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Bonjour Manuel Bompard.
Bonjour.
Merci d'être avec nous dans Frangeux et d'avoir accepté de débattre sur les questions de sécurité, sur les questions de doctrine de maintien de l'ordre. Je précise, si tant est que ce soit nécessaire, que sur ces sujets à peu près tout vous oppose. Je vous laisse la parole Manuel Bompard, sur quoi souhaitiez-vous interpeller le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez
? D'abord bonjour monsieur le ministre. Bonjour. Merci d'avoir accepté cette invitation à débattre. Je vous ai écouté dans l'émission avec monsieur Duhamel à l'instant. J'étais assez estomaqué finalement du déni qui me semble être le vôtre sur la question du racisme dans la police. Aujourd'hui,
on décortique un échange particulièrement tendu entre Manuel Bompard, coordinateur de la France Insoumise, et Laurent Nunez, ministre de l'Intérieur, lors de l'émission « Franc jeu ». Le sujet, la doctrine de maintien de l'ordre et les accusations de racisme systémique dans la police. Ce qui rend ce débat intéressant, ce n'est pas seulement le fond.
Un jeune homme en France, s'il est noir ou arabe, il a 20 fois plus de chances de se faire contrôler qu'un jeune homme blanc. Et face à ces problèmes-là, il y a une forme de déni qui est le vôtre, qui à mon avis correspond ou confirme ou entretient un climat qui est un climat d'impunité. Donc moi, monsieur le ministre, je ne comprends pas pourquoi vous n'êtes pas en capacité de regarder la réalité en face sur ce sujet. Il ne s'agit pas de dire que l'ensemble des policiers sont racistes. Ces
partis bon part ouvrent les hostilités très frontalement. Il s'appuie sur une vidéo filmée à Carcassonne, qu'il qualifie de glaçante, pour affirmer que le ministre est dans le déni face à un problème documenté par plusieurs institutions, dont l'ONU. Sa démonstration s'articule autour d'un chiffre choc qu'il répète. Un jeune homme perçu comme noir ou arabe aurait, selon lui, 20 fois plus de risque d'être contrôlé qu'un jeune homme blanc. Notez la construction de son argumentaire. Il prend soin de préciser qu'il ne dit pas que tous les policiers sont racistes, mais que le système, lui, produirait une forme d'impunité. C'est une nuance rhétorique importante, parce qu'elle le protège par avance de l'accusation de généraliser.
Le récépissé de contrôle d'identité pour faire en sorte qu'on arrête de contrôler les gens en fonction de leur couleur de peau, une réforme de l'IGPN. Donc je ne comprends pas pourquoi vous ne mettez pas en place ces mesures, c'est la question que j'ai envie de vous poser aujourd'hui. Réponse de Laurent Nunez à Manuel
Bompard. D'abord, je suis content de vous entendre dire que... D'abord, je serai lu à mon tour M. Bompard, je l'ai fait mais je le refais. On débat souvent aussi au sein de l'Assemblée nationale sur ces sujets. À chaque texte, on débat là-dessus, donc voilà. Et je sais très bien ce qui nous oppose.
Et c'est exactement ce que fait le ministre. Sa première réplique ne porte quasiment pas sur le fond du problème du racisme, elle porte sur le slogan « La police tue », qu'il associe à Bonpart et à son mouvement pour le renvoyer à une posture jugée outrancière. C'est un classique du débat politique. Au lieu de répondre à l'argument, on déplace le terrain vers le camp adverse et on l'oblige à se justifier sur autre chose. Sur le fond des contrôles au faciès, Nunes reste sur une ligne de défense institutionnelle. Les contrôles s'effectuent, dit-il, toujours dans un cadre légal, sur réquisition du procureur ou lorsqu'il existe des raisons de soupçonner une infraction. Il ne conteste jamais frontalement les chiffres évoqués par Bompard. Il ne les discute même pas vraiment. Il déplace la focale vers la légalité de la procédure plutôt que vers son effet discriminatoire dans les faits. Puis vient un moment clé. La proposition du récépissé de contrôle d'identité, ce document qui serait remis à chaque personne.
Ce qui est terrible. D'abord, les rapports du défenseur des droits, de certes toutes les ONG diverses et variées, je les connais bien évidemment. Ce que je vous redis, c'est qu'il y a évidemment parfois des comportements qui sont des comportements racistes dans la police, dans la gendarmerie, qui sont sanctionnés, qui sont très minoritaires. Le cas de Carcassonne, d'ailleurs, c'est un policier. municipal. Il n'y a pas eu de réaction, parce que pour des raisons que j'ai dites tout à l'heure, vous l'avez entendu, on n'avait pas eu connaissance immédiatement de cette vidéo. Mais chaque fois, nous réagissons. Chaque fois, nous réagissons. Et les contrôles, pour revenir sur les contrôles, les contrôles dits au faciès, ce sont des contrôles qui s'effectuent toujours dans un cadre légal, toujours dans un cadre légal. Il faut que ce soit sur réquisition du procureur, ça arrive évidemment souvent. Et quand ça n'est pas sur réquisition du procureur, vous savez, les policiers et gendarmes peuvent contrôler quelqu'un quand ils ont des raisons pensées.
Personnes contrôlées pour objectiver et limiter les contrôles répétés. Nunes la rejette d'un revers de main en invoquant un argument purement opérationnel. Ce serait, selon lui, un dispositif qui grippe le fonctionnement des services. Il ne s'attaque jamais à l'objectif affiché de la mesure, réduire la discrimination, seulement à sa faisabilité pratique. Bompard riposte avec un exemple personnel très efficace rhétoriquement. Celui d'un collègue européen, contrôlé à répétition sur un trajet qu'ils faisaient ensemble, alors que lui-même, jamais. C'est une technique classique de storytelling politique, remplacer la statistique abstraite par un cas incarné pour créer une identification émotionnelle chez l'auditeur. Deuxième point de friction, l'indépendance de l'IGPN, l'inspection chargée d'enquêter sur les dysfonctionnements policiers. Bompard la présente comme une instance de policiers qui juge des policiers, entretenant selon lui un corporatisme protecteur. Nunes répond en rappelant que l'IGPN et son équivalent pour la gendarmerie sont désormais dirigés par des magistrats, travaillant sous l'autorité de parquet, ce qui constituerait selon lui une garantie suffisante d'indépendance. Il invoque son expérience personnelle du sérieux de ses enquêtes. Ce qui est intéressant ici, c'est que les deux hommes ne discutent jamais vraiment des mêmes faits. Bompard parle de la structure institutionnelle, qui nomme qui, qui contrôle qui, tandis que Nunes répond sur la compétence individuelle des enquêteurs et le nombre de sanctions prononcées. Deux argumentaires qui se croisent sans jamais vraiment se rencontrer. Le tournant du segment arrive quand Bompard cite un cas concret de sa circonscription. La mort d'un jeune homme de 19 ans à la suite d'un tir policier, avec des éléments de preuve qui auraient disparu, puis mystérieusement réapparu après une question parlementaire. C'est une accusation grave qui vise directement la crédibilité du système d'enquête interne. La réponse du ministre est révélatrice. Il affirme ne pas connaître précisément ce dossier, tout en réaffirmant en même temps que les enquêtes vont généralement au bout. On a donc une réponse générale à une accusation particulière, encore une fois, un léger décalage de niveau dans l'échange. On arrive au cœur sémantique du débat, et c'est sans doute le passage le plus révélateur sur la manière dont les mots deviennent eux-mêmes des champs de bataille politiques. Nunes reproche à Bonpart et à son mouvement d'utiliser la formule « la police tue », comme si elle devait décrire un phénomène systémique, alors que pour lui, il s'agit de cas isolés, traités et sanctionnés quand nécessaire. Bompard précise sa position. Il ne dit pas que la police tue de façon systémique. Il constate factuellement qu'il y a eu des morts à la suite de tirs policiers et que la vraie question est de savoir dans quelles conditions ces morts sont survenus. C'est un exemple presque parfait de ce qu'on appelle en analyse du discours un désaccord de cadrage plutôt qu'un désaccord de fait. Les deux hommes ne contestent pas qu'il y ait eu des morts. Ils ne s'accordent pas sur le sens à donner à ce fait, accident individuel maîtrisé ou symptôme d'un problème plus large. La discussion glisse ensuite vers des chiffres contradictoires sur l'évolution du nombre de morts liés à des tirs policiers depuis la loi de 2017. Nunes affirme une baisse en s'appuyant sur les chiffres des inspections générales. Bompard conteste, sans citer de sources alternatives précises à l'antenne. C'est un moment où, en tant que spectateur, il est difficile de trancher sans vérification extérieure. Et c'est précisément la limite de ce genre de débat oral. Les chiffres s'affrontent sans que personne ne puisse les vérifier en direct. On arrive au point sans doute le plus technique et le plus important juridiquement. La loi sur la présomption de légitimité de l'usage de l'arme par les forces de l'ordre, votée à l'Assemblée en juillet. Bonpard la résume comme suit. En cas de mort après un tir policier, l'usage de l'arme serait présumé légitime, ce qui éviterait l'ouverture automatique d'une enquête. Il établit un lien direct avec l'histoire politique française, en rappelant que cette idée trouve son origine dans un programme d'extrême droite plus ancien. Nunes corrige immédiatement la terminologie. Il ne s'agirait pas, selon lui, d'une présomption de légitime défense, mais d'une présomption d'usage légitime de l'arme, une distinction qu'il juge essentielle. Il insiste sur le fait qu'il s'agit d'une présomption simple, c'est-à-dire réfutable, qui tomberait si l'enquête démontre que les conditions légales n'étaient pas réunies. Il rattache aussi cette évolution à une loi antérieure, de 2017. Ce passage illustre bien un ressort classique du débat politique, la bataille autour d'un seul mot. Ici, présomption de légitime défense contre présomption d'usage légitime, parce que ce mot porte en lui une charge symbolique énorme. Pour bon part, appeler ça un permis de tuer sert à alerter l'opinion sur un danger. Pour Nunez, rappeler la précision juridique du texte sert à désamorcer cette alerte et à la faire passer pour une exagération. Dans les dernières minutes, le débat s'élargit à la doctrine globale de maintien de l'ordre. Nunes évoque le programme « L'avenir en commun » en citant plusieurs propositions. Interdiction de certaines armes intermédiaires, suppression de certaines unités spécialisées. Il en tire une conclusion tranchante. Selon lui, appliquer ce programme reviendrait à désarmer la police face à des situations qu'il juge très concrètes, citant des exemples récents d'affrontements. Bompard revendique de son côté un changement de doctrine vers une police de proximité et une stratégie de désescalade qu'il présente comme des modèles ayant fait leur preuve ailleurs en Europe, à la fois pour réduire la délinquance et pour apaiser les manifestations. On retrouve ici l'opposition classique en matière de sécurité entre une doctrine de fermeté axée sur la dissuasion et l'équipement et une doctrine de prévention axée sur la présence humaine et la désescalade. Le débat se clôt sans qu'aucun des deux ne cède un pouce de terrain, ce qui, avouons-le, est assez représentatif de la plupart des débats télévisés sur ces sujets. Ce qu'il faut retenir de cet échange, ce n'est pas qui a « gagné ». Ce genre de format ne se prête d'ailleurs jamais vraiment à ça. Ce qu'il faut retenir, c'est la mécanique. D'un côté, une stratégie qui personnalise et incarne le problème pour créer de l'émotion et de l'adhésion. De l'autre, une stratégie qui institutionnalise et technicise la réponse pour désamorcer l'urgence. Les deux hommes parlent souvent de choses différentes tout en ayant l'impression de se répondre. Merci d'avoir suivi cette analyse jusqu'au bout. Si ce format vous a plu, dites-le en commentaire. Et à très vite pour une prochaine analyse.
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