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David Abiker
Sur Radio Classique. 8h49, on est en pleine discussion avec Routel Criyef. On parlait du Rassemblement National et des, alors j'ose pas dire des courants, mais peut-être des divisions qui le traversent. Ça a commencé à la rentrée avec le départ du conseiller économique de Marine Le Pen. Et puis ça continue avec la question du voile. Je ne dirais pas qu'elle divise le parti, mais qu'elle montre peut-être un manque de coordination, comme le soulignait Guillaume Tabard à 8h10. Votre sentiment sur ce que Guillaume appelait de l'amateurisme
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? Moi je crois que le retour de cette mesure qui avait été d'abord dans le programme de 2022, puis discutée, puis mise un peu, enfin complètement cachée un peu entre les deux tours de 2022 par Marine Le Pen, le retour ça signifie deux ou trois choses. Premièrement, que Marine Le Pen est de retour à la tête du parti. Que c'est sa ligne, et que c'est une ligne un peu archaïque, un peu classique, un peu traditionnelle, et qu'elle veut le montrer, y compris en interne. Ensuite, qu'est-ce que ça montre ? Ça montre qu'elle veut quitter les sujets économiques qui sont un peu difficiles pour elle et dans lesquels elle est assez fragile, pour retourner sur les sujets classiques dans lesquels elle considère qu'elle domine l'opinion et qu'elle est mieux disante. Tout ça fait que c'est très étonnant. Je ne comprends pas d'ailleurs. Elle a un socle très fort. Elle a des très bons sondages. Pourquoi est-ce qu'elle se remet à mettre des sujets ? Alors, on sait toujours que dominer le débat, imposer les thèmes, ça permet de susciter de l'intérêt autour de son parti. Mais en fait, les critiques sont très violentes et ça la « dénormalise ». On dit qu'elle était dans la dédiabolisation, elle se rediabolise. C'est totalement l'inverse de la démarche qu'elle avait suivie. Soyons pratiques,
il faut imaginer sur les Champs-Elysées, une police du style demandant aux touristes voilés d'enlever leur voile, une police à l'université. cité encore plus délirant, demandant aux étudiants et aux étudiantes de tomber le voile. Sur le plan humain et éthique, il peut y avoir des milliers de débats sur le plan pratique et on se pose des questions. On
peut être totalement contre le voile et trouver que c'est une mesure inapplicable. Elle-même a dit, entre les deux tours, après une conversation avec une femme qu'elle a rencontrée d'une soixante dizaine d'années, ou même après avoir entendu parler de Latifa Ibn Diaten, la mère d'une victime de Mohamed Merah, que c'était une question complexe et qu'elle n'était pas obtuse. Et tout d'un coup, elle remet cela sur le tapis. Je vous le dis, c'est plutôt des questions et des raisons politiciennes.
Nicolas Béthoud, il y a le voile et puis il y a aussi la ligne économique. Le départ de ce conseiller vendredi dernier, jeudi dernier, en pleine... rencontre des entrepreneurs de France, au moment quasiment où Marine Le Pen passait son grand oral économique, dure vie. C'est
étonnant. Je vais répondre de façon générale sur les deux thèmes. Attention à ne pas tomber dans le panneau. Je pense que ce que Marine Le Pen fait aujourd'hui, d'abord c'est très réfléchi, et ensuite c'est la conséquence, la recherche d'un balancement entre tous les abandons sur le plan économique, en dépit du fait que son conseiller est le plus libéral, disons, a claqué la porte. tous les abandons en économie, matérialisés encore la semaine dernière par l'annonce d'une règle d'or budgétaire, 'une baisse des dépenses de 125 milliards d'euros, chiffre gigantesque, en tout cas dans la bouche d'une leader du Rassemblement national. Donc plus elle se normalise sur le plan économique, plus elle a besoin d'une manière ou d'une autre de rappeler ce que sont ses fondamentaux du RN. Donc c'est tactique. Et donc je pense qu'on tombe dans le panneau lorsqu'on dit que c'est une erreur, elle revient à ce qu'était le Rassemblement national auparavant, elle se rediabolise. Peut-être, mais elle parle à un électorat qu'elle ne doit pas lâcher. en ayant coché un certain nombre d'eux. cases qui sont indispensables si on veut exercer le pouvoir normalement. Après la question de savoir si c'est réalisable, au fond, pardon, mais je vous renvoie à notre discussion de tout à l'heure sur que faut-il pour conquérir le pouvoir et comment peut-on l'exercer. Si vous regardez ce qui s'est passé en Italie avec Giorgia Meloni, on a beaucoup daubé sur le fait qu'elle avait ouvert les frontières à des immigrés. Ce ne sont pas des immigrés clandestins, ce ne sont pas du regroupement familial, ce sont des immigrés... de travail. Et donc, ce qu'a fait Mélanie, c'est qu'elle a tapé très fort dans ses annonces, y compris dans des sujets qui n'étaient pas réalisables, je pense par exemple à la fermeture des frontières, et qu'ensuite, elle a adapté ses annonces à la pratique du pouvoir. Ma question, c'est, est-ce que, réalisable ou pas, l'interdiction du port du voile est une bonne idée ? Sûrement, ça n'est pas une bonne idée. Est-ce que c'est une bonne opération tactique ? Oui.
Moi je suis tout à fait d'accord sur le fait que Marine Le Pen a besoin d'équilibrer ses concessions économiques, qui en plus sont totalement discutables, au sens où quand elle annonce un plan de 125 milliards d'économies, tout le monde se écarquit les yeux et se demande où elle va les trouver, parce qu'elle ne fait ni la réforme des retraites, ni elle baisse la TVA, etc. Donc on ne sait pas du tout où elle va les trouver. Mais c'est vrai que ça peut déstabiliser un électorat populaire et qu'elle doit compenser. Je comprends très bien la tactique. Par ailleurs, ce qui m'a... inquiète pas mal enfin ce qui m'inquiète non ce que je comprends aussi c'est que c'est une forme de nouveau de race une manière de réinstaller le dialogue avec jean luc mélenchon elle l'a choisi comme adversaire puisqu'elle peut le battre le plus facilement lorsqu'elle fait des déclarations comme ça c'est la levée de bouclier ça lui fait gagner des points il a dit que c'était ignoble c'est un cadeau c'est un cadeau elle elle le renforce elle lui donne du carburant et donc qu'est ce qu'elle fait elle continue son dialogue entre populistes pour écraser le discours rationnel raisonnable auquel on a assisté notamment sur LCI dans les dialogues. Et donc vous arrivez à la même
conclusion que moi, c'est une bonne opération de tactique politique ?
Bon, c'est de la tactique politique. Je ne sais pas si c'est une bonne opération parce que malgré tout, lorsqu'on veut accéder au pouvoir et qu'on veut conquérir plus large pour le deuxième tour et conquérir des catégories différentes de son électorat d'origine, elle n'a pas besoin du premier tour. Elle a besoin du deuxième tour. Et au premier tour, elle est déjà à 33%. Ce que nous a fait remarquer Frédéric Dhabi dans le sondage de l'IFOP, c'est qu'elle avait déjà perdu deux points par rapport à Jordan Bardella sur des chefs d'entreprise et des seniors qui sont un peu plus inquiets. Ce n'est pas beaucoup, ce n'est pas grand-chose. Mais est-ce qu'elle a vraiment besoin de consolider son socle du premier tour ? Je ne suis pas sûre. Elle a besoin d'élargir. Là, ce n'est pas une bonne opération de ce point de vue-là. Mais peut-être qu'elle est payante, on verra plus tard.
Mes amis, c'est terminé. Nicolas Béthoud, Routel-Krieff, merci à tous les deux. Je vous dis à la semaine prochaine. On va imaginer la ruée soit vers les primaires, soit vers l'Elysée. On va imaginer cette campagne qui est déjà partie tambour battant. Et on va chercher la...