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matinale de Radio Classique avec David Abiker.
Et Jérôme Jaffray, notre invité de 8h15 aujourd'hui. Enfin, il est 8h17. Bonjour Jérôme Jaffray, politologue, un de nos meilleurs. Je voulais vous faire réagir sur l'anniversaire à Matignon de Sébastien Lecornu. Est-ce que le grand mérite de ce Premier ministre, c'est finalement d'avoir peu parlé ? Et vous me proposez
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de
le faire,
si je comprends bien. Vous n'êtes pas Premier ministre, vous avez le droit. L'habileté de Sébastien Lecornu politique, elle est réelle, Guillaume Tabard vient de le souligner. Présenté comme un gouvernement de mission, alors qu'on va en parler, chacun ne se préoccupe que de campagne, pré-campagne, battre la campagne, etc. C'est évidemment quelque chose qui le met en valeur. Et puis, la réussite sur le plan politique, je ne parle pas là du bilan, la France va-t-elle mieux ? Guillaume Tabard a dit ce qu'il fallait. est en pensée, c'est plutôt d'avoir réduit le degré de polarisation politique alors que notre pays baigne dans une polarisation maximum. Nous sommes, avec Sébastien Lecornu, une réduction de la polarisation, une réduction de l'hostilité au gouvernement et au pouvoir, qui était la marque, il faut bien le dire, d'Emmanuel Macron et de ses gouvernements dans la période précédente. Là, on a une dépolarisation et peut-être une installation d'un personnage, Sébastien Lecornu, non pas pour cette présidentielle-là, mais pour les années à venir, surtout si par hypothèse... il y avait une alternance complète, par exemple vers Marine Le Pen ou vers Jean-Luc Mélenchon.
Jérôme Jaffray, vous évoquez la polarisation. On va continuer d'en parler avec ce qui s'est passé en Allemagne, le résultat de l'AFD en Allemagne de l'Est. En 48 heures, on a entendu beaucoup de choses sur ce résultat. Les pro-nazis au pouvoir, la CDU dans l'impasse, Friedrich Merz sur la sellette et bien sûr des comparaisons avec la dynamique du Rassemblement National en France. Alors est-ce qu'il faut comparer ce qui se joue en Allemagne politiquement avec ce qui ne se joue pas encore en France politiquement ?
La comparaison est évidemment tentante, parce qu'imaginez que la France et l'Allemagne aient en même temps le parti d'extrême droite, même si ça n'est pas la même extrême droite, qui est en tête. C'est le cas du Rassemblement national depuis les législatives de 2024 et dans les intentions de vote. Et maintenant, l'AFD, non seulement elle a triomphé en Saxe-Hanalt, mais surtout elle est maintenant en tête dans les intentions de vote au plan national. Alors ça, c'est un changement politique pour l'Europe qui serait extraordinairement important et éventuellement grave pour tous ceux qui sont attachés à la construction européenne telle qu'elle existe depuis 75 ans. Ça dit quand même autre chose, ça dit à la fois l'insatisfaction. profonde des électorats et... des Français et des Allemands, la crainte d'un effondrement du modèle social, du système économique et même de la mise en cause, si vous voulez, des partis traditionnels. Il y a un épuisement des partis traditionnels qu'on constate en France et en Allemagne. Alors maintenant, limitons, ce n'est pas le même système politique. En France, si vous gagnez la présidentielle, vous gagnez pratiquement tout dès lors que vous pouvez espérer avoir une majorité derrière. C'est donc presque sur un coup de dés qu'en France ça peut se faire. En Allemagne vous avez un système parlementaire, même si vous avez 30% des voix aux élections législatives comme l'AFD l'espère aujourd'hui, c'est pas vous qui faites le gouvernement si les partis se coalisent pour vous en empêcher. Et c'est pas les mêmes idées non plus entre l'AFD et le Rassemblement National. Et du coup, je dirais presque que le Rassemblement National pourrait presque jouer le parti recentré, le parti... presque modérée par rapport à ce qu'on peut lire du programme que l'AFD, par exemple. On voit que dans les excès d'ailleurs de la décentralisation, quand on voit par exemple qu'en Saxe-Analte, si l'AFD arrive à diriger le Land, les programmes scolaires peuvent se trouver bouleversés, les élèves peuvent se trouver séparés dans les écoles, les élèves handicapés, les élèves d'origine étrangère, placés à part, inimaginables dans notre pays, bien sûr.
Jérôme Jaffray, l'invité de la matinale de Radio Classique. J'en viens à la campagne française. Est-ce qu'elle a réellement commencé, vous qui en avez scruté ? Allez, je dirais un certain nombre avec tout le respect que je vous dois et que je dois à votre expérience.
Vous êtes gentil et sachez que la curiosité est toujours intacte en tout cas. Ce que la campagne a démarré, alors nous avons plusieurs campagnes en vérité. Nous avons ce que j'appellerais la campagne tour de piste. de ceux qui se faufilent pour profiter un peu de la lumière, essayer de s'installer. Et là, évidemment, il y a un jeu médiatique extraordinaire maintenant, le jeu des chaînes d'info qui passent leur vie à inviter un tel et un tel, et la bête se nourrit en permanence et favorise donc ce tour de piste. Il y a la campagne de départage, c'est une autre campagne là. Il s'agit de savoir d'ici fin décembre, je dirais, C'est-à-dire le 15-20 décembre que la pré-campagne s'achève et début janvier on rentre dans la véritable campagne. Campagne de départage, évidemment par exemple entre Philippe et Attal, les jeux au sein du Parti Socialiste. Ça n'est pas un hasard si François Hollande dit « c'est en décembre que je verrai ce qu'il en est ». Donc on a ça. Et puis il y a une troisième campagne, c'est la véritable campagne. Là par exemple, le seul qui l'ait vraiment engagé, c'est Jean-Luc Mélenchon, la France Insoumise, avec une puissance militante. une puissance numérique impressionnante à la vérité et un travail de fond qui existe. Donc, nous avons plusieurs... Campagne différente et du coup un démarrage de Jean-Luc Mélenchon impressionnant. Dans les intentions de vote, actuellement, il est autour de 15%. À la même époque, avant la présidentielle de 2022, il n'était qu'à 8,5%. On voit la différence, mais il n'y a pas de loi qui fait que vous passez forcément de 8,5% à 22%, ce qu'il a fait au premier tour de 2022, et que vous passeriez de 15% à 30% par la même magie.
Justement, vous dites que la France Insoumise et Jean-Luc Mélenchon sont impressionnants d'organisation, de structuration. Comment l'expliquez-vous ? Parce que la France Insoumise, ce n'est pas un parti qui existe depuis 1917. Alors, il y
a quand même un héritage, bien sûr. Il faut bien comprendre que la structuration des opinions publiques, aujourd'hui, se passe en trois dimensions. Vous avez la dimension de la sanction. C'est ce qui porte le Rassemblement national, c'est ce qui installe si haut Marine Le Pen dans notre paysage politique. Pour les intentions de vote Marine Le Pen, on n'est pas loin des 35%. Elle a fait 23% au premier tour de 2022, Zemmour faisait 7% à côté. Mais il faut bien comprendre que déjà, aux législatives de 2024, le RN avec les CIOTIS, 34%. Donc, ce n'est pas aberrant comme score. Ce qui porte le peine, c'est la sanction. Sanctionner une classe politique qui a échoué. C'est ce que pensent énormément de Français, il faut bien le dire. Vous avez une demande de radicalité. C'est ce qui porte la France insoumise, et en particulier dans la jeunesse. Et là, par exemple, le thème du changement climatique, l'adaptation au changement climatique, Mélenchon a su mettre ça en dimension et en explication dès la rentrée, alors qu'il me semble que les autres candidats sont là dans le silence. Et puis l'autre dimension, c'est un peu le risque pour les autres, c'est la continuation. alors que précisément les Français ont un sentiment d'échec. Parler de la dette, par exemple, pour les candidats, au fond, les Français le traduisent, mais c'est la mauvaise gestion des 30 dernières années, de ceux qui, des républicains ou socialistes, en passant par les macronistes, ont dirigé le pays. Alors vous nous parlez du problème de la dette, donc vous nous parlez en fait de votre mauvaise gestion. On voit l'extraordinaire difficulté. Sortir de l'idée de continuation. Et puis il y a une
stratégie d'évitement des Français. À aucun moment ils se disent la dette... et creuser par un État-providence qui nous profite, y
compris à nos retraités. Non, bien sûr, et c'est la mauvaise gestion de l'État qui est mise en avant. C'est parce que l'État ne s'est pas géré, c'est parce que l'État dépense trop. Il suffit de baisser les dépenses de l'État par magie pour régler le problème. Mais d'un autre côté, il faut bien le dire que les politiques de ces 30 dernières années, 40 même, remontons à François Mitterrand et à son élection de 1981, ont installé un système qui, d'année en année, creusait précisément ces déficits et cette dette.
Jérôme Jaffray, l'heure tourne, il y a un scénario. qui a été rédigé, en tout cas évoqué hier dans les échos, sous la plume de Jean-Marie Vittori, si j'ai bonne mémoire, qui est celui d'une dissolution qui permettrait de casser la dynamique populiste et qui serait une espèce de formule comme ça, concoctée par le pouvoir, ou en tout cas beaucoup de gens y réfléchissent. Qu'en est-il ? Est-ce que vous avez de meilleures informations ?
Alors en termes d'informations, zéro. Moi je suis dans l'analyse, modestement, et donc je suis... ceux qui pensent qu'une bonne analyse est parfois plus utile qu'une mauvaise information. Et dans le cas précis, il me semble que ça relève de la mauvaise information. Alors je vois bien le jeu politique. Agiter l'idée de dissolution, en cas par exemple de censure sur le budget par les oppositions liguées, parce que le problème de l'adoption du budget à quelques mois de la présidentielle, c'est très difficile quand vous n'avez aucune majorité, de trouver des soutiens extérieurs. C'est le moment ou jamais de dire « mais le pouvoir c'est n'importe quoi, fait n'importe quoi ». On ne peut pas l'accepter. Donc, c'est une menace. Et dire qu'on peut éventuellement aller à la dissolution fait peur. Mais d'un autre côté, réfléchissons. Qu'est-ce que serait une dissolution avant la présidentielle ? Ce serait d'abord la percée du Rassemblement national et de ses alliés comme en 2024. Il n'y aurait pas de front républicain à quelques mois de la présidentielle. Impossible d'organiser un front républicain. La conclusion, c'est que la probabilité d'une victoire du Rassemblement national à deux ou trois mois de la présidentielle serait la conséquence de cette dissolution. Elle faciliterait dans la foulée l'élection de Marine Le Pen à la présidentielle. Eh bien, si Emmanuel Macron, après la dissolution de... 2024 qui est encore présente dans toutes les mémoires. Ajouter une deuxième dissolution, puisque c'est le président de la République, article 12 de la Constitution, qui seul peut prononcer la dissolution. Si Emmanuel Macron recourait à cette stratégie, eh bien, je ne donne pas cher à ce moment-là du jugement que l'histoire porterait
sur lui. C'est un excellent mot de conclusion, Jérôme Jaffray, au micro de Radio Classique. Merci d'être venu faire le point sur cette campagne, tour à tour pré-campagne, tour à tour campagne de sélection darwinienne. On en reparlera avec vous, si vous le voulez bien, dans quelques semaines. Et on va surtout en parler avec nos esprits libres dans un instant. Router le crié fait Nicolas Béthou, mais avant cela, le rappel des titres et la revue de presse d'Hervé Gatégno. A bientôt Jérôme Jaffray.