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On est toujours surpris de voir ces grandes places avec autant de monde. Alors les réalisations sont fournies par la France insoumise et il faut toujours le préciser, on a pu suivre ce discours en direct. Est-ce que ce qu'il fait là, Antoine Oberdorf, les autres candidats n'y arrivent pas ?
tout à fait, parce qu'on est de toute manière dans la geste mélenchonienne classique, tel que nous l'avons connu par le passé lors de campagnes où l'on voyait Jean-Luc Mélenchon s'exprimer par exemple depuis le Prado à Marseille, depuis là aujourd'hui la braderie de Lille, depuis évidemment la cathédrale de Saint-Denis, la basilique de Saint-Denis.
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Comment il arrive à rassembler, vous qui suivez la France insoumise ?
Il y a une logistique, c'est une machine de guerre électorale qui est taillée pour un homme sur mesure, qui parvient à drainer une population considérable. parce que la personnalité de Jean-Luc Mélenchon, y compris toute la sulfure, toute l'odeur de soufre qui l'entoure, attire énormément de monde, et parce que la logistique est parfaitement huilée, parfaitement rodée. La France insoumise, c'est ce mouvement gazeux, comme l'a théorisé Jean-Luc Mélenchon, qui, sans avoir de parti bien codifié, parvient à drainer des milliers, des dizaines de milliers de personnes qui viennent le voir en bus, qui viennent le voir parfois de très très loin, et j'en suis sûr aujourd'hui encore. qui sont venus le voir de villes attenantes à l'île de Roubaix, peut-être, où dirige David Guiraud, l'un de ses lieutenants. Et ils viennent, pourquoi ? Parce qu'il y a cette faconde, parce qu'il y a cet art oratoire qui est propre à Jean-Luc Mélenchon et qui fait qu'il va vous vendre du rêve pendant près d'une heure, sans texte. Alors justement,
oui, c'est très impressionnant de voir à quel point il a cette rhétorique et cet art du discours. Avant de vous entendre, on a choisi un angle, il a dit beaucoup de choses, il a pilonné l'ERN, on y reviendra. Il est revenu aussi sur sa proposition choc de brûler une partie de la dette, d'en annuler une partie, celle détenue par la BCE. Mais nous, on voudrait savoir, puisque c'est la priorité des Français, ou quasiment la priorité des Français selon un dernier cluster 17, après les questions de sécurité, si c'est lui ou pas, à vos yeux, le candidat du pouvoir d'achat. Ce
qui est certain, c'est que dans cette élection présidentielle où on voit démarrer la campagne, tous les candidats à cette élection devront avoir une opinion et des propositions en matière de pouvoir d'achat. De manière historique, Jean-Luc Mélenchon s'est toujours positionné du côté du pouvoir d'achat. Donc là, il n'y a rien là. de neuf. Quant à dire si ce serait l'unique candidat du pouvoir d'achat, il est évident que ses adversaires, ses compétiteurs le lui disputeront dans les mois à venir au cours de cette campagne. Tout
le monde en parle en cette rentrée, parce que tout augmente, on est à 2,4% d'inflation sur le dernier trimestre, chiffre de l'INSEE. Tout le monde parle des salaires, il y a beaucoup de propositions, la TVA sociale rapprochait le net du brut. Lui, on l'a entendu, il veut bloquer. Bloquer les prix du carburant, indexer tous les salaires sur l'inflation, augmenter le SMIC à 1 600 euros net, ça ferait 120 euros de plus. Est-ce que ça, c'est audible ? Est-ce que ça, ça peut marcher ? Est-ce que ça peut lui faire gagner plus que les 18% d'intention de vote dont il est crédité aujourd'hui à 8 mois du premier tour ? Henri Vernet.
Alors, est-ce que c'est crédible ? Là, ça, c'est un peu aux économistes de réponse. Il y a pas mal de doutes dans un État qui est quand même... Une économie qui est aujourd'hui à l'os. Ça paraît difficile. Néanmoins, est-ce que pour autant, il faut renoncer à le promettre ? Bien sûr que non, parce que vous l'avez dit, c'est la première préoccupation des gens. C'est vraiment là-dessus, en effet, que sont... les candidats, d'autant plus qu'à la dernière présidentielle, tous les débats sur tous les thèmes ont été un peu escamotés. C'était une non-campagne en 2022. Donc là, c'est vraiment l'occasion de revenir, de revenir avec des propositions, de revenir avec une vision. Lui, c'est vrai qu'il veut s'installer comme ça. Alors, il a quand même, il n'hésite pas à sortir des mesures qui sont... par certains aspects d'un ancien temps. Il le dit, blocage des prix, restauration... Sur le carburant, notamment. Sur les carburants, oui, mais des loyers aussi, blocage des loyers. En effet, les augmentations dont vous avez parlé, qui seraient conduites de manière assez incitative. D'ailleurs, moi, ce qui m'a frappé, c'est que tout au long de ce discours, il s'est adressé nommément à certains patrons. Il a pris, par exemple, ceux de la grande distribution, Bonpart pour Carrefour, Leclerc, évidemment, pour ses centres. Il s'en est pris également au MEDEF. Revenons justement, parce que ça maintenant, c'est une arme qui lui a été fournie. Vous savez, quand il revient sur les ricanements qui ont été accueillis dans le parterre des patrons lors du grand oral au MEDEF, et ça, il s'en sert parce qu'évidemment, ça l'aide à antagoniser ceux qui sont pour, surtout, ne rien donner, ne rien céder sur ce plan du pouvoir d'achat. Et lui qui vient avec ça. Donc des mesures un peu, j'allais dire, presque dirigistes. C'est en ça que je dis presque des vialunes sur certains plans. Mais la manière dont il le présente, c'est vrai avec ce que soulignant Antoine Laberdov, c'est-à-dire... Cette espèce de lyrisme qu'il arrive à mettre, l'humain à chaque fois, il y revient. Cette façon de s'adresser directement aux gens, le tutoiement par exemple, tout cela, c'est vrai que ça le positionne comme quelqu'un qui, le grand défaut aujourd'hui qu'il est reproché aux politiques, c'est de ne pas être proche des gens. Lui, il essaye en tout cas de montrer le contraire.
Alors sur la question des salaires et du pouvoir d'achat, on voit bien que la rentrée dans cette campagne présidentielle se fait sur ce thème. On aurait pu imaginer un autre thème, un thème très social. Et très concernant, comme on dit, Pablo Piovivien, est-ce que c'est le plus audible sur ces sujets ? Parce qu'en fait, là, quand il interpelle les patrons au MEDEF, il leur dit, si vous n'augmentez pas la salaire... Ce sera la récession. Il est
dans
une situation de dire, il y a les Français qui vous regardent, maintenant il faut augmenter, et sinon c'est l'État qui décide en les obligeant par l'augmentation du SMIC.
Exactement. Moi je pense que Jean-Luc Mélenchon n'est pas tant le candidat du pouvoir d'achat que le candidat du pouvoir du peuple. C'est ça sa proposition. Il dit, nous pouvons collectivement reprendre les rênes, redonner une direction à la France si nous le choisissons. C'est pour ça que je vais m'opposer à la première phrase qu'a dite Henri Vernet dans sa réponse. Il a dit, vous posez la question, est-ce que c'est crédible ? Ça, c'est aux économistes de répondre. Et bien justement, Jean-Luc Mélenchon, il dit non, c'est pas aux économistes de répondre si c'est crédible. C'est redonner de la marche aux politiques et donc c'est redonner de la marche à la souveraineté populaire, c'est-à-dire collectivement au peuple. C'est ça qui décline dans l'ensemble des propositions qu'il fait. Ensuite, je vais aussi... Mais quand vous dites que c'est
le candidat du pouvoir du peuple... C'est ce qu'il veut être en tout cas. C'est ce qu'il veut être. Est-ce que c'est aussi le candidat du populisme ? Parce que pouvoir du peuple, oui, c'est la démocratie, populisme, c'est souvent synonyme de promesse non tenue.
Il s'avère que Jean-Luc Mélenchon a un temps, il n'utilise plus beaucoup, mais complètement embrassé ce concept. Il voulait être le populiste de gauche, donc il ne voyait pas dans ce terme des choses absolument négatives. Mais juste un mot, parce que c'est quand même intéressant. revient sur ce que disait Henri Vernail, il disait oui c'est un peu dirigiste et vous vous avez dit oui c'est vrai qu'il y a beaucoup de choses, c'est l'État à la fin qui décide et ça c'est vrai que c'est assez nouveau. L'État fixe
par décret le montant du SMIC.
Exactement, fixe par décret le montant du SMIC. Que les entreprises
doivent appliquer.
Il y a énormément la planification, c'est l'État qui décide, etc. Donc c'est vrai qu'il y a énormément de choses dans le discours de Mélenchon qui passent par un état fort et ça c'est... Moi qui le suis depuis pas mal de temps, depuis le début de son aventure insoumise en tout cas, c'est assez nouveau de remettre l'État au centre. Et aujourd'hui, il pense que c'est le levier le plus puissant pour faire une proposition qui soit raccord avec ce que veut le peuple. Après, savoir s'il va pouvoir avoir toute l'attitude dans l'utilisation de ce levier pour mener à bien les politiques qu'il entend mener sur la question de l'annulation de la dette, sur la question des... financement des services publics sur la question de l'alimentation ou du pouvoir d'achat. Ça, c'est une autre question. Mais en tout cas, c'est vrai qu'il a identifié ça comme étant... vraiment l'outil principal qu'il utilisera s'il est président.
On va regarder les dernières intentions de vote. Ce qui est certain, c'est qu'il fait la campagne qui lui permet d'être dans la plus belle dynamique, si j'ose dire, en cette rentrée scolaire. Il est à peu près accrédité à 18%, 17, 18. Il y a deux mois, c'était 15. Donc s'il fait deux points de plus chaque mois ou un point chaque mois, on voit que le second tour est complètement à sa portée. Quels sont les thèmes les plus porteurs ? Ce qui m'a marqué, c'est qu'en début de meeting, il ne parle pas du pouvoir d'achat, alors que c'était son sujet. Il remet au fond quelques mots pour parler à son public. La résistance, qu'est-ce qui le porte ? Qu'est-ce qui va pouvoir lui faire gagner des points, selon vous ? Le social ou d'autres sujets ? Ce
qui marche avec Jean-Luc Mélenchon, c'est l'alliage de, en réalité, l'essence populiste qu'il porte depuis le départ du Parti Socialiste en 2008 et la fondation du Front de Gauche. Alors là, on est sur les thèmes classiques, pour aller la dette. désobéir à l'Union européenne, abat l'orthodoxie budgétaire et évidemment le dictat de Maastricht. Ça, on est dans la plus pure essence populiste et la volonté de redonner du pouvoir d'achat aux gens, y compris en mettant par-dessus bord évidemment les théories économiques classiques. Et simplement, Jean-Luc Mélenchon s'est aperçu qu'en 2012 et puis en 2017, alors qu'il lui manquait 600 000 voix pour parvenir au second tour, qu'il fallait aller sur un autre registre. Et cet autre registre, c'est un registre... plus identitaire, plus ethnique en réalité, qui l'a conduit à parler de Nouvelle-France et qui l'a conduit à prononcer le slogan qui était habituellement employé à l'extrême droite lors de son meeting à samedi, c'est « On est chez nous ». Et là-dessus, il n'est pas anodin de voir qu'il commence son discours par reposer la barrière et le clivage antifasciste, parce qu'il sait qu'à la fin des fins, sur une barricade, il n'y a que deux côtés et qu'il faudra donc amener… chacun à se positionner par rapport à ce clivage-là, y compris des gens du centre au second tour, qui seront mis en demeure de choisir entre Marine Le Pen et lui, première chose.
Mais parce que dès que le vote utile contre le RN, ce sera lui.
Absolument, parce que Jean-Luc Mélenchon, par une sociologie un petit peu aux doigts mouillés, est convaincu que de toute manière, le petit bourgeois invertébré, comme il l'appelle, au moment d'aller voter au second tour, passe certes une mauvaise nuit, mais entre Marine Le Pen et lui, il saura s'y retrouver et dans l'isoloir faire le bon choix. Raison pour laquelle Jean-Luc Mélenchon tire sur l'élastique du front républicain. Il y tire, il y tire, il y tire. Il est sûr qu'à la fin, ça reviendra en sa faveur. Et puis, évidemment, l'autre polémique de la semaine, elle lui a été servie par le Rassemblement national, avec lequel il joue un face-à-face permanent. C'est celle du voile. Et en l'espèce, Jean-Luc Mélenchon sait se positionner depuis au moins la marche contre l'islamophobie avec le CCIF comme un... un bouclier protecteur de la communauté musulmane de France.
La France ne sera pas ce pays qui relancera la guerre des religions, a-t-il dit, au tout début de ce discours. Alors même qu
'il sait qu'en réalité, il est évidemment honni par toute une partie de la communauté juive, ce n'est pas grave. Lui, il a les siens. Et les siens, c'est la communauté musulmane de France.