Chargement...
Chargement...

moment suspendu ce matin au sommet de l'espace à Paris. Bonjour Sophie. L'astronaute française Sophia Deneau a échangé avec le président Macron depuis la Station Spatiale Internationale.
Je serais ravie de savoir quels ont été les engagements pris pendant ces sommets.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.
Il y a déjà plusieurs grands projets qui ont été lancés, des partenariats nouveaux entre Européens avec aussi d'autres puissances spatiales. Donc tout ça, ce sont des bonnes nouvelles pour le spatial.
Parmi ces bonnes nouvelles, la décision du milliardaire Jeff Bezos, patron d'Amazon, de confier six lancements supplémentaires.
Sauf
que d'autres tensions enrayent un moteur spatial européen poussif. L'Allemagne souhaite continuer à recourir à SpaceX pour lancer ses satellites. puisque la France invoque la préférence européenne. Le chancelier Frédéric Mertz, qui devait coprésider le sommet de l'espace de Paris, n'a pas fait le déplacement, officiellement pour des raisons de politique intérieure. Et pourtant, face à la concurrence américaine et chinoise, en pointe notamment sur les lanceurs réutilisables, l'heure est à la mobilisation générale, alerte l'agence spatiale européenne.
'écart entre l'Europe et les leaders mondiaux de l'espace s'agrandit à la fois financièrement et technologiquement. Serons-nous des passagers ou des pilotes
l'Europe peut-elle encore reprendre la main ? Sera-t-elle capable de développer ses propres vols habités ? Comme l'a souhaité Emmanuel Macron ce matin, un engin européen se posera-t-il un jour sur la Lune
C'est la question qui nous turlupine tous. Alors nos trois invités pour ce débat, Nathalie Tingeau, bonsoir. Bonsoir. Chargée de relations extérieures et internationales au sein de l'ESA, l'agence spatiale européenne. Vous êtes par ailleurs chef du projet Histoire qui a pour but de documenter et de préserver la mémoire, les archives de l'aventure spatiale européenne. Et selon vous, l'Europe défend une certaine idée de l'espace. L'idée n'est pas de rivaliser avec les Etats-Unis ou la Chine. Pour dominer, vous ajoutez, il faut préserver l'espace comme un bien commun de l'humanité. A côté de vous, Général Michel Friedling, bonsoir. Ancien commandant de l'espace de 2019 à 2022. Vous avez fondé par ailleurs la start-up Lookup. Et votre livre « Commandant de l'espace » est paru aux éditions Bouquin. Vous estimez que l'Europe doit rapidement se réveiller si elle veut récupérer une autonomie stratégique. Le sommet de Paris, qui vient de se terminer donc aujourd'hui, peut permettre cette prise de conscience collective. Et à côté de vous, Alban Guillaumard, bonsoir. Bonsoir. Chercheur associé à la chaire espace de... Vous êtes doctorant en droit de l'espace à l'université Panthéon-Assas. Vous considérez que cette nouvelle course spatiale passe par des entreprises privées qui sont de fait des proxys des États. Sur les divergences entre Paris et Berlin, il faut résoudre cette crispation rapidement entre l'échelon européen et l'échelon national pour parler. pour arriver à parler d'une seule voix. Et on démarre ce débat avec le chiffre du jour, le montant. Oui, gros chiffre.
Emmanuel Macron a donc annoncé au sommet international qui s'achève aujourd'hui. 20 milliards d'euros de contrats en faveur de l'Europe spatiale. 50 contrats précisément, même 51 pour, je cite le chef de l'État, l'équipe de France des industriels du secteur. Michel Friedling, ça paraît énorme dit comme ça. Ça l'est vraiment, ces 20 milliards ? Et d'où viennent ces contrats ?
je n'en ai pas le détail. Le président a effectivement annoncé 20 milliards d'euros pour une cinquantaine de projets. Dans ces projets, on sait qu'il y a un projet majeur qui est le projet RISCARE qui, à lui seul, mobilise une grande partie de ces 20 milliards. Le projet Iris Carey, c'est donc la constellation européenne de connectivité qui est le projet contrepoint, si je puis dire, de Starlink américain et d'Amazon Veo qui va venir bientôt de la société de Jeff Bezos. Donc là, on a un projet européen de constellation. Donc ce projet-là est financé, il est lancé aujourd'hui. On a passé les différentes étapes qui ont permis de lancer ce projet. Donc ça représente, je crois, environ 16 milliards sur les 20 milliards. Ce qui veut dire quand même qu'il y a 4 milliards, ce qui n'est pas un chiffre négligeable non plus de contrats. qui sont, et on en connaît quelques-uns, on connaît par exemple le contrat qu'a passé la société Amazon Leo à Arianespace pour lancer ses prochaines... C'est Jeff Bezos, bien sûr. également un contrat qui a été passé entre des sociétés comme Telsat et la société Skynope, une jeune start-up française ou
d'autres. Alban Guillaumard, il faut être conscient que ces 20 milliards, ils impactent directement notre quotidien. Aujourd'hui, nous sommes environnés par les satellites dans tous les jours. Notre téléphone portable, nos activités, ça fait partie de ce que nous sommes.
Effectivement, les technologies satellitaires, en fait surtout le spatial orbital qui occupe notre quotidien, ne serait-ce que la navigation, la geolocalisation dans notre trajet du quotidien, la météo, pour certains parfois l'Internet par satellite, effectivement on ne peut plus avoir un quotidien. comme un autre, en tout cas, ou un quotidien aussi confortable, sans ces technologies satellitaires et orbitales. Maintenant, il y a aussi l'importance du spatial de défense. Il n'y a plus d'opérations spatiales. Je suis sûr que mon voisin pourra en reparler mieux que moi, mais on ne peut plus faire d'opérations militaires, on ne peut plus conduire d'opérations au sol sans cette composante spatiale non plus. Donc sur ces deux plans, pour le civil et pour le militaire, mais les deux sont toujours imbriqués en matière spatiale, les orbites sont une composante essentielle de notre vie à tous.
Nathalie Tingeot, ce sommet, c'était indispensable ?
L'Agence spatiale européenne a accompagné ce sommet et a participé, a même été un peu pris le leadership de la partie exploration. Il y a eu beaucoup de scepticisme dans les coulisses sur l'opportunité, le timing, c'est de la politique. Mais je dirais que la préparation du sommet a obligé les différents acteurs à converger sur un certain nombre de points. D'abord, ça a été un gros succès. Il faut rendre hommage à son secrétaire général, le général Adam, qui s'est bâti jusqu'au bout. Le président aussi, qui l'a voulu, qui l'a poussé, qui l'a conduit. L'agence européenne, comme je vous le dis, s'est beaucoup impliquée. Les partenaires internationaux sont venus. Mais pas les géants américains. Alors, les Américains étaient là, les Allemands étaient là aussi, on a bien entendu dire qu'ils n'étaient pas là, mais ils étaient là.
Discrètement ?
Ils étaient là, plus ou moins discrètement. C'est assez présent
quand même. Non,
non, non.
Parce que ça veut dire, en fait, Michel Vrimling, quand même, qu'on a la cote vis-à-vis des Américains. Vous parliez de Jeff Bezos, le patron d'Amazon. Les étrangers ont recours à notre
technologie spatiale ? Vous avez vu que dans ce salon, on a dit que les Américains ont boudé le sommet. Ce n'est pas vrai, ils étaient là. Il avait même bouillé côté.
Enfin, Donald Trump avait appelé à le bouillé côté. Oui, alors il
paraît. Moi, j'ai discuté avec un camarade américain qui m'a dit aujourd'hui, un industriel américain... Il m'a dit que ce n'est pas vrai du tout, cette histoire n'est pas vraie. Il m'a dit que le président Trump a sans doute été invité trop tard, son agenda ne lui permettait pas. Ce qui est vrai, c'est que les deux géants, donc SpaceX et Amazon, Léo, donc Blue Origin, ne sont pas là. Mais parce qu'en réalité, ce que m'a dit mon interlocuteur, c'est parce qu'ils n'y ont pas vu d'intérêt, eux. En revanche, vous aviez par exemple les trois grosses sociétés américaines qui développent des stations spatiales privées. Vous aviez Axiom, Voyageurs et Vast. Vous avez vu que le président fait une annonce importante sur Vast. Donc ils étaient là malgré tout.
En tous les cas, il y a un hic, c'est avec les Allemands. On a des divergences majeures. Ils sont en train de jouer solo quand même sur
la
conquête spatiale,
non ? Moi, je vais poursuivre ce que disait Michel Freeling sur les présents. Parce que l'Allemagne était bien présente en réalité. Ne serait-ce qu'avec deux ministres. Le ministre de la Défense allemand, Pistorius, qui est arrivé ce matin, et Dorothée Barre, l'homologue de Philippe Baptiste pour les affaires spatiales en Allemagne, qui était bien présente. Mais aussi, au-delà de la question allemande ou de la question de la présence des États-Unis, moi, j'aimerais aussi noter la présence d'acteurs du Sud global, de pays du Sud global qui étaient présents en masse, l'Inde, l'Afrique. L'Agence spatiale africaine était représentée par le président du Conseil spatial africain, Tilian Ouattara. Donc, on a bien une présence d'autres acteurs qui montrent qu'en fait, la géopolitique spatiale du XXIe siècle, elle est bien plus internationale. Et elle se joue au-delà de la seule polarité transatlantique, Europe-États-Unis. Et fort heureusement, il faut quand même accorder à cette géopolitique spatiale beaucoup plus complète et beaucoup plus complexe.
Toute sa diversité. Donc il faut que notre regard se désaxe de la relation transatlantique et on se dise qu'on peut être en coopération avec ces autres secteurs clés
? Oui absolument. Alors moi je m'occupe de la coopération avec la Corée, avec l'Australie, avec Singapour et avec la Nouvelle-Zélande. Donc vous voyez, on vient d'ouvrir un bureau au Japon. Donc il y a clairement un mouvement de diversification des partenariats. vers l'Indo-Pacifique, pour la défense aussi. Vous voyez, l'opération Pégase,
c
'est l'armée de l'air et de l'espace qui est partie hier, avant-hier, des nouvelles routes vers le nord et aller voir ses partenaires en Indo-Pacifique. Donc, il y a une diversification vers l'Indo-Pacifique. Alors, moi, j'ai posé la question aux Allemands. La question que vous nous posiez, je l'ai posée au chef de délégation allemande, et c'est marrant parce qu'il a fait la réponse que j'allais vous faire. Donc on converge finalement. Il a dit, on a une intention commune de faire des choses ensemble, on a une vision commune, là où on diverge, c'est sur la mise en œuvre.
C'est-à-dire,
le problème c'est qui fait quoi, à la fin, le problème c'est qui fait quoi. On a tous des intérêts, on a des intérêts nationaux, on a des intérêts régionaux. C'est presque un état membre, la Bavière, Brême, ou Turin en Italie, où sont les écosystèmes industriels, Toulouse en France. Mon métier à moi, c'est d'articuler toutes ces échelles, l'échelle régionale. L'échelle nationale, l'échelle globale. Et il faut que tout le monde trouve son intérêt dans une coopération.
Alors, on va évoquer quand même avec tous les trois l'Allemagne. Pour revenir sur ce qui s'est passé la semaine dernière, le chancelier Maire, c'était pas là, on l'a dit. Mais il y a eu un lancement la semaine dernière, première fusée privée. En Allemagne. Oui, c'était samedi dernier.
La startup allemande Isar Aerospace a lancé sa première fusée Spectrum depuis la Norvège. Elle a pu mettre 5 satellites en orbite. Et donc, c'est la première fois en Europe qu'une entreprise privée est capable de faire décoller une fusée depuis le continent. Un petit pas pour l'homme, mais un grand pas visiblement pour les Allemands. Nous sommes en orbite. Nous avons marqué l'histoire européenne. C'est félicité la startup sur X. Ce succès vient récompenser leurs 8 ans de travail. En mars 2025, c'était soldé par l'explosion de la fusée au décollage. Mais la startup ne compte pas s'arrêter là. Son PDG Daniel Metzler espère faire décoller 40 fusées par an à partir de 2027. Mais surtout, ce lancement réussi permet de débloquer les 200 millions d'euros de financement qui étaient déjà... promis par l'Agence Spatiale Européenne dans le cadre du European Launcher Challenge, ce concours qui vise à soutenir des entreprises privées européennes dans le spatial. Et à ce stade, elles sont quatre dans la course vers l'espace. On va le voir à droite, Isar Aerospace, qui vient donc de prendre une longueur d'avance, suivie d'une autre start-up allemande qui prévoit, elle, un vol d'ici la fin de l'année. Les deux autres sont espagnoles et françaises. Et la France est celle qui a, a priori, pris le plus de retard. Alban Guilhemar, est-ce que c'est une... Bonne idée de mettre en concurrence des entreprises privées entre elles ou alors est-ce que ça peut fragiliser ce projet européen
En réalité, on a un enjeu quand même à l'échelle européenne qui est d'avoir une offre de lancement élargie au-delà du seul cas d'Ariensis, notre lanceur lourd, qui nous garantit un accès autonome à l'espace. Mais on voit bien que sur le marché des lanceurs plus légers et celui des micro-lanceurs, on a une compétition européenne. Vous avez évoqué là à l'instant la France, l'Espagne et l'Allemagne. Est-ce que cette concurrence est bonne ? Économiquement, on peut s'interroger, stratégiquement en tout cas, multiplier les opportunités de l'Obsan, les technologies de lancement pour l'Europe, ça peut être utile. Maintenant, ce que je vois aussi dans ce lancement depuis la Norvège par l'Allemagne, c'est qu'on est quand même ici sur la composante New Space National. des États pour la nouvelle économie spatiale, pour les nouvelles entreprises du spatial. Force est se constater, même s'il y a eu un volet européen dans le financement de ce lancement, que les États jouent aussi la carte nationale. Donc finalement, on coopère pour les gros projets, les grosses infrastructures, mais pour le domaine du New Space, on a une compétition accrue.
Quand même la concurrence qui nous inquiète le plus, Michel Frinling, c'est les États-Unis et la Chine. Trump vise 1000 lancements par an d'ici 2030. Nous, l'Europe, à peine quelques dizaines. Et là, on se dit qu'on n'est pas dans la course.
vais répondre à votre question, mais si vous me permettez, je veux bien ajouter une petite chose sur les lancements. D'abord, je voudrais une précision. Ariane, c'est une société privée aujourd'hui. Donc on dit que c'est le premier lancement réalisé par une société privée. La grande différence, c'est que ces sociétés nouvelles de lanceurs sont financées en partie par des capitaux publics, des subventions, des dispositifs d'innovation, et en partie par des capitaux privés. Donc, des levées de fonds. Donc, je trouve que le dispositif est assez bénéfique pour les États membres et pour l'Union européenne parce qu'on diversifie les risques. On a beaucoup plus d'agilité dans ces sociétés nouvelles que dans les sociétés plus traditionnelles. C'est connu, ce n'est pas leur faire offense que de le dire. Et donc, finalement, on y trouve notre compte. À la fin, il y aura certains darwinismes. C'est quoi ? C'est l'argent privé
des États-Unis qui fait marcher aussi l'espace allemand ? C'est la commande publique. C'est la commande publique, bien sûr. Donc, ils ont une force qu'on n'a pas, quoi qu'il arrive, on a talit un jour. s'implante à Munich, on se dit, quand même, ils ont là aussi encore une longueur d'avance, non
déjà, enfin... Ce sont des super-empowered individuals. Ce n'est pas juste SpaceX. Derrière, il y a Elon Musk. Des hommes charismatiques. Ce sont des hommes qui ont pratiquement plus de pouvoir que les États. C'est un écosystème un peu particulier aux États-Unis. Après, l'Europe, on n'est pas, historiquement, on n'est pas nés pour rentrer dans la compétition. On est nés pour rester dans la compétition. Vous voulez dire qu'on ne pourra jamais rivaliser avec les Etats-Unis et la Chine ? Si vous faites un retour au moment où on a été créé, en fait, les Russes... Ils étaient là pour incarner l'histoire. Les Américains étaient là pour commander le futur. Et nous, avec De Gaulle, on était là pour rester dans la course et surtout pour garder notre liberté d'action. Quand on a fait Ariane, c'était pour avoir la capacité de sortir de l'expérimental et rentrer sur le marché commercial. Parce que les Américains, si on concurrençait leurs satellites commerciaux, ils ne nous lançaient pas. On a un cas qui est bien connu, Symfony. Donc nous, l'idée, c'est de conserver notre liberté d'action et d'avoir suffisamment de contributions à donner à nos partenaires pour être intéressants. Parce que pour être un partenaire fiable, il faut être un concurrent crédible. Donc nous, on veut rester un concurrent crédible et servir nos citoyens.
Juste de réaction.
Oui, alors il y a au-delà des individus, on a des affaires à des entrepreneurs un peu hors normes, c'est vrai. Mais il y a aussi une volonté politique très claire qui date d'Obama et qui a mis en place le Space Act, qui a transféré des responsabilités de la NASA, l'agence spatiale, vers ses opérateurs privés avec l'idée de les faire naître et d'en faire des mastodontes que l'on connaît aujourd'hui. Donc il y a aujourd'hui cette volonté, mais 15 ans plus tard ou 20 ans plus tard en Europe. Il faut initier et impulser ça, parce qu 'hui, c'est un des moyens de rester dans la course, si ce n'est de rattraper le retard, au moins de rester dans la course.
Vous allez réagir, mais puisque vous parliez d'Ariane, on va revenir à cet âge d'or, d'une certaine façon. L'Europe, la France, était en avance peut-être sur la Chine, et plein d'espoir dans l'avenir. On est le 25 décembre 1979, au lendemain du premier vol réussi de la fusée Ariane.
partir de 1981, commenceront les vols opérationnels avec la mise sur orbite géostationnaire à 36 000 km d'altitude des satellites de télécommunication. Ariane commencera sa carrière commerciale. Au CNES, on prépare les descendants d'Ariane, une vraie famille de lanceurs. Des étages plus performants, des fusées à poudre à la base vont quasiment doubler ses capacités de lancement. Avec à droite, une super Ariane des années 90. Une super fusée capable de placer 10 tonnes sur orbite, de lancer une mini navette spatiale Hermès avec 5 astronautes français à bord. Techniquement, la chose est possible. Financièrement, c'est une autre paire de manches.
Iconique Michel Chevalet. Il a manqué à tous bercer notre enfance. Alban Guilomar, quand même quand on entend ça, on se dit que déjà à l'époque, il était question d'envoyer des vols habités. Bon, on en est loin quand même, tout de même, nous Français. Même si le président Macron a dit « Je veux voir dans cinq ans le premier atterrisseur lunaire européen argonote se poser à la surface de la Lune ». Bon, pardon, mais ça coûte beaucoup d'argent. Et est-ce que c'est pas au-delà de nos ambitions ?
Je crois que le spatial gagnera à redécouvrir le conditionnel par rapport au futur simple. C'est une leçon de grammaire à Emmanuel Macron. En réalité, ce que je vois dans votre magnéto, surtout, et sur ce décollage d'Ariane, c'est qu'au fond, les critères qui font de la puissance spatiale n'ont pas vraiment changé depuis la fin de la guerre froide. Et c'est là qu'on bute sur la limite du critère quantitatif. Ok, très bien, depuis 48 heures, on nous dit SpaceX, les Etats-Unis ont fait 180 silencements, c'est la première puissance, on en a fait... 5-6, on est complètement en retard. En fait, fondamentalement, c'est faux. Qu'est-ce qu'une puissance spatiale ? C'est un État ou une région qui est capable de lancer des satellites, c'est-à-dire qui dispose au moins d'une fusée et au moins d'un satellite. Et en fait, ces critères-là ne sont pas quantitatifs, ils sont qualitatifs. Et si on change cette focale, immédiatement, l'Europe est toujours une puissance spatiale. On a des fusées, on a des satellitiers. Certes, on n'a pas de volabilité. Enfin, on n'a pas de volabilité autonome. On entraîne nous-mêmes nos astronautes, mais on ne les lance pas nous-mêmes. Du coup, la question qui se pose et qui aurait... méritait sans doute être posé davantage dans le cadre de ce sommet, c'est a-t-on véritablement besoin en tant qu'Européens de lancer nous-mêmes nos astronautes pour être une puissance spatiale ? A mon sens, ça relève davantage du critère anecdotique ou du critère visible, en tout cas, que du critère véritablement pertinent pour dessiner une Europe spatiale puissante.
Je ne suis pas sûre qu'on puisse dire ça aujourd'hui parce qu'il y a eu un avant et après ignition. C'est-à-dire que la réorientation... Alors c'est une grande réunion qui a été convoquée par la NASA où ils ont annoncé y a quelques mois, où ils ont annoncé en fait une réorientation. du programme lunaire qui a disqualifié un certain nombre de leurs partenaires. Donc ça a été un espèce de wake up call, signal d'alarme pour dire aujourd'hui si on veut garder la décision et la liberté d'action et peser sur l'architecture d'un programme, il faut qu'on ait plus d'autonomie. tout en maintenant les partenariats. Mais il faut qu'on ait plus d'autonomie parce que sinon on peut être débarqué d'un programme d'un moment à l'autre sans avoir... Alors
attendez, justement, l'objectif Lune, ça fait rêver tout le monde, y compris notamment le président américain Donald Trump. On l'écoute.
Et quand on le fait, ils vont planter cette flague très importante pour marquer le site du premier sottlement américain permanent sur la Monde. Et on ne va pas arrêter. La Monde sera à une location close. Alain
Guillermard, vous n'étiez pas forcément d'accord avec Nathalie Tingeau sur cette conquête lunaire. C'est la nouvelle frontière spatiale ou pas ?
Non, je rejoins Nathalie Tingeau sur le caractère marquant de Ignition pour la réorientation du programme Artemis de la NASA. Maintenant, la question que ça pose, c'est les Etats-Unis fixent-ils le là sur ce qu'est un modèle d'exploration d'un corps ? En réalité, on a d'autres puissances spatiales, et je pense par exemple à l'Inde, qui a réussi à toucher la Lune en août 2023 dans le cadre d'une mission robotisée. Et en fait, on peut faire de l'exploration spatiale, de la bonne exploration spatiale, sans nécessairement avoir du vol habité. L'autonomie européenne en matière de vol habité ne compte qu'au fond, qu'à partir du moment où on a décidé que le vol habité faisait partie des critères sur lesquels on devait investir. Michel Friedling ? Oui, alors moi je ne suis pas
tout à fait en accord avec mon voisin de droite, mais c'est ce qui va peut-être être intéressant. Moi je pense que ce qu'il faut bien réaliser aujourd'hui, c'est que l'espace est un domaine dans lequel se déploient de plus en plus d'infrastructures critiques, connectivité, bientôt de cloud storage, de cloud computing, ou de computing. Alors trop, c'est un autre débat encore, c'est le débat de la pérennité ou sustainability en bon français de cet espace. Mais en tout cas, on a des infrastructures critiques qui s'y déploient. Et moi, je pense qu'aujourd'hui, une puissance spatiale, c'est une puissance qui est capable de déployer, de maîtriser ces infrastructures sans dépendre d'autres. Et aujourd'hui, on dépend d'autres. Donc ça veut dire de l'accès à l'espace, ça veut dire la capacité à mettre en place ces infrastructures, à les maintenir et en assurer la sécurité.
Et quand vous voyez Donald Trump faire semblant de revendiquer une appropriation littérale de la Lune, ça vous inspire quoi ?
Par rapport au bien
commun, précisément.
Moi, ça m'inspire qu'il a très peu lu le traité de 1967 auquel son pays était apparti, notamment son article 2 sur la non-appropriation. Mais sur la question de l'autonomie européenne, en réalité, là, on a mélangé la maîtrise des infrastructures critiques et la question du vol habité. Moi, j'ai souligné que la dépendance sur le vol habité n'était pas nécessairement gênante si on a une puissance de coopération, ce qui est la position traditionnelle depuis l'abandon d'Hermès. Si l'Europe n'est pas autonome sur le vol habité, c'est parce que nous le faisons en coopération. En revanche, je vous rejoins effectivement sur la nécessité d'avoir une autonomie stratégique européenne. sur toutes les infrastructures critiques orbitales que vous mentionniez.
On n'a plus le temps, mais nous reparlerons vraisemblablement de cette nouvelle frontière de la Lune et de l'espace. Un de ces jours ou une de ces prochaines semaines. Merci en tout cas à tous les trois d'être venus nous aider à mieux comprendre les enjeux de ce sommet international spatial.