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le laisse.
Bonsoir à vous qui nous rejoignez pour cette deuxième partie. Le face à face, c'est maintenant Éric Zemmour, Michel Onfray. Michel Onfray, bonsoir. Vous êtes philosophe, écrivain, vous avez fondé l'université populaire de Caen. Vous vous définissez comme socialiste liberté, j'ai envie de le préciser. Vous avez publié plus d'une centaine de livres. Vous êtes traduit dans 25 pays. Et le dernier livre en date, c'est celui-ci. Michel, livre dans lequel vous expliquez que la France est coupée en deux, on en parle dans ce débat. Nous avons abordé tout à l'heure en première partie avec Marc Menand la décapitation de Louis XVI. Le destin de la France, est-ce que c'est être révolutionnaire
destin de la France, ce n'est pas d'être révolutionnaire, c'est d'être la France. Et dans son destin, il y a des révolutions. Il y a eu des jacqueries avant, beaucoup de jacqueries. Il y a des historiens spécialisés dans ces jacqueries qui ont fait de très gros ouvrages pour nous expliquer que ça existe pendant des siècles, les jacqueries. Puis à un moment donné, quand ces jacqueries sont réprimées, elles génèrent un jour la Révolution. C'est comme ça que ça se passe. C'est-à-dire que quand vous comprimez quelque part des mécontentements sociaux, ailleurs ça va ressortir et ça va donner un jour quelque chose qui ressemble à la Révolution française. Et puis la Révolution française, c'est un petit peu comme avec les tremblements de terre. Vous avez des répliques. Vous avez eu 1830, 1848, la Commune. Et puis après, vous avez des répliques internationales. Je songe à 1917. Et puis le national-socialisme, qui est une révolution aussi dans son genre. Le fascisme, bien sûr. Et donc, on pourrait imaginer que peut-être la France a inventé les révolutions, encore que parce qu'il y a eu d'autres façons de faire de la politique. Anne Arendt, par exemple, a fait un très beau livre qui oppose la révolution française et la révolution américaine en disant que ça a rendu possible deux types de nations, deux types de pays. C'est-à-dire que la révolution américaine, elle s'est faite au nom de la liberté. Et on voit ce qu'a donné cette révolution, les États-Unis. Et la nôtre, la révolution française, elle s'est faite au nom de l'égalité. Et on voit effectivement qu'au nom de l'égalité, on a coupé des têtes. Au nom de la liberté, on ne peut pas couper des têtes. Au nom de l'égalité, effectivement, on peut couper des têtes. Et moi, je ne me réjouis pas le jour anniversaire de la mort de Louis XVI. J'estime qu'on pouvait faire l'économie de la monarchie sans décapiter un roi, sans décapiter Marie-Antoinette, et sans tuer Louis XVII, le dernier éduc de Normandie, le fils de Marie-Antoinette et de Louis XVI.
Éric Zemmour.
Alors, j'ai des tas de choses que m'inspirent ce que dit Michel Onfray. D'abord, pour le livre d'Anna Haren, vous avez tout à fait raison, c'est un livre tout à fait remarquable sur les destins de... deux révolutions. Elle ajoute après qu'en fait, il n'y a pas eu de sang dans la révolution américaine parce qu'ils ne se sont absolument pas occupés des pauvres. Il n'y avait pas de pauvres d'ailleurs aux États-Unis. C'était un pays de cocagne, celui qui arrivait, il trouvait. Alors que Robespierre, lui, il a pris conscience de la misère en France et il a voulu la régler. Et parce qu'il a voulu régler cette question sociale, on est allé au crime et au sang. Et elle ajoute... Je ne sais pas si vous vous en souvenez. Elle dit, en fait, quand les Américains se sont occupés vraiment des pauvres, les seuls pauvres, c'était les esclaves noirs. Et là, ils s'en sont occupés. Ça donnait quatre ans de guerre horrible. C'est la guerre de sécession. Donc, elle explique comme ça que dès qu'on s'occupe des pauvres, en fait, il y a un yalala, ça ne rigole plus. Et on s'affronte et on se massacre. Maintenant, pour la... Si je peux
vous répondre. Je vous en prie. Sur la question des pauvres, elle dit des choses intéressantes sur Rousseau et sur le triomphe du ressentiment. En expliquant, et ça c'est assez Nietzsche en ce sens, c'est de dire que souvent on cache sous une revendication d'égalité un esprit très ressentimenteux. On n'aime pas les riches, on n'aime pas ceux qui ont réussi, on n'aime pas les grands, beaux, forts, costauds, on n'aime pas ceux à qui tout réussit. Et à ce moment-là, au nom de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, on décapite, on massacre et on détruit. Et donc elle fait aussi cette analyse. d'un Rousseau géniard, et notre époque est géniarde. Et Rousseau pleure tout le temps, quoi. Et la Révolution française qui pleure, effectivement, c'est aussi la Révolution française qui décapite parce qu'elle est ressentimenteuse. D'ailleurs, vous avez
raison, tout le XVIIIe siècle pleure beaucoup, on est très sentimental, etc. Alors maintenant, pour le destin... C'est notre ADN, d'être révolutionnaire. Michel Onfray a répondu tout à fait pertinemment, le destin de la France, c'est d'être la France, et puis voilà. Mais la question se pose... Et il le sait très bien, parce que depuis 1789, la gauche a estimé que le destin de la France, c'était la révolution. Et les contre-révolutionnaires aussi. Il y a cette phrase magnifique, vous savez, de Joseph Demest qui dit « Jamais on n'a vu nation, » il parle de la France évidemment, « aussi facile à tromper, aussi difficile à détromper et aussi puissante à tromper les autres. » Cette phrase absolument superbe qui estime effectivement que la France, son destin, c'est d'être révolutionnaire. Dans les deux camps, on regarde ce pays comme le pays de la révolution. Et d'ailleurs, quand il y a la révolution en France, vous avez parlé justement de février 48. immédiatement tous les autres pays en Europe se mettent à faire la révolution. C'est vraiment quelque chose, c'est con. Toute l'Europe attend le signal donné par la France. Mais, je sais que ça ne va pas vous faire plaisir, en vérité, cette tradition révolutionnaire est morte en 1870. C'est la République qui tue la Commune. C'est la République qui massacre les communards et qui tue exprès. D'ailleurs, Thiers le fait exprès pour détruire la tradition révolutionnaire française. Proudonienne, ouvrière. On est d'accord. Il fait exprès. C'est tout à fait en conscience. Il massacre ça. Et c'est pour ça que les paysans qui n'en peuvent plus des révolutions soutiennent enfin la République. Parce que c'est une dernière chose que je voudrais dire et ça va nous mener à aujourd'hui, je pense. La révolution qu'en vit le peuple français, c'est la révolution du peuple de Paris.
Complètement. Le girondin que je suis.
Et c'est pour ça que je sais vous faire plaisir. C'est Paris qui fait... Non mais c'est vrai en plus, c'est Paris qui fait la révolution. Et c'est pas seulement Paris, c'est quelques-uns à Paris. Absolument, vous avez tout à fait raison. C'est les sans-culottes, la commune de Paris, vous avez tout à fait raison, qui impose sa loi à Paris et à toute la France. Et ça sidère... C'est un putsch Absolument, ça sidère tous les observateurs étrangers. Les Anglais qui viennent, les Allemands qui viennent se disent mais c'est incroyable ce pays. Il y a une poignée de gens à Paris qui décident et toute la province se couche. Alors ce n'est pas tout à fait vrai parce que ceux qui ne se couchent pas sont massacrés copieusement.
on a en commun le goût pour Ten, tous les deux, son histoire de la révolution française. Et de fait, il raconte tout ça très bien, et c'est là que j'ai découvert qu'effectivement, les Jacobins étaient des terroristes, et qu'ils ont utilisé les violences qu'on voit un peu tout de suite, c'est-à-dire vraiment les voix de fée, on massacre, on tabasse, on insulte, on méprise, on décapite, et il a travaillé dans les archives, Ten, et il donne en note des références assez terribles. Donc oui, vous avez raison de dire que... Quand on dit la Révolution, on a mis une espèce de R majuscule, c'est devenu un concept, alors qu'il faut rentrer dans le détail, et que de fait, c'est souvent, et c'est ce que dit Tocqueville dans l'Ancien Régime et la Révolution française, c'est souvent ce qui s'est passé à Paris, parce que Tocqueville dit, depuis Philippe Lebel, on a une centralisation qui n'a pas été touchée par la Révolution française. Et la Révolution française qui a triomphé, c'est celle qui a renforcé la centralisation de l'État. De sorte qu'il y a des révolutions françaises, comme vous le savez. C'est-à-dire qu'il y a cette Révolution française dont on estime que c'est celle de Robespierre, etc. Ceux qui ont gagné, je dirais. Et puis l'histoire écrite par les vaincus, on peut la faire, moi je l'ai faite, avec un livre qui s'appelle « La force du sexe faible » et qui fait l'éloge des femmes de la Gironde, pour montrer qu'il y avait autre chose dans la Révolution française. Il y avait bien sûr les Girondins, on en parle souvent, donc on ne va pas recommencer, mais aussi les enragés. Ils font si souvent songer aux Gilets jaunes d'aujourd'hui. Mon cher,
les Girondins ont voté la mort du roi. Pas tous. Après, ça s'est fait individuellement. Après avoir fait des grands discours pour dire qu'ils ne le voteraient pas. Je vous ai déjà dit, vos girondins, vous choisissez mal
vos admirations. Ils ont demandé le veto. C'est-à-dire qu'on pouvait condamner à mort. Moi, j'étais contre. Je suis contre la peine de mort. Mais Robespierre
aussi était contre la peine de mort.
Non, non, non. Là, c'est pareil. C'est ce que disent tous les Robespierreistes. C'est vrai ? Non, à une date très précise. Il faut dire à quelle date. Je vous taquine. Mais
je vous taquine sur vos girondins. Je vous assure que vos Girondins, c'est des bidons. Et ça, vous ne voulez pas l'admettre. C'est des gens qui font des beaux discours et qui n'ont rien fait, qui se sont couchés devant Robespierre et devant les Jacobins.
Vous avez raison, parce qu'en fait, ça pose une autre question qui est celle de la violence et de la violence révolutionnaire. Ils ont fait des beaux discours, vous avez raison, pendant que d'autres estimaient qu'il fallait taper, casser, massacrer, détruire, etc. Et dans l'histoire, ce sont toujours les violents qui gagnent. C'est notre discussion d'hier
avec Finkielkraut. Ils ne sont pas les moins
intelligents comme les Girondins. Non, mais ce sont les plus violents et les plus brutaux. On parlait tout à l'heure de la commune, c'était exactement la même chose. Elle a perdu parce que Thiers l'a fusillé.
Il fallait
faire triompher un certain type de révolution française, la version républicaine dont nous héritons aujourd'hui.
Tout à l'heure, Éric Zemmour parlait justement de ce signal qui a été donné à toute l'Europe. Les gilets jaunes, on a vu que ça a commencé en France. Il y a eu au moins 22 pays où il y a eu des gilets jaunes. Est-ce que le mouvement des gilets jaunes que vous avez analysé dans votre livre, c'est un mouvement révolutionnaire justement
là encore, c'est un petit peu comme avec la Révolution française. On peut imaginer que c'est un bloc et qu'il y a une espèce de R majuscule, disant la Révolution française, en disant les Gilets jaunes, G majuscule, etc. Moi, je suis un des rares penseurs à ne pas être platonicien et à dire qu'il faut penser le réel dans son développement et dans son dépliement. C'est-à-dire que les Gilets jaunes au départ, ce que j'appelais les Gilets jaunes des ronds-points, c'est effectivement un mouvement révolutionnaire qui procède de la jacquerie provinciale, girondine, de gens qui, on le sait, disent qu'on voudrait de la dignité. On voudrait de la dignité parce qu'on n'en peut plus. On est près de Noël, on n'arrive pas à payer des jouets à nos enfants, on s'endette, on ne peut pas payer le plein d'essence s'il augmente. Donc on ne pourra pas, ça ne pourra pas continuer comme ça. Donc en ce sens, oui, ce début des Gilets jaunes, c'est un début de jacquerie vite, hélas, confisqué. par vos amis, les jacobins, qui sont la France insoumise, les robespéristes, qui, trois semaines après, se disant qu'il y a quelque chose, on va essayer de faire un coup d'État, comme Lénine a fait avec le Palais d'Hiver, c'est-à-dire que ce sont des poutchistes, tous ces gens-là. Les jacobins sont des poutchistes, les robespéristes sont des poutchistes, et il s'agit violemment de dire on y va, et on va capter tout ça et toute cette énergie. Donc évidemment, c'est devenu... Là, vous parlez de la France insoumise. Oui, par exemple. Le
Parti communiste, la CGT... C'est ça, qui ont récupéré le
mouvement des gilets jaunes. Marine Le Pen et tous les autres. J'ajoute que tout de suite, il se passe des choses importantes au Liban. Et que j'y vais dans un mois.
Ensuite, on laisse Éric Zemmour réagir.
Pardon, oui. Et que j'ai appris que, par exemple, je crois, le gouvernement ou au Liban, on a interdit l'importation des gilets jaunes. Parce qu'effectivement, c'est une façon d'être et de faire les Gilets jaunes, au-delà de cette confiscation terrible. Et là encore, Philippe Lebel, le jacobinisme, la centralisation, c'est-à-dire des centrales politiques de gauche et d'extrême-gauche, on dit « Allez, on y va et on fait une OPA sur le mouvement populaire, je dirais ». Effectivement, cette révolution a été tuée dans l'œuf. Je ne pense pas qu'elle le soit totalement. Mais elle a été tuée dans l'œuf. Ceci dit, quand au Liban, on a envie de porter des gilets jaunes, ça veut dire que quelque chose s'est manifesté avec le gilet jaune. Il est devenu emblématique. Et je reviens sur cette idée que... C'est de la thermodynamique d'une certaine manière que si vous comprimez ici une révolte, elle va ressortir ailleurs et se manifester autrement. On se pose la question des violences aujourd'hui. Vous êtes pour, vous êtes contre. Le problème n'est pas de savoir si on est pour ou contre, mais de refaire encore une fois de la généalogie en disant d'où vient-elle cette violence ? Il n'y a pas d'effet sans cause. J
'ai un point fondamental d'accord et j'ai des points de désaccord. Le point fondamental d'accord, c'est sur la récupération absolument... Et hontée. Oui, mais je ne sais même pas ça, d'école. Oui. — De concours, comme on dit dans les Tonton Flingueurs. Vraiment extraordinaires des mouvements d'origine qui sont en gros pour la plupart des électeurs du Rassemblement national récupérés par des cadres de la France insoumise et qui ont complètement changé leur... — Bien sûr que ce soit des électeurs du Rassemblement national. — Il y en a beaucoup. Il y en a beaucoup. Fourquet... — Non, vous avez raison. Il y a beaucoup de gens qui votent. — Il y a beaucoup de gens qui votent. — Il y a beaucoup de gens qui votent. — Il y a beaucoup de gens qui votent.
— Je vous assure là. — Le parti animaliste. — Je ne sais pas si vous avez lu la page
de Jérôme Fourquet. de l'IFOP dans le Figaro avant les vacances, on en parlait avant Noël, qui explique bien que les points forts des Gilets jaunes sont aussi des points forts du Rassemblement national. Mais peu importe. À la limite, ce que je veux dire, c'est qu'ils ont été magnifiquement récupérés par les cadres de la France insoumise et par les cadres d'extrême-gauche qui les ont confisqués. Tout à fait. Qui ont confisqué leur organisation et qui les ont changés. Là, je suis d'accord avec ça. Maintenant, là où je ne suis pas d'accord, c'est pour... sur votre a priori d'abord vous dites en gros si j'ai bien compris le début de votre intervention vous dites il ya des jacqueries quand elles sont étouffées quand elles sont bien réprimées et ben au fil des siècles au fil des années comme on veut ça finit par une révolution moi je pense je pense pas ça je pense que la jacquerie est le contraire de la révolution la jacquerie c'est un mouvement populaire qui n'a pas de tête et qui échoue à chaque fois, qui se révolte contre la condition qui lui est faite par l'État, par ce qu'on appelait au XIXe siècle le progrès. Ça, c'est une jacquerie. La révolution, ce n'est pas la même chose. La révolution, c'est l'alliance entre une partie des classes populaires et la bourgeoisie. qui, au contraire, veut prendre le pouvoir et pour cela guillotiner ceux qui sont privilégiés davantage qu'elles. Ce que je veux dire par là, c'est que pour moi... Les Gilets jaunes ne sont pas un mouvement révolutionnaire au sens de progressiste. C'est un mouvement réactionnaire. Dans ma bouche, ce n'est pas une insulte, vous avez bien compris. Je veux dire par là que ce mouvement des Gilets jaunes, les révolutionnaires, les vrais, c'est nos élites. C'est nos élites qui détruisent la nation, qui détruisent au nom de l'internationalisme, qui détruisent les frontières, qui détruisent le peuple au nom de l'immigration libre, etc. C'est eux, entre guillemets, les révolutionnaires. Et nos Gilets jaunes, pour moi, mais je peux me tromper, Ce sont des réactionnaires, ce sont des gens qui essaient de résister. Vous voyez, pour moi, les Gilets jaunes, c'est plus les Vendéens se font massacrer par les Bleus, par les troupes révolutionnaires envoyées par Robespierre et par les autres, que les sans-culottes qui font la révolution et qui prennent les tuileries. Pour moi, ce n'est pas la même chose. Et je pense que ce n'est pas une révolution. Et dernière chose, je pense que le mouvement des Gilets jaunes est le produit de l'impasse politique française. C'est-à-dire que nous sommes le seul pays... où les populistes n'arrivent pas à se rassembler et à gagner le pouvoir. En Angleterre, on a parlé des États-Unis de Trump. En Angleterre, on a Boris Johnson. C'est-à-dire qu'on a une partie des élites qui se coalisent avec les classes populaires pour changer le système. En France, ce n'est pas le cas.
— Alors moi, je voudrais répondre sur deux choses. La première, c'est que la Révolution française n'est pas le modèle de toutes les révolutions. L'erreur, c'est d'imaginer... — La Révolution
moderne, si, quand même.
— Non. Je pense que l'idée d'aller voir dans la Révolution française quelle leçon elle peut nous donner pour tout ce qui se passe actuellement, c'est une idée léniniste. C'est une idée... — C'est vrai ? Enfin, Trotsko-léniniste. — Oui, Trotsko-léniniste. — D'accord. Enfin,
entre la Révolution française et la Révolution russe, qu'est-ce que vous laissez aux autres ? — Aux autres. — Aux autres révolutions. À l'américaine. — Ah non, mais oui, à la révolution anglaise. — Vous savez que la révolution américaine est le modèle de la révolution française, en vérité. Vous savez bien. Au départ. Mais après, ils ont dérivé pour les raisons qu'on a dites tout à l'heure. — Si
je peux répondre. Juste, il n'y a pas une révolution française idéale qui serait une espèce de concept, une espèce de... de grille à partir de laquelle on pourrait mesurer les autres révolutions en disant « elle n'est pas comme ceci, donc elle n'est pas une révolution », « ça ne se passe pas comme avec la Révolution française, donc ça n'est pas une révolution », parce qu'elle a sa spécificité. Vous avez dit tout à l'heure que c'était la Révolution française. la révolution, parce que pour vous la révolution c'est la révolution française, c'était l'alliance des classes populaires et de la bourgeoisie, ce que je ne crois pas, c'est la bourgeoisie contre les classes populaires. Je vous rappelle quand même que quand vous prenez les enragés, mais historiquement c'est ainsi, quand vous prenez les enragés, Jacques Roux, Olivier, Claire Lacombe et quelques autres sont des gens qui disent mais bon ça fait trois ans qu'on a la révolution, la liberté, égalité, fraternité, déclaration des droits de l'homme, tout ça c'est formidable, mais on n'a toujours pas à manger, on a toujours faim, on voudrait des chandelles pour nos maisons, on voudrait du... pour nos enfants, on voudrait du savon pour être propre et on voudrait un peu de pain juste pour manger. Les enragés demandent ça. Et les Jacobins disent, oh mais Rousseau c'est quand même beaucoup mieux que Montesquieu, la Révolution c'est quand même... Caricaturé. Non, non, non. Que veut le peuple ? Ils prennent des
mesures
sociales quand même. On a des grands débats intellectuels. Et que veut le peuple ? Le peuple il veut de la dignité. Il en veut toujours. Ce que veulent les gilets jaunes, ce n'est pas la valise de millions que leur apporte Macron en leur disant « débrouillez avec ça ». Ils veulent de la dignité. Ils veulent de la considération. Il ne faut pas
plutôt un écran plat, une connexion Internet, un peu cet aspect consumériste ?
Et alors ? Pourquoi faudrait-il leur interdire ? Puisque finalement, le système est ainsi fait qu'on leur fait désirer tout ça. On leur fait désirer tout ça. Je ne peux pas imaginer qu'on puisse faire l'économie de ce qu'on a fait du peuple. pour dire aujourd'hui, regardez ce peuple, mais qu'en avez-vous fait ? Les médias, l'école, le bourrage de crâne, l'idéologie, cette idée que Marine Le Pen, ce serait le fascisme et que ça conduirait tout de suite à la Shoah et qu'il faudrait obligatoirement voter pour des macroniens, pour le libéralisme, etc. Il y avait tout à l'heure, j'ai oublié son nom, Ségolène Royal, qui arrive toute seule. On a l'impression qu'elle surgit d'une boîte comme ça en disant, je vais résoudre tous les problèmes. Mais elle est responsable de tout ce qui advient actuellement, ce sont tous ces gens. Depuis 50 ans, disons depuis la fin du général de Gaulle, les disparitions du général de Gaulle, ont estimé que le libéralisme, le marché, l'argent, etc., le giscardisme, pour le dire en un mot, devaient faire la loi. C'est-à-dire qu'avec le peuple, on a fabriqué une populace. Donc évidemment, moi, quand la télévision est arrivée chez mes parents, on jouait les Perses d'Echille le premier soir. Aujourd'hui, la télévision, elle abrutit tout le monde depuis des années. Quand vous dites, mais le peuple, tout de même, il ne veut pas de la dignité, il voudrait un écran plat. D'abord, c'est pour vous voir. C'est charmant d'avoir un écran plat. Et ensuite, tout a été fait. Il y a de
beaux débats. Non, mais
tout a été fait pour ça. Mais tout est fait pour ça. C'est-à-dire qu'on les nourrit avec des mots. Mais vous regardez de quoi vous êtes en train de vous satisfaire. Oui, mais sa question
mérite. mérite une réflexion. Mais oui ! Non, mais sincèrement. Je ne mène pas une réflexion. Non, mais je veux dire, vous avez raison, votre réflexion, je la suis et je l'apprends. C'est la fameuse phrase, vous savez, c'est un auteur anglais qui disait « ceux qui ont crevé les yeux au peuple lui reprochent d'être aveugle ». Donc c'est exactement ce que vous avez dit parfaitement. Mais ce que je veux dire, pardon. Que veut le peuple ? Ce que je veux dire, c'est que... nous permet quand même de ne pas idéaliser le peuple. Il a été effectivement laminé par le consumérisme. Il a été détruit par la propagande à l'école. Les jeunes générations, je suis sidéré par la propagande à l'école. Il a été déstructuré par une immigration de masse et par un multiculturalisme complètement fou. Je veux dire, il y a tout ça. Et donc il ne faut pas, d'après moi, idéaliser le peuple. que sa question n'est pas inutile. Je ne l'idéalise pas. Mais je sais bien.
Je fais la généalogie de ce peuple. Je suis d'accord. Vous l'idéalisez un peu. Non, mais je souscris à ce que vous dites. Je dis oui, bien sûr. Ils veulent ce qu'on leur a demandé de vouloir depuis 50 ans. Donc je dis mais on peut aussi proposer au peuple autre chose. Et lui, il veut de la dignité le peuple. Quand les gilets jaunes se sont retrouvés sur les ronds-points, ils n'ont pas demandé des télévisions et des smartphones. C
'est d'abord une révolte fiscale.
Et c'est pas une révolte
fiscale ? — Bah si. Au départ, ils se révoltent contre une mesure fiscale. —
Oui. D'accord. Là-dessus, vous avez raison. Ce sont des gens à qui... Enfin Macron a décidé... Tous les libéraux décident que finalement, il vaut mieux faire payer les riches... Les pauvres, pardon. Que les riches... Et pour faire payer les pauvres, il n'y a rien de mieux que d'augmenter le plein d'essence. Voilà. De toute façon, ce sont les amis du pouvoir, droite et gauche confondus depuis des années. Et les gens qui se sont retrouvés sur les gilets jaunes, ils ont dit « Mais on va faire comment ? ». Ils n'ont pas dit « On est contre la révolte fiscale ». Ils vont dire « Mais on ne peut plus ». Ségolène Royer disait qu'ils sont à 50 euros près. Non, ils ne sont pas à 50 euros près, ils sont à 5 euros près, les gens. Ils ne sont pas à 50 euros près, donc 50 plus, 50 moins, pas du tout. Moi, je connais des gens qui vont au cinéma une fois par mois. Donc ces gens, ils veulent de la dignité. Ils travaillent, ils veulent... Ils puissent faire un plein défense, ils puissent aller au cinéma, ils puissent acheter des vêtements...
Ça s'appelle de la dignité. Tout à fait d'accord. Dans ce cas-là, je me ferai l'avocat du diable, mais ce n'est pas pour faire le provocateur avec vous. Je le pense en partie. Vous ne devriez pas mépriser... C'est le méprisant qui est méprisé. Vous ne devriez pas mépriser la décision d'Emmanuel Macron de balancer comme ça 17 milliards. Et ce pour deux raisons. La première, c'est qu'après tout, cet argent, les gens sont contents, puisque des gens qui sont à 5 euros près, ils ne vont pas cracher sur 17 milliards, même divisé en millions de personnes. Ça, c'est une première chose. Et la deuxième, je suis étonné que vous n'en parliez pas, c'est que vous qui êtes le pourfendeur à juste titre, et on se retrouve là-dessus, on a écrit des choses vraiment similaires là-dessus, sur l'aspect fondateur du traité de Maastricht, Vous avez tout à fait raison là-dessus. Maastricht est, un, la fin de la démocratie nationale, et deux, l'instauration d'un nouveau régime. Ça, vous avez mille fois raison. Je vous dis, on a écrit des choses vraiment très similaires là-dessus. Mais, en faisant ce geste, en balançant 17 milliards, qu'est-ce qu'il fait ? Et qu'est-ce qu'il dit, surtout ? Il dit, les 3%, les règles de Maastricht, je m'assois dessus et je m'en fous. Et il théorise ça. Il dit de toute façon que c'est dépassé. En fait, il crache au visage des Allemands. Je pense que c'est la première fois depuis... Allez, 83, là-dessus on sera d'accord aussi, pour dire que le grand virage de 83, c'est la soumission de la France à l'Allemagne, on est d'accord là-dessus. Donc là, je pense qu'il y a un moment, et il ne faut pas le mépriser, et je finis simplement, vous voyez, je pense qu'il fait ça, il était élu pour faire le contraire. Je ne suis pas complètement naïf. Quand il est élu, il pense faire le contraire. Il pense continuer à se soumettre à l'Allemagne. Mais il a tellement pris de claques de Mme Merkel que là, il a une révolte. Et regardez la suite géostratégique. Il tend la main à Poutine. Vous avez remarqué. La vérité, et là je m'arrêterai là, c'est qu'il fait ça de façon brouillonne. Il n'a pas de plan B parce que son plan A, c'était la soumission à l'Allemagne. C'était ma réponse.
Il nous
reste 4 minutes après j'ai une question.
Je pense qu'il a été éminemment empirique, au pire sens du terme. C'est-à-dire qu'il a fait ceci, il a fait cela, etc. Je pense qu'il a eu très peur. Il a vu les images un peu terribles de gilets jaunes débordés par des black blocs. instrumentalisés par d'autres qui avaient intérêt à ce que la violence ait lieu, des syndicats, des partis politiques, etc. On a vu quand même des voitures renversées, du feu, l'attaque de l'Arc de Triomphe, l'attaque de la... Les gens qui se sont pris à lui aussi. Et puis des gens qui ont dit, on veut maintenant à l'Élysée et on y va directement. Je crois savoir qu'à l'époque, il y avait un hélicoptère qui attendait pour que l'on a fait ça. Il y avait la possibilité d'utiliser même les égouts pour partir, etc. Il y a tout de même eu ça chez lui. Et il s'est dit, mais que puis-je faire pour calmer tout ça ? Donc première réponse, c'est pour ça qu'il faut penser de manière chronologique et dialectique, et pas platonicienne en disant « il a donné de l'argent ». Il a donné de l'argent à un moment donné parce qu'il a vu effectivement que sa stratégie de « je méprise », sa stratégie de « j'insulte ». Dans le genre « je méprise », dans le genre « ça n'existe pas », « je n'ai rien à dire ». Après, « je méprise ». Après, « j'insulte ». Homophobe, raciste, génophobe, etc. BHL, toute la clique, tout le monde y va, le cœur des gilets jaunes. C'est pour ça que je dis tout le monde en parlant de… Et puis à un moment donné, il dit « mais comment est-ce que je vais m'en sortir ? » C'est-à-dire qu'il a cru effectivement que la République vacillerait, tomberait, et qu'éventuellement on pourrait le décapiter.
J'ai une dernière question.
Et juste deux mots, je vous assure que je suis rapide, et à ce moment-là il a dit, on va régler le problème en apportant de l'argent, et après il a dit, l'Europe ça passera au second plan. Donc je ne pense pas que... Alors on est d'accord.
Messieurs, il nous reste trois minutes. À qui profite cette cotestation sociale ?
'est-à-dire laquelle ? Les Gilets jaunes ou les... Les Gilets jaunes,
même jusqu'à aujourd'hui. Les Gilets jaunes, même jusqu'à aujourd'hui, à qui elles profitent ? Parce que justement, on a parlé tout à l'heure des Gilets jaunes, récupérés, effectivement, on a dit par la France insoumise, etc. À qui elles profitent aujourd'hui ? Est-ce qu'elles a la contestation d'aujourd'hui ? À personne,
hélas, à personne. Et elles coûtent à tout le monde. Elles coûtent à tout le monde. C'est-à-dire que personne n'est content. D'abord, les gens qui veulent maintenir un système de retraite. Ensuite, toute cette gauche qui voudrait coaguler, mais qui ne parvient à rien. Cette façon aujourd'hui de dire, on coupe l'électricité, mais... qu'on coupe l'électricité à l'Élysée, qu'on coupe l'électricité dans le domicile d'un ministre ou du Premier ministre, qu'on fasse des choses extrêmement ciblées. Mais là, on est en train d'ennuyer le petit peuple ou les gens qui travaillent. Le matin, ils se réveillent, le frigo est foutu. Ils ne peuvent pas aller travailler, le réveil n'a pas sonné, etc. Et à un moment donné, on se dit que ça part dans tous les sens. Je ne pense pas que Macron soit dans une bonne stratégie. Cette idée du « ce sera de toute façon Marine Le Pen et moi-même, et au bout du compte, ils voteront pour moi » est une mauvaise idée. Ils pourraient perdre. à jouer ce jeu-là. Et je pense effectivement que c'est la France qui paie les pots cassés, c'est la République qui paie les pots cassés. Et puis toujours les plus modestes et les travailleurs. C'est-à-dire que j'ai vu l'autre jour un boulanger qui dit « Moi, le matin, je me suis réveillé, il n'a pas pu faire mon pain. Je ne suis pas sûr qu'il gagne beaucoup d'argent, ce monsieur. » Je ne pense pas vraiment qu'on soit dans une autre logique que celle du nihilisme généralisé. Il s'agit de détruire, de détruire, de détruire. Il n'y a pas d'issue. Et là, pour le coup, ça sent fort, la révolution. Là, je
pense que ça ne profite à personne. Je suis d'accord avec ça. ça ne profite ni à gauche, ni à droite, ni à Marine Le Pen. À la différence avec Michel Onfray, je pense que ça profitera in fine à Macron parce que le duel qu'il organise... qu'il bichonne avec Marine Le Pen. Moi, je ne pense pas, comme Michel Onfray, je pense qu'il gagnera et que Marine Le Pen ne peut pas gagner. Pour des tas de raisons qu'on a déjà parlé, etc. On
cristallise des haines sur son nom. François Mitterrand, on l'a signalé tout à l'heure, renonce au socialisme en 1983. C'est quand même une grosse affaire. Et il est capable d'aller chercher des bouquins. Il va chez le bouquiniste tous les jours dans la rue. C'est-à-dire que là, on dit « Macron est ici » et tout le monde arrive. – Non, mais vous
avez raison. Il suscite la haine, mais… – Hélas, moi, je
combats ces idées. – Non,
mais vous avez raison. Vous sous-estimez la campagne de propagande qui aura lieu entre les deux tours de 2022. On a déjà connu ça depuis 2002, depuis 2002. – Eh bien, j'aurais tendance
à estimer justement le peuple qui, pour le coup, a compris comment tout ça fonctionnait, l'instrumentalisation que j'ai fait. Malheureusement, ça fonctionne bien.
On a terminé. Juste, il a dit ça sent fort la révolution. Comment ? Il a dit ça sent fort la révolution.
L'assurrection. En un mot. L'assurrection. Aujourd'hui. Moi, je ne pense pas justement parce que je pense que nous sommes le pays dans une impasse politique et que nous sommes le pays des jacqueries. Je pense que nous avons clos le champ des révolutions et que nous sommes entrés dans le... dans l'époque des jacqueries. Nous sommes revenus à un temps des jacqueries. Et je ne fais la différence entre la jacquerie et la révolution. Les élites
auront toujours raison ? Insurrectionnelle,
pré-révolutionnaire. Quant aux élites, non. Il y a des gens qui disent des bêtises, puis des gens qui disent des choses intéressantes. Je pense même que
nos élites ont tort depuis longtemps.
Alors, toutes les études, quand on entend Alain Badiou, Balibar, qui sont sur le côté totalement extrême-gauche, mais qui détestent les Gilets jaunes, et puis BHL ou Luc Ferry qui invitent à leur tirer dessus, on se dit qu'il y a quand même une espèce de programme commun des intellectuels contre les Gilets jaunes. Vous savez, quand ça commence à partir, il y a du sang, il y a des coups, il y a des décapitations, mais des têtes au bout des pieds. Ça ressemble
à la commune. les intellectuels étaient contre les communards. Y compris Flaubert, y compris... Et ça a fini dans
le sang. Parce que vous avez raison, la Révolution française, elle est soutenue par des intellectuels, pas la Commune. C'est une affaire ouvrière. Moi j'aime la Commune. Mais même la Révolution française... On brûle la guillotine. La Révolution française et même une
affaire d'intellectuels, d'avocats, de journalistes, etc. C'est une affaire vraiment de lettrés. Oui, il n'y a pas que… – Et pas la commune, alors que la commune, les traits détestent comment ?
– Il n'y a pas que les Girondins à être lettrés, verbeux,
etc. – Mais les Girondins… – Bon, allez, fin de se passe à face, fin
de se passe à face. Merci beaucoup Michel Onfray d'être venu. Excellente suite de programme sur CNews et on se retrouve demain à 19h pour un autre Face à l'Info. Merci.
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