Chargement...
Chargement...

C'est l'édito politique Patrick Cohen. Marine Le Pen se prend-elle encore les pieds dans le voile ?
Étonnant paradoxe, la première controverse d'envergure de cette rentrée présidentielle qui place le Rassemblement National face à ses contradictions, ses revirements, son impréparation, ne porte pas sur une mesure nouvelle, une idée que le parti aurait voulu tester, mettre en débat, mais sur une proposition que Marine Le Pen porte seule depuis 15 ans. à grand peine en changeant d'argumentaire après chaque élection et chaque polémique.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.
A l'origine, c'est au nom de la laïcité qu'elle réclame l'interdiction du voile dans l'espace public.
En expliquant qu'elle veut étendre aux rues françaises la loi de 2004 qui interdit aux élèves des écoles, collèges et lycées de porter signe ou tenue religieuse. Mais alors, lui fait-on remarquer en 2012, le bannissement du voile musulman entraînerait-il celui de la kippa juive ? « Évidemment ! » répond Marine Le Pen. Et le lendemain, face au tollé, elle demande à la communauté juive de faire un petit effort, un petit sacrifice sur le port de la kippa, car en République, dit-elle, les règles sont égales et doivent s'appliquer à l'ensemble des religions.
Mais de règles égales au RN, il n'est plus question.
Ni de laïcité, ce qui d'ailleurs n'avait pas de sens. La loi de 1905 garantit liberté de conscience et liberté de pratiquer. L'interdiction du voile ou de tout autre signe marquerait une rupture avec ce texte fondateur. Désormais, au nom de la lutte contre l'islamisme et de la protection des femmes, que le RN veut bannir les foulards et seulement eux. Mais en 2022, dans l'entre-deux-tours de la présidentielle, les certitudes de Marine Le Pen vacillent sur un marché du Vaucluse face à une grand-mère voilée de 70 ans qui revendique son droit. « Le problème est complexe », admet la candidate. « Le Parlement débattra », disent ses lieutenants. « Les grands-mères ne seront pas concernées », précise Sébastien Chenu. Et deux ans plus tard, 2024, la mesure ne figure plus dans le programme législatif de Jordan Bardella. Mesures inapplicables, discriminatoires et anticonstitutionnelles, disent à la fois policiers et juristes.
Marine Le Pen a pourtant choisi de la remettre sur la table.
Contre l'avis de Bardella, dans une impressionnante cacophonie et au risque de se rediaboliser. Sans doute parce que la candidate y voit un marqueur identitaire qui parle à la grande majorité de ses électeurs. Sur l'économie, l'Europe, la diplomatie, le RN est coutumier de grands revirements. sur l'immigration et l'islam, presque jamais. Pas de compromis, référendum, changement de constitution, changement de régime, promet le RN, et cadeau pour ses adversaires. Marine Le Pen, en reprenant ce totem, offre une piqûre de rappel sur la nature de son projet. Piétiner les principes républicains ne vous sort-il pas de ce qu'on appelle... L'arc républicain, militer pour une mesure, l'interdiction du voile, qui n'existe dans aucun pays au monde et qui n'est proposé en Europe que par un seul parti d'extrême droite, les démocrates de Suède, ne vous classe-t-il pas naturellement chez les extrémistes et donc à l'extrême droite ?
terme que Marine Le Pen a toujours refusé pour qualifier son parti.
Pas toujours.
Pas toujours. Très bien. Merci Patrick Cohen.