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Bonjour Christophe Barbier. Bonjour Steve, bonjour à tous. Merci de nous rejoindre. Donald Trump a annoncé hier un cessez-le-feu sur les infrastructures énergétiques russes et ukrainiennes. Décision prise sans en informer au préalable Kiev. Le président américain qui avait déjà annoncé vendredi un deal avec le Kremlin. Les américains vont être livrés très rapidement d'environ 4 millions de tonnes de gazole russe. Christophe, qu'est-ce qui nourrit d'abord la décision de Donald Trump ? Est-ce seulement et simplement la panique électorale ?
c'est une des raisons, faire baisser par tous les moyens le prix du gallon de gazole pour pouvoir limiter la casse au niveau électoral. Mais je pense qu'il y a deux autres raisons plus profondes. Il y a une raison encore plus cupide, encore plus personnelle. Je pense que tout ce que fait Donald Trump et son clan est tourné autour de leur bénéfice maximum comme homme d'affaires. Et que donc sur le marché du pétrole, sur le marché de l'énergie, sur tous les marchés, il veut s'en assurer un contrôle pour maximiser ses profits. On l'a vu avec le Venezuela, une semi-prise de contrôle du pays, on le voit avec l'Iran. bien entendu, on se demande à chaque fois s'il n'y a pas une spéculation cachée pour être dans un délit d'initié à dimension géopolitique. Et puis il y a une autre dimension, je pense, qui est intéressante, c'est l'hubris ou l'illusion géopolitique de Donald Trump. Il est persuadé qu'il va arrêter cette guerre, qu'il doit l'arrêter, qu'elle devrait déjà être arrêtée. Et à chaque fois, il se fait rouler dans la farine par plus malin que lui, c'est-à-dire Vladimir Poutine. C'est arrivé à Anchorage, ça arrive encore cette fois-ci. Je pense que Poutine a convaincu Trump c'était le bon moyen de détendre les relations entre lui et lui. La Russie est d'aller vers un cessez-le-feu et surtout un moyen de renforcer
la position de Trump. La situation électorale des Républicains, maintenant quelques quatre semaines des mi-terms, est particulièrement délicate. Elle est très délicate, bien entendu. La perte
du Congrès semble acquise. Maintenant, il y a le mystère toujours sur le Sénat, puisque ça se joue parfois à quelques sièges. En plus, il y a un siège de démocrate qui devient chancelant, avec un démocrate qui serait un tout petit peu à posta. Donc voilà, tout ça peut créer des situations compliquées. Trump est en état de cohabitation totale en ayant perdu la majorité dans les deux chambres. Il pourrait y avoir contre lui des débuts de commencement de procédure de destitution. Peu de chances que ça aboutisse dans les deux années qu'il lui reste à faire, mais ça l'empêcherait sans nul doute de faire de cette fin de mandat ce qu'il compte en faire. Par ailleurs, ça exciterait la convoitise de ces dauphins, qui ne voudraient pas évidemment couler avec le navire et qui peut-être commencerait à juguler Trump. Je pense notamment à Vance. La voix de Vance commencera à se faire entendre, s'il veut être le successeur, à partir du mois de novembre.
On l'écoutait également attentivement la semaine dernière, un discours de Marco Rubio. Tout à fait, il est un des rivaux en lice aussi. Trump a également exigé que Kiev cesse ses frappes visant les raffineries russes. ce bombardement à l'efficacité redoutable ces derniers mois, Christophe. Et il est allé plus loin en appelant de ses voeux l'élection d'un nouveau président pour l'Ukraine. C'est la douche froide pour Volodymyr Zelensky, avec lequel pourtant il semblait que les relations s'étaient un peu améliorées avec le président américain.
En fait, on a l'impression que l'estime de Trump pour Zelensky n'a pas bougé depuis février 2025 et cette humiliation dans le bureau ovale. Que tout le reste n'a été que simulacre parce qu'il avait besoin de considérer Zelensky pour... Reprendre une prise sur Poutine qui n'en faisait qu'à sa tête, mais que la sincérité de son sentiment, c'est ce mépris pour l'Ukrainien. Par ailleurs, il y a du côté de Trump une manipulation de la démocratie ou une pratique de la démocratie qui est fort contestable. Par exemple, il a vis-à-vis des élections un respect modéré. On se souvient de la prise du Capitole. Et bien voilà qu'il nous explique, il nous fait expliquer par ses porte-parole que... Poutine est élu et que c'est un vrai démocrate qui vient de se confronter récemment au suffrage universel à travers des législatives et que finalement, l'autocrate, c'est Zelensky. puisqu'il n'y a plus d'élections depuis le déclenchement de la guerre. C'est évidemment méconnaître la réalité et de l'Ukraine en guerre qui ne peut organiser des élections sur son territoire, d'ailleurs amputée, et de la réalité démocratique en Russie, puisqu'il est facile de gagner les élections quand vous interdisez aux opposants de se présenter. Mais cette hypocrisie de Trump, elle correspond à sa propre vision de la démocratie. La démocratie, c'est un outil comme un autre pour assurer son pouvoir personnel, le renforcer et maximiser son profit. Donc on fait faire à la démocratie ce que l'on veut. C'est évidemment particulièrement odieux de la part de Trump, mais on voit à quel point... Du côté européen, on a été surpris.
Alors sur le terrain, pas de changement notable ces dernières heures. Il y a eu des violations russes du cessez-le-feu énergétique annoncé par le président Trump, a déclaré Volodymyr Zelensky. Des frappes ont également visé Kharkiv. Est-ce que Moscou a néanmoins, Christophe, intérêt à respecter l'accord conclu avec Washington ? Au moins ponctuellement.
Oui, Moscou a intérêt à donner l'impression qu'il respecte le cessez-feu énergétique parce que Moscou est faible dans la protection de ses centrales, de ses raffineries et de ses sites. La profondeur du pays et sa faiblesse et les Ukrainiens sont terriblement efficaces. Les Ukrainiens d'ailleurs pourront se rattraper en frappant les centres de données. Ça a été très efficace et là ce n'est pas de l'énergie, ce n'est pas du pétrole. Donc oui, Poutine a... un peu intérêt à organiser Cessez-le-feu, il en bénéficiera plus peut-être que les Ukrainiens. Les Ukrainiens marquent en ce moment une détermination farouche, mais attention, on n'est pas encore dans l'hiver. Un pays dans le noir, un pays sans chauffage pendant l'hiver ukrainien, s'il est terrible, je ne suis pas certain que ça ne brise même l'héroïsme ukrainien.
L'Ukraine, qui appelle l'Europe à durcir la pression sur Moscou, a utilisé les avoirs russes gelées avant une réunion de ses homologues de l'Union Européenne aujourd'hui au Luxembourg. Les mots n'arrêtent pas les missiles, ce sont les décisions qui les arrêtent à déclarer le chef. de la diplomatie ukrainienne. Emmanuel Macron a indiqué ce matin ne voir aucune raison pour le moment de changer de position vis-à-vis de la Russie. Quelles sont les marges de manœuvre des 27 ?
'est très compliqué. D'abord, ils sont très divisés les 27. Par exemple, sur ces avoirs gelés de la Russie, les pays qui les détiennent dans leurs banques, je pense notamment aux Belges, ne veulent pas qu'on les utilise, puisque ça serait violer en quelque sorte la pratique usuelle en termes de gel et donc ça rendrait indigne de confiance leur place bancaire. Donc ils ont beaucoup à y perdre, sans compter les pays qui... qui peuvent encore avoir des intérêts à ménager Moscou. Donc les Européens sont divisés et ils sont démunis. Que peut-on faire que l'on n'a déjà pas fait ? Alors oui, on peut aller regarder un peu les oligarques qui se promènent encore du côté de la Côte d'Azur, des stations de sport d'hiver ou d'autres pays européens, et essayer de les frapper au portefeuille. Oui, sans nul doute, il faudrait... monté d'un ton. Mais encore faut-il avoir l'unanimité ou une majorité pour le faire. Et on n'imagine pas Merckx affaibli le fer. Je ne pense pas que ce soit la volonté de Mélanie. Macron n'en a plus ni la volonté ni la capacité. Il faudra attendre le train des élections à venir. Ça va commencer par l'Espagne, élection anticipée. Ça se terminera par d'autres pays, dont la France. Il y aura beaucoup d'élections l'année prochaine en Europe. Mais je ne suis pas certain que de ce côté-là, l'Europe puisse faire beaucoup de choses. En revanche, on peut sur la défense européenne et la fourniture d'armes à l'Ukraine faire plus et plus fort.
Passons à présent à l'actualité au Moyen-Orient. Un missile lancé par les outils du Yémen samedi sur l'aéroport de Riyad en Arabie Saoudite a fait 13 morts et 309 blessés, dont une ressortissante française. D'autres attaques ont été menées contre ce même aéroport, mais aussi contre d'autres sites identiques. Attaques revendiquées également contre des sites énergétiques appartenant aux géants saoudiens Aramco. Au vu du bilan inédit depuis une dizaine d'années, Christophe, côté saoudien, et peut-être surtout de la symbolique des cibles visées, cette guerre est en train de passer un cap. Celui-ci n'est clairement pas en faveur de l'Arabie Saoudite
n'est pas du tout en faveur de l'Arabie Saoudite, qui montre trois faiblesses insignes. D'abord, une faiblesse militaire, incapable de protéger son aéroport. Et combien y a-t-il de batteries sol air dans ce pays ? Combien y a-t-il de radars ? Que n'ont-ils pensé, au moins depuis le mois de février, à se protéger d'attaques aériennes ? Dans l'offensive comme le défensif, quel géant au pied d'argile ? Beaucoup de matériel dans la vitrine et rien qui n'est vraiment opérationnel. Faiblesse ensuite politique dans le rapport avec les États-Unis. Il y a un accord entre eux historiques. Pourquoi les États-Unis ne brisent-ils pas les outils ? Pourquoi les laissent-ils s'enliser ? Pourquoi l'Arabie saoudite n'arrive pas à convaincre Trump de les aider ? Et puis, troisième faiblesse, cette faiblesse diplomatique qui les a vues construire une autre alliance. Pakistan-Turquie. Penser une géopolitique de l'après présence américaine dans la zone, c'est très bien ça. Mais ça a été signé, il n'y a rien. Il n'y a pas un soldat, pas un matériel qui vient de ces deux pays. Pourtant, la Turquie, c'est une grande armée. Je passe sur la promesse française de protéger les sites pétroliers. On n'était pas chargé de l'aéroport. On ne sait pas trop où ça en est non plus, cette livraison de matériel et de personnel pour défendre les sites
du port qui est sur la mer Rouge. Christophe, de nombreuses capitales de Paris à Jérusalem en passant par Ankara ont condamné ces attaques autistes. Donald Trump a déclaré samedi que les États-Unis pourraient se joindre à la coalition militaire anti-autil. L'entrée de l'intervention américaine serait, malgré tout, malgré ce que vous avancez, un game changer qui renforcerait considérablement la main saoudienne face aux autistes.
En force militaire, incontestablement. On l'a d'ailleurs vu en 2025, quand plus de 1000 missiles américains ont frappé des sites outils, ça a tout de suite calmé le jeu. Ils ont signé un accord, un accord dont les Américains sont un peu prisonniers aujourd'hui. Ça ouvrirait deux risques pour les Américains. C'est se retrouver cible à nouveau des outils. Et est-ce qu'il y a des bateaux américains qui ne pourraient pas être frappés par les outils, qui semblent très bien équipés, très bien formés ? Premier risque. Deuxième risque, frapper les outils, c'est frapper l'Iran. Donc c'est réveiller le conflit avec l'Iran qui est en train de prendre une tournure un peu marécageuse, un peu obscure, où on ne sait pas si ça avance dans le contrôle du détroit d'Hormuz par les Américains ou si au contraire c'est figé avec une menace iranienne qui n'a pas faibli.
La clé de ce dossier est aussi à Téhéran.
Exactement. La clé de ce dossier est aussi à Téhéran. Si les Américains frappent les Houthis, que feront les Iraniens ? En revanche, si on apprend que les Américains n'ont pas frappé les Houthis en échange d'une libération du détroit d'Hormuz... Ah là, peut-être que finalement, Trump aura eu raison. Ça aura été une bonne affaire pour l'économie mondiale et évidemment pour ses élections
intermédiaires. Passons à notre dernier dossier avec la France et le sacre de Raphaël Glucksmann à la primaire du pôle sociodémocrate. Hier pour la présidentielle, Victoire Net est sans bavure acquise dès le premier tour avec plus de 66% des voix. Avant de parler de l'international, quelle leçon tirez-vous Christophe de la victoire du président de place publique, en particulier sur l'équilibre des forces à gauche ?
C'est très important. Il y avait deux enjeux derrière cette primaire, outre la désignation du candidat. Est-ce que vous êtes pour ou contre les alliances avec LFI ? C'était un référendum, oui ou non à Mélenchon. 66%, les deux tiers des sociodémocrates ont répondu non. Mélenchon s'est fini. Immense victoire idéologique de Glucksmann et de tous les républicains qui sont derrière lui. Deuxième question, le PS est-il toujours le parti dominant à gauche ? Non, c'est Place Publique qui a remplacé le PS. Ce qui a commencé en 1971 à Épinay, c'est peut-être terminé hier soir à Paris.
le plan international maintenant, quel projet porte Raphaël Glucksmann sur les grands dossiers du moment, Proche-Orient, Ukraine, et en quoi se distingue-t-il de son grand adversaire à gauche, Jean-Luc Mélenchon ?
Glucksmann, c'est l'international. Glucksmann, c'est l'Europe. Glucksmann, c'est la lutte contre les dictatures. La Russie, il était en Georgie quand personne n'y allait. La Chine, avec le soutien Ouïghour, etc. Glucksmann, c'est la lutte contre le terrorisme islamiste. Ce n'est pas un ami de Netanyahou, ce n'est pas un soutien de Netanyahou, mais c'est un ennemi du Hamas. C'est pour ça d'ailleurs que les Mélenchonistes lui ont fait la guerre. guerre terrible, même physique, pendant les élections européennes. C'est tout cela, Glucksmann. Oui, mais de la posture d'un député européen d'un intellectuel. C'est-à-dire que l'effet de levier sur la réalité est très faible. Ah bien sûr, si cet individu devenait président de la République française, puissance nucléaire, et première ou deuxième puissance européenne, ça changerait à la donne. Mais que le chemin est long des 80 000 sociodémocrates qui ont mis un bulletin Glucksmann dans l'urne électronique ces deux derniers jours, et les 48 millions d'électeurs qu'il faudra convaincre.
Le plus dur commence peut-être.
Ah oui, le plus dur, le plus compliqué, parce que Glucksmann va devoir se hisser au-dessus de lui-même, psychologiquement et politiquement. Merci beaucoup, Christophe Valais, d'avoir
été avec nous. On vous retrouvera jeudi. Bon après-midi. A jeudi.
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