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Brigitte et Emmanuel Macron sont attendus aujourd'hui à Londres. Le couple présidentiel français doit assister à l'inauguration de l'exposition de la tapisserie de Bayeux au British Museum, un prêt historique voulu par le chef de l'État français pour renforcer la relation franco-britannique. On en parle avec l'invité de A la Une, Hugo Fresnel. Bonjour, vous êtes historien médiéviste, maître de conférence en histoire médiévale à l'université de Picardie, Jules Verne. Merci d'avoir accepté notre invitation. On va le rappeler, cette tapisserie, ce n'est pas une tapisserie, c'est une broderie en réalité. Est-ce que vous pouvez nous dire en quelques mots ce qu'elle représente ?
merci pour votre invitation. Cette tapisserie, qui est en effet une broderie, qui fait à peu près 70 mètres de long sur 50 cm de largeur, représente la conquête de l'Angleterre par le duc de Normandie, Guillaume le Conquérant, en 1066, et en particulier la bataille centrale de cette conquête, qui est la bataille d'Astings.
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Alors vous avez parlé justement de la bataille d'Asting, c'est l'histoire principale, mais il y a d'autres histoires en marge qui sont racontées sur cette broderie. Quel message ça porte ?
en effet, la tapisserie commence avant la bataille, c'est-à-dire au moment où le roi d'Angleterre, Édouard le Confesseur, aurait promis à Guillaume d'en faire son successeur, et elle est incomplète. On n'a pas la fin de la tapisserie, elle se termine avec la fin de la bataille, mais on imagine que ça devait aller jusqu'au couronnement Guillaume le Conquérant. Pendant longtemps, on a estimé que cette tapisserie était plutôt pro-normande. À l'inverse, certains historiens pensaient qu'elle était plutôt favorable aux Anglais. Maintenant, plutôt que de voir cette opposition binaire, on pense qu'elle est plutôt une œuvre à la fois pour les Anglais et pour les Normands, une œuvre plutôt qui est autour d'une idée de réconciliation, de nouveau royaume autour du nouveau roi.
Alors justement, qu'est-ce que ça raconte sur les relations entre l'Angleterre et la France, qui traite souvent son voisin de père Fidelbion
on n'est pas encore... Au XIe siècle, on n'est pas encore sur l'imagerie de la perfide Albion. Et en fait, les Anglais sont plutôt représentés de manière positive. Au début de la tapisserie, le grand rival de Guillaume le Conquérant, c'est Harold, qui tente de s'emparer de la couronne au détriment du duc. Et celui-ci est quand même représenté de manière comme un guerrier valeureux, qui n'hésite pas à combattre, à tenter des choses. Donc il n'y a pas du tout une vision très négative. des Anglais dans cette œuvre, au contraire.
On sait quand est-ce que cette œuvre a été fabriquée ? On dit qu'elle est millénaire.
elle est presque millénaire, disons. La bataille a eu lieu en 1066 et on pense que l'œuvre a été produite assez rapidement ensuite, soit dans les années 1070-1071, soit vers 1077, lorsque la nouvelle cathédrale de Bayeux a été inaugurée.
Il y a eu beaucoup de discussions à propos des conditions du transfert de Bayeux à Londres pour cette œuvre qui est d'une grande fragilité. Avant que vous nous en disiez plus, je vous propose d'écouter et de regarder cet extrait du magazine 7 en France qui justement s'intéressait à ce transfert.
une caisse spécialement conçue d'un peu plus de 3 m de long et de 2,50 m de haut, la température à l'intérieur doit se maintenir à 20 degrés Celsius et le taux d'humidité à 50%. La caisse est elle-même suspendue dans une structure en acier équipée d'amortisseurs pour réduire les à-coups et les vibrations. Une fois chargée dans un camion, elle traverse la Manche par navette ferroviaire pour un trajet de 560 km jusqu'à Londres. Les personnes opposées au prêt affirment qu'il est impossible d'en évaluer les risques.
expliquent qu'ils ne savent pas, ils n'ont pas mesuré la sensibilité aux vibrations de la tapisserie de Bayeux. Donc on ne sait pas comment elle va réagir. Jamais on n'a transporté quelque chose d'aussi fragile qui ne pouvait pas être transporté, comme le disait le ministère de la Culture, il y a encore un an et demi.
Le British Museum affirme que ces équipes effectueront des contrôles méticuleux pour détecter tout dommage éventuel. Et le gouvernement britannique se porte garant financier de cet objet. inestimable durant son séjour à
oui, c'est clair que c'était un transfert hors normes, et comme beaucoup de membres de la communauté scientifique, on était un peu sceptiques au départ. En effet, des constats qui avaient été faits par les restauratrices mettaient en avant la présence de quasiment 10 000 trous, encore plus de tâches. Donc il y avait vraiment une question de, est-ce qu'on allait réussir à faire ce transport ? Ça a plutôt fonctionné, d'autant plus que le British Museum a mis en place des conditions d'exposition, en particulier maintenant la tapestrie va être exposée à plat pour limiter les tensions et les risques, qui correspondent aux attentes des restauratrices dans le cadre aussi du nouveau projet du musée à Bayeux lui-même, qui va proposer aussi une exposition différente, plus à plat.
Quels sont les risques de dégradation ? On parle d'exposition à la lumière, on parle d'humidité. Est-ce qu'il y a de véritables risques aujourd'hui de voir l'œuvre se dégrader encore plus ?
L'œuvre, il s'est sûr qu'à un moment donné, il va falloir qu'il y ait une campagne de restauration. Là-dessus, je pense qu'à peu près tout le monde est d'accord, parce que c'est une œuvre très ancienne, qu'elle a été exposée verticalement, et ce qui a entraîné par la gravité des tensions sur ce qui est quand même un amas de fil. Il faut quand même garder ça en tête. Donc à un moment donné, il faudra que cette restauration ait lieu, probablement après l'exposition.
Ce transport vers l'Angleterre, il était utile selon vous ? C'est une décision plus politique qu'historique
'est sûr que c'est une décision politique et les termes qu'avait utilisé le président de la République à ce moment-là étaient très clairs là-dessus, qu'il voulait absolument se prer quoi qu'en disent les restaurateurs. Il faut aussi remettre ça dans un temps un peu plus long. Ça fait longtemps que l'Angleterre souhaite l'exposer à Londres. Il y avait eu des demandes en 1953 et en 1966 qui avaient été refusées. Pour eux, ça fait partie de leur histoire nationale et le succès de la vente des billets au British Museum montre clairement que d'un point de vue du public britannique, cette exposition sera un succès.
Qu'est-ce que ça dit quand on voit que le politique passe outre la vie de la communauté scientifique ? Qu'est-ce que ça dit du regard que porte le politique, le pouvoir sur le travail académique ?
pense que cette vision, qui a pu être aussi méprisante à certains aspects, montre bien qu'il y a un décalage aussi entre ce discours politique et la communauté scientifique. Alors, ce n'est pas propre à la tapisserie de Bayeux, ça s'inscrit dans une série d'attaques qui a eu lieu depuis quelques années contre la communauté scientifique. La tapisserie de Bayeux, c'est juste un exemple, mais par contre, c'est une œuvre hors normes, exceptionnelle, qui explique aussi l'attention médiatique qu'il y a eu dessus, à la fois côté Angleterre et côté
France. Vous parliez de la restauration à envisager. Est-ce que l'IA pourrait servir à redonner un aspect un peu plus positif à la tapisserie ?
Je ne suis pas dans la tête des restaurateurs et des restauratrices. Je pense qu'elles ont déjà beaucoup d'outils numériques qu'on utilise pour étudier la tapisserie. En particulier, on a un outil qui s'appelle le SIDS, qui est une version numérique en très haute définition de la tapisserie, où on peut passer aussi à différents types de rayons pour voir les accros, pour voir les tâches. Et c'est avec cet outil numérique que les restaurateurs et restauratrices travaillent. Je ne sais pas s'ils comptent l'améliorer à l'idée. mais c'est avant tout un outil de géolocalisation et d'utilisation de lumières différentes pour repérer les endroits où la tapisserie est détériorée.
beaucoup Hugo Fresnel, historien, maître de conférences en histoire médiévale à l'université de Picardie. Jules Verne, merci beaucoup d'avoir répondu aux questions de À la Une sur France 24.