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et bienvenue dans Aux avant-postes, l'émission qui cherche un sens au chaos du monde. Au revoir ou adieu l'Afrique. Ces dernières décennies, la France a souvent raté ses rendez-vous avec le continent. Économiquement, diplomatiquement et militairement, le bilan des relations franco-africaines dévoile un malentendu permanent. Alors comment renouer avec un continent incontournable ? Des réponses avec mes invités. Pascal Leraud, président de l'Institut Choiseul, un laboratoire d'idées situé à Paris. Il est également l'auteur de... « Adieu l'Afrique », histoire d'une rupture fatale récemment parue chez Fayard. Roland Portela, associé gérant du cabinet Dratigus, développement qui accompagne les entreprises en Afrique, également écrivain de nouvelles, auteur de « La nature éradique, l'être humain de l'existence », paru chez le Lys Bleu édition. Et enfin, depuis l'île Maurice, Gilles Lenné. Économiste, historien et co-auteur d'un ouvrage collectif paru aux éditions Cartala intitulé « Une histoire de la coopération franco-africaine entre ombre et lumière ». Bonjour et bienvenue à tous les trois. Je voudrais qu'on commence cet échange par écouter le président de la République française, Emmanuel Macron. Il s'exprimait le 10 mai 2026 à Nerebi. au Kenya. Et pour lui, c'est très clair, le concept de France-Afrique s'est terminé et terminé depuis 2017. On l'écoute.
'est un continent que je ne veux plus que la France regarde d'un côté comme étant un précaré, où les dirigeants d'entreprises auraient en quelque sorte tous les droits ou tous les contrats qui leur seraient garantis parce que c'était l'Afrique francophone. Parfois certains considéraient que la France donnait une forme d'assurance garantie, quoi qu'il advienne, en étant là à faire ou défaire les gouvernements. C'est fini. Depuis 2017, c'est terminé.
'est terminé, nous dit le président de la République. Pascal Leroux, vous connaissez très bien l'Afrique depuis des décennies. Comment vous qualifiez les relations entre l'Afrique et la France ces derniers temps
Écoutez, déjà il faut distinguer entre les francophones, les anglophones, et quand on parle de l'Afrique, surtout de Paris, on pense à l'Afrique francophone, ce qui est naturel, continue de l'histoire, continue un peu des liens qui nous unissent avec cette partie du continent. On peut dire que les relations sont quand même quelque peu dégradées, faites d'incompréhensions, de malentendus, de maladresses également, initiées en France, qui font que le dialogue est assez compliqué aujourd'hui. Avec le reste de l'Afrique, finalement, ça va plutôt bien. En Afrique anglophone, les relations sont au beau fixe. On l'a vu au Kenya avec le président Ruto. On le voit aussi au Nigeria. On le voit dans une multitude de géographies non francophones. Les choses vont bien. Là où on a effectivement des difficultés, c'est quand même avec l'Afrique francophone. Mais c'est vrai que la relation est difficile. On a une histoire commune. C'est une relation un peu incestueuse d'une certaine façon. Et effectivement, il y a eu cette fameuse France-Afrique qui permet... qui conduit à masquer un petit peu la réalité et la force des liens qui nous unissent avec cette partie du continent.
Même question Roland Portella.
Oui, on va dire que les relations sont très ambiguës. Ah oui, ambiguës. Oui, parce que de la part des Africains, d'une manière générale, il n'y a plus de désir. de France. Même en Afrique francophone. Même en Afrique francophone. Encore plus en Afrique francophone, justement. Mais de la part de la France, du moins des élites françaises, il y a toujours un désir d'Afrique parce que le potentiel est là.
Le
potentiel économique, le potentiel en matière environnementale, etc. Donc du coup, il y a comme une espèce de dichotomie et il faut trouver maintenant des nouveaux liens. pour que ces deux peuples puissent travailler ensemble. Mais ce ne sont pas toujours les élites économiques et politiques qui doivent donner le « là ». L'avenir, il est au niveau des citoyens et au niveau des peuples qui peuvent aussi donner le « là » parce qu'ils réfléchissent de part et d'autre, aussi bien du côté français que du côté africain. Il y a des leaders sociaux, citoyens, qui ont une opinion et surtout qui font des propositions pour qu'il y ait des meilleures relations entre... la France et certains pays africains.
Gilles Lenné, vous êtes chercheur, je l'ai dit, économiste, historien. Comment vous vous qualifiez, après ce travail, vous avez repris 60 ans de coopération entre la France et l'Afrique. Comment vous qualifiez aujourd'hui les relations entre le continent et la France
Je pense qu'il faut distinguer deux choses. Il faut distinguer les relations d'État à État qui, effectivement, sont dégradées avec un certain nombre de pays. Et là, on pense, ça a été dit par les interlocuteurs précédents, on pense essentiellement à la zone franc et à l'Afrique francophone. Et d'autre part, je dirais, les relations de peuple à peuple, par exemple, qu'on voit au travers de l'action des organisations non gouvernementales ou des jumelages divers, je dirais. entre les villes et les communes.
On entend bien, Gilles Léné, que vous êtes à l'île Maurice, parce qu'on entend les oiseaux, et tant mieux. Gilles Léné, vous êtes chercheur. Est-ce qu'aujourd'hui, on peut encore parler des relations entre un pays, la France, et un continent, l'Afrique, qui contient 54 pays ? Est-ce que ce n'est pas absurde d'entrer à chaque fois dans cette question à travers France-Afrique ?
Absolument. Je pense que c'est absurde. Enfin, le terme est peut-être fort, mais effectivement, il y a de multiples Afriques. Et même lorsqu'on parle d'un pays, je pense qu'il faut appréhender les situations locales qui peuvent être fort différentes. Quand on a fait notre bilan de la coopération, on a constaté, mais ça, on est aussi des praticiens, on est une équipe. parmi les quatre co-directeurs, je dirais, nous avons tous été sur le terrain, eh bien on constate qu'on a des différences, qu'il ne faut pas agir de la même façon avec telle population et avec telle autre, dans telle région et dans telle autre région, et ça au sein d'un même pays. Donc cette diversité, je dirais, cette diversité extrême, il faut la prendre en compte. Et de même, quand on parle de la dégradation de la situation, on reste focalisé effectivement sur quelques images. où on voit des foules en colère dans les capitales. Mais je dirais que c'est autre chose aussi. Je dirais que le restant du pays ne réagit pas de cette façon-là, pas nécessairement. Il faut être toujours lancé et toujours bien préciser les choses.
Justement, on va les préciser à travers des images. La première image, évidemment, qui nous vient à l'esprit, c'est la manière dont les militaires français... quitte peu à peu tous les pays en Afrique. Ça donne quoi comme type d'image, Pascal Leroux
Écoutez, je pense qu'il faut repartir du début, on va dire, 2013. On a Serval. Serval, la France, quand même, a empêché
Bamako
de tomber. Et donc là, l'armée française a été accueillie en libérateur. Et on a eu une contribution relativement positive. Ensuite, Serval s'est transformé en Barkhane. Et là, Barkhane, finalement, on est resté sur place, mais sans vraie stratégie politique de sortie. Et donc, avec le temps, on est passé du statut, on va dire, de libérateur à celui un petit peu d'occupant. En tout cas, c'est la perception d'une partie de l'opinion publique africaine, avec les déconvenus qui ont suivi notre retraite un petit peu partout. Je pense que, finalement, le dispositif tel qu'il est, à savoir... Un repli, mais la multiplication de points d'appui à travers des systèmes de formation, des bases d'écoles, etc. C'est peut-être la meilleure façon finalement de traiter et de maintenir cette relation, on va dire, de défense. Donc profil
bas sur le militaire.
Oui, profil bas, mais toujours avec des liens qui existent. Et on l'a très bien vu dans le nord du Bénin, il y a quelques mois, ou dans d'autres régions, la France ne s'interdit pas de réagir et d'intervenir. mais effectivement à travers une présence militaire physique et permanente qui est beaucoup plus modeste.
Roland Portela, mauvaise image de l'armée française en Afrique ?
Oui, d'une manière générale, mauvaise image, parce qu'elle est considérée comme une force d'occupation.
Ah oui, carrément.
Oui, depuis de nombreuses années. Les peuples africains pensent, et même certains dirigeants africains, pensent que le logiciel n'a pas changé. les problématiques, notamment par rapport au djihadisme, etc., n'ont pas été réglées. Donc du coup, on se pose la question de savoir que fait l'armée française dans tel ou tel pays, puisqu'elle était venue pour nous protéger, bien évidemment pour d'abord protéger les citoyens français, qui existent, oui, c'est ce qu'elle a fait, mais les résultats sont minimes. Et donc du coup, ça pose un véritable problème. Mais ce que l'armée française, ou bien du moins le dispositif en termes de stratégie devrait faire, c'est que, Il y a quand même de l'expertise, de l'expertise en termes de formation, en termes de montée de compétences, parce que qui dit armée dit écosystème, écosystème au niveau des services, écosystème au niveau de la production, etc. Et donc c'est sur cela qu'il faut capitaliser pour que l'armée française puisse avoir encore quelques beaux jours, non pas en termes d'occupation, mais en termes de partage d'expertise et d'expérience.
Gilles Léné, vous êtes d'accord avec cette approche ?
Oui, je pense, je dirais, la présence militaire française a été critiquée dès le départ. Moi, j'ai encore en tête des déclarations du président Kounsé qui disaient « notre souveraineté implique de ne pas avoir de présence militaire étrangère sur notre sol ». Et ça, c'était au début des années 70. Donc, je dirais, les choses ont été claires dès le départ. Alors, en ce qui concerne les actions, les activités de formation, il y a une coopération militaire qui existe, qui existe depuis 1960, pour le meilleur et pour le pire. Je dirais pour le meilleur, parce qu'effectivement, on a formé pas mal de gens, et pour le pire, parce que si vous regardez les généraux poutchistes, en fait, la France en a formé pas mal, il faut le reconnaître. Donc voilà, est-ce que cette coopération militaire n'a jamais été sérieusement évaluée en termes de formation ? Est-ce qu'on a réellement formé des armées républicaines et démocratiques ? Ce n'est pas certain, cela mérite tout un débat. Et moi je souhaiterais que ce débat soit ouvert tout de même.
Merci Gilles Léné. Pascal Leroux, je voudrais revenir sur le début de votre bouquin. où vous dites que vous êtes en train d'écouter un ministre français parler de l'Afrique et vous en avez envie de pleurer. D'un point de vue diplomatique, on est complètement passé à côté. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Je pense qu'on est toujours resté dans notre logiciel très paternaliste. On n'a pas vu l'Afrique évoluer. On n'a pas vu le monde évoluer qui a amené finalement une multitude d'autres acteurs non-africains en Afrique. On pensait toujours que l'Afrique, c'était un petit peu notre précaré. C'était un peu notre chasse gardée d'une certaine façon. Et assez rapidement, sans s'en rendre compte, finalement, on a été déporté un petit peu du continent. Et ça, c'est quelque chose qui n'est pas encore trop perçu. En France, on a une vision, je pense, assez biaisée, un peu de la relation entre notre pays et le continent, avec un certain nombre d'élites parisiennes, finalement, qui sont restées encore à la relation, en tout cas la perception d'une relation telle qu'elle prévalait il y a 30 ans. Or, le monde va très vite, le monde va très vite également en Afrique, et on s'est rendu compte que finalement, les places qu'on a abandonnées peu à peu, parce que bon... Nos entreprises se sont un petit peu retirées. Les réseaux bancaires français ont été vendus, notamment aux Marocains, et ainsi de suite. Parce qu'on ne comprend pas finalement l'intérêt à rester en Afrique, alors même qu'il est relativement important d'un point de vue économique. Tout ceci fait qu'il y a une incompréhension, il y a un décalage. Et lorsque certains dirigeants politiques français, pour revenir à la question que vous posiez initialement, la parole, on se rend compte que ce décalage existe et subsiste. au plus haut niveau de l'État.
Roland Portela, vouliez réagir par rapport à l'armée, mais vous vous accompagnez les entreprises françaises ou africaines, en Afrique ou ici. Qu'est-ce qui bloque vraiment pour améliorer ces relations ? Ou est-ce que le politique vient perturber justement la question économique ?
Alors justement, c'est ce que le monde entrepreneurial, le monde des entreprises ne veut pas. que le politique s'immisce dans les relations économiques. On a besoin du politique aussi bien en Afrique qu'en France ou en Europe, bien sûr, parce qu'il faut raisonner Europe, Europe-Afrique. Parce que la chance d'ailleurs de la France, que la chance que la France peut avoir dans les 10 ans ou dans les 20 ans à venir, en termes de positionnement en Afrique, c'est avec l'Europe. Et pas forcément seul. Alors ce que disent les industriels, les hommes d'affaires, c'est bien évidemment de mettre tous les cadres pour faciliter les affaires. Mais de ne pas trop s'ingérer dans les affaires. Donc à la chinoise ? Peut-être pas la chinoise. Le politique, il est dans son rôle quand il dit que, par exemple, les investissements doivent être responsables. C'est-à-dire qu'il faut veiller à ce qu'il n'y ait pas trop d'inégalités sociales. Ça, c'est le rôle du politique. Maintenant, dans la pratique, il faut aussi que les entreprises le fassent. Parce que le problème qui se pose en Afrique aujourd'hui, c'est lequel ? On est face à beaucoup d'opportunités, mais aussi des dangers. Parce qu'en fait, quel modèle économique, quel modèle d'affaires les entreprises doivent adopter ? Est-ce que ça va être modèle d'affaires avec le néolibéralisme ? Est-ce que ça va être plutôt avec impact social ? Moi, je prône cela. C'est-à-dire des investissements plutôt avec un impact social et économique assez fort. Et c'est là où la France peut tirer son épingle du jeu par rapport, sans forcément comparer. Parce que la tendance souvent aussi des entreprises françaises, c'est de dire on fait mieux que les autres. Et ça... Ce langage-là, les Africains ne veulent pas l'entendre.
Faites mieux, mais ne le dites pas. Gilles Léné, est-ce que c'est une façon de renouer avec l'Afrique, d'oublier un petit peu le politique et de faire des affaires tout simplement avec les 54 pays africains
que c'est une manière, effectivement, de renouer le lien tout en étant prudents, je dirais. Les entreprises françaises, effectivement, respectent certains critères, respectent certaines valeurs, donc elles sont appréciées pour cela, mais pas toutes. Et ce que les gens ont tendance à voir, ce sont des dérapages, ce sont la corruption parfois, on peut citer Bolloré, c'est des dégâts environnementaux, on peut citer Total. Donc c'est ça surtout ce que les gens retiennent. Donc là il y a un énorme travail, moi je pense, à faire, un énorme travail d'information. Total a essayé, par exemple Total a demandé à... à Ruffin de faire une étude pour voir comment Total pouvait intervenir dans la province au nord du Mozambique, pour voir comment atténuer, je dirais, les effets négatifs, qu'ils soient sociaux ou environnementaux. Christophe Ruffin m'a fait un rapport qui est excellent. Il a donné à Total. Maintenant, on attend la suite.
Mais
je dirais, c'est à ce prix-là. que les entreprises françaises pourront se faire accepter et conquérir effectivement un nouveau marché, sachant qu'elles ne sont pas forcément les moins disantes, mais elles doivent être les mieux disantes.
Pascal Loro, vous connaissez aussi les entreprises, vous venez des entreprises d'ailleurs, et vous constatez dans le livre qu'il y a les Russes, il y a les Chinois, il y a les Turcs, etc. Les
Émiratis. Les
Émiratis, donc comment on fait ?
La question n'est pas de savoir comment on fait. Déjà, il faut constater que la part de la France en Afrique a été diminuée de moitié en l'espace de 20 ans. On est passé de 15% de part de marché à peu près à 7 ou 8% aujourd'hui. Mais en termes relatifs, ça ne veut pas dire aussi qu'on a perdu énormément parce que le marché s'est accru à mesure que l'Afrique se développait. Ça, c'est le premier point. Deuxième point. L'idée qui consiste à dire qu'on a été chassé et mis dehors par les autres, je n'y crois pas du tout. On est plutôt responsable de ce qui se passe. On a un peu la bannière, on s'est replié, on a quitté un petit peu l'Afrique, pour les raisons que j'évoquais tout à l'heure, et finalement les autres ont pris notre place. Qui plus est, on est dans un environnement très concurrentiel aujourd'hui. Tout le monde s'intéresse à l'Afrique. Tout le monde se rend compte que ce continent, il a un potentiel colossal en termes de marché,
de minerais.
Quand on voit ne serait-ce que la population africaine aujourd'hui, un homme sur six vu en Afrique, en 2050, ça sera un sur quatre. Et en fonction des trajectoires démographiques, entre 40 à 50% de l'humanité va vivre en Afrique en 2100. Donc ça veut dire qu'il y aura déjà des besoins énormes, colossaux, qu'il va falloir satisfaire. D'autant plus que ce continent est le dernier continent à être... basculer d'une majorité de population en zone rurale, maintenant en zone urbaine. Donc tout est à construire, tout est à inventer. Et là, il y a des opportunités colossales pour les entreprises, qu'elles soient françaises ou internationales. Maintenant, il faut que les Français, effectivement, réussissent à prendre leur part de marché. Et pour ce faire, il faut être un petit peu plus courageux, un petit peu moins frileux. Il ne faut pas avoir peur d'aller au contact, finalement, avec de nouvelles géographies, de nouveaux marchés, finalement, qui émergent en zone anglophone. aussi en zone francophone. Donc il y a quand même beaucoup de choses à faire. Le cadre des affaires, c'était évoqué tout à l'heure, il est incertain, on se pose beaucoup de questions, il y a un environnement qui peut être complexe par ailleurs, mais les autres pays, en tout cas les autres entreprises de nationalités différentes, s'en sortent, arrivent à capter des marchés. Donc ils n'ont pas peur. C'est vrai aussi qu'ils sont appuyés par la puissance publique, leur puissance publique, qui n'est pas dans une logique où... On gère des symboles, mais eux, ils recherchent des marchés. Ils sont très pratiques. Je suppose qu'on soit accompagnés avec beaucoup de pragmatisme. C'est ce qui manque peut-être aussi aux entreprises françaises. Mais Roland Portela, justement, la
puissance publique, il faut qu'elle soit discrète, si j'ai bien compris.
Oui, la puissance publique, il faut qu'elle soit discrète pour qu'on ne mélange pas le politique et puis le monde entrepreneurial. Et c'est vrai, ce que disait mon collègue. sur les opportunités en Afrique, mais il ne faut pas raisonner en termes de « on a perdu l'Afrique, on a pris notre place ». Parce que ça, c'est justement le discours que ne veulent pas entendre les Africains, qu'ils soient des sociétés de base ou bien qu'ils soient dans les élites économiques et même politiques. C'est-à-dire que chacun peut prendre sa part en fonction de ses avantages comparatifs. Aujourd'hui, qu'est-ce qui se passe ? La France est une puissance, bon, on peut le dire. C'est une puissance moyenne. Elle devient une puissance moyenne. Donc elle doit voir ce qu'elle peut apporter à l'Afrique en termes de financement, en termes d'investissement, en fonction de ses moyens. Et puis il ne faut pas oublier que souvent on dit que oui, la France a perdu l'Afrique, que les entreprises ne les intéressent pas. C'est faux. C'est faux parce qu'il y a de plus en plus d'implantations d'usines françaises en Afrique. C'est-à-dire qu'elles commercent moins, mais elles s'implantent de plus en plus. Pascal Leroux prenait l'exemple des banques
françaises qui ont en effet quitté l'Afrique. Oui,
c'était des banques réseaux. Donc c'est difficile après d'accompagner
des entreprises françaises en Afrique s'il n'y a pas les banques pour...
Mais par contre, les banques d'investissement, les banques d'affaires françaises accompagnent toujours les entreprises qui veulent développer des activités en Afrique. Donc il y a des... périmètre où il y a vraiment des gaps, des gaps à construire dans les questions environnementales, de durabilité, de mobilité verte, d'infrastructures dites durables. C'est là où la France, ou bien les entreprises... Exactement. Vous avez par exemple des entreprises comme le groupe Meridian qui joue sa carte de manière très très positive, qui a de plus en plus de contrats sur la mobilité urbaine, sur les énergies vertes. C'est ce qu'il faut faire. Il faut vraiment cibler en fonction de ses potentiels.
Lenné, vous expliquez très bien dans votre ouvrage que, évidemment, l'aide publique au développement a diminué dans la relation entre la France et l'Afrique. Donc là, on parle de la puissance publique. Comment elle peut, là aussi, établir de nouveaux liens avec l'Afrique à travers les aides publiques, à travers la coopération ?
Je crois qu'hélas, l'aide publique au développement est en voie de disparition. On insiste à sa mort lente. Quand on regarde les volumes de crédits dont on parle pour le budget 2027, je dirais que c'est une misère. C'est une misère par rapport à une période très faste, il y a 4 ou 5 ans. Donc il faut trouver autre chose, parce que les pays africains, les États africains ont besoin de financement. Ce besoin de financement, il est nécessaire pour financer les systèmes de santé, pour financer les systèmes éducatifs, qui par nature ne sont pas immédiatement rentables. Donc ce ne sont pas des entreprises qui vont se substituer et financer ces secteurs-là. Donc voilà, ces financements, où les trouver ? Il n'y a plus beaucoup d'aides publiques, au moins la partie don est en chute libre. Il reste des prêts, c'est ce que l'AFD nous a dit tout récemment. L'Agence française du développement. Donc le gros danger, c'est que notre aide, qu'elle soit essentiellement sous forme de prêt, va concerner les pays solvables, c'est-à-dire les pays les plus riches, donc les pays qui en ont le moins besoin. Tout le problème est là. On veut encore tenir un discours de priorité ou est-ce que c'est terminé
? Merci Gilles Lédé. Pascal Leroux, pour résumer votre livre, il s'adresse aux Africains ou aux Français
? Il s'adresse aux deux, mais j'aimerais rebondir sur ce que disait un peu l'intervenant précédent. Quand on dit que l'aide publique au développement français, c'est de la misère, c'est quand même 12,9 milliards d'euros. C'est quand même une somme importante. Là où le bas blesse, c'est qu'elle est trop répartie. On couvre, à travers cette aide publique au développement, je crois à peu près 124 pays, alors que l'Allemagne, finalement, concentre son aide publique au développement sur moitié moins.
Et à une époque, on couvrait la Chine. Encore récemment.
Oui, encore récemment. Et on finance aussi des pays intermédiaires comme la Turquie ou des pays qui ne sont plus vraiment des pays en développement. Là, il faut revoir. Je crois que c'est un problème de stratégie. De l'argent, il y en a. Mais il faut vraiment revoir finalement les pays bénéficiaires, aider vraiment les... pays les plus nécessiteux et pas les pays de taille intermédiaire et puis peut-être réduire un petit peu le champ d'intervention plutôt que de vouloir saupoudrer un peu toute la planète.
On sent qu'il n'y a pas de doctrine ni de stratégie dans nos relations avec l'Afrique.
Il n'y a pas de boussole. On est d'accord. On n'a pas de boussole.
Ni même au niveau européen, Roland Portela ? Au
niveau européen, il y a le fameux projet Getaway. Oui, qui marche plus ou moins pour répondre à la Chine. Les ressources sont pratiquement là, mais c'est la bureaucratie. En fait, ce sont les lenteurs administratives qui freinent ce... Je vous remercie beaucoup
tous les trois pour vos réponses. Aux avant-postes, c'est terminé. Vous pouvez retrouver cette émission sur france24.com et sur nos réseaux sociaux. Au revoir.
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