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Alors aujourd'hui, on va discuter d'un sujet qui nous concerne tous, même si on n'en a pas forcément conscience. Je parlais de la manière dont la finance fait main basse sur notre économie, sur nos usines et une partie de nos existences. Je pense que tout le monde ici se souvient de la fameuse phrase qu'avait prononcé François Hollande à l'époque où il n'était qu'un candidat à la présidentielle, ce qu'il aimerait d'ailleurs redevenir dans un futur proche, je crois. Il avait déclaré « Mon véritable adversaire n'a pas de nom, pas de visage. Cet adversaire, c'est la finance. » Eh bien si, évidemment, cet adversaire a un visage et c'est celui qu'on va vous montrer aujourd'hui. Avec nos invités, on va s'attacher à comprendre comment les monstres financiers que sont les fonds d'investissement rachètent des pans entiers de notre économie, comment le président Emmanuel Macron et ses ministres leur déroulent le tapis rouge et quelles sont les conséquences pour l'emploi, nos territoires et notre souveraineté finalement. On a la chance de débattre de tout ça avec Aurélie Trouvé, députée LFI NFP de Seine-Saint-Denis. Bonjour Aurélie. Emeric Céasso, adjoint au maire de Nantes, membre du comité exécutif national du PCF. Bonjour Emeric. Et Nicolas Ettinger, délégué CGT de Novasco qui a vu de très près malheureusement les agissements des fonds d'investissement. On va commencer par essayer de dresser une sorte de cartographie des fonds et de leurs agissements pour que tout le monde comprenne de quoi on parle. Aurélie, c'est toi qui a largement contribué à faire de ce thème un sujet politique en mettant sur pied une commission d'enquête parlementaire, c'était en décembre je crois, sur les fonds prédateurs. Est-ce que tu pourrais nous raconter tout simplement ce que c'est qu'un fonds prédateur et pourquoi est-ce que tu as décidé de t'y attaquer ?
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Bonjour à toutes et tous. Je suis d'abord très heureuse d'être avec un représentant de la lutte pour Novasco, parce qu'il se trouve que tout est parti de là. Et bravo à vous pour votre lutte, je le dis, parce qu'il y a tellement, tellement... Tellement d'entreprises les unes après les autres qui ont été pillées, saccagées, avec des salariés qui se sont battus, des familles sacrifiées. Je sais que vous avez tenu jusqu'au bout, tu en reparleras. C'est parti de là aussi. En vérité, quelques sociologues, quelques journalistes, Cyprien en fait partie, qui essayaient d'alerter sur ces fonds prédateurs. Et c'est parti de là, c'est-à-dire qu'on est allé soutenir Novasco et les salariés de Novasco. Et en fait, on s'est rendu compte. qu'il y avait des centaines d'entreprises qui étaient saccagées, pillées par cette finance de l'ombre. J'appelle ça finance de l'ombre parce qu'elle ne veut surtout pas être mise en lumière. Or, aujourd'hui, il faut savoir que la finance mondiale, qui représente à peu près 400%, quatre fois le PIB mondial, il faut savoir qu'aujourd'hui, la plupart de cette finance mondiale, ça n'est plus... Ce qu'on appelle la finance régulée, le système bancaire, c'est ce qu'on appelle la finance de l'ombre. C'est des fonds d'investissement, c'est des hedge funds, des private equity, des private credit. Pourquoi on appelle ça finance de l'ombre ? Parce qu'il n'y a aucune règle, c'est le Far West. Il n'y a pas de ratio de solvabilité, des fonds propres, tout ça. C'est le Far West total, ils font ce qu'ils veulent. Tu disais que ça a un visage, ça a des noms. Par exemple, c'est le fonds Apollo, qui fait 1 000 milliards d'euros d'actifs, c'est-à-dire le PIB d'un petit pays. C'est KKR, c'est par exemple Equity. Pour vous faire une idée, Equity a repris par exemple Colisée, les maisons de retraite. Ils ont repris Cerba, les laboratoires d'analyse médicale. Ils ont repris la SORC, l'entreprise de gestion de l'eau. En fait, dans votre vie, vous êtes sans arrêt confrontés à des entreprises pillées, des usines, des magasins, par exemple le magasin de bricolage La Perre, ça c'est le fonds allemand Mutares, ou bien les fonderies de Bretagne, ça c'est un fonds gangster et voyou qui s'appelle Alpha Blue Ocean, dirigé par un gars qui s'appelle Pierre Vaninos, qui est allé se mettre au Bahamas pour pouvoir faire ce qu'il veut. Mais c'est aussi, par exemple, les crèches. People and Baby, Babylou, tout ça, ça a été repris aussi. Vos cabinets médicaux, si vous allez dans un cabinet de dentiste ou d'ophtalmologiste ou de radiologie, vous avez des grands risques. En fait, ce soit en réalité des fonds d'investissement, des fonds prédateurs qui aient mis la main dessus. Ce qui est important de comprendre, c'est pourquoi ça se développe à vitesse gravée, pourquoi ils sont en train de mettre la main sur toute une partie de notre économie et de nos vies et de les saccager. Et aujourd'hui, de laminer et de licencier des milliers et des milliers de personnes. en conséquence. Le but de cette finance de l'ombre, qui est en train de mettre la main sur la planète, c'est de sortir encore beaucoup plus de fric pour les gros propriétaires du capital. Si vous avez un livret A, vous savez que vous avez un taux d'intérêt d'1,5%. sur le capital que vous avez sur votre argent, votre petit pécule que vous avez laissé sur votre livret à 1,5%. Savez-vous combien ils se font ? C'est-à-dire combien ça vous rapporte si jamais vous êtes une grande fortune et que vous mettez votre argent dans Apollo, Equity ? Il y a aussi des fonds français, Tikeo, Antin, etc. Combien ça rapporte à votre avis ? En réalité, c'est même du 20% que vous retirez, que vous extrayez grâce à la richesse créée par les travailleurs. Le but, c'est d'aller capter toute la richesse créée, celle par les travailleurs dans les usines, mais aussi vos cotisations sociales. Nos cotisations sociales, parce que quand vous allez piller et saccager une entreprise comme Serba... Ou colisez les maisons de retraite, vous vous rendez bien compte qu'en réalité, ils aspirent toutes les cotisations sociales. Puisque là, évidemment, les bénéfices, par exemple, de Serba, ça se fait essentiellement parce qu'il y a des remboursements par la sécurité sociale. Donc c'est un marché extrêmement juteux qui leur permet de mettre la main sur le maximum de nos vies et de nos richesses créées. C'est d'ailleurs pour ça que c'est aussi des fonds, on va en parler tout à l'heure, qui font un lobbying énorme pour par exemple privatiser les hôpitaux en clinique. Là aussi, les cliniques ont été toutes récupérées les unes après les autres par des fonds prédateurs pour faire en sorte que tout notre système de soins soit privatisé et ensuite puisse être liquidé, saccagé par cette finance prédatrice. Je finirai juste en disant qu'ils ont deux leviers pour faire ça. Soit c'est des fonds vautours comme Mutares ou Elfablo Océan. Ils viennent chercher des entreprises en difficulté. Et leur seul but, c'est de décharner et de mettre en faillite l'entreprise en aspirant toute la trésorerie qui reste. Ça, c'est le premier cas. Le deuxième cas, on va le voir avec Novasco, c'est de prendre des entreprises qui vont plutôt bien, qui sont des entreprises modernes, c'est le cas de Novasco, t'y reviendras. Et là, qu'est-ce qu'ils font ? Plutôt que de le décharner et le mettre en faillite en quelques mois... Ils vont faire ce qu'on appelle un LBO, c'est-à-dire qu'ils achètent par une énorme dette, donc ils empruntent énormément, sauf que qui rembourse la dette ? Parce qu'en réalité, ils n'ont pas l'argent. rembourse la dette ? C'est l'entreprise. C'est-à-dire qu'ils le chopent avec une énorme dette contractée auprès des banques, qui sont complices aussi, mais ils disent « Attention, la dette, ce n'est pas nous qui allons la rembourser, c'est l'entreprise. » Et là, système d'aspiration de toutes les richesses de l'entreprise, et ils mettent complètement exsangue l'entreprise. C'est aussi le cas de Kemwan, qui est une énorme entreprise de chimie à côté de Lyon, chopée par Apollo, qui est passée de 10 à 700 millions d'euros de dettes en quelques années, et qui est maintenant exsangue, et il y a plusieurs milliers de salariés qui sont au bord du licenciement. Voilà comment ils s'y prennent, soit des fonds vautours, soit ces fameux LBO. Je m'arrête là, mais sachez que... y compris ce sont des usines ultra-stratégiques qui sont en train d'être saccagées et pillées, des usines d'armement, des usines de médicaments, Biogarant qui fait un tiers des médicaments génériques, où le Doliprane ont été accaparés, pillés actuellement, en tout cas accaparés par, en l'occurrence ici, des fonds britanniques ou des fonds américains, y compris des entreprises qui... approvisionne toute notre industrie d'armement. Je pense à LMB Aerospace, qui a été pris par un fonds américain, Lone Star, et qui fait les systèmes de refroidissement pour les rafales. Eh bien, ça vient d'être accaparé, là encore, par un fonds américain. Voilà, je m'arrête là, mais c'est vous dire à quel point c'est extrêmement important de parler de ce sujet et surtout de le combattre.
Merci, merci beaucoup Aurélie. Alors, évidemment, tu as beaucoup mentionné le cas de Novasco. On a la chance d'avoir Nicolas avec nous aujourd'hui. Cette entreprise, cet assiériste Novasco, qui a été placé en liquidation judiciaire avec des centaines de suppressions de postes à la clé. On peut dire que les fonds d'investissement l'adoraient, cette entreprise, parce qu'ils l'ont planté deux fois. On est d'accord, ce qui est quand même assez dingue. Est-ce que Nicolas, tu peux commencer tout simplement par nous dire dans quelle ville était située l'usine pour laquelle tu travaillais et qu'est-ce que vous fabriquiez ? Bonjour à tous. Il y a des soutiens visiblement.
Alors Asco Metal, qui est devenu Novasco par la suite, était dans la ville d'Agondange. On était la dernière assierie de Moselle. On fabriquait des aciers spéciaux qui étaient destinés à l'automobile essentiellement. Mais nos outils permettaient aussi de fabriquer des aciers spéciaux pour l'éolien, pour l'armement, pour le nucléaire. On avait des outils qui étaient de pointe. Et tout ça, malgré nos compétences, tout ça a fini par terre.
Tu peux raconter ce qui s'est passé, c'est-à-dire que vous avez été racheté successivement par plusieurs propriétaires qui à chaque fois vous ont fait très très mal finalement.
En fait, le groupe Ascométal appartenait à la base au groupe sidérurgique Séverstal, un groupe russe. Et en 2014, ils nous ont refourgué un fonds qui s'appelle Apollo, dont Aurélie vient de parler. Ces gens-là ont acquis le groupe par un système de LBO. Ils ont mis un quart de la somme et tout le reste devait être remboursé par l'entreprise. A l'époque, nous étions bénéficiaires. Ils nous ont tellement pressurés. On avait une dette telle qu'ils sont arrivés jusqu'à mettre en gage les outils de l'entreprise. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, vous travaillez tous les jours et sur le pupitre de commande de votre machine outil, il y a écrit, cet outil a été mis en gage. C'était vraiment
écrit dessus ? Oui, c'était totalement écrit. C'était hypothéqué, tu travaillais sur des machines hypothéques. Voilà.
Et en fait, ils ont essayé de pressurer un maximum, ce qui nous a amené en 2017 à notre premier redressement judiciaire. Premier redressement judiciaire qui nous a fait être pris par Franck Suppisson. qui maintenant est en justice pour escroquerie au jugement. Il
a été condamné,
il faut le dire. Il a été condamné pour la reprise du groupe Alpine Aluminium. Mais notre reprise aussi est en jugement actuellement. Entre autres choses, ce cher monsieur a pris tous les actifs de l'entreprise et les a mis au Luxembourg afin que le fisc français ne puisse pas y toucher. On s'est retrouvés encore une fois à Loss. Ce gars-là a aussi vendu les rares choses qui avaient de la valeur, comme on avait des barrages hydroélectriques qui fournissaient à la base en électricité nos installations. Ça représentait un petit bas de laine pour le groupe. Il a tout revendu à vil prix. On n'en a pas vu la couleur. On n'a pas eu le moins de centimes. Donc ce monsieur-là a quand même réussi à nous envoyer en deuxième fois en redressement judiciaire. Après, on a eu droit à un petit rayon de soleil. On a été repris par les Suisses allemands de Schmolzen-Bickenbach, qui sont devenus Swiss-Til. Alors eux ont essayé de remettre l'entreprise à peu près d'équerre. On a eu quelques investissements. Ça faisait des années qu'on n'en avait pas eu. Sauf qu'on a eu successivement la crise Covid, la crise de l'énergie. Et enfin, on s'est retrouvé avec la crise de la sidérurgie. Alors la crise de la sidérurgie, il faut bien vous rendre compte de ce que c'est. C'est la sidérurgie chinoise qui est largement subventionnée par son État, qui inonde le marché. avec par exemple la tonne d'acier qui est vendue moins chère que la tonne de minerais de fer extraites. Pour vous rendre compte, c'est comme si, par exemple, on vendait du pain moins cher que le grain. Le kilo de pain serait vendu moins cher que le kilo de grain de blé. Ça nous a juste plombé encore une fois et ça nous a encore remis en redressement judiciaire jusqu'à ce qu'on soit repris par Grébul.
est un fonds vautour anglais, lesté d'une réputation épouvantable,
on peut le dire. C'est ça, c'est ça. C'est un fonds de retournement, c'est-à-dire que ces gens-là se targuent de remettre les entreprises à peu près d'équerre. Et bon, évidemment, ils sont leurs petits bacs chiches en passant. Mais donc, lors du troisième RG, il était prévu. que ces gens-là mettent en propre 40 millions d'euros et que l'Etat en mette 45. Alors l'Etat a tenu parole, ce qui est suffisamment rare pour être souligné, mais Grébul n'a mis que 1,5 million, ce qui fait qu'on a crevé. On s'en est retrouvé à un quatrième redressement judiciaire, puis la liquidation. Et c'est comme ça que moi et mes 500 camarades, on s'est retrouvé à Pôle emploi. J'y suis toujours, parce qu'il faut voir que nous sommes des ouvriers spécialisés et que des aciéries électriques, on n'en trouve pas à tous les coins de France, malheureusement. C'est comme ça.
Émeric, est-ce que tu veux réagir à ce que Nicolas vient de raconter ?
à tous.
vais réagir à l'ensemble. D'abord pour rappeler que les richesses créées dans le pays, ce sont Nicolas et ses camarades et les travailleurs qui les produisent. Deuxièmement, tu as eu l'audace, Cyprien, de commencer un dimanche matin de la fête de l'UMA par François Hollande. C'était audacieux. La finance s'envisage, etc. N'oublions jamais que le principal bilan de François Hollande, c'est Emmanuel Macron. C'est un banquier à l'Elysée. C'est une série d'une demi-douzaine de lois travail sous Hollande et sous Macron qui ont affaibli le rapport de force au travail de 31 millions de salariés. C'est un pays sous Hollande qui est devenu champion d'Europe des dividendes. C'est un pays dans lequel, en 2023, le pays a battu le record du nombre de salariés rémunérés au SMIC. où les grands groupes français ont 62% de leurs emplois à l'étranger, c'est 38% en Allemagne, c'est 28% en Italie, et c'est deux pays qui s'en sortent bien mieux que nous dans la part industrielle dans le PIB. Le résultat de tout ça et de cette politique qui a été pensée depuis très longtemps, théorisée, le grand déménagement de nos industries a été théorisé, c'est que... Je vous donne une anecdote. Parlez aux camarades de l'automobile. Ils nous disent, Louis Schweitzer, il arrive dans les années 90, vous allez voir, ça va être exceptionnel. Moi, je vais faire plus de 5% de marge. Et le patron de Renault, c'est ça, à l'époque ? Il arrive à la tête de Renault, exactement. Merci, Cyprien, de préciser. Quelques années plus tard, une trentaine d'années, on a Tavares, Astellantis, qui nous dit, moi, vous allez voir, je vais faire 15% de marge. Et il y a même des industriels qui disent, mais arrête, nous, on ne va pas pouvoir suivre, ça ne marche pas. Et même des grandes entreprises, des grandes fiertés industrielles, comme Airbus, qui n'arrivent plus à rattraper notre déficit commercial, puisque nous avons un des pays les plus désindustrialisés d'Europe. Et bien, même à Airbus, où on a créé la 320, qui fait toujours la réussite de l'entreprise, il y en a plus de 820 avions. en production chaque année chez Airbus. Il y a eu le capital d'Etat qui a permis de financer l'investissement pour la 320. Il y a eu les grands industriels nationaux, la Gardère, etc. Et aujourd'hui, c'est le capital flottant qui est majoritaire à Airbus. Ça veut dire qu'on a un Tom Henders, qui arrive encore à la tête d'Airbus il y a quelques années, qui dit « Moi, je vais être intraitable sur la marge à deux chiffres. Je veux aller au-delà de la marge à deux chiffres, etc. » En 2016, Airbus a versé plus de dividendes qu'ils n'ont réalisés. de bénéfices dans l'entreprise. Voilà où on en est, de ce capitalisme financiarisé qui ruine la planète et l'économie à un rythme insoutenable. Nous sommes ici rassemblés pour dire plus jamais de Novasco, plus jamais de Vancorex. Notre appareil productif est à l'os. Il faut mettre l'industrie nationale sous le contrôle de la nation et avant tout sous le contrôle de ses travailleurs. Il y a une urgence. Et je remercie Aurélie Trouvé et Cyprien qui a quelquefois écrit des livres quand il n'est pas à la tribune de la fête pour révéler tous les mécanismes de cette finance sans visage. qui nous ruine aujourd'hui, c'est qu'il faut faire de l'industrie une grosse cause nationale. Il y a une urgence, un moratoire sur toutes les fermetures de sites. Parce que pendant qu'à Novasco, avant Corex, ils s'en vont... que les tribunaux de commerce protègent l'argent. C'est avec vos impôts qu'il va s'agir d'organiser la dépollution. Ça ne peut plus durer. Il faut mettre notre industrie sous le contrôle de la nation et que nous ayons un moratoire sur toutes les fermetures de sites dans le pays. Nous ne tiendrons plus à ce rythme.
Alors tu as dit beaucoup de choses, tu as quasiment fait tout le débat en une seule réponse, mais tu parlais d'Emmanuel Macron, c'est très bien parce que je voulais évidemment interroger Aurélie là-dessus. Je trouve que l'un des apports de la commission d'enquête parlementaire, c'est de montrer un peu la responsabilité des pouvoirs publics dans évidemment les malheurs de Novasco. Et ce que tu racontes, c'est qu'il y a tout un système qui favorise l'avènement de la finance prédatrice dans notre pays. Est-ce que tu peux nous parler de ça, c'est-à-dire des complicités politiques et du rôle joué notamment par Emmanuel Macron dans cet avènement ?
Je te remercie. Peut-être juste avant, je voudrais dire d'abord que dans cette commission d'enquête, il y a une chose qui a été compliquée. Ça a été de pouvoir auditionner les représentants de salariés, tout simplement parce que vraiment, je n'ai jamais vu ça. Le degré de terreur. Et je dis bien de terreur qui est exercée par ces fonds financiers sur les salariés. Et je dis gloire et honneur à tous ceux qui luttent contre la finance prédatrice à Novasco, aux Fonderies de Bretagne, en ce moment même. Aux Forges de Tarbes, je pense à Brigitte Fortier, qui est en ce moment traînée au tribunal par Europlasma, qui est une société écran d'infos voyous et gangsters qui s'appelle Alpha Blue Ocean. Gloire à elle, gloire à eux, aux syndicats de salariés qui font ce combat. Gloire à ceux qui luttent à Kemwan, à ceux qui luttent à Athos, qui luttent à la paire. Voilà, tous ceux-là sont en lutte actuellement. Et je vous jure, ils le font avec beaucoup, beaucoup de courage. Et ceux qui sont venus témoigner, comme ceux de l'effondrie de Bretagne dans la commission d'enquête, ils l'ont fait en prenant de très gros risques. Je peux vous le dire. Et heureusement qu'ils ont été là pour nous expliquer ce qui se passe en ce moment. Et vous savez qu'ils sont actuellement en lutte, parce que les fonderies de Bretagne sont à deux doigts d'être liquidées, là encore, par un fonds prédateur. Alors maintenant, on arrive à la partie où, j'ai envie de dire, ça vous donne envie de tout casser. Alors plutôt que tout casser, j'ai envie de vous dire surtout rendez-vous en 2027 pour empêcher d'ailleurs ce système nuisible. J'arrive à la partie qui peut être le plus vous indigner, c'est-à-dire, je pèse mes mots, la complicité. d'un système mis en place par Emmanuel Macron, pas dès 2017, mais dès 2014, quand il a été ministre de l'Economie, et je dirais même 2012, quand Hollande est arrivée au pouvoir et qu'il a nommé secrétaire général adjoint de l'Elysée. Ça commence à ce moment-là où il y a tout un système qui se renforce considérablement en faveur des fonds prédateurs. Bercy autorise, depuis 10, 15, 20 ans, les ventes, les cessions à des fonds prédateurs. LMB Aerospace, Biogarant, etc. Tout ça a été autorisé. L'effondrie de Bretagne, alors qu'on sait que c'est un fonds gangster, voyou, qui a été condamné plusieurs fois, autorisé, encore une fois, Perversy et le ministre de l'Economie. Les tribunaux de commerce qui, chaque fois, décident aussi des cessions à des fonds prédateurs. Et puis j'en arrive au pire. Votre argent, la banque publique d'investissement. C'est votre argent, monsieur Dufourque, son directeur, qui est là depuis 2013, nommé par François Hollande. Monsieur Dufourque l'a dit en commission d'enquête sous serment, c'est l'argent des Français. Et bien savez-vous que l'essentiel de la banque publique d'investissement est de votre argent placé dedans. A quoi ça sert ? Ça sert essentiellement à financer des fonds d'investissement. Et ils refusent obstinément. d'aider n'importe quelle entreprise en difficulté, quand bien même elle est absolument essentielle pour notre souveraineté. Savez-vous quel est le premier fonds d'investissement qui est financé par la Banque publique d'investissement ? Il s'appelle le fonds KT Capital, un fonds franco-chinois. Il est dirigé par, c'est emblématique, je vais vous faire comprendre ce qui se passe par ce cas-là. Fonds KT Capital, donc financé à mort par la BPI. Sachez que celui qui dirige un des associés, qui s'en met plein les poches, c'est, je cite monsieur Dufourque, mon ami Bruno Bézard. Il dit mon ami Bruno Bézard, d'accord, en audition. Mon ami Bruno Bézard, qui c'est ? C'est l'ancien DG de Bercy. Et savez-vous qui gagne plein de thunes en tant qu'associé dans ce fonds ? Là, accrochez-vous, le fils de monsieur Dufourque. Mais ce n'est pas fini. Savez-vous l'autre qui se fait plein de thunes en étant associé ou travaillant dans ce fonds ? Le fils de monsieur Pouyanné, le PDG de Total. Voilà. Est-ce que vous avez compris le système ? Vous ne pouvez pas imaginer le nombre d'anciens ministres qui actuellement se font des thunes pas possibles dans les fonds d'investissement. D'ailleurs, aller dans les banques, c'est has been. Maintenant, il faut aller dans les fonds d'investissement quand vous êtes un macroniste. Je le dis très clairement, monsieur Edouard Philippe est le candidat des fonds prédateurs. Autour de lui, vous retrouvez Nathalie Cochusco-Morizet, qui se fait plein de thunes dans un fonds français qui s'appelle Antin, qui est en train de mettre la main sur nos infrastructures publiques. Puisque vous retrouvez dans les fonds d'investissement l'ancien directeur cabinet de M. Darmanin. Puisque sa ministre de l'armée, Mme Parly, gagne maintenant plein de thunes dans les fonds d'investissement. Il est entouré de pantoufleurs. dans les fonds d'investissement. C'est le candidat des fonds prédateurs. Voilà pourquoi il faut en faire aussi un combat dans la campagne présidentielle contre cette finance prédatrice qui est en train de bouffer notre production. Donc je finirai simplement en disant oui, monsieur Macron, ancien banquier de Rothschild. a fait en sorte aujourd'hui d'avoir un système d'extraction extrêmement brutal de nos richesses et des richesses que crée l'ensemble des travailleurs et travailleuses dans ce pays. Donc faisons-en notre combat, un réel combat contre la finance. Celui qui s'était annoncé ennemi de la finance en réalité a fait en sorte que soit mis un système en place, un système de prédation absolument horrible qu'il nous faut maintenant mettre à bas.
Merci Aurélie. Il y a un acteur dont vous avez tous parlé, c'est la justice commerciale, ce qu'on appelle les tribunaux de commerce, qui ont quand même le droit de vie et de mort sur les entreprises en difficulté dans ce pays. Et tous les trois, vous avez des choses à dire sur ce sujet. Peut-être commencer par Aurélie, qu'est-ce que tu as découvert sur ces tribunaux au cours de ton enquête ?
vais être plus rapide là-dessus, mais c'est important. Prenez celui, par exemple, qui a homologué la cession de l'APER, les magasins. Vous connaissez du coup les magasins de bricolage. L'APER a été vendu par le PDG de Saint-Gobain. et Saint-Gobain, a un fonds vautour allemand mutaresse qui est en train de capter et de piller et saccager, c'est un fonds vautour, plein d'entreprises dans notre pays, par exemple Valor, l'industrie automobile et tant d'autres, ou Teamtex qui faisait des sièges auto, etc. Sachez que celui qui a homologué cette décision, c'est le tribunal de commerce de Paris et son président. que j'ai auditionné dans la commission d'enquête. Sachez que ce président du tribunal de commerce de Paris, il vient lui-même d'Eurasio, qui est un fonds d'investissement. Vous voyez ? Donc ce que je veux dire, juste là aussi, je vous donne cet exemple pour vous rendre compte qu'on a un énorme problème avec la manière dont fonctionne la justice commerciale et les tribunaux de commerce. Et donc il est temps dans ce pays, là encore, de transformer, de refaire la justice commerciale du sol au plafond dans ce pays.
Je sais que toi aussi, tu as un regard très critique sur les tribunaux de commerce. Est-ce que tu peux nous dire ce que tu penses des problèmes finalement que crée cette justice très particulière dans le pays et quels intérêts ils défendent finalement vraiment ? Tu veux répondre toi ? Vas-y d'abord.
qu'ils protègent leurs intérêts avant tout. De mon expérience personnelle, Lors du troisième redressement judiciaire, il y avait une petite ligne du contrat qui disait que si Grébul ne tenait pas ses engagements, l'Etat devait récupérer les actifs du groupe et de fait nous nationaliser. On n'a pas été nationalisés. D'ailleurs, avant le troisième redressement judiciaire, il y avait un aciériste italien qui devait nous reprendre, Venete. qui demandait 12 millions. Le deal était pratiquement conclu. Même le conseil régional voulait avancer l'argent. Sauf que le ministère de l'Economie a tapé sur les doigts du conseil régional en leur disant que ce n'était pas à eux d'avancer ce type de fonds. Ensuite, le ministère a planté les négociations avec Veneté et nous a jetés dans les bras de Grébul. Grébul qui au final demandait 85 millions d'euros pour un projet fumeux où on devait entre autres fournir Europlasma en corps creux pour faire des obus de 155 mm et fournir ainsi l'industrie de la défense. Cet argent, je veux dire 12 millions... En regard des 85 qui ont finalement été conclus, c'est notre argent. Et en fait, je suis persuadé que ces gens-là s'arrosent avec l'argent public et que des entreprises comme la nôtre crèvent. Quel est le problème, après tout ? On peut crever, on est des, paraît-il, descendants.
Encore une belle formule de François Hollande, qui décidément est rhabillé pour l'hiver aujourd'hui. Émeric, peut-être que tu voulais réagir sur tout ce qui a été dit sur les tribunaux de commerce et plus généralement les complicités qu'on pointe depuis tout à l'heure.
Non, mais d'abord l'État. Souvenons-nous de ce qu'on nous raconte depuis des années. On a eu Jospin qui nous dit que l'État ne peut pas tout faire. Avant lui, quand Mitterrand a fait le virage de la rigueur, on nous a dit qu'il faut un État stratège. On est passé de l'État stratège à l'État ne peut pas tout faire. Et l'État ne fait plus rien. Et il a le pouvoir d'agir. Nicolas vient de le rappeler, parfois avec des codiciles dans les contrats, mais en tout cas, quand de l'argent public est versé, nous pouvons agir, nous pouvons décider. Je prends un exemple, dans mon département, tout le monde l'ignore, mais le chantier de l'Atlantique, qui a été détenu par Alstom, vendu à des Norvégiens, des Coréens, il est nationalisé. Personne ne s'en plaint, pas même les capitalistes du monde entier qui viennent y produire des paquebots. Je ne dis pas que c'est ça qu'il faut faire, mais c'est ma deuxième conclusion. C'est que l'Etat peut agir, mais que nous n'avons pas besoin de changer des gens à la tête de l'Etat. Vous n'entendrez jamais un communiste vous dire... Votez pour moi et tout va changer. La question c'est qui travaille, qui produit. Ils travaillent, ils produisent, ils décident et ils contrôlent l'argent public qui est octroyé. C'est ça la vraie question. C'est que cet argent public, et mon ami Fabien Gué a révélé les 211 milliards d'exonérations et d'aides publiques qui sont mal conditionnés, au mieux quand c'est conditionné, ce sont des trappes à bas salaire, mais surtout ils ne sont pas contrôlés. Et ils ne sont pas contrôlés, non pas par quelques experts de Bercy, et même si on met des bons technos. Ils ne sont pas contrôlés par les travailleurs eux-mêmes, parce que c'est Nicolas qui sait ce qu'il a besoin sur son site de production pour changer la donne. Il sait les clients, il sait la chaîne de production. Et donc on laisse détricoter notre industrie. On a besoin de ces aciers spéciaux pour l'industrie automobile. On a besoin, Vincorex, des solutions chimiques extrêmement précises qui jusque-là alimentaient toute une grande chaîne dans la vallée de la chimie. Et si nous en avons besoin, alors il faut que nous nous en saisissions, et je reviens à la question, sur les tribunaux de commerce. C'est trop court, on met des salariés. avec leurs aides, la lutte, les élus locaux, les cabinets d'expertise qui sont mobilisés par les CE pour aider à lire les comptes, dans une seringue. Ils n'ont pas le temps. Deuxièmement, comment voulez-vous que des tribunaux de commerce ou seuls sièges des économistes et des patrons soient au service des travailleurs, du travail, de l'emploi et de l'industrie ? Ils sont au service du capital et ils ont pour première mission... de faire valoir les intérêts des créanciers. Donc il faut inverser la vapeur. Il faut qu'ils soient au service du travail et des travailleurs. Il faut qu'ils soient au service du maintien du tissu industriel sur nos territoires. Et donc, si vous m'écoutez depuis le début, il faut que les travailleurs y soient et qu'ils décident, eux, de l'avenir de nos entreprises. Tout ça peut être fait, évidemment, avec de grandes réformes. D'abord avec de grandes batailles politiques et sociales pour ne pas les laisser faire.
Merci, merci Emeric. Vous l'aurez compris, l'idée du débat d'aujourd'hui, c'est pas seulement de dresser un constat apocalyptique de la situation, c'est aussi de réfléchir aux façons de lutter concrètement contre le pouvoir de cette finance prédatrice dont on parle depuis tout à l'heure. Emeric a déjà commencé à avancer des propositions, on va continuer à le faire. Aurélie, dans... dans le rapport rendu par la commission d'enquête, il y a tout un volet très détaillé, d'ailleurs, comprenant des propositions concrètes. Est-ce que tu peux en évoquer quelques-unes ? Est-ce qu'il y a, d'après toi, des pratiques à encadrer ou à interdire d'urgence
Cyprien. Oui, c'est important d'aller maintenant sur ce qu'on fera si nous gouvernons pour faire en sorte que... Il n'y ait plus jamais de Novasco et de ce qui s'est passé, qu'on arrête ce saccage et ce pillage. Mais avant de commencer là-dessus, je voudrais juste rappeler ce à quoi on fait face et pourquoi il se passe ça. Parce que c'est tout un système qui permet d'abord, je l'ai dit, de sortir du 20% aux gros propriétaires de capital. Mais pourquoi on arrive à un tel système violent et brutal ? Parce qu'il faut bien voir qu'on a un capitalisme financier qui a tellement exploité le travail et le vivant. qui reste moins à exploiter, et donc il faut aller encore de manière beaucoup plus violente et autoritaire dans l'exploitation. D'où d'ailleurs le rôle de l'extrême droite, puisque l'extrême droite, c'est la poursuite et l'exacerbation de cette logique. Voyez bien qu'il faut maintenant un système autoritaire, liberticide, fasciste, tout ce que vous voulez, qui divise le peuple et les salariés, pour pouvoir aller encore plus loin dans l'exploitation. Raison pour laquelle l'extrême droite est véritablement la meilleure alliée de ce système d'exploitation et de prédation. Raison pour laquelle je vous dis, on aura face à nous Edouard Philippe, candidat des fonds prédateurs, et Marine Le Pen, candidate des grands patrons et des grandes fortunes, et du saccage et du pillage liberticide et autoritaire et fasciste. Voilà ce à quoi nous ferons face en 2027. Il faut comprendre aussi que c'est un système qui arrose, qui arrose en chopant toute la trésorerie, comme tu l'as expliqué avec Gréboule. Gréboule pille et ensuite arrose des cabinets de conseil, arrose des associés de fonds, les recyclés des DG de Bercy et des ministres, etc. Voilà, c'est ça à quoi on fait face. Qu'est-ce qu'il faudrait faire quand nous gouvernons ? pour mettre à bas cette finance prédatrice. Premièrement, interdire tous les mécanismes prédateurs de cette finance. Par exemple, oui, les LBO, les Leverage Buyout, devraient être interdits dans ce pays. On ne devrait pas pouvoir aujourd'hui faire ce système de dette qui pille les entreprises. Le système, je suis désolée, je vous arrose moi-même de sigles un peu abscons, mais il faut que vous l'ayez en tête parce que derrière, il y a des milliers d'emplois qui sont menacés. Le système d'Ocapsa, c'est un système de dilutif d'action, je vous passe les détails. Mais c'est ça qu'utilise aujourd'hui Alpha Blue Océan pour piller l'effondrie de Bretagne, Val d'une, les forges de Tarbes, etc. Ça aussi, ça devrait être interdit, point barre. On ne devrait pas pouvoir faire des OCAPSA dans ce pays. Le contrôle des investissements étrangers, je porterai d'ailleurs une proposition de loi dans la niche parlementaire de la France Insoumise contre ça dans quelques semaines. Le contrôle des investissements étrangers, ça ne va pas. Novasco a été vendu à Apollo puis à Greboul sans même un contrôle des investissements étrangers. Quoi, on considère que ce n'est pas stratégique, que ce n'est pas sensible dans le pays ? L'acier vert, les fours électriques, on s'en fiche ? Allez, on vend ça à Apollo, le plus grand fonds américain, et puis après un fonds britannique prédateur, allez, s'il n'y a pas de soucis. Tout compte, c'est ce qu'on va proposer dans la proposition de loi, tout. Toute entreprise du type Novasco, toute usine d'acier, de chimie, toute entreprise qui a un tant soit peu vocation à être stratégique dans la conversion de notre pays, aujourd'hui devra faire l'objet d'une autorisation par le gouvernement. Il y en a marre de ce pillage par les fonds américains et par les fonds étrangers de notre économie. Pour vous dire, parce que là, maintenant, le problème, c'est qu'on peut dire « Novasco, comment on fait ? » Eh bien, je vous le dis aussi, il y a deux leviers extrêmement importants. Le premier, c'est une banque publique des besoins. La banque publique d'investissement sera refondée. On la transformera en banque publique des besoins productifs au service des besoins et uniquement des besoins de ce pays et pas des fonds d'investissement. Et elle est radrainée. Elle ira drainer l'épargne de ce pays pour éviter que notre épargne se retrouve dans les assurances-vie qui, ensuite, vont investir à l'étranger et pas dans notre système productif ou qui vont enrichir des ultra-riches. Enfin, on n'arrivera à rien sans donner le pouvoir aux salariés dans l'entreprise. A rien du tout. Donc, un droit de veto des salariés. Il y a plein, évidemment, de propositions et de choses à faire pour donner le pouvoir aux salariés dans les entreprises. Moi, j'en retiens déjà deux premiers leviers à mettre immédiatement, deux mesures à mettre immédiatement en œuvre. Un, le droit de veto des salariés et des CSE sur n'importe quelle décision de licenciement et de PSE. Deux, et le plus important... Droit de préemption des salariés de toute entreprise en difficulté avec l'aide de la banque publique des besoins productifs. Oui, Novasco aurait dû être prise par ses salariés. Ceux qui connaissent le mieux leur entreprise, ceux qui sont le plus à même de sauver une entreprise en difficulté, ce sont les salariés eux-mêmes. On aurait dû vous donner les moyens de reprendre une telle entreprise comme Novasco et vous en auriez fait un leader mondial de l'acier vert. Et bravo à tous les salariés en lutte qui aujourd'hui luttent pour reprendre leur entreprise en coopérative en 2027. Donnons-leur les moyens de le faire.
Nicolas, on a très souvent tendance à dire que l'Etat ne fait rien contre les fonds et contre la finance prédatrice. Alors, dans ton cas à toi, c'est pas... Alors, c'est très souvent vrai, mais c'est pas complètement faux. C'est pas complètement vrai, pardon, dans ton cas à toi, parce que le ministre de l'Industrie a annoncé son intention, je crois qu'il l'a fait d'ailleurs, de porter plainte contre le fonds Greybull au motif que ce fonds a coulé, tu l'as raconté, votre usine, sans respecter ses engagements. Qu'est-ce que tu penses de cette intervention ? Je sais que tu es assez critique, mais en tout cas, comment est-ce que tu as vécu cette action de l'Etat
? Tu l'as dit, je suis assez critique. En fait, il y a pas mal d'hypocrisie là-dedans. C'est bien que l'Etat fasse cette action en justice, car nous, salariés, avons aussi fait une action en justice contre Grébul. Ça va donner du poids au tribunal. Maintenant, encore une fois, et comme je l'ai dit tout à l'heure... Si l'Etat avait voulu nous sauver les miches, ils auraient pu. Et ils ne l'ont pas fait. Aurélie aussi l'a dit tout à l'heure. L'usine d'Agondange, c'était une aciérie électrique. On ne parle pas d'un haut fourneau dégueulasse. C'était une aciérie électrique avec une coulée continue verticale. Les spécialistes de la sidérurgie savent de quoi je parle, mais une coulée continue verticale, il y en a deux en Europe. Une en Grande-Bretagne, qui d'ailleurs a été nationalisée par le gouvernement. Et il y en avait une chez nous. Il fallait nous nationaliser. Camarades, notre usine, son problème n'a jamais été la qualité. Nous étions les meilleurs en Europe. Les meilleurs. On avait parmi nos clients des gens comme Toyota, des gens comme Stellantis. On fournissait tous ces gens-là. On n'aurait jamais dû crever. Jamais. C'est une honte que Novasco ait pu crever aussi durement. Rendez-vous compte. Les deux tiers encore de mes camarades sont encore à Pôle emploi parce que ce sont des ouvriers spécialisés. Quand je les revois, j'ai mal. D'ailleurs, je vous remercie d'être tous là. Ça me donne de la force. Encore merci camarade.
'abord, nous appelons de nouveau une nouvelle industrialisation. Il ne s'agit pas de revenir à un état précédent ou à un âge d'or. Il y a un certain nombre de choses qui ont été dites. Je veux insister vraiment sur un point. Nous sommes à l'os. Notre appareil productif est en danger. Nous sommes en train d'atteindre le point de non-retour. Au-delà des drames personnels que vivent les camarades de Nicolas, il y a un pays à l'abandon. On a théorisé la société post-industrielle, théorisé qu'il y aurait des pays de tête d'oeuvre et des pays de main d'oeuvre. On a tout perdu, la tête d'oeuvre, la main d'oeuvre et on est les derniers de la classe en Europe. Avec Fabien Roussel, nous proposons de rattraper la moyenne industrielle qui est à plus de 15% de part de l'industrie manufacturière dans le PIB. Ça nécessite de créer 2 millions d'emplois. Ça nécessite, on l'a déjà dit, un moratoire sur les fermetures de sites, un droit de veto qu'on laisse les pouvoirs publics, les élus locaux, les travailleurs eux-mêmes utiliser un droit de préemption lorsque c'est nécessaire sur un certain nombre de sites. Et ça nécessite de pouvoir... financer tout ça. Donc ça nécessite d'avoir un pôle public bancaire, non pas au service de la finance, mais un pôle public bancaire en nationalisant des banques, qui pourrait conditionner l'accès au crédit. Ils ont accès au crédit, les entreprises, beaucoup quand même. Il y a 2000 milliards d'encours de crédit pour les entreprises dans le pays. Mais il faut conditionner tout ça à la décarbonation de nos industries, à la création d'emplois et aux investissements productifs. certain nombre de boîtes, on laisse l'appareil productif crever. C'est ce qu'est en train de faire Mittal, mais je ne lance pas le débat parce qu'Aurélie et moi, on a beaucoup de choses à dire sur le sujet, mais on est en train de laisser crever la sidérurgie. On peut parler de la situation de Novasco. Donc on peut réindustrialiser le pays. On a les outils pour ça. Et ce que disait Aurélie à l'instant, moi, pour le coup, j'inverserai la hiérarchie des normes, c'est d'abord... les nouveaux pouvoirs pour les salariés, d'abord l'abrogation des lois travail, et d'abord les écouter eux sur ce qu'ils ont à dire et comment ils pourraient... Contre proposer qu'au moins on examine et qu'on leur laisse le temps dans les tribunaux de commerce d'examiner tout ça, mais pas exclusivement dans les tribunaux de commerce. On vient de faire la démonstration. Le chantier naval a été nationalisé. Pendant le Covid, on a réquisitionné des entreprises. C'est possible, l'État peut le faire. Nous avons un décret qui définit des filières stratégiques sur lesquelles on pourrait empêcher la prédation étrangère. Ils pourraient de ces fonds votants. parce qu'après tout, l'argent n'a pas de patrie. Et je vous ai dit que les capitalistes français étaient parmi les pires d'Europe de ce point de vue-là. Mais on pourrait faire une grande conférence nationale sur l'industrie, avec les travailleurs, avec les organisations syndicales, avec les élus et les élus locaux, les parlementaires, pour élargir l'assiette de ces filières stratégiques que nous voulons reconstruire dans le pays. Alors évidemment, il ne s'agira pas de résoudre tout ça dans les urnes. Il faut qu'on soit tous conscients. qu'il n'y a pas de mondialisation capitaliste heureuse et qu'il nous reste à lutter, lutter, lutter encore. Et nous sommes nombreux. Nous sommes des millions. Nous sommes une force formidable quand elle se met en mouvement. Elle a déjà réussi à conjurer le pire lorsqu'il arrive dans l'histoire. Et il est en train d'arriver. Et il ne s'agit pas simplement d'agiter le chiffon rouge de la menace fasciste. Elle est bien réelle. Mais relisons Gramsci, que l'extrême droite a beaucoup plus lu que nous. j'ai l'impression ces derniers temps, ils nous montrent comment, lorsque les forces réactionnaires, le capital n'ont plus la base politique, ils utilisent la coercition. Et depuis des années, et pas uniquement depuis Macron, en réalité... depuis Valls et les lois de travail. Les syndicalistes sont pourchassés, ils sont inquiétés. On est allé jeter dans les tribunaux jusqu'à des secrétaires confédéraux de la CGT. Ça n'était pas arrivé depuis des dizaines d'années. A la CGT, un millier de syndicalistes, selon leur recensement, qui sont inquiétés par des décisions budgétaires. Il faut les mettre sous notre protection. Ils se battent pour l'intérêt général. Ils se battent pour notre nom à tous. Parce que derrière les Novasco et les Vincorex, il y a notre appareil productif. Il y a un pays qui produit. Il y a un pays qui vend, qui produit, qui génère des cotisations sociales. Donc c'est notre bien à tous ce qu'ils produisent. nous pourrons, je crois, arriver à conjurer le pire. Merci.
Ce
sera
le mot de la fin. Merci beaucoup à tout le monde d'avoir assisté à ce débat. Merci à nos invités d'être venus et de nous avoir raconté tout ça. Merci beaucoup et bonne fin de fête à vous.