Chargement...
Chargement...
FR ? chaque élection, c'est désormais la tradition. Le Rassemblement National se fait épingler sur un certain nombre de profils de candidats. Les fameuses brebis galeuses, alors on va mettre beaucoup de guillemets, parce qu'en l'occurrence, ça commence à faire un sacré troupeau. Les élections qui nous intéressent en l'espèce, ce sont les sénatoriales, où le RN espère pour la première fois constituer un groupe avec assez d'élus, donc 10 élus, c'est le seuil pour avoir un groupe au sénatorial. Avec moi, Florent Ledue, spécialiste de l'extrême droite dans le service politique de l'humanité. Déjà, première question, cette expression que j'ai utilisée à dessein dans l'introduction de brebis galeuses, qui est plutôt l'expression d'ailleurs employée par le RN pour euphémiser le problème, on est d'accord que c'est un peu impropre ?
Oui, mais ils ont réussi quand même à imposer ce terme. Alors, ce n'est pas forcément les premiers à les avoir utilisés. Dans les médias, ça avait été le cas déjà, particulièrement en 2022, pendant les législatives de 2022. Mais effectivement, Jordan Bardella l'avait utilisée en disant, s'il y a des brebis galeuses... on les sortira. C'est un peu la définition. Une brebis galeuse, c'est un indésirable. C'est quelqu'un qui est trop différent, qui est malade par rapport aux troupeaux. Et voilà, l'exception est donc qu'on doit l'écarter. Sauf que ce n'est pas du tout ce qu'on voit. Alors effectivement, il y en a qui sortent tellement du cadre. Par exemple, cette fameuse candidat en 2022, prise en photo avec une casquette nazie. Évidemment, là, ça déborde un peu trop. Donc pour eux, les brebis galeuses, en fait, Ce serait ça, c'est vraiment quand ça déborde, déborde, déborde. Mais en fait, la plupart des cas que maintenant on a admis un peu ce terme-là, on ne devrait pas, mais la plupart des cas qu'on nomme brebis galeuses dans les médias, en fait, elles correspondent à l'ADN, à l'idéologie du Rassemblement National. Et quand même... Les gens n'ont peut-être marre qu'on le rappelle, mais c'est un parti qui a été cofondé par un, même deux, Waffen SS. Ce n'est pas anodin de s'engager au Rassemblement National. C'est un parti qui a grandi sur la nostalgie de l'Algérie française, sur bien sûr le discours antisémite de Jean-Marie Le Pen, qui ces dernières années ne serait pas arrivé à environ 30% des suffrages s'il n'avait pas prospéré sur le racisme, le discours. anti-immigration, l'islamophobie. Donc évidemment que la plupart de ces profils-là, on peut rajouter des profils anti-IVG, même si ce n'est plus la ligne officielle du Rassemblement National. Donc on peut les considérer, le RN peut les considérer comme des bruites galeuses, mais en fait... tous ces gens-là racontent ce qu'est le Rassemblement national profondément derrière la stratégie de dédiabolisation qui veut juste dire on met ça un peu de côté, on le masque un petit peu toutes ces outrances-là.
On va revenir sur cette question de la dédiabolisation dans un second temps, mais avant d'aller dans le détail des profils qu'on a identifiés aussi à l'humanité et dont on va parler effectivement, il y a cette question de... de ces fameux profils qui embarrassent, qui ont embarrassé en tout cas le Rassemblement National. On se souvient de la campagne 2024, à l'époque, c'était le projet Bardella à Matignon, au moment de la post-dissolution, et qu'il y avait eu pas mal de profils épinglés déjà à l'époque. Et le Gilles Penel, qui était le monsieur élection, on va dire, pour le simplifier, du Rassemblement National, avait fini par démissionner parce qu'on avait considéré qu'il avait échoué à... À faire son casting, quoi, en gros. Pas que ça, évidemment, mais le casting clean, la mission n'était pas remplie.
Oui, à la sortie des législatives de 2024, où le RN était présenté comme grand favori, la question était plutôt de savoir est-ce qu'ils auront une majorité relative ou une majorité absolue. Finalement, ils n'ont pas eu de majorité du tout. Et il y a deux grands points qui ont été en interne pointés. C'est d'une part, on n'est pas assez crédible économiquement et auprès des grands patrons. On l'a documenté pas mal dans l'humanité que depuis 2022 et encore plus 2024, il y a une volonté de se rapprocher du patronat et de suivre les préceptes du MEDEF pour être crédible sur ces questions-là. Bref, et l'autre point, c'était qu'on s'est fait défoncer sur nos profils, sur les profils de candidats. Quand il y a une centaine de candidats qui ont fait des tweets racistes, qui ont fait des photos avec des casquettes nazies, qui sont dans des affaires de séquestration ou autre, ça a été considéré comme un gros poids. Effectivement, on a viré de ce poste-là le responsable d'élection du RN. Et il a été pendant plusieurs mois, les deux ans à peu près jusqu'au municipal de 2026, le RN a commencé à communiquer sur un logiciel. qui serait mis en place, en tout cas, de mettre en place des méthodes pour que ça ne se reproduise pas et qu'il n'y ait plus ces exceptions qui n'en sont pas.
Déjà
en 2026, je vous invite à relire des articles qu'on a fait à l'humanité et ailleurs. il y avait déjà beaucoup de profils très problématiques. Et là, à nouveau, au sénatorial, on a des gens qui sont passés par des groupuscules néo-nazis, des gens qui... qui font des messages à la gloire des colonies françaises, à la gloire de l'Algérie française. On a une pro-IVG, la liste est longue. Une anti-IVG, excusez-moi. Une pro-life, je voulais dire, et j'ai basculé. Mais voilà, on a plusieurs... Profil comme ça, on en a repéré une douzaine, on peut même aller jusqu'à une quinzaine, parce qu'il y en a beaucoup qui en fait sont députés, par exemple Laure Lavalette, Edwige Diaz, des gens qui sont quand même installés, et qui ne sont pas considérés, pour reprendre la question de départ, qui ne sont pas considérés dans le parti comme des brebis gameuses.
Personne ne veut dire que Laure Lavalette, qui a failli être maire de Toulon, qui était présenté comme un peu la grande victoire des municipales. Ce n'est pas une indésirable. Ce n'est pas une indésirable, c'est même une cadre très bien en vue.
Et pourtant, dans les critères... qu'avait donné Jordan Bardella en 2024 pour dire, un tel, un tel, on les exclura, ils ne seront plus candidats du RN. Laure Lavalette, Caroline Parmentier, la liste est longue, ils devraient en faire partie. Mais
non. Est-ce que déjà, il n'y a pas dans le logiciel lui-même du RN, ce qu'ils appellent une boîte des brebis galeuses, déjà, est-ce qu'être nostalgique de l'Algérie, ça suffit à être une brebis galeuse au RN ? Probablement pas. On se souvient de José González, le doyen qui ouvre l'Assemblée en 2022 sur un discours... nostalgériques, complet.
Oui, il y a cette question-là aussi. Est-ce qu'être islamophobe, quand c'est la ligne presque principale du parti, c'est être une robe égaleuse ? Non. Par contre, ils veulent éviter d'avoir des nazis.
Des nazis affichés, c'est plus...
Que leur racisme soit un peu trop visible. Mais surtout, si vous n'êtes pas très important et que vous êtes éjectable. Sinon, on va vous garder et on fera en sorte dans les interviews. Justement,
dans les profils... que tu as identifié pour la question des sénatoriales. Quels profils t'ont marqué ? Et qu'est-ce que ça raconte de la typologie aussi des problématiques que ça soulève ? Notamment sur les questions de lien avec les groupes uscules identitaires, radicaux.
y a un candidat qui est assez emblématique, candidat sur la liste des Français établis à l'étranger. Il s'appelle Éric Minet. Et lui, à lui seul, il raconte un petit peu l'histoire du RN et de ses combats, de ses lignes. Lui, il a 65 ans et il débute en tout cas dans ce qu'on a pu retrouver, des témoignages qu'on a pu recueillir. Il débute sa carrière politique, son parcours politique à la FAN. D'abord dans un autre groupe politique, mais surtout à la FAN dans les années 80. La FAN qui est un groupuscule dont beaucoup de membres se revendiquent clairement néo-nazis. Le groupuscule lui-même revendique le terme de fasciste, revendique la suprématie, tout ça avec des guillemets évidemment, la suprématie de la race blanche. Ils ont même fait une campagne au milieu des années 80 pour la libération de Rudolf Hess, qui était un dirigeant nazi. Voilà, ça vous donne un petit peu le pédigré. Et alors, on peut se dire qu'il a pu changer, comme Nathalie Loiseau, qui est passée par le GUD et qui n'est plus à l'extrême droite. Redéputé macroniste. Mais en l'occurrence, Eric Minet, on le retrouve 25 ans plus tard, dans un autre groupuscule antisémite. Et on le retrouve à monter un comité de soutien pour Serge Ayoub, Skinhead, qui dirigeait à l'époque en 2013. On est au moment des dissolutions de plusieurs groupuscules d'extrême droite à la suite de la mort de Clément Méric. Et donc, à ce moment-là, Serge Ayoub est dirigeant de deux groupuscules néo-nazis. Et Éric Minet, aujourd'hui candidat du Rassemblement national, monte un comité de soutien pour cette personne-là. Et Éric Minet, donc c'est ça. C'est aussi une librairie négationniste qu'il tient en 1995 à Paris, comme un certain Frédéric Bocaletti. à Toulon, même s'il le réfute aujourd'hui. Mais Libération avait exhumé une interview en 1997 il explique un petit peu que, bah oui, il y a un tel antisémite, il y a brasiliaque, il y a du moras, enfin voilà. – Du pluralisme. Et
Bocaletti qui est député... – Et qui
est, oui, donc qui est député du Var et qui est également candidat sur la liste des sénatoriales. – D'accord. Voilà, pour continuer peut-être un peu plus rapidement, mais pour rester sur Eric Minet, il est également, alors lui, il y a beaucoup de tweets et de publications sur Facebook sur les colonies, il sustige un peu la repentance, alors qu'on devrait être fier de cet empire, c'est vraiment ses mots, on devrait être fier de cet empire qui font le rayonnement de la France actuelle. Personnellement, je trouve le plus choquant, c'est ces phrases sur le 17 octobre 1961. Donc le 17 octobre, quand plus d'une centaine d'Algériens ont été tués, la plupart noyés, tués par la police française. Alors lui, il y a, Eric Minet, il y a une publication où il dit que tout simplement ça n'a jamais existé, il y a eu un morme qui n'était pas lié à ça.
Donc du négationnisme historique. Brut.
Et il y a une autre publication où il dit que Frey et Papon, le ministre de l'Intérieur et le préfet de police de Paris à l'époque, ont fait, ont réagi comme ils auraient dû réagir.
Donc soit ça n'existe pas, soit c'était légitime. Soit ils ont bien
fait.
Soutien en force de l'ordre. Et ça, sur la dirige française, on a
bien d'autres exemples, y compris dans les listes des sénatoriales.
Et là, on touche à du révisionnisme, effectivement. C'est intéressant. Alors, il y a d'autres profils. Je vous renvoie vers le papier que tu as fait, Florent. Oui, parce que la liste est longue. Il y a une variété de profils. N'hésitez pas à aller dessus. Et puis, il y en aura peut-être d'autres qui vont sortir au fil de l'eau. Moi, ça me pose une question. Je voulais avoir ton avis là-dessus. Est-ce que ces cas et le fait que le RN, finalement, malgré les mea culpa, etc., présente ces candidats ? ne montre pas que, en fait, de son point de vue, la dédiabolisation est achevée et que maintenant, ils sont tellement installés dans le paysage qu'ils peuvent se permettre, ces profils-là, dans le sens où le RN ne va pas s'effondre. A priori, le RN... on peut le souhaiter, mais le Rennes est installé dans le paysage français, il ne va pas s'effondrer de 30 à 2%. Il ne va pas revenir à un parti paria d'un claquement de doigts. Il ne suffira pas de quelques profils comme ça, même s'il commence à faire masse, pour qu'il soit rediabolisé. Ils se sont tellement installés dans le combat des idées, etc. Est-ce que c'est une piste ? Est-ce que je me trompe en disant ça ? Je
ne sais pas. Je pense que c'est une question intéressante. D'une part, on peut penser que non, puisque... Comme je le disais tout à l'heure, en 2024, ils ont vraiment considéré que leur défaite, parce que c'était une défaite, au deuxième tour des législatives, était due en partie, mais en grande partie, à tous ces profils problématiques. Donc ils savent qu'en fait... La stratégie de dédiabolisation, elle ne doit pas être totalement relâchée. Maintenant, il y a des indices quand même qui nous montrent. On voyait ces dernières années, ils étaient un petit peu moins quand même dans les polémiques ou aller chercher la petite phrase qui va les faire parler parce qu'ils n'avaient plus besoin de ça. Déjà parce qu'ils ont d'autres parties qui reprennent leurs phrases, qui reprennent parfois leurs outrances. Ils ont Éric Zemmour qui leur ouvre la fenêtre d'Overton comme il faut et qui les rend respectables. même pas besoin, parce que tous ces gens-là, en fait, à l'arrivée, ça leur profite. Il y avait un écosystème vertueux. Quand je dis tous ces gens-là, c'est y compris les macronistes qui vont porter la loi immigration, qui vont porter la loi permis de tuer, qui vont reprendre... des termes et des idées de l'extrême droite. On citait très
récemment le budget Le Corneu avec la question de la carence pour l'étranger qui a fait dire à Marine Le Pen que c'était une victoire idéologique quand même. Voilà, c'est un petit exemple récent.
Mais par contre, on voit poindre, il y a par exemple le fait que la campagne... du Rassemblement National et du Mal a démarré début septembre et qu'en fait, elle démarre vraiment avec une sortie de Jean-Philippe Tanguy sur l'interdiction du port du voile dans l'espace public. Ça a montré quand même une volonté déjà de mettre l'accent sur des thèmes très identitaires, dans plusieurs sens du terme, identitaires en tout cas pour le Rassemblement National et pour ses électeurs historiques. 'est aussi Tout touché à ce genre de choses, c'est aussi une opération de diversion. Parce que là, à ce moment-là, on est quelques jours, voire même le lendemain, ou en tout cas deux, trois jours après, le passage de Marine Le Pen au MEDEF, où elle annonce notamment un plan de plus de 125 milliards, si je ne me trompe pas,
d
'économie, donc de stérité. Et en fait, on n'interroge pas là-dessus, on va l'interroger sur ce qui va faire polémique et donc le voile. Donc voilà, peut-être qu'il y a un côté, ce n'est pas si grave si on est rediabolisé un petit peu. Parce que déjà, de temps en temps, ça peut nous faire du bien et ça peut nous faire du bien à nos électeurs et nos soutiens historiques de les ressouder un petit peu. Mais voilà, il ne faut pas le faire trop et surtout pour revenir au profil. En fait, on le voit bien sur la liste des sénatoriales, quand c'est des gens qui sont installés, c'est des cadres, et bien ils s'en fichent. Et quand c'est des gens un peu plus problématiques... Et bien là, on va les virer. Et c'est pareil avec de très nombreux collaborateurs parlementaires qui viennent de groupuscules. Et il y en a quelques-uns, je pense par exemple à Raphaël Heima, qui est le chef de file de Ténésoun, un mouvement identitaire dans le sud. et qui était embauché par le député Philippe Schreck. Raphaël Emma qui participait à des colloques sur le collaborationniste belge Léon de Grel, ce genre de choses. Philippe Schreck sait très bien qui il est quand il l'embauche. Mais par contre, après il y a eu une enquête journalistique, son nom sort, et là il le vire en disant, ah bah non, on ne savait pas. Donc quand c'est trop gros, ils sont obligés de le virer, et sinon ils essayent de s'arranger.
Merci beaucoup, Florent, pour tes éclaircissements. Je rappelle qu'on renvoie à nos contenus sur l'humanité.fr. N'hésitez pas à vous abonner à la chaîne YouTube, mais aussi à nos contenus sur le site. On va continuer à couvrir les sénatoriales et la séquence électorale qui se poursuivra avec la présidentielle et le suivi de l'extrême droite. À plus tard sur la chaîne de l'UMA.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.