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J'ai rencontré François Ruffin et j'ai voulu me plonger avec lui dans ses dossiers pour mieux comprendre son parcours et la construction de sa pensée politique. Depuis plusieurs années, je fais des portraits sur YouTube et à l'approche de la présidentielle, j'ai décidé de recevoir les figures qui pourraient faire l'élection.
François Hollande dit à l'époque, perdre les ouvriers c'est pas grave. Et pour moi, perdre les ouvriers c'est très grave.
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À 50 ans, François Ruffin est député de la Somme et un challenger à gauche pour la présidentielle de 2027.
Moi je devais devenir le Hanouna de gauche. Qu'est-ce que je vais faire pour avoir le droit à la parole publique ? Je veux en passer par la politique. D
'abord journaliste engagé, il réalise en 2016 le documentaire Merci Patron, auquel il obtient un César. Et quelques mois plus tard, il est élu député. Longtemps proche de Jean-Luc Mélenchon et de la France insoumise, François Ruffin s'en éloigne, puis acte la rupture lors des législatives de 2024.
Dans la majorité du pays, cette gauche-là fait plus peur que le Rassemblement national. Je ne veux pas la nouvelle France contre la vieille France. Je veux la France. Je veux la France en entier et non pas une France fracturée.
Alors quelle est son histoire et quel est son ADN politique ? Voici les dossiers de François Ruffin. Bonjour François Ruffin. Bonjour. C'est
inquiétant ça, grosse boîte comme ça. Tout
va bien se passer. Je vais chercher quelques archives, des trucs que j'espère que vous n'avez pas revus depuis un moment. François Ruffin, on va remonter ensemble dans des archives qui ont marqué votre parcours politique. Mais d'abord, est-ce que vous pouvez vous présenter au-delà de vos fonctions politiques
? François Ruffin, député de la première circonscription de la Somme, où j'ai grandi. Je ne suis pas né parce que je suis né à Calais. Mais c'est à Amiens qu'en 1999, j'ai fondé le journal Fakir. non pas le point d'origine, parce que j'avais déjà des convictions, j'étais déjà habité par des choses auparavant, mais qui est ma première manifestation publique. Et depuis ce temps-là, j'ai fait de la radio, là-bas si j'y suis pendant des années sur France Inter, j'ai fait de la presse écrite avec Le Monde Diplomatique, j'ai publié trop de livres, j'ai fait du cinéma, merci patron, enfin voilà. Et donc un verbe qui me tient à cœur, c'est exprimer. Exprimer, ça veut dire pousser dehors. J'ai toujours dit que je voulais mettre de l'art de la politique et de la politique dans mon art. François
Ruffin, je vous propose qu'on commence par remonter vos origines à cette région où vous avez grandi, dont vous nous avez parlé, à laquelle vous êtes très attaché.
exigent 600 francs et 100% des heures de grève payées.
À partir des années 70, la Picardie est frappée par la crise, comme toutes les régions industrielles françaises. C'est le début de ce qu'on appelle la désindustrialisation. D'abord parce que l'automatisation des usines fait chuter le besoin de main-d'oeuvre, et puis parce que la mondialisation permet aux entreprises de délocaliser vers des pays où la production coûte moins cher. Et c'est comme ça qu'en 30 ans, la France perd... 2 millions d'emplois industriels. Un poste d'ouvrier sur trois disparaît, malgré les grèves et les revendications. Résultat, des usines à l'abandon, de la pauvreté et du chômage de masse pour les travailleurs dont la reconversion est compliquée. Cette petite victoire est de courte durée pour les ouvriers de l'usine textile Saint Frère, puisqu'elle ferme trois ans après. L'archive qu'on vient de voir, elle se passe l'année de votre naissance, on est en 1975, vous vous grandissez à 30 km de cette usine. Est-ce que déjà à l'époque vous avez une conscience de classe ?
Je n'ai pas eu la chance d'avoir des parents communistes, ni socialistes, ni rien du tout. Ils votaient quoi vos parents ? Tout et tout. Père sans doute plutôt centre-gauche et ma mère plutôt dans l'autre sens. Mais ceci dit, passé par ma mère, il y a eu quelque chose qui est de l'ordre d'un humanisme chrétien. Vos parents y faisaient quoi ? Mon père était cadre chez Bonduelle et ma mère ne travaillait pas. Comment naît cette éveil politique, cette conscience de classe que vous avez développée avec le temps ? À 10 ans, quand j'entre à la Providence, c'est bizarre, mais déjà, je me revendique communiste. Vous savez ce que c'est, à 10 ans, être communiste ? J'ai la perception de ce que c'est des humiliations. J'ai un grand sens de l'injustice. Je sais qu'à 10 ans, à la fois pour des raisons d'histoire familiale et pour des raisons aussi de lecture, Je suis déjà habité par une idée d'un sens de l'égalité, d'une soif d'idéal qui me dépasse. Bizarrement. Et ce qui va me poser des problèmes. Parce que dans le lycée privé dans lequel je me trouve, disons que ce n'est pas la sensibilité dominante. C'est un lycée de petite bourgeoisie de province.
Oui, de bourgeoisie de province. Dans les couloirs de la Providence, il y a aussi un élève dans la classe de votre sœur qui s'appelle Emmanuel Macron. Sa prof, c'est Brigitte Tronieu. Même lycée, même quartier, même époque. Lui, il va devenir banquier d'affaires. Vous allez devenir journaliste, documentariste en lutte. Comment est-ce que deux pommes qui sont sur le même pommier peuvent tomber aussi loin de l'arbre ?
Je sais que je grandis à part. Je suis le plouc, je suis le péquenaud, voilà, y compris dans mes habits. Je suis différent et je ne renonce pas à ma différence. J'en fais une fierté quelque part dans quelque chose qui est de l'ordre d'un retournement du stigmate contre ou à l'endroit de mes
camarades. Mais j'aimerais comprendre du coup, parce que comment se fait-il votre père et cadre chez Bonduelle ? Il y a une dissonance économique entre vous et vos camarades de classe ? Je
suis beaucoup plus rural, même si mon père gagne davantage d'argent. Mais il y a une forme d'éthos, une manière... d'être, à la fois dans les gestes, dans les loisirs, dans les habits, dans le rapport à l'argent, qui n'est pas celui de ceux qui en ont eu pendant plusieurs générations. Et je ne jette la pierre à personne. Alors,
je vous propose qu'on avance un peu dans le temps. On est désormais en 2000, vous avez 25 ans, et vous venez de commencer des études de journalisme. Et en parallèle, vous distribuez un journal à Amiens que vous avez fondé. Je vends ! Excusez-moi, je ne distribue pas,
je vends ! Je peux vous dire que ça fait une grande différence. Parce que quand vous distribuez des papiers, ça va. Quand vous devez arracher 2 francs, 5 francs, 10 francs à l'époque, c'est beaucoup plus compliqué. Vous vendez à la
criée Fakir. Et Fakir, c'est ça.
Ils sont jeunes. Ils sont impertinents. Leurs articles virulents tranche dans une presse régionale qu'ils jugent fade.
y avait déjà un petit sens de la mise en scène.
En soi, le rédacteur en chef offre une solide garantie quant au sérieux de son investigation. Il est en formation dans une école de journalisme.
L'actualité, ça ne m'intéresse pas. Moi, ce qui m'intéresse, c'est pas... L'actualité, c'est quoi ? C'est le bruit des vagues en surface. C'est rien du tout. Tandis que ce qui m'intéresse, c'est le mouvement des plaques tectoniques en dessous. Donc c'est ce qu'on ne voit pas, ce qui ne fait pas événement, ce qui ne fait pas l'actualité dans les médias.
Ce gamin de 25 ans qui lance Fakir, il a quoi en tête ? Ce
qui m'intéresse le plus, ce n'est pas ce qui fait sensation, ce qui est à la une. de l'actualité, mais c'est ce qui fait le paysage de nos existences. Et à l'époque, je mène des enquêtes sociales sur ce qu'on ne voit pas ailleurs, sur les boîtes d'intérim, sur l'hôpital psychiatrique, sur la construction de logements sociaux. En fait, je veux changer le monde. Et je me dis que pour changer le monde, il faut changer notre regard sur le monde. Et avec deux combats au départ, deux combats qui font que je lance Fakir. Le premier, ça va vous paraître bizarre, mais c'est sur les... poules en cage, les poules en batterie. Je considère que c'est absolument inhumain le traitement qu'on leur fait subir, pas seulement au moment de leur mort, mais durant toute leur existence. Puis le deuxième, il est évident, c'est la question industrielle, c'est la question des délocalisations et c'est le fait que des gens qui se lèvent tôt le matin, voire en pleine nuit pour aller bosser, qui font ça depuis des années, qui sont engagés dans leur métier, voient leur vie brisée du jour au lendemain par des choix. qui sont faits de très loin par des multinationales américaines, françaises, japonaises, mais qui ruinent des milliers d'existences dans mon coin.
Pourquoi est-ce que vous montez un journal plutôt que d'intégrer une structure militante ou de vous lancer en politique ?
D'abord, je pense que je suis plus un révolté qu'un révolutionnaire à l'époque. C'est-à-dire que j'ai une révolte qui est quelque chose d'individuel. Et en même temps, j'ai rencontré avec le journaliste quelque chose qui, à la fois, m'a sorti d'une forme de dépression. J'ai fait, je pense, une dépression pendant des années et des années. Et je m'en suis sorti par les gens. la rencontre avec les gens, et aussi je sens à quel point ça m'a fécondé, ça a fécondé mon écriture, le fait d'avoir du discours direct, d'avoir des récits de vie, des personnes qui témoignent, qui acceptent de se livrer, et d'avoir ce partage, et donc mon apprentissage de la politique et de l'action collective passe par ce biais-là.
va passer à une autre archive. On avance bien dans le temps pour arriver à 2014. On vieillit
vite chez vous. Oui, ça va vite. Vous avez 38
ans à ce moment-là. Le socialiste François Hollande est président de la République et son premier ministre, Manuel Valls, s'exprime face au MEDEF, la principale organisation patronale française. Et voilà ce qu'il dit.
est d'usage d'opposer la gauche et le monde de l'entreprise. C'est un vieux refrain. Alors... Je le dis une nouvelle fois, cessons d'opposer Etats et entreprises, d'opposer chefs d'entreprise et salariés. Organisations patronales et syndicats.
clairement, on voit un Premier ministre socialiste draguer les patrons, leur dire que la gauche est l'entreprise, le patronat c'est compatible. C'est toujours une vision de gauche qui défend la Manuel Valls ? En
tout cas, dire que c'est dans une certaine tradition de la gauche. Mais dans les années, à partir d'entre 83 et 86, c'est déjà un virage libéral réaliste qui est pris à l'époque par Laurent Fabius et d'autres. Après moi, quand on me dit entreprise, ça ne veut rien dire pour moi. Parce que dans l'entreprise, c'est comme patron, c'est comme poisson, il y a les petits et il y a les gros, il y a les requins et il y a les sardines. Et donc, en fait, est-ce qu'il s'agit de se solidariser avec les plus grandes entreprises, avec le CAC 40, avec les multinationales, ou est-ce qu'il s'agit de se solidariser avec les PME et avec les petites ? Il y a les donneurs d'ordres et il y a les sous-traitants. Et ce sont deux univers différents. Il y en a qui sont attachés à leur territoire, pour qui un salarié, c'est un visage, c'est un prénom, et puis si jamais ils le licencient, c'est une culpabilité qui peut être ressentie pendant la nuit. Et de l'autre côté, il y a des firmes pour qui les salariés, ce sont des lignes dans des tableaux Excel, et on peut en supprimer par paquet de 100, et ça fait pas mal au cœur. Vous voyez, donc je ne mets pas le monde de l'entreprise de manière générale. En revanche, la politique qui va être... menée par le gouvernement socialiste de Manuel Vaz et par les 5 années Hollande. J'en suis un opposant, je peux dire, dès le premier moment. C'est un choix conscient de se détourner du vote populaire, du vote ouvrier ? François Hollande dit à l'époque, perdre les ouvriers, c'est pas grave. Et pour moi, perdre les ouvriers, c'est très grave. C'est très grave sur le plan électoral, mais c'est très grave aussi sur le plan moral. Alors c'est l'archive que vous avez mis au début. Mais l'histoire de la gauche, c'est quand même une histoire qui est liée au mouvement ouvrier. Et donc, c'est perdre son âme.
Là, ce que pointe François Ruffin, c'est une rupture historique entre la gauche socialiste et le monde ouvrier, alors que leur histoire est liée depuis le Front populaire en 1936. En fait, si on regarde de plus près, en 1981, près de trois ouvriers sur quatre votent pour le socialiste François Mitterrand au second tour de la présidentielle. Il devient alors le premier président de gauche de la Ve République, porté par un immense espoir populaire. Mais dès 1983, son gouvernement prend ce qu'on appelle le tournant de la rigueur. En gros, c'est un plan d'austérité qui contraint à freiner les dépenses publiques à fond, pendant que le reste du monde devient de plus en plus libéral. De plus en plus d'ouvriers ont le sentiment d'avoir été abandonnés par les socialistes. Et la tendance est durable. En 2007, seul un ouvrier sur deux vote socialiste au second tour. En parallèle, depuis les années 90, le Front National devient même le premier parti politique chez les ouvriers qui votent. Alors, en 2011, Terra Nova, un groupe de réflexion proche du Parti Socialiste, propose une nouvelle stratégie pour la présidentielle à venir, ciblée en priorité, un électorat plus jeune, diplômé et urbain. Et c'est ça la ligne que François Ruffin, comme d'autres à gauche, reproche à François Hollande d'avoir adopté. François Hollande, qui aurait bien confié en 2012 à la journaliste Cécile Amarre que perdre les ouvriers, c'est pas grave.
est évident que la déception qui est produite pendant ces années-là va être un carburant pour le vote d'extrême droite, mais elle l'avait déjà été auparavant. Après, la question de fond qu'il faut poser, c'est quand est-ce que les Français ont voté pour l'élargissement de l'Europe au pays de l'Est ? Jamais. Quand est-ce que les Français ont voté pour l'entrée de la Chine dans l'Organisation mondiale du commerce ? Jamais. Quand est-ce que les Français ont voté, là dernièrement, sur un traité de libre-échange avec l'Inde, 1,5 milliard d'habitants ? Jamais. Et au fond, la seule fois où la question a été posée aux Français, c'est le 29 mai 2005, on leur a demandé s'ils étaient d'accord avec la concurrence libre et non faussée, s'ils étaient d'accord avec la libre circulation des capitaux et des marchandises. À 55% ils ont répondu non, et ça a été 80% chez les ouvriers. Donc le vote était très clair.
cet épisode de 2005 auquel fait référence François Ruffin, c'est une trahison démocratique pour beaucoup. Pour la faire simple, un projet de constitution européenne est proposé pour augmenter l'intégration des États membres avec l'Union européenne et surtout pour y inscrire en noir sur blanc les grands principes du libéralisme, la libre concurrence, la limitation du rôle de l'État et la liberté totale de circulation des capitaux. Alors un référendum est organisé et les Français se prononcent en majorité contre. Sauf qu'en 2008, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy notamment, le Parlement vote en faveur d'un autre texte, le traité de Lisbonne, qui reprend. En gros, l'essentiel du contenu de la constitution européenne rejetée par référendum, donc les élus du peuple, votent en faveur d'un projet qui avait pourtant été rejeté par la population trois ans plus tôt. Un épisode qui abîme sévèrement la confiance des Français envers la classe politique.
Le problème c'est que depuis ce temps-là, ça fait maintenant plus de 20 ans, on a des dirigeants qui font comme si c'était oui et qui du coup s'éloignent tous les jours un peu plus du désir profond des gens. Et dans cette tension-là, un gouffre se creuse. Un gouffre se creuve entre là où vont... Les dirigeants sont là où veulent aller les gens. Et c'est évidemment dans ce gouffre-là que s'est installé le Rassemblement national. Et c'est la question clé. Parce que la question de la politique commerciale, ce n'est pas une question annexe. Elle détermine la politique écologique qu'on peut avoir. Elle détermine la politique sociale qu'on peut avoir. Elle détermine la politique économique qu'on peut avoir. A peu près tout est déterminé par le choix d'ouvrir Grand-Lévan ou de les fermer davantage. Et je ne suis pas un partisan de l'autorcie, mais je suis un partisan depuis des années. et des années maintenant, de régulation. Le libre-échange réclame de la régulation des capitaux et des marchandises.
Et donc demain vous êtes à l'Elysée, qu'est-ce que vous faites par rapport à tout ça ? Vous remettez en cause tous les
traités de libre-échange ? Alors vous savez, quand on a fait sortir le dentifrice du tube, c'est quand même beaucoup plus difficile de le remettre à l'intérieur. Alors comment vous faites re-rentrer une partie du dentifrice ? Jean-Pierre Chevènement disait à propos de l'Europe, j'étais pas pour monter dans l'avion et maintenant je suis pas pour sauter sans parachute. C'est pour ça que je vous dis pas, j'ai jamais dit Frexit, je ne dis pas... que ça va être simple. Je dis que ça doit être un lieu de combat. Donc ça veut dire que normalement, à tous les moments, moi je dis plus aucun traité de libre-échange ne sera signé. Voilà. Je combattrai à chaque instant à Bruxelles, à Berlin et en cherchant des alliés dans l'Union européenne pour... refuser cette orientation-là et évidemment être dans une orientation où on vient rétablir des protections, des taxes aux frontières, des barrières douanières, des quotas d'apportation.
Ce combat, il faut en mesurer la difficulté. Parce que les règles de nos échanges commerciaux avec les pays étrangers ne se décident pas à Paris. C'est une compétence européenne depuis 1957. C'est un peu technique, mais vous allez voir, c'est facile à comprendre. Comme le dit François Ruffin, il faudrait des alliés. Pour bloquer un nouveau traité, il faut au moins quatre pays pesant ensemble plus d'un tiers de la population. Et concernant les taxes aux frontières et les quotas d'importation, aucun pays ne fixe les siens. Les droits de douane se décident à l'échelle de l'Union européenne. Et pour les changer, il faudrait 15 États sur 27, pesant 65% de la population, ou réécrire les traités à l'unanimité. Bref, c'est pas une mince affaire, sans parler de la difficulté de relocaliser quand les machines, les fournisseurs et les savoir-faire ont disparu avec les délocalisations. Je passe à un nouveau dossier. On est en 2016, vous avez 40 ans et vous réalisez Merci Patron. C'est un documentaire dans lequel vous suivez un couple d'ouvriers du Nord, les Clure, licenciés après la décision du géant du luxe français LVMH de délocaliser des activités en Pologne. Ils vivent... Avec 400 euros par mois, ils risquent de perdre leur maison. Et vous, François Ruffin, vous vous faites passer pour leur fils. Et vous prenez contact avec le groupe LVMH en vous adressant directement à son fondateur, le milliardaire Bernard Arnault. Et au nom de leur fils, vous menacez d'écrire à des personnalités politiques, à la presse pour faire du bruit. Et là, il se passe un truc de dingue. Un homme de main est envoyé, en quelque sorte, pour acheter leur silence. Et c'est filmé en caméra cachée.
Surtout, on en parle à personne. Non, non, non. Je vais vous faire signer un papier où vous dites que vous en parle à personne. Si vous avez tenté ça, c'est bien parce que vous savez que quelqu'un n'aime pas qu'on attaque son image. Quand on est dans les défilés, les machins, les trucs comme ça, c'est l'image. Chaque lettre est une balle. Et il y en avait une qui aurait très bien pu faire mouche. Fakir ! Est-ce que Fakir, ils auraient pris votre dossier ? Peut-être
Si vous ne tenez plus peur dans les dates, c'est Fakir. Oui. On envoie à Mélenchon, on envoie à Hollande, on envoie tout ça. Fakir. Fakir. Fakir. C'est pour ça que c'est un petit truc. Mais !
Regardez, c'est les minorités agissantes qui font tout.
a quand même presque du mal à croire qu'ils parlent de vous en ne vous remettant pas. Elle est dingue cette séquence.
Oui, et puis en plus, donc ça... un ancien commissaire divisionnaire des renseignements généraux, qui est l'homme de main à la fois de Bernard Arnault et de Bernard Squarsini, qui s'exprime quand même comme du Michel Audiard. C'est un personnage du film. Il me fait mon film, il me fait mes dialogues, je dis que j'aime beaucoup. Je ne peux pas m'empêcher d'avoir une grande sympathie pour lui. Et il me donne une leçon de marxisme. Il me dit, qu'est-ce que vous croyez, Fakir ? Les autres, vous n'en avez pas peur. Ce qui pour moi, je suis à côté de lui, je suis à 50 centimètres de lui, il fait l'éloge. de mon journal qui est quand même microscopique comparé aux gros médias. Et il me dit, voilà, ce sont les minorités agissantes qui font tout. Voilà, c'est une leçon politique. En même temps, je corrige sa phrase. Je crois pas que ce sont les minorités agissantes qui font tout. Je crois que les minorités agissantes peuvent beaucoup. à condition de trouver le chemin des gens, des masses, du peuple. Et que, en gros, c'est comme une locomotive. Mais si la locomotive, elle part devant, mais qu'elle cherche pas à raccrocher des wagons derrière, je crois qu'elle perd. Mais en revanche, en effet, il faut des minorités agissances qui tirent et qui tirent devant. Lénine disait un pas en avant, mais
pas deux. Dans la lignée de ce film, il y a un mouvement, un élan populaire qui émerge. Deux mois plus tard, Place de la République à Paris, à l'issue d'une réunion publique que vous organisez. Nuit debout, un mouvement citoyen prend rapidement de l'ampleur. Il y a des milliers de gens qui contestent les institutions politiques, le système économique, qui se retrouvent chaque soir sur des places publiques pour réinventer la politique ensemble, sans chef, sans parti. Et vous, vous devenez une sorte de tête d'affiche de ça. Mais derrière, ça se... ne traduit pas en prise de pouvoir politique concrète. Pourquoi ?
À l'époque, quand ça se fait place de la République, je dis que c'est très bien que ça se fasse ici, mais je veux aussi que ça se fasse à flic secours. Et ça s'est fait ? Non, il faut regarder la réalité sociologique de Nuit Debout. C'est un mouvement de centre-ville et de diplômés du supérieur, on va dire, et qui va avoir tendance à débattre beaucoup sur la société, mais peut-être pas trop sur la société. sur les conditions matérielles d'existence, pour ainsi dire. Mais qu'a permis Nuit debout ? Qu'est-ce qui sort de ça ? Nuit debout, c'est le marqueur des diplômés du supérieur qui décrochent du bloc central. Ensuite, on va avoir le mouvement des Gilets jaunes. Là, c'est la France périphérique qui décroche. On a les crises des banlieues, c'est les quartiers qui décrochent. En fait, il faut regarder ça comme étant un symptôme du décrochage de la politique où il y avait une alternance sans alternative entre l'UMP et le Parti socialiste. Pour moi, c'est plus un marqueur d'un temps décrochage que ça ne débouche sur un bouleversement. Ils sont partis où après ces déçus du socialisme ? Je pense qu'ils sont allés quand même, ceux-là, ils sont allés sur un vote plus à gauche, sur le vote France Insoumise en 2017 et
sans doute encore aujourd'hui. Avec ce film, merci patron, vous gagnez un César, mais en face il y a ce groupe. LVMH, géant mondial du luxe qui déploie une machine de guerre contre vous. J'ai lu que vous aviez été surveillé en permanence pendant trois ans. Comment est-ce que vous vivez cette... Espionnage, est-ce qu'on peut parler d'espionnage ? Si,
on peut en parler, ça, sans difficulté. Oui, pendant trois ans, je vais le découvrir a posteriori, par une brève parue dans la presse, qu'à la fois moi, à titre personnel, alors j'en avais déjà des indices, puisque quand je rentrais chez moi, j'avais des appels qui me disaient « Alors, ça va, vous avez bien joué au boule ? » Parce que j'avais été jouer à la pétanque dans le parc en face de chez moi. Donc c'était une manière de m'impressionner. Et là, on apprend que les poubelles de Fakir ont été... fouillé qu'il y avait des tops qui se trouvaient à l'intérieur il ya quelque chose là dedans qui est d'un aspect comique vous avez eu peur quand même jamais je lui dis non j'ai pas eu peur d'abord je l'appris à postériori et puis ensuite il ya quand même quelqu'un qui vous téléphone pour vous dire que vous êtes
allé faire de la pétanque
mais ça fait ça me fait pas peur voilà j'ai pas eu peur donc à ce moment là j'ai pas eu peur et je dirais le lvmh avait un problème avec moi c'est qu'ils ne pouvaient pas faire pression sur les annonceurs c'est quand même leur technique c'est le premier annonce publicitaire du pays donc dire voilà on va vous priver de budget publicitaire normalement c'est leur manière de faire de la rétention sur la presse. Je n'avais pas de hiérarchie donc normalement on fait pression sur les chefs qui font redescendre le désordre et je n'avais pas de casserole je dirais personnelle.
Là, François Ruffin fait notamment référence à ce qui est arrivé au journal Libération en 2012, quand LVMH, propriété de Bernard Arnault, retire ses publicités après une une visant le milliardaire. Et donc, contre Fakir, le géant du luxe sort l'artillerie lourde et dépense 2 millions d'euros pour infiltrer ce petit journal engagé d'Amiens et suivre son rédacteur en chef. Pour ça, LVMH fait appel à Bernard Squarsini, dit le Squal, l'ancien patron du renseignement intérieur, qui, selon le tribunal, réactive illégalement les réseaux de son ancienne vie. c'est là que l'espionnage privé prend une dimension d'affaire d'État. En 2019, Mediapart révèle l'opération. Quelques années plus tard, Squarsing est condamné, notamment pour ses faits, à deux ans de prison ferme sous bracelet électronique. Il a depuis fait appel. LVMH, de son côté, verse 10 millions d'euros d'amende pour éviter un procès. Et Bernard Arnault n'étant entendu que comme témoin, il assure n'avoir été au courant de rien.
venais ici avec une question, c'est la justice qui peut être acheté pour pas cher. Moi, ma réponse avec le oui.
justement, Bernard Arnault, il est milliardaire, son groupe est dynamique dans le monde entier, il incarne cette mondialisation triomphante, celle qui optimise, celle qui délocalise, celle qui automatise, parce que c'est plus assez compétitif de maintenir ses activités en France. Comment est-ce qu'on fait pour lutter contre cette délocalisation ? Comment est-ce qu'on garde un terreau industriel compétitif ?
y a quatre mesures à prendre. La première chose, c'est qu'il faut se bagarrer pour des protections commerciales. Si jamais on ne met pas en place des taxes aux frontières, des barrières douanières, des quotas d'importation, ou à minima, le Buy French Act, acheter français. On ne s'en sortira pas. Là, vous voyez, je reviens du salon de la défense Eurosatory. Pourquoi on a maintenu une industrie de défense dans notre pays ? Parce qu'il y a eu la protection du capital des entreprises. On ne les a pas laissés partir aux Américains, aux Allemands. Deuxièmement, il y a eu de la commande publique française. L'armée a décidé d'acheter français, ce qui a permis de sauver une industrie de défense. Voilà ce qui n'a pas été fait dans plein d'autres secteurs. Donc il y a ça à faire. Après, j'ai plein d'autres idées. Il faut mobiliser le capital national. Il y a 2 000 milliards d'assurance-vie dans notre pays et il n'y en a que 3 à 4 % qui vont vers les PME. Ça va bien davantage vers le Nasdaq et le Dow Jones. Donc évidemment, l'épargne française doit aider à financer l'industrie française. Et donc, il faut retrouver des instruments, des protections, mobiliser le capital national. Il faut une volonté politique pour réguler ça.
c'est vrai qu'il y a un paradoxe. Les Français sont parmi les meilleurs épargnants d'Europe, avec en moyenne 18% de leurs revenus mis de côté. Au total, leur patrimoine financier atteint 6600 milliards d'euros, c'est plus de deux fois le PIB français. Sauf que cette montagne d'argent épargné est en fait assez peu investie dans les entreprises. Moins de 20% de cette épargne finance vraiment des actions d'entreprises, et parmi elles... Une partie sont étrangères. Le constat est documenté à l'échelle européenne. Environ 300 milliards d'euros d'épargne privée partent chaque année financer des sociétés aux États-Unis. Une réalité aussi qualifiée d'aberration par Emmanuel Macron. Je vous propose, François Refin, qu'on passe à une autre archive. On est désormais en 2017. Vous êtes élu député à 41 ans. Vous sautez officiellement le pas de la politique. Et deux ans plus tard, une question divise la gauche française, celle de l'islamophobie. Vous signez une tribune contre l'islamophobie, mais quelques jours plus tard, sur France Inter, vous dites ça.
François Ruffin, une dernière question, vous allez manifester le 10 novembre prochain contre l'islamophobie, parce que vous avez signé la tribune contre l'islamophobie.
Moi j'étais à Bruxelles en train de manger des frites et des gaufres avec mes enfants, donc c'est pas mon truc. Attends, ça veut dire
quoi ça ? Je n'irai pas
dimanche, je joue au foot. Donc voilà, vous savez, je ne fais pas de média le dimanche non plus parce que je joue au foot. En revanche, je vais vous dire ma conviction profonde là-dessus. Vous regrettez d'avoir signé cette tribune ? Non, je vais vous dire ma conviction profonde sur le fond. pas dire de religion.
ce moment-là, vous êtes député. Vous comprenez que votre match de foot plus important que la marche contre l'islamophobie, ça ne passe pas ?
Oui, très bien. Je comprends ma très grande maladresse en la matière. D'autant qu'à l'époque, il y a une mosquée qui vient de subir des tirs de balles dans le sud-ouest. Et que le ministre de l'Intérieur n'a pas fait de déclaration, ne s'est pas rendu sur place. Donc ça veut dire que quand il s'agit de musulmans qui sont visés, il n'y a pas de réaction. des autorités.
pour bien comprendre ce que dit François Ruffin, il faut revenir au contexte très tendu de l'automne 2019. Début octobre, un élu rassemblement national exige qu'une mère accompagnatrice retire son voile devant son fils. Deux semaines plus tard, le Sénat vote en première lecture l'interdiction des signes religieux pour les parents en sortie scolaire. Et ce vote tombe au lendemain d'une attaque contre la mosquée de Bayonne. Un homme qui disait vouloir venger l'incendie de Notre-Dame blesse grièvement deux musulmans. Et ici, je vais devoir nuancer ce que dit François Ruffin, les autorités ont réagi. Le président de la République et le ministre de l'Intérieur expriment leur soutien à la communauté musulmane, et le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur se rend bien sur place. Dans la foulée de l'attaque, plus de 50 personnalités à gauche, dont Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin ou Yannick Jadot, appellent dans le journal Libération à marcher contre l'islamophobie. Mais l'appel divise ses propres signataires. En effet, le collectif contre l'islamophobie en France, pointé du doigt pour sa proximité avec l'islam politique, participent à l'organisation de cette marche. C'est à ce moment-là que François Ruffin précise qu'il n'en approuve pas à chaque mot et qu'il n'ira pas marcher, car de toute façon, il a foot. Cette marche contre l'islamophobie ravive donc une vieille fracture à gauche. Entre lutte contre les discriminations et défense de la laïcité, et François Ruffin se retrouve précisément sur cette ligne de crête. À refaire, vous annuleriez ce match de foot pour aller à la marche ? En
tout cas, à refaire, je m'expliquerai autrement que par l'existence d'un match de foot. Maintenant... Je suis un partisan de la laïcité, de la laïcité pleine et entière, de la loi de 1905, toute la loi de 1905, rien que la loi de 1905. Et donc j'ai des difficultés toujours quand il y a de la religion qui entre dans l'espace public.
Parce qu'au fond c'est un peu ça, quand on sort de la lutte des classes, on vous sent mal à l'aise quand il s'agit de parler de minorité, d'antiracisme, de discrimination. Ça vous intéresse moins
Non, pas du tout. Je pense que... Vous savez, par exemple, quand je défends les femmes de ménage de l'Assemblée nationale ou quand je défends les auxiliaires de vie sociale, j'ai une très grande conscience de qui je viens défendre. Quand on pose en priorité notre cahier de campagne, le statut des travailleuses essentielles, je sais qu'il n'y a pas là qu'une question sociale. Ce n'est pas seulement du populaire qu'on vient défendre. C'est aussi des femmes, donc c'est un genre, c'est un combat de genre et ces métiers ne seront pas aussi méprisés si ce n'étaient pas des femmes qui étaient concernées. Et ce sont pour beaucoup, en tout cas dans les métropoles, des femmes d'origine étrangère. Et donc je sais, sans prononcer le mot intersectionnalité et sans être un partisan du vocabulaire universitaire, mais je sais que quand je pose ça comme priorité pour le pays, c'est à la fois un combat social, un combat de genre et un combat antiraciste.
Pourtant, il y a quelques semaines encore, on parlait de cette BD que vous sortiez, Picardie Splendor, où vous vous mettez en scène en député reporter. Et une planche en particulier a suscité un malaise, celle où on vous voit voler au secours d'une femme noire menacée d'une amende dans le train. Et il y a plusieurs cases comme ça qui sont reprises. Et sur Internet, on parle de paternalisme, de racisme intériorisé. Vous comprenez ce malaise ? Il y a une case.
dont je veux dire avec clarité que si c'était possible de la changer, je la change tout de suite, puisqu'on me voit bombant le torse face à un homme qui est lui abattu. Mais vous validez quand même cette case, donc vous regardez ça et ça ne vous choque pas ? Si, honnêtement, quand je vois la case, j'ai un mouvement en disant « mais putain, mais ce n'est pas moi » et en même temps en disant « bon, c'est la liberté d'expression du dessinateur » et je n'interviens pas, sans doute comme je le devrais, je ne mesure pas la force que va être la force. de l'image sur cette case en particulier. Plus
récemment, François Ruffin, en avril 2026, vous dites sur France 2 que vous êtes hostile à l'immigration du travail. Pourquoi ? D
'abord, moi, dire que je suis... favorable à ce que toutes les personnes qui sont sur le territoire français, qui travaillent, soient régularisées, qu'elles puissent travailler en étant protégées par le code du travail. Pour moi, il doit y avoir un service d'accueil, un service d'intégration dans notre pays qui commence par l'apprentissage de la langue, qui va par des droits à la formation, des droits au travail, des droits au logement, des droits évidemment à l'école pour les enfants. En revanche, quand je vois le plan sorti par le MEDEF, qui dit, voilà, compte tenu de la crise démographique, il faut faire venir 5,4 millions de salariés étrangers et que ça soit ciblé pour répondre aux besoins du marché, je m'oppose au plan posé par le MEDEF. Parce que je ne veux pas d'une immigration qui soit une immigration utilitariste. Et je dis, moi, que nous devons maintenir le cap d'une immigration humaniste. C'est-à-dire non pas aller chercher ce qui répond aux besoins de notre marché. du travail, avec des compétences qu'on irait grappiller ailleurs, mais que la France demeure une terre de refuge pour des gens qui souffrent pour des raisons politiques, pour des raisons d'orientation sexuelle, pour des raisons de genre dans leur pays, parce qu'eux aussi veulent avoir une vie affective comme il faut et donc ils veulent rejoindre leur famille qui est déjà ici. Et en fait, il y a un conflit entre deux formes d'immigration. Il y a l'immigration utilitariste réclamée par le MEDEF et il y a le maintien d'un... cap d'une immigration
humaniste. François Ruffin, j'ai une dernière cassette. On est le 4 juillet 2024. Vous avez désormais 48 ans. Après la dissolution de l'Assemblée nationale voulue par Emmanuel Macron, toute la gauche se rassemble sous une même bannière, le NFP, le nouveau Front populaire, avec des candidatures et un programme commun pour empêcher, entre autres, la victoire du Rassemblement national. Alors vous, vous faites campagne pour être réélu lors de ces législatives et dans l'entre-deux-tours alors que la dynamique est un peu compliquée. Vous dites ça.
On a vécu trois semaines dures parce qu'on a un boulet. Vous l'avez entendu, c'est Mélenchon, Mélenchon, Mélenchon, Mélenchon, comme obstacle au vote. Dans des terres comme ici, dans des terres populaires de province, ça bloque.
qui êtes si proche de Jean-Luc Mélenchon, je crois qu'il vous a même adoubé en quelque sorte un jour en disant François est prêt. Il n'avait jamais fait ça pour qui que ce soit d'autre. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Il se passe un désaccord profond et de fond et dans la durée. Après les élections d'avant de 2022, je vois... dans mon coin, le Rassemblement National, dans Picardie, passait de zéro député à huit, et tout le Nord Pas-de-Calais être gangréné. Et dès le lendemain, nous sommes en réunion de député avec Jean-Luc, qui dit, de toute façon, les terres qui ont élu un député Rassemblement National, ce sont des territoires qui n'ont jamais accepté ni la démocratie, ni la République. Il dit ça d'endroits comme le mien, comme le Midi Rouge, comme la Lorraine, comme le Médoc, comme le Pas-de-Calais, qui ont pendant un siècle... y compris quand ça allait mal pour la gauche, élus des députés communistes et socialistes. Et il essentialise ça, comme si c'était fichu, comme si c'était foutu, comme s'il fallait abandonner. Et en disant même, bon, de toute façon, il a fallu une génération pour dénazifier l'Allemagne. Je ne dis pas que ça sera pareil, mais bon. Donc c'est accepter que le combat contre l'Assemblée nationale dans des territoires comme le mien est perdu. Ce qui prolongera en conseillant à des militants, en disant, voilà, mobilisez-vous avec la jeunesse. ces quartiers populaires. Le reste, ça sert à rien, c'est perdre son temps, laisser tomber.
fait, ces législatives de 2024, elles marquent vraiment le divorce entre François Ruffin et Jean-Luc Mélenchon. Au soir du premier tour, le Rassemblement National arrive en tête dans le pays. Et François Ruffin est devancé par la candidataire Rennes dans sa circonscription. Pour lui, Jean-Luc Mélenchon fait office de repoussoir pour une partie des électeurs de gauche. François Ruffin prend ses distances avec la France Insoumise depuis quelques temps déjà, mais entre le premier et le second tour, il s'en sépare clairement. Il va même jusqu'à l'écrire sur son tract. Finalement, il est réélu député de justesse face à la candidate Rennes. Du côté de la France Insoumise, les réactions ne se font pas attendre, à commencer par son leader, Jean-Luc Mélenchon.
Il y a une règle de météo politique, Gilles Boulot. Quand le vent souffle fort, il emporte aussi les girouettes.
Mais sur le fond, qu'est-ce qui différencie votre programme de celui de l'avenir en
commun ? En fait, ce n'est pas le programme, c'est qu'est-ce qu'on pose en centralité. Je considère que notre colonne vertébrale, elle doit être la question économique et sociale. Qui est très présente pour le coup dans le programme Assoumis. Écoutez, lors du dernier discours de Jean-Luc Mélenchon, il n'y a pas une seule fois le mot salaire. Ça n'est plus choisi comme étant l'orientation, la colonne vertébrale centrale du programme Assoumis depuis 2022. Quelle est leur colonne vertébrale ? Ils ont choisi d'autres orientations que celle-là. En tout cas, ça n'est pas la transformation économique. et social qui est placé au cœur de leurs projets politiques. Ce
que vous dites entre lignes c'est quoi ? C'est que le cœur du programme Insoumis aujourd'hui s'adresse plutôt autour de cet élément, la Nouvelle France qui est portée par Jean-Luc Mélenchon et pas assez sur les questions ouvrières des populations blanches, des bourgs
de province. Vous savez quand on demande aux gens en quartier prioritaire ou au quartier prioritaire quelles sont leurs préoccupations. Quelles sont leurs priorités ? Les cinq premières sont les mêmes. C'est le pouvoir d'achat, la santé, l'éducation, le logement. Et c'est seulement sur la sixième. D'un côté, c'est l'insécurité et de l'autre côté, c'est la police que divergent les questions. Je ne veux pas la nouvelle France contre la vieille France. Je veux la France. Je veux la France en entier et non pas une France fracturée.
À écouter François Ruffin, Jean-Luc Mélenchon aurait choisi une partie seulement des classes populaires, les jeunes des quartiers souvent issus de l'immigration, en laissant de côté les classes populaires des petites villes et des territoires ruraux. Et derrière ce désaccord idéologique, il y a ce concept de nouvelle France très chère à Jean-Luc Mélenchon et qu'il développe depuis des années.
Je sais quelles sont les populations qui sont là, dans ces quartiers. Eh bien, moi, je veux les nommer. Ce que vous voyez là, c'est la nouvelle France.
la France insoumise, parler de nouvelle France, c'est reconnaître que les classes populaires ont changé de visage et remettre au centre ceux qui subissent précarité, discrimination et violence policière. Et le problème est là justement pour les détracteurs de cette expression. Selon eux, plutôt que de rassembler, cette formule en fait divise les classes populaires selon leur origine. C'est comme ça que François Riffin finira par avancer sa propre formule.
À nous de réunir la France des bourgs et la France des tours. À nous de parler à la France toute entière.
Mais est-ce qu'avec la montée... du RN, un monde toujours plus libéral. La gauche a le luxe de se fracturer sur ces questions-là.
D'abord, mon adversaire principal s'appelle Jordan Bardella de Monaco. Il n'y a pas de doute là-dessus. De Monaco, vous avez rajouté la petite particule. Maintenant, il a gagné sa particule. Donc voilà quel est mon adversaire et mon adversaire central.
En 2022, dans le Nouvel Obs, vous vous définissez comme social. Et démocrate. Alors si on ne vous rapproche pas de Jean-Luc Mélenchon, est-ce qu'on pourrait vous rapprocher d'un Raphaël Glucksmann qui lui se dit social-démocrate ? On n'est pas très loin sur la sémantique. J'ai toujours
dit, y compris dans le papier à l'Obs, je dis le problème des sociodémocrates, c'est que ça fait 40 ans qu'ils ne sont plus ni sociaux ni démocrates. Quand on est social, on ne fait pas la loi travail. Quand on est démocrate, on ne fait pas comme si ça avait été oui au traité constitutionnel européen de 2005. Qu'est-ce qui vous sépare idéologiquement le plus ? Plein de choses. Quand il dit que l'Europe n'est pas le problème, c'est la solution, je disais, mais l'Europe fait partie quand même du problème. Quand elle décide d'aller signer un traité avec l'Inde, je le redis, 1,5 milliard d'habitants, qu'on ne demande rien au peuple de ce qu'ils en pensent, quand même, ça fait partie du problème. Ce n'est pas une raison pour en sortir. Mais dire que l'Europe est la solution, ça me paraît un peu... Il y a quand même un gros souci, notamment de démocratie, à ce niveau-là.
Est-ce que vous ne vous dites pas que vous étiez plus utile à Fakir et avec vos documentaires, dans le fond, qu'en politique ?
Je vais vous répondre autrement. Pourquoi je suis rentré en politique ? Parce que les portes des médias m'étaient fermées. Je fais merci patron avec deux rouleaux de scotch et trois bouts de ficelle. On doit dire, putain, ce mec-là, il avait 3 francs 6 sous et il a fait des centaines de milliers d'entrées au cinéma. Ça a remporté des millions d'euros. Je pense que je suis un champion de la rentabilité. Est-ce que tu crois qu'il y a un média qui m'a appelé ? Est-ce que tu crois qu'il y a une radio ? Vous avez gagné un César, vous avez
été
institutionnalisé. Je suis journaliste. Est-ce que j'ai eu une proposition d'une radio, d'une télé ? L'un de mes modèles est Michael Moore aux Etats-Unis. Il fait Roger et moi. Il rencontre un grand succès. Derrière, il y a HBO qui lui propose de faire TV Nation, qui lui donne la possibilité de s'adresser à un large public en ayant son émission. D'accord ? Moi, je devais devenir le Hanouna de gauche. Est-ce que j'ai eu une proposition de ça ? Non. J'ai eu 17 éditeurs qui m'ont appelé pour me proposer de faire des livres. C'est sympa. Mais pour accéder au grand public, c'est pas terrible. Qu'est-ce que je me dis ? Bon bah, puisque dans mon métier, le terrain des médias, il m'est fermé. Qu'est-ce que je vais faire ? Pour avoir le droit à la parole publique, je vais en passer par la politique. Je vais en passer par une élection qui fait que tu m'invites aujourd'hui.
Mais ça crée un cadre. Regardez, vous mettez un costume alors que vous étiez habitué des maillots de foot et de la polaire. Là, vous auriez une parole peut-être encore plus libre si vous n'étiez pas dans le cadre d'une candidature à la présidentielle. Possible,
mais d'autres temps viendront. Et
ça vous oblige à prendre... position sur des sujets
qui
sont peut-être pas
forcément les voiles par ailleurs. Sans doute, mais d'autres temps viendront, d'accord ? Mais en tout cas, j'exprime avec clarté, pourquoi ? Je suis entré en politique pour avoir une parole publique. Je veux avoir une parole publique. Je veux être engagé dans mon temps pour en changer l'orientation. Ce dont on n'a pas parlé, pourtant, on est en train de suer sur ton plateau. Ce n'est pas seulement à cause des lumières. C'est parce que dehors, il fait 35 degrés. On n'en peut plus. C'est la canicule. Donc le réchauffement climatique, il est là. Qu'est-ce qui fait qu'on va décider dans ce pays d'avoir des grands projets ? pour affronter ça. Je dis une économie de guerre climatique qui fait qu'on investit là-dedans. Bon, si je veux peser sur le débat public, ça passe par la politique, ça passe par une parole dans l'espace public.
Si on prend ces trois images, François Ruffin, le jeune rédacteur en chef de Fakir, l'agitateur de Merci Patron et le candidat à la présidentielle, sur quoi vous avez le plus évolué idéologiquement ?
Je pense qu'il n'y a pas tellement d'évolution. En tout cas, s'il faut citer quelques adjectifs qui constituent votre ADN politique, c'est quoi ? Démocrate. Je pense que je suis profondément démocrate. À un moment, même l'adjectif populiste ne me rebutait pas. La définition de populiste dans le dictionnaire, c'est courant littéraire s'appliquant à décrire avec réalisme la vie des gens du peuple. Donc ça, c'est une fierté normalement pour un journaliste de décrire avec réalisme la vie des gens du peuple. Je dis travailliste aussi. La conception que le travail est au cœur de la société. J'ajoute, travailliste climatique. Parce que pour relever ce défi-là, c'est beaucoup de travail.
Vous avez passé votre vie à dénoncer les institutions de l'extérieur. Aujourd'hui, vous voulez accéder à l'Élysée. Est-ce que le François Ruffin, de 20 ans, qui lance Fakir, il voterait pour le candidat à la présidentielle aujourd'hui, qu'on voit social et démocrate, mais en costume ? Oui,
mon ADN, il n'a pas changé. Les modes d'expression de ça a changé. Je prends l'élection de 2022 et le fait qu'il y ait un groupe Rassemblement National qui parvient à ce qu'on... constitué avec 70 députés comme plus qu'une alerte. Parce que lors du deuxième tour dans ma circonscription, je vois à quel point ce que j'incarne fait que des gens ordinaires du centre-gauche, ce jour-là, ne vont pas voter. Parce qu'ils me mettent en équivalence entre l'extrême droite et ce que je suis de l'AFI. D'abord, c'est la responsabilité d'Emmanuel Macron qui me met lui-même en équivalent extrême droite, gauche et extrême droite, qui pose ça. Je vois le piège de la diabolisation qui nous est tendue. Et je préviens mes camarades, j'en dis attention, d'autant plus qu'en face, ils sont en train de se mettre à porter la cravate. Ils sont en train d'incarner le respect, le bon sens, la décence. Nous, si on continue, on va être effrayants, on va être des épouvantails pour le pays. Auparavant, on était 17 députés. Pour s'imposer sur la Seine, dans l'hémicycle, il faut faire du bruit, jouer des coudes, être là. Là, on devient le plus grand groupe de gauche. Donc on a une surface qui est suppuisante pour qu'on substitue au bruit et la fureur la force tranquille. Et qu'on devienne, qu'on acquiert une hégémonie à gauche pour ensuite avoir une hégémonie dans le pays et aller jouer le grand match face au Rassemblement national. Et pas être un épouvantail qui fait que les gens ont peur de nous. Et finalement, on se retrouve dans un moment où, dans la majorité du pays, cette gauche-là fait plus peur que le Rassemblement national. Donc, j'ai changé de style, oui. J'en ai changé en conscience. Merci François Riffin. Merci à vous.
Et voilà, c'était le troisième épisode des Dossiers, ma série d'entretiens politiques avec TF1 Info. J'espère que ça vous a plu. D'ailleurs, n'hésitez pas à me dire en commentaire quelle personnalité vous verriez dans ce format. Surtout, n'oubliez pas de vous abonner à ma chaîne YouTube. Ça permet de soutenir mon travail et celui de mon équipe. Au passage, cet épisode est aussi disponible sur TF1+, sur Netflix et sur toutes les plateformes de podcast.
je pense que j'avais ma place sur une radio publique ou sur une radio privée pour avoir un show quotidien ou hebdomadaire. Vous l'auriez fait ? Bien sûr, sans hésiter, avec plaisir. Le Refrain Show ? Oui, mais je le dis, le Hanouna de gauche. J'avais été formé à ça. Il n'est pas trop tard. On verra la suite. C'est un appel qui est lancé puisqu'il y a TF1 qui est partenaire.