultés en Hongrie, c'est pourquoi il y a des difficultés en France. Et en fait, l'Union européenne est maintenant aussi endettée, pas que la France. C'est que dans ces quelques dernières années, l'Union européenne a commencé à emprunter énormément de l'argent, mais ça n'a pas mené à la croissance que Ursula von der Leyen et le mainstream espéraient. Justement, ça démontre qu'il faut du changement. On a déjà vu ça, ce sentiment de la part des citoyens européens et français, notamment en 2024 lors des élections européennes, puis des élections françaises. qu'il est temps du changement, puisque la politique idéologique qui était menée ces dernières années n'a pas réussi à faire plaisir aux citoyens.
– Vous parlez de changement, mais quel changement, Charles Goerens, l'extrême droite française a officiellement renoncé au Frexit, la sortie de l'Union européenne et de la zone euro. Le risque pour l'Union européenne est-il moindre à vos yeux qu'il y a quelques années, ou est-ce qu'il est toujours aussi important si c'est parti arriver au pouvoir ?
risque est important au niveau économique, le risque est important au niveau des politiques institutionnelles. Je ne sais pas quelle est la position de Mme Le Pen quant à la primauté du droit européen sur le droit national. Je sais qu'elle n'est pas le seul à avoir des doutes sur le maintien de ce principe. Il y a aussi M. Retailleau. Donc on voit avec inquiétude des Français qui prennent leur distance par rapport aux piliers de la construction européenne qui ont permis de consolider ce que d'autres Français comme Robert Schuman et Jean Monnet ont mis en place. Il y a une autre inquiétude qui va au-delà du domaine économique. Permettez-moi d'insister là-dessus, c'est tellement fondamental. Je crois que 83 ans après la Shoah, plus aucun juif en Europe ne devrait plus avoir peur de rester dans le pays où il réside. Il y a une reconnaissance de l'antisémitisme un peu partout et la façon dont il se développe en France m'inquiète au plus haut degré. Ce n'est pas une question de... d'opinion, comme disait l'autre, mais c'est un délit. L'antisémitisme est un délit. Donc, en ce qui concerne les valeurs fondamentales, c'est aussi important que le problème économique dont il ne faut pas sous-estimer. Le
problème économique, c'est que, par exemple, Jordan Bardella propose de diminuer de moitié la contribution française au budget de l'Union européenne, qu'elle est actuellement de 28 milliards d'euros. Nous sommes très légèrement contributeurs nets, les Français, mais... ça vous paraît faisable, par la négociation, par la force, c'est-à-dire unilatéralement
c'est les négociations budgétaires qui d'ailleurs sont en cours actuellement pour les prochaines sept années. Ça ne se fait pas qu'un pays dit non mais nous on ne va plus payer parce que ça c'est la sortie unilatérale de l'Union européenne. Et ça, ça va tuer l'économie française. C'est une sortie de la zone euro qui ne dit pas son nom en fait, cette proposition du Rassemblement national à vos yeux ? Oui, c'est tout simplement légalement impossible. Et d'ailleurs si la France arrête de payer, l'Union européenne va... arrêter de verser l'argent donc en fait les premiers qui vont le sentir c'est les agriculteurs français qui vont plus recevoir leur subvention et je sais pas comment monsieur Bardella va expliquer à l'agriculture française qu'il n'y a plus d'argent
Andras Laslon, on parlait de cette contribution au budget de l'Union européenne. Votre pays, la Hongrie, sous l'erreur ban, qui a pourtant été marquée par une assez forte défiance envers les institutions de Bruxelles, n'a jamais suspendu sa contribution, dites-moi si je me trompe. Comment est-ce que vous accueillez cette proposition du Rassemblement national, votre allié français ?
Ce qu'il faut fixer tout d'abord, ce qu'il faut réparer, c'est la politique même. Il faut un changement avant qu'on puisse parler de la somme nécessaire pour mettre... l'économie européenne debout de nouveau. Ça n'a pas de sens, ça ne va rien achever si on met encore plus de l'argent dans une direction, dans des politiques qui ne fonctionnent pas. On voit très bien ces derniers années qu'au niveau de l'industrie européenne, l'industrie de défense européenne, l'industrie numérique, le secteur énergétique, le secteur automobile, ça ne fonctionne pas. Il faut avoir un débat sur le... sur le contenu avant qu'on ait le débat sur l'argent nécessaire pour enfin achever ce qu'on veut achever au niveau européen et aussi en France.
Alors c'est vrai qu'on discute en ce moment du budget de l'Union européenne pour les six prochaines années. Certains États poussent à une adoption rapide, justement, avant la présidentielle française. Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, s'insurge en ces termes. L'idée est évidemment de verrouiller le budget avant potentiel changement de majorité en France. L'Union européenne poursuit sa politique et sa philosophie profondément antidémocratique, je cite. Est-ce que les Européens sont en train d'anticiper cette victoire du RN et se ruent pour conclure ce budget 2028-2034 ?
Non, en aucune façon. Le budget des 7 prochaines années a été inscrit dans l'agenda politique européen. C'est connu depuis l'an 2000 et même avant que tous les 7 ans, on doit négocier suffisamment longtemps à l'avance pour qu'en 2028, ce budget pour les 7 prochaines années puisse entrer en vigueur. C'est ça. Nullement contre le Rassemblement national ou quiconque, c'est simplement parce qu'on a besoin du financement des politiques de l'Union européenne. Sinon, il faut aller expliquer aux agriculteurs français qu'ils ne touchent pas des primes à l'hectare, qu'ils ne touchent pas des programmes, des subventions sous-appliques de financer des programmes environnementaux, etc. Non, nullement. C'est l'intention de personne de bouleverser le calendrier européen à cause des élections françaises.
Alors, Daniel Freud, il y a eu un fait intéressant. La candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, a opéré un virage sur la question de la dette. Vous l'avez peut-être observé depuis l'Allemagne. Elle propose d'adopter une règle d'or budgétaire. Ça, normalement, l'orthodoxie budgétaire, c'est le grand credo allemand. On applaudit en Allemagne ou on se méfie ?
nous, on est pour les investissements européens, si c'est des investissements vraiment dans le futur. Donc nous, on a toujours, en tant que vert allemand, lutté contre une dette trop contraignante. On a aujourd'hui besoin d'investissement. On perd la chasse à l'intelligence artificielle, on est derrière sur la défense, on a besoin aussi d'un investissement pour transformer nos économies vers plus de renouvelables. Donc il faut un investissement, et ça c'est bien pour le futur, c'est aussi pour les futures générations qu'on fait ça. Évidemment, il faut garder... tout ça dans un certain contrôle pour qu'on arrive encore de se financer sur les marchés financiers. Voilà, c'est cet équilibre à trouver, mais pour moi... Il faut cet investissement.
On est déjà mauvais élèves, de toute façon, au point où on en est, j'ai envie de dire, on est hors les clous du pacte de stabilité des 3% de déficit. On n'arrive même pas à promettre 5% pour 2026. Je ne parle même pas du doublement de la dette. C'est le maillon faible de l'Union européenne, quels que soient les résultats en mai, ou ça peut encore être pire ?
Écoutez, moi j'ai entendu le prix Nobel de l'économie française, M. Arion, je crois que c'est comment il s'appelle, et qui a dit des choses très intelligentes sur les étapes qu'il faut prévoir pour réduire le déficit à moyen terme. Donc commencer à réduire les dépenses de façon à ce qu'on atteigne 5% la première année, 4% la deuxième, 3% la troisième. sans que ça remette en question tous les acquis sociaux en France. Et puis, admettons aussi quand même que c'est le secteur privé qui doit être mobilisé pour financer les investissements. Et de ce point de vue, je crois que tous les candidats à la présidence française devraient admettre que l'Europe fait partie de la solution. Si on veut... Et quand vous
entendez le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui propose d'annuler la dette française auprès de la Banque centrale européenne ? C'est le genre de discours qui peut inquiéter en Europe ?
Mais tous les experts qui sont consultés à ce propos disent que c'est une hérésie. On peut annuler la dette française ou la dette du cours auprès de la Banque centrale si tous les États membres de l'Union européenne sont d'accord unanimement. Donc le traité prévoit cette possibilité. Il n'y a pas d'autre solution. Et ne perdons pas notre temps. a souhaité que tous les Etats membres le fassent. L'Allemagne ne veut pas. L'Allemagne est suffisamment agacée par ceux qui sont éclés. Je
pense que ça va être 26 contrats. C'est très clair. Si Mélenchon est président, il y a tout le monde contre lui.
Alors, monsieur Laszlo, est-ce que la France peut représenter un nouveau leader de cette droite des patriotes, capable de booster justement partout en Europe, c'était un peu le rôle central de la Hongrie, voire d'infléchir la position des 27 sur l'Ukraine ? Parce que la question aussi de notre positionnement vis-à-vis de la Russie et de l'Ukraine se pose énormément dans cette élection.
pense que la politique étrangère fait rarement... La question centrale des élections, bien que ça pèse, la guerre en Ukraine pèse lourdement sur l'économie européenne. La dette et l'argent qu'on donne à l'Ukraine, et si on regarde le draft pour le prochain budget européen, la somme pour l'Ukraine et ce que ça va peser sur les États membres, c'est énorme.
Et vous êtes compte que ce soit aussi énorme ?
Oui, tout à fait. Il faut arrêter cette guerre le plus tôt possible, aussi pour soulager l'économie européenne, mais aussi puisque la perte qui se passe et la promesse de l'intégration européenne, c'était la paix en Europe. Maintenant, on n'essaye même pas de négocier une paix en Ukraine. Mais je dis en premier mot, c'est toujours les questions économiques, c'est toujours la question de coût de vie qui détermine les élections, bien que la guerre en Ukraine et d'autres politiques pèsent sur ce sujet-là. Le problème essentiel, c'est qu'on ne voit pas… Le succès, on ne voit pas que la politique, le chemin sur lequel se trouve l'Union européenne maintenant, ça va aboutir à la prospérité et à la paix.
C
'est pourquoi que j'avais dit qu'il faut d'abord changer la politique avant qu'on parle combien de l'argent on va mettre. On a une dette déjà énorme en Europe et donc ça va être une question de plus en plus centrale, pas seulement en France et pas seulement à propos du budget européen. prochain, mais partout en Europe.
Alors Daniel Freud, je voudrais revenir, je vous voyais réagir aux propos d'Andras Laszlo sur l'Ukraine, sur la Russie. Vous n'êtes pas d'accord et c'est l'occasion de parler peut-être d'un autre risque de cette élection, c'est celle des ingérences étrangères, notamment la Russie.
On l'a vu dans plusieurs élections nationales récemment dans l'Union européenne, cette tentative russe d'ingérer. Heureusement, en Hongrie, ça n'a pas marché. Et il faut dire quand même qu'on veut tous la paix en Ukraine. Mais la personne qui envoie des missiles et des drones chaque nuit, c'est Vladimir Poutine. Nous, on est prêts à négocier. Les Ukrainiens sont prêts à négocier. On l'a dit encore et encore. On l'a dit tous les jours. Mais c'est Poutine qui ne veut pas. C'est Poutine qui fait cette guerre.
Donc la position de la France sur ce dossier, elle est centrale. Elle peut faire basculer aussi la guerre, vous dites, l'élection de mai 2027 ?
je pense il y a vraiment une grande unité parmi les européens d'autant plus maintenant que victor orban a disparu du conseil européen évidemment si on perd la france dans cette alliance ça change quelque chose mais ça va pas changer que l'allemagne l'italie les pays baltes la pologne et tout ça qu'on soutient cette ukraine il faut dire que déjà aujourd'hui le support militaire et financier de la france n'est pas complètement à la hauteur.
Alors justement, on est en train de dire la France, ça n'est pas la Hongrie. on l'a dit, qui a vécu sous Victor Orban pendant 10 ans, peut-être même pas l'Italie, qui est en effet un pays fondateur aussi, mais avec Giorgia Meloni, les droites radicales déjà au pouvoir, ça aurait un impact beaucoup plus fort, deuxième pays de la zone euro, si l'extrême droite se hissait au pouvoir ?
Bien entendu, ça aurait un impact désastreux. En ce qui concerne la paix, tout le monde veut la paix, mais qui veut négocier ? Poutine ne veut pas négocier avec les Européens. Il ne veut pas non plus négocier avec Zelensky. Il ne veut négocier avec personne. Alors, on n'a pas d'autre choix que de soutenir l'Ukraine de ce point de vue. Mais si la France devait faire défaut en matière de solidarité européenne vis-à-vis de l'Ukraine, ça, ce serait un sacré pas en arrière. Et je crois que ce serait un pas, une catastrophe de laquelle l'Union européenne ne se remettrait pas de si tôt.
Merci à vous d'avoir très bien illustré ce débat. Merci à vous de l'avoir suivi sur nos antennes.
Merci à tous et bonne suite de programme sur nos chaînes.