Chargement...
Chargement...

Le 18h écho, Stéphanie Collot.
On poursuit à l'international avec ce sommet spatial international qui se tient à Paris jusqu'à demain, événement en présence d'Emmanuel Macron, mais sans les Etats-Unis, sans l'Allemagne aussi, pays pourtant co-organisateur. On fait le point avec Paul Vorher. Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes responsable du programme Espace à l'Institut français des relations internationales. Alors Emmanuel Macron a annoncé 50 engagements financiers conclus à l'occasion de cet événement pour environ 20 milliards d'euros. C'est donc un sommet qui se déroule plutôt bien malgré l'absence de l'Allemagne et des acteurs américains comme SpaceX.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.
Alors d'abord c'est un sommet qui se déroule très bien, très honnêtement. C'était difficile d'avoir des places devant, je ne vous le cache pas. beaucoup de succès, beaucoup d'acteurs. Et je ne pense pas qu'on puisse dire exactement que l'Allemagne et les États-Unis étaient absents, puisqu'en fait il y avait beaucoup de représentants qui participaient aux différentes tables rondes et qui circulaient dans les travées, etc. On a eu la ministre de l'espace allemande, par exemple, Drote Haber, qui a dit une phrase qui m'a assez marqué, c'est l'idée que personne ne gagne si un acteur joue contre tous les autres. Donc je ne sais pas vers qui c'était dirigé, mais il y avait eu un petit peu cette idée-là. Effectivement, il y a beaucoup d'engagements financiers qui ont été notés, beaucoup de contrats de lancement apparemment pour Ariane 6, de la part de Telsat, Amazon, The Exploration Company, de la part de la Corée, du Japon, etc. Et puis une annonce concernant des missions d'astronautes qui embarquent pour le coup des astronautes européens.
Il n'empêche un sommet spatial sans les Américains et sans les poids lourds comme Blue Origin ou SpaceX. Est-ce que ça a un sens selon vous ?
Oui, ça a un sens parce que les États-Unis sont un acteur extrêmement important dans l'espace avec la Chine. Aujourd'hui, ils font partie des deux plus gros acteurs dans le spatial. Cependant, il faut noter qu'ils ne sont pas les seuls sur la planète. Ils ne sont pas les seuls à bénéficier non plus des services spatiaux qui sont rendus aux différents pays. Là, il y avait des délégations. Alors, les chiffres varient très honnêtement entre 90 et 120 États présents. Mais ce sont des États qui avaient tous intérêt à parler spatial, à parler de science, de défense spatiale également, qui est un sujet qui monte. Et évidemment, d'économie spatiale, comme vous l'avez dit, il y a eu beaucoup d'annonces en ce sens. Donc, même si les États-Unis sont évidemment un acteur qui est tout à fait dominant, d'abord, comme je l'ai dit, certains représentants étaient là. Mais pas socialement,
c'est ce qu'on attendait.
Voilà. Pour l'Allemagne, c'était un petit peu la question. Ce qu'il y a derrière, en termes de contraintes d'agenda, c'est ce qui a été indiqué officiellement. Je n'ai pas plus d'informations sur les coulisses de cette décision, mais il faut se rappeler qu'il y a eu une élection en Sachsen-Alt ce week-end. Avec
la montée de l'AFD, effectivement, on en a parlé.
Probablement une question de gestion de crise.
De gestion de crise interne, effectivement. Paul Vaurer, il y a un sujet central, c'est aussi l'absence de coopération européenne dans le spatial, ou en tout cas, un sentiment... de chacun tirer un peu la couverture à soi ou chacun joue dans son coin pour pouvoir avoir le maximum de contrats ou d'ouverture. Est-ce qu'aujourd'hui, le couple franco-allemand est toujours moteur dans le secteur ?
C'est très compliqué de vous répondre et je pense que ce n'est pas qu'un sentiment. Il y a vraiment une fragmentation dans les politiques spatiales européennes qui a été constatée ces dernières années et qui est même exprimée telle qu'elle dans le rapport Draghi qui exprime qu'il faut beaucoup plus coopérer dans ce domaine. Si on veut avoir en Europe la masse critique permettant effectivement de faire face aux nombreux défis auxquels nous aurons à faire face dans les prochaines années, en particulier face à des mastodontes comme la Chine et les États-Unis. Et c'est vrai que c'est... La coopération dans ce domaine, elle reste très difficile, même si elle existe fondamentalement. Un lanceur comme Ariane est un lanceur européen. Une constellation prévue comme Iris Carré est une constellation européenne. Le spatial européen s'est vraiment construit sur la coopération. Mais c'est vrai qu'au cours des dernières années, on a pu voir des volontés de certains membres de l'Europe. pas seulement de l'Allemagne, l'Italie, la France également sur certains sujets. Mais c'est quoi ces politiques ? C'est du côté
des politiques, du côté des industriels ?
C'est les deux, c'est les deux la plupart du temps. La volonté politique dans le domaine des coopérations est très importante sur certains segments, elle l'est beaucoup moins sur d'autres, notamment pendant très longtemps ça a été le cas dans le domaine de l'espace pour la défense, qui est un sujet qui revient de façon très importante aujourd'hui. Et c'est également des concurrences industrielles, évidemment, puisque finalement, toutes les industries nationales des différents pays européens ne sont pas nécessairement au même niveau. Et on voit certains acteurs, et même au sein des pays, avec des acteurs du New Space, ces petites entreprises du spatial qui essayent de monter en puissance, qui font concurrence aux acteurs. Comme Maya Space,
avec les mini lanceurs spatiaux qui se lancent. Pour Ariane, c'est une filiale à 100% d'Ariane Group. Voilà,
c'est un peu compliqué. C'est une filiale, effectivement. Mais MySpace agit comme une entité autonome. En revanche, l'idée, c'est qu'elle achète les moteurs à Ariane Group. En revanche, une société comme Isar Aerospace, une société allemande qui vient de lancer son premier lanceur avec succès, là, pour le coup, c'est vraiment un modèle de développement de type startup avec une entreprise qui a ses propres... ambitions et qui souhaitent se lancer sur ce marché là mais il faut bien comprendre que le marché spatial n'est pas un marché comme les autres les gouvernements Et l'argent public qui est mis là-dedans et les programmes gouvernementaux institutionnels restent encore la majeure part de ce qui fait aujourd'hui ce qu'on appelle le marché spatial. C'est particulièrement le cas en Europe, c'est aussi le cas en Chine, un petit peu moins aux États-Unis parce que du fait de la montée en puissance de Starlink, il y a un vrai impact commercial. Mais en l'occurrence, dans la plupart des pays, si ce n'est tous les pays du monde, le spatial institutionnel est le vrai marché. est le marché le plus important. Et il faut noter aussi que ces pays, à l'exception de l'Europe, défendent énormément leur marché intérieur. C'est un petit peu ça que ne fait pas l'Europe. Oui, effectivement.
Mais est-ce que justement l'Europe, elle a encore sa place entre les États-Unis et la Chine ? Est-ce qu'on peut rattraper en quelque sorte notre retard ou c'est trop tard ?
Ça, c'est une question plus vaste, je pense, qui touche à d'autres domaines aussi de la technologie. On parle beaucoup de l'IA en ce moment, etc., du cloud, du quantité. Le spatial s'inscrit un petit peu dans cette idée-là. C'est-à-dire qu'on investit 6 à 7 fois moins que les États-Unis pour donner un ordre d'idée dans le spatial. Donc forcément, il n'y a pas tout à fait la même création de valeur en sortie, même si en entrée, on a parmi les meilleurs ingénieurs et les meilleures entreprises du monde. Mais ça ne fait pas tout. Comme je vous le disais, les marchés sont quand même très institutionnels et très impulsés par le gouvernement. Et donc forcément... on sort un petit peu moins du domaine spatial que ce qu'on aimerait bien, mais c'est une comparaison, ça dépend ce qu'on compare en fait. La grande question qui se pose en termes géopolitiques aujourd'hui, c'est les capacités de spatial pour la défense. Oui, parce qu'aujourd
'hui, c'est vraiment l'espace, très rapidement, même si la question va être longue, mais l'espace est devenu un champ de bataille aussi.
L'espace n'est pas encore devenu un champ de bataille, ça dépend... comme vous le prenez, puisqu'il n'y a pas eu de guerre dans l'espace, il n'y a pas eu de destruction de satellites d'une puissance par l'autre. Il y a quand même une forme de retenue, même aujourd'hui, alors que les relations internationales se tendent énormément pour détruire des satellites dans l'espace, pour énormément de raisons qui sont liées notamment au rôle qu'ils jouent dans la dissuasion nucléaire. Mais l'espace, en revanche, se militarise et s'arsenalise beaucoup. C'est-à-dire qu'on voit de plus en plus des armes dans l'espace et une montée... actions très provocantes et très handicapantes comme le brouillage ou les attaques cyber qui là se multiplient. Et la question du seuil de la confrontation armée commence à se poser assez fortement dans ce domaine, notamment du fait qu'il est de plus en plus important pour l'efficacité opérationnelle des armées sur le champ de bataille moderne.
Autant dire qu'on n'a pas fini d'en parler. Merci beaucoup Paul Vaurer. Je rappelle que vous êtes responsable du programme Espace à Lichry. Un instant sur BFM Business.