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Bonsoir à toutes et à tous, bienvenue dans ICI 19-20 en Champagne-Ardenne. Ils ne peuvent plus boire l'eau du robinet depuis plus d'un an. Par endroits, la contamination aux polluants éternels dépasse 27 fois les seuils autorisés. Dans les Ardennes, 12 communes vivent dans l'angoisse. Plusieurs maires ont décidé de porter plainte pour mise en danger de la vie d'autrui. Mais un projet de raccordement pourrait soulager les habitants. La maire de Malandry, Annick Dufis, est ici avec vous ce soir. Musique Bonsoir Annick Dufis. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation. Vous êtes donc la mère de Malandry dans les Ardennes et vous êtes devenue, il faut le dire, un peu malgré vous, la porte-parole et le symbole de tous ceux qui n'ont plus accès à l'eau potable dans votre secteur. Il y a quelques jours, une réunion avec les services de l'État vous a apporté un début de solution. Mais avant d'en parler, racontez-nous à quoi ressemble le quotidien de vos administrés et le vôtre. Depuis plus d'un an, je le rappelle.
Oui, alors nous avons appris en mai 2025 que l'eau de nos captages était polluée par des polluants éternelles. Et il y a le terme éternel, donc tout de suite on a compris que c'était une catastrophe qui s'abattait sur nous. Et nous vivons depuis avec des contraintes quotidiennes. La commune doit fournir deux litres d'eau par jour par habitant. Et nous ne pouvons pas consommer l'eau du robinet en tant qu'eau de boisson. les habitants ne veulent plus consommer l'eau pour faire cuire leurs aliments, pour par exemple donner à boire leurs animaux. Même se doucher,
ça doit être… Se
doucher. Alors c'est un impact sur la santé mentale aussi. J'ai dans la commune un jeune 15-16 ans qui refusait de prendre des douches. Depuis qu'ils savaient
que
l'eau chez nous est un poison, il faut dire le mot.
On sait d'où vient le problème.
Oui, le problème vient de boues papetières, une papeterie qui se trouve dans le département voisin. Et les boues ont été distribuées aux agriculteurs depuis 30 ans. C'est une pollution de 30 ans. Et elles étaient distribuées gratuitement comme fertilisants.
L'eau est donc contaminée au PFAS depuis une trentaine d'années. Ce sont des polluants éternels, vous l'avez dit, responsables de cancers notamment, avec des conséquences aussi sur la fertilité. Je voudrais qu'on écoute ces habitants inquiets et interrogés l'année dernière.
maintenant, chaque fois qu'on ouvre le robinet, on pense que c'est du poison.
veut faire des prises de sang, mais tout ça, ce n'est pas remboursé. Et puis ça a un coût. Faire analyser cette PFAS dans le sang, 115 euros. Nous, on a 6, j'en ai pour 600 euros de prise de sang. Que ce n'est pas de notre faute.
On se pose beaucoup de questions pour nos enfants, parce qu'on sait que ça peut atteindre plusieurs organes du corps, comme le pancréas, le foie, les reins, beaucoup de choses.
vous Annick Dufis, vous faites partie de ceux qui ont fait cette prise de sang. Qu'est-ce que vous avez découvert ? Racontez-nous.
Alors lorsque j'ai fait la prise de sang, nous nous sommes avec mes collègues adressés à un médecin toxicologue et nous lui avons demandé d'analyser dans notre sang les PFAS qui étaient dans l'eau de nos communes. Donc, les résultats sont arrivés. Par exemple, mon résultat,
c
'est six fois la dose autorisée dans mon sang. Qu'est-ce que ça vous fait de savoir ça ?
Qu'est-ce que ça vous fait de savoir ça, que dans votre sang, il y a six fois plus de PFAS autorisés
? C'est une inquiétude, parce qu'on se dit quels sont les effets à long terme sur notre santé, et puis on sait aussi que le sang, c'est le reflet de l'organisme. Donc les PFAS qui sont sur nos organes, ça incruste sur la paroi des organes. Et pour éliminer ne serait-ce que la moitié de ce qu'on a dans le sang, il faut compter à peu près une décennie. plus, il y en a dans l'environnement, il y en a dans l'eau, il y en a dans le sol. Donc, c'est une exposition continue.
Une réunion, en tout cas, a eu lieu le 11 septembre dernier, au siège de la communauté de communes des portes du Luxembourg. Et un début de solution vous a été proposé. C'est-à-dire, et quelle est-elle
Il y a une première solution temporaire qui m'est proposée par la région Grand Est. C'est le prêt d'une station au charbon actif. pour la commune, mais c'est une solution temporaire. la deuxième solution, celle sur laquelle nous travaillons avec mes collègues, c'est une grande interconnexion avec des villages voisins qui ne sont pas pollués par les PFAS.
Combien de temps ça va prendre ? Parce que là, il faut construire des infrastructures concrètement. Est-ce que c'est une solution qui vous satisfait, par exemple ?
Oui. Alors, nous savons qu'il faudra un an, voire deux ans pour mettre cette solution-là en place, certainement. Il y a déjà des structures qui existent. Et il faudra les finaliser avec aussi des nouvelles canalisations, l'installation de compteurs, de pompes, etc. Ça, c'est aussi un travail avec tout ce que ça représente aussi au niveau du travail administratif.
Ça apporte de l'espoir quand même ?
c'est la première fois depuis presque un an et demi qu'une solution… paraissait plausible. Nous n'avions vraiment pas de solution depuis un an et demi. C'était très perturbant. Parce
que quoi ? Les pouvoirs publics ont mis du temps à vous écouter
Je pense qu'en France, il y a eu un grand déni sur cette pollution par les polluants éternels. Il y a un déni au niveau environnemental et un déni au niveau sanitaire. D'accord. Et au départ, nous étions cinq petites... cinq petites communes rurales a bougé. Et en fait, on nous a mis un petit peu la pression, on nous a dit pourquoi cinq petites communes rurales viennent mettre ça, surtout grâce aux médias qui nous ont aidés à nous faire entendre. – Ça fait un peu David
contre Goliath, en fait. –
Voilà, c'est ça. Et nous avions l'impression d'être ignorés par les instances de l'État. Alors la situation a évolué depuis, bien sûr. – Mais pour vous, c'était
inconcevable de ne pas poursuivre le combat
parce que chaque citoyen a le droit à un environnement sain, et nous réclamons un environnement sain. Nous avons le droit aussi à une protection, c'est le principe de protection qui existe dans la charte de l'environnement, c'est un droit constitutionnel. Alors, dès qu'il y a un risque potentiel grave, il faut quand même que ce principe de précaution s'applique.
espérant qu'avec les années qui passent, vous serez entendus et qu'une solution plus concrète vous sera proposée. Merci beaucoup, Annick Dufis, d'avoir répondu à nos questions ce soir.
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