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Sébastien Lecornu envisage de réduire les salaires des ministres. C'est la nouvelle piste du Premier ministre pour faire des économies sur le budget de l'État, mais aussi et surtout pour envoyer un message très symbolique aux Français à l'heure où l'on demande des efforts à tous. Alexandre Hébert, vous êtes penché sur les chiffres.
rémunération des ministres est en fait calquée sur la rémunération des hauts fonctionnaires. Elle est aujourd'hui de 10 692 euros brut mensuel pour un ministre et de 10 157 euros brut mensuel pour un secrétaire d'Etat. Une rémunération qui est dans le détail composée d'abord d'un traitement brut de base de 8 305 euros, ce à quoi viennent s'ajouter une indemnité de résidence et une indemnité de fonction. Et ce salaire des ministres, il l'avait déjà. a été réduit. C'était en 2012, pendant le quinquennat de François Hollande. Il était passé de 14 200 euros par mois à 9 940 euros par mois. Et ensuite, comme il est indexé, comme je vous le disais, sur celui des hauts fonctionnaires, il est remonté légèrement pour atteindre le chiffre qu'on connaît aujourd'hui. Et la courbe orange, qui est celle des secrétaires d'État, suit, vous le voyez, exactement la même logique. Mais un ministre, lui, il ne travaille pas seul. Il a également ce qu'on appelle son cabinet autour de lui. les cabinets ministériels, le salaire moyen est de 10 033 euros par mois. D'ailleurs, un chiffre assez étonnant avait été révélé pendant l'examen du budget 2026. Aujourd'hui, dans les cabinets ministériels, près de la moitié des fonctionnaires gagnent plus que le ministre pour lequel ils travaillent.
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beaucoup Alexandre Hébert. Bonjour Marie-Ève Malouine. Merci d'être avec nous cet après-midi éditorialiste à la Revue politique et parlementaire. Quand on voit les ordres de grandeur et les économies qui seraient réalisées si cette mesure, si cette idée était appliquée, on voit que c'est quand même minime par rapport à la somme d'argent qu'il faut faire comme économie sur le budget de l'État. Est-ce que c'est une mesure démagogique ?
'est une mesure qui donne un signal. Sébastien Lecornu avait fait la même chose, quelque chose de comparable l'an dernier. Il avait supprimé les avantages à vie au Premier ministre. Les voitures de fonction. Les voitures de fonction et les personnels de police qui les accompagnaient. C'est pour donner le signal que tout le monde va faire un effort parce qu'il sait que son budget va être extrêmement difficile à passer. Il y aura des mesures impopulaires. L'idée, c'est de dire... Tout le monde va faire un effort, y compris les ministres, y compris les entourages des ministres. Le risque, c'est qu'une fois qu'on donne les sommes correspondantes, ça peut paraître énorme. Quand on annonce plus de 10 000 euros par mois brut, je pense, ça paraît énorme. Le travail des collaborateurs ministériels, on a réduit le nombre, donc ils sont sur place quasiment sur 7, en tout cas 6 jours sur 7, avec des amplitudes horaires énormes. Il n'y a pas d'heure où on dit, on ne peut pas les appeler complètement. Ils sont censés être disponibles. Quand on vous envoie un mail, on vous dit si vous recevez ce mail et que vous êtes en congé. Par contre, là, ça n'existe pas. Mais il met sur la table une somme qui peut paraître extrêmement importante aux Français qui, eux, ont des problèmes de pouvoir d'achat assez importants. Donc, ça veut envoyer un signal, mais le signal... Ça peut être à double effet. On peut dire que ce n'est peut-être pas assez, il faut réduire plus. François Hollande avait réduit de 30%. Martin
Beaumère, bonjour, notre journaliste politique à France Info. Ce n'est pas la première fois que cette idée revient. En 2012, François Hollande, président socialiste, l'avait fait.
Oui, c'était même une promesse de campagne pour François Hollande. Donc 30%, ça avait été fait, c'est ce qui a été dit dans les chiffres. Alors je crois que ça avait été retoqué, puis ça a été repassé par décret. Mais 30%, c'est un vrai signal envoyé. Là, Sébastien Lecornu, on n'a pas le chiffre. Ça peut être 10%, ça peut être 20%. C'est en discussion.
Comment réagissent les ministres que vous avez contactés ?
Effectivement,
ce n'est pas chiffré, mais juste l'idée. Comment ça réagit ?
C'est là que pour moi, ça peut être à double tranchant. C'est-à-dire que le signal envoyé aux Français en vue du budget est un signal dont on va tous faire des efforts. On va vous demander à vous des efforts. On prépare les esprits. Il va y avoir des mesures un peu difficiles. je vais demander à tout le monde de faire des efforts. D'ailleurs, il est aussi demandé aux parlementaires d'en faire, mais là, ce n'est pas le Premier ministre qui a la main sur les parlementaires, c'est vraiment les parlementaires qui vont décider eux-mêmes. En revanche, ça peut envoyer un mauvais signal aux ministres. Et là, dans tous les ministères, tous sous presques en tout cas, mais à la fois les ministres qui ont découvert, pour la plupart dans la presse, que leur rémunération allait diminuer. Il n'y a pas eu une annonce, on va la diminuer, je vais l'annoncer dans la presse. Certains ont découvert dans la presse que leur rémunération allait baisser. Pour les cabinets, c'est exactement ça. Ce n'est pas forcément des personnes qui ont 30 ans de carrière qui sont extrêmement bien rémunérées. Il y a des jeunes, surtout depuis quelques gouvernements. C'est un problème. D'ailleurs, il y a un problème d'attractivité au sein des cabinets ministériels. Ça peut être des jeunes 25, 26, 27 ans qui ne sont pas forcément extrêmement bien payés et qui là vont voir en plus leur rémunération diminuer. Et on va leur demander de travailler 6, 7 jours sur 7. Et on va leur demander de ne partir qu'une semaine en vacances. Et voilà. Donc là, le signal pour, on va dire, embarquer une équipe derrière soi pour le budget, ce n'est pas forcément le meilleur des signaux et surtout… Dans les cabinets, effectivement, les longues peuvent se délier. On dit que c'est comme d'habitude, finalement. On ne nous prévient pas, on l'apprend dans la presse. On l'a appris aussi pour ça, on l'a appris pour ça. Et là, on apprend dans la presse que notre rémunération a diminué. Et il y a même les mots démago qui sortent dans la bouche des... C'est ça, c'est la méthode de
Cornu qui commence à poser question. Là, c'est un an, d'ailleurs, à la tête du gouvernement, c'est son anniversaire. Ça y est, ça commence la lune de miel, si on peut parler d'une lune de miel.
Je ne sais pas si c'est la méthode politique qui pose question. Parce que l'idée d'envoyer un signal, pourquoi pas, tout le monde y est favorable et finalement, il peut y avoir une solidarité gouvernementale. C'est plutôt côté, je dirais, management, si on rapporte ça à une entreprise. Parce qu'une annonce comme ça, dans la presse, dans n'importe quelle entreprise, quels salariés apprennent dans la presse que la rémunération va baisser, que ce soit de 5, de 10, de 15, de 20 %, ça ferait scandale. Et là, ça se passe au gouvernement, avec des ministres qui doivent normalement être derrière le Premier ministre et qui là disent, quand même, ça fait beaucoup.
Marie-Ève Malouine, on parle de cette mesure et des conséquences, des réactions des ministres. Mais quelles conséquences ça aurait sur du plus long terme, effectivement, sur les profils qui pourraient arriver au gouvernement, être recrutés ? Est-ce qu'il va y avoir un problème d'attractivité ?
Il y a déjà un problème d'attractivité. Parce qu'effectivement, il y a la
concurrence du privé, où là, ces profils-là sont extrêmement bien payés. Il
n'y a pas en plus que les salaires, quand vous entrez dans un cabinet ministériel, que vous venez du privé, vous êtes soumis à un contrôle de la haute autorité. pendant que vous êtes et après. Et ça dure assez longtemps de demander à la Haute Autorité si vous n'avez pas de contre-indications, pour faire simple, pour exercer un autre métier. Ce qui signifie qu'il y a des gens qui rentrent dans des cabinets et qui se déportent sur certains sujets en se disant Si je me recasse derrière, c'est le secteur qui m'intéresserait, donc je ne m'en mêle pas quand je suis dans le cabinet. Je ne veux pas qu'il y ait de conflit d'intérêts ensuite et pouvoir travailler après les gouvernements qui sont de plus en plus courts. Et ce qui fait qu'on a tendance à recruter, surtout les derniers gouvernements, des gens qui sont déjà en place, puisqu'ils ont fait toutes ces démarches administratives. Et donc on crée une espèce de... de systèmes qui s'auto-alimentent, de gens qui passent d'un ministère à l'autre, surtout au niveau politique, il y a des LR qui sont rentrés, il y a eu des gens qui étaient chez Macron, qui sont passés avec des ministres LR, et ça fait presque des professionnels du cabinet qui ne sont pas du tout ouverts au privé et à la vie quotidienne de tout le monde, puisqu'ils sont un petit peu enfermés dans leur... métier, puisqu'il travaille énormément. Il ne fréquente que des gens qui font quasiment le même métier parce que les autres ne peuvent pas comprendre pourquoi en plein dîner, ils vont répondre au téléphone et partir parce qu'il y a une info qui est tombée et qu'il faut qu'ils la traitent. Et ça, c'est aussi le second effet G-School de la réduction des cabinets. Moi, j'ai vu dans les cabinets maintenant, ils sont 15, à la communication, quand j'ai commencé en politique, il y avait un chargé de com, un attaché de presse et deux assistants. Maintenant, ils peuvent être deux ou trois, alors qu'il y a les réseaux sociaux. Donc, il y a moins de monde pour faire plus de travail. Et alors, je sais qu'on va dire, il ne faut pas les peindre s'ils gagnent 10 000 euros par mois, des jeunes qui débutent, mais ça fait partie des choses qui se mettent en balance. C'est vrai qu'aller dans un cabinet, les gens se disent, je vais être très bien payé. Mais si quand je ressors, et combien de temps ça va durer ce gouvernement, s'il n'arrive pas à faire son budget, je vais me retrouver dans la nature. Est-ce qu'il ne faut pas que je parte tout de suite ? Je commence à chercher du boulot, que je me désinvestisse. Donc ça peut avoir un effet en termes de management, ce n'est pas tout à fait la bonne méthode. Surtout qu'il me semble que la question du contrôle antidopage, antidrogue, ça avait été annoncé par la presse aussi. Il y a une espèce de gens dans les cabinets qui peuvent se dire, mais on nous soupçonne en permanence, alors qu'on est là pour servir le pays, même si c'est bien payé, on le fait aussi pour ça. C'est vrai que le contrôle
antidrogue, c'est vrai que ça fait partie des choses qui ont été plutôt mal prises dans les cabinets. –
Martin Boper, j'avais une autre question. Là, on se pose la question du niveau de salaire qui est effectivement très élevé, mais s'il se réduit, il se réduit. Est-ce qu'à un moment donné, on va finir par avoir du personnel politique, que seuls ceux qui peuvent se le permettre sont ceux qui ont du patrimoine, qui ont des revenus ? En gros, est-ce que seuls les riches vont pouvoir travailler en politique ? Et on pense à Donald Trump. –
Oui, et même, regardez au… Au gouvernement, alors sans préjuger de la richesse des uns et des autres, Jean-Pierre Farandou, qui était avant-président de la SNCF, il y en a trois fois plus qu'au gouvernement aujourd'hui. Donc effectivement, il faut se le permettre. Alors il a le patrimoine, voilà, mais si demain, en fait, c'est de l'attractivité et c'est surtout du... Avant, il y avait une certaine forme de prestige aussi. D'être en cabinet ministériel, c'est une chose. D'être ministre également. Et là, on se rend compte que ce prestige diminue. En plus, il y a la précarité de l'emploi. Ce n'est pas un CDI qu'on signe à vie. C'est-à-dire, en plus, dernièrement, avec les premiers ministres qui ont changé, les ministres qui ont tourné, en cabinet, ça pouvait durer trois, quatre mois. Donc, on sait qu'on s'engage dans quelque chose de précaire. Pour les ministres... Forcément, il y a un moment où certains qui sont talentueux dans ce domaine et qui pourraient vouloir aller, avant, y aller aussi par intérêt personnel et pas simplement par vocation et par envie de servir l'État. Peut-être que demain, la question se posera.