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Elle
apparaît le sourire aux lèvres. Marine Le Pen, visiblement ravie de disputer un match avec ses adversaires devant un parterre d'entrepreneurs du MEDEF. L'image qu'elle voulait pour sa rentrée. Mais faut-il y voir un rapprochement entre le RN et les patrons ? Antoine Amer, dirigeant d'une entreprise dans l'industrie pharmaceutique, en est persuadé.
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peux vous le dire, autour de moi, l'ouverture, le MEDEF, à une époque aussi, c'était impensable. L'élite a déçu depuis 31 années. Et le RN continue à avoir un socle électoral très solide, on le voit, qui évolue régulièrement. Donc il y a une prise de conscience du patronat du monde économique que le RN devient un parti sérieux du gouvernement, pas seulement un micro-parti d'opposition, de revendications et de provocatives, etc.
Un dîner a même été organisé avec une quinzaine de dirigeants du CAC 40, dont ceux de Total Energy, Accor, Engie, Renault ou encore le PDG de LVMH Bernard Arnault, qui avait jusqu'ici toujours refusé de rencontrer les cadres du RN. Qu'importe si la presse se fait écho d'un dîner à l'ambiance tendue, une digue a sauté. Le patron de la MEIF s'inquiète dans les colonnes du monde.
Ce rapprochement sert avant tout les intérêts d'un parti qui a un besoin vital de renforcer sa culture économique et de consolider ses réseaux pour asseoir sa légitimité. Cette dynamique lui confère ainsi une respectabilité et une crédibilité.
Antoine Amer, lui, assume. Il est membre d'un mouvement patronal très libéral qui échange avec les différents partis politiques sur leur programme économique, dont le RN.
La solution aujourd'hui ne peut être que radicale. Le changement ne peut être que radical. Et dans la radicalité, je crois que la majorité de Français, j'espère, refuseront plutôt les solutions de la vie. En effet, il fait peur aux chefs d'entreprise, il fait peur aux salariés français, il fait peur globalement aux Français.
RN courtise les patrons, baisse des impôts de production, baisse de la TVA sur les énergies, simplification des normes ou encore baisse des charges.
Si j'embauche un salarié pour dire que j'embauche à 1000 euros, il faut que je paye. La société doit payer 1500 euros de plus pour le payer 1000 euros. Et en plus, lui, il doit payer encore des charges d'employés pour avoir dans sa poche peut-être 700, 800 euros. Il y a un écart monstrueux. Je préfère donner plus aux Français, plus de pouvoir d'achat.
pour ce patron, il reste de nombreux points de crispation.
Le retour à la retraite 61 sur deux ans, c'est une erreur. La taxation des grandes entreprises, le super profit, etc., c'est absolument une connerie monumentale. Donc je pense qu'ils ont évolué. Je n'ai pas dit qu'ils ont complètement changé. Ils ont évolué, il y a encore beaucoup de travail à faire.
Lui rêve d'un rassemblement national capable de travailler avec d'autres formations.
Quelqu'un comme David Disnard, qui est très libéral, il y a des propositions très intéressantes, Marion Maréchal, Éric Ciotti, Sarah Knafo, donc c'est l'ensemble du champ de droite national, on va dire, qui montre en tout cas leur volonté et des idées intéressantes à prendre. L'idéal c'est de faire toute cette combinaison ensemble et sortir un programme commun, c'est ce que, en tout cas, je... à titre personnel, je souhaite pour la France.
Reste que pour convaincre une majorité de patrons, le Rassemblement national devra revoir sa copie. Son programme économique, présenté lors des élections législatives, affichait un déficit de 71 milliards d'euros par an, selon l'Institut Montaigne.
ce qui est intéressant dans ce témoignage, c'est de voir que sur la question des retraites, ça se crispe toujours. C'était la proposition de Marine Le Pen qu'elle a refaite devant le MEDEF. Là aussi, retour aux fondamentaux, après avoir donné le sentiment de tergiverser. Non, elle reste sur ce qu'elle a, au fond, toujours dit. La retraite à 60 ans. 62 ou 60 ans pour ceux qui ont commencé le plus tôt.
Et effectivement, on attendait beaucoup de cette prise de parole devant le MEDEF. On pensait qu'elle allait peut-être changer un petit peu son discours. On attendait, il y avait vraiment une attente sur cette parole. Et effectivement, 60, 62 ans, ce qu'elle a toujours dit. Sondage après sondage, on sait, c'est ce que veulent les Français. C'est la mesure économique populiste de Marine Le Pen. Elle répond vraiment aux demandes de ses électeurs. On sait bien que la réforme des retraites bornes reste comme une plaie vive dans la politique française. Cette réforme par 49-3 n'est jamais passée. Elle sait qu'il y a... Il y a des voix à récupérer sur ce point-là. Ce qui est très intéressant, c'est de voir le parallélisme entre ce qui se passe à la France insoumise et au RN sur cette question des retraites. C'est-à-dire qu'on voit bien que les positions sont finalement assez similaires. Elle n'a pas encore dit exactement ce qu'elle ferait pour la durée de cotisation. Il y a encore beaucoup de questions sur les paramètres, ce qu'on appelle les paramètres de la réforme des retraites. Mais on voit bien que l'idée, c'est de dire qu'on se met du côté des gens qui n'en veulent
pas. Peut-être que c'est intéressant qu'on revoie un extrait du débat du MEDEF. On voit sur ces sujets-là... La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen se faire un peu la courte échelle.
Mais arrêtez de caricaturer tous ceux qui parlent. Elle n'a pas dit qu'elle voulait quitter l'Europe. Elle a dit qu'elle ne veut pas payer le surplus. Et moi non plus. Arrêtez de caricaturer tout le monde. Répondez à ce qu'on vous dit.
Nous avons été les seuls. Ah non, pardon. La France Insoumise également a fait un contre-budget. Ça permet de savoir exactement ce qu'il en est. Je n'ai pas vu les autres formations politiques faire de contre-budget.
Christophe Barbier, qu'est-ce que vous disiez tout à l'heure ? La stéréophonie de cette
campagne ultra polarisée, il faut que personne puisse exister entre deux sauf des miettes. Tant que ça reste en miettes avec des tas de candidates gauche social-démocrate et des tas de candidates droite libérales, ça va. Il continue à se renvoyer en effet l'ascenseur. C'est philopathe et pataphile. Et pour l'instant, ça marche. Ça a marché avant l'été avec les premiers meetings, les premières candidatures. Ça marche en cette rentrée avec des thèmes comme les retraites, la dette ou le voile. Alors sur la dette, ils ne sont pas alignés. Non, mais c'est la répartition des rôles. La provocation sur la dette, c'est la France insoumise. On va brûler la dette. La provocation sur le voile, c'est le RN. Et à chaque fois, l'autre vient en contrepoint. Ce n'est pas parce qu'on dit le contraire de son voisin. qu'on n'est pas content que le voisin les dit, parce qu'au moins ça occupe l'espace. Ils installent une stéréophonie. Tant mieux, c'est leur jeu, ils ont raison, ce sont les autres qui sont incapables de faire entendre leur voix.
Je voudrais juste vous poser cette question. Quel est le point de vue de Jordan Bardella sur la question des retraites ? Puisqu'on essaie d'analyser les nuances qu'il peut y avoir entre le RN version Jordan Bardella et celui de la patronne de Marine Le Pen. Sur la question des retraites, est-ce qu'il avait tenté de « bouger » pour peut-être rassurer les patrons français ?
Absolument. On parlait de tergiversation. En fait, Marine Le Pen, il n'y a jamais eu de tergiversation. Elle, elle est restée sur sa réforme. Elle reste d'ailleurs sur sa réforme. C'est Bardella qui avait lancé des ballons d'essai pour tenter. Il avait évoqué peut-être l'introduction d'une dose de capitalisation. C'est sur l'influence de certains conseillers, notamment François Durvy. Éric Ciotti aussi joue un rôle important là-dedans parce que l'allié de Marine Le Pen, on le sait, il est en très grand désaccord avec la réforme des retraites qu'elle propose. Il s'est dit que... En la personne de Jordan Bardella, il aurait peut-être un allié pour pousser sa proposition à lui. Il avait raison parce que Bardella est plutôt d'accord avec Ciotti sur cette question-là en l'occurrence, mais ce n'est pas lui encore une fois qui a eu l'arbitrage.
Et Jordan Bardella qui avait défendu l'abandon de la mesure d'âge pour essayer de contourner l'obstacle. Vous voulez intervenir Jérôme Jaffray ?
Oui, si vous voulez. La recherche absolue, c'est un second tour Mélenchon-Le Pen. C'est ce que veut Mélenchon face à Le Pen, c'est ce que veut Marine Le Pen face à Mélenchon. Et il est évident dans cette situation, si vous voulez, que les patrons, c'est Mélenchon le diable aujourd'hui.
Oui, on l'a entendu dans le témoignage. La dette,
la fiscalité, la gratuité dans plein de domaines, et la fiscalité, les patrons ne plaisantent pas sur le sujet. Et
l'augmentation du SMIC, etc.
Mais la fiscalité pour eux. – Oui, bien sûr, bien sûr. – Sur le patrimoine, sur l'héritage. Si vous limitez l'héritage à 12 millions d'euros maximum par personne, que deviennent les entreprises possédées ? À ce moment-là, c'est une des questions qui n'a pas encore été à poser, mais par définition, elles sont donc confisquées, puisqu'au-dessus de 12 millions, vous ne gardez rien. C'est une des questions, donc on voit bien que pour le patronat, le diable s'est mélangé. Et Marine Le Pen, elle, mélange tout en termes économiques. Alors ça, c'est assez extraordinaire, parce que le propos du MEDEF était quand même assez étonnant. Elle mélange tout. Elle veut instaurer maintenant la règle d'or budgétaire.
C'est intéressant de s'arrêter là-dessus parce que ça, pour le coup, c'est un vrai changement de pied. Elle veut inscrire la règle des 3% dans la Constitution. Alors, elle
n'a pas précisé le pourcentage. J'ai noté. Elle a dit la règle d'or. Il faudra voir de quelle mesure elle fixe les choses. Mais la règle d'or, c'est la proposition principale d'Edouard Philippe. Donc, on coupe l'herbe sous le pied à Edouard Philippe. Mais si jamais Edouard Philippe est élu, lui, il veut faire un référentiel. en même temps que les législatives sur la règle d'or ? Comment Marine Le Pen, battue par exemple au second tour, pourra-t-elle s'opposer au référendum d'Edouard Philippe sur la règle d'or alors qu'elle a proposé la règle d'or ? Incohérence absolue. Donc ça veut dire aussi qu'elle ne croit pas qu'Edouard Philippe accèdera au second tour. Elle va présenter un contre-budget avec 125 milliards d'économies. Elle l'a dit comme ça au MEDEF. Sur 5 ans. Oui. Mais au MEDEF, elle n'avait pas précisé sur 5 ans. Depuis, ça a été fait. Au début, vous vous dites, ça fait 25 milliards par an, c'est déjà énorme. Parce que tout ce qu'elle a calculé aujourd'hui sur l'immigration de l'Union européenne... Très difficile, très contestable, ça fait 10 milliards à peu près. Elle
ne l'a pas encore présenté.
Elle ne l'a pas encore présenté, mais on l'attend au tournant. Ce qui m'étonne beaucoup, parce que quand vous présentez un programme détaillé, vous vous faites attaquer de toutes parts par tous ceux qui disent c'est faux sur tel point, c'est inexact, c'est mal calculé. Il vaut mieux rester au grand principe. Mais on voit bien qu'elle mélange les choses, mais sur la retraite, elle envoie un message au marché financier, au patron, qui est le message du laxisme pour eux. Donc elle mélange à la fois des éléments de rigueur, des éléments de laxisme. C'est sa nouvelle synthèse.
Elle fait du en même temps, elle aussi, Marine Le Pen. Peut-être, arrêtons-nous un instant sur la question budgétaire. C'est important pour Marine Le Pen, qui a toujours calé dans les fins de campagne sur les questions économiques, d'envoyer un signal au marché, qui est de dire, vous inquiétez pas, on va pas mettre le feu à la maison, les marchés vont pas nous attaquer, on sera sérieux sur les finances publiques. Parce qu'il y a cette petite... Musique qui monte du côté de ses adversaires, qui a dit attention, si l'URN arrive au pouvoir, on se fait attaquer par les marchés et ce sera le grand collapse.
Oui, surtout que là, comme elle est en tête des sondages, évidemment, on ne regarde pas ses propositions exactement de la même manière. C'est-à-dire que dans la deuxième semaine d'octobre, quand elle va présenter son plan à 125 milliards, tout le monde va regarder à la loupe, parce qu'on n'est plus du tout dans la même position. La dernière fois, encore une fois, à cette période-là, Éric Zemmour était proche d'elle. Il n'y avait pas de leadership comme ça. Donc elle va devoir apprendre à gérer ce temps. Et on sait, alors on la connaît bien maintenant dans les campagnes, Marine Le Pen, qu'en général, à un moment, ça commence à patiner. Mais en même temps, il y a une telle... dans toute une partie de la population, qu'il va falloir qu'elle joue cet entre-deux, en sachant qu'elle a quand même des nouvelles catégories qui la soutiennent, c'est-à-dire que les salariés, les retraités, des gens qui n'étaient pas en majorité pour elle auparavant. Donc ça, ça lui offre quand même un socle important, mais ça lui offre aussi une obligation de répondre aux inquiétudes des salariés et surtout des retraités.