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Le Premier ministre aussi a redouté une évolution des manifestations vers des violences urbaines. Sur quel élément... se fondent les politiques en ce moment, pour dire, est-ce qu'il y a des indices, notamment des services de renseignement, sur ce thème ?
Oui, il y a une note des services de renseignement qui ont eu beaucoup de mal. Leur travail a été très compliqué en amont de cette mobilisation, précisément parce que les informations s'échangent via des messages récriptés, via des réseaux sociaux, et que ce n'est pas la même chose qu'il y a huit ans, au moment du mouvement des Gilets jaunes, donc ça n'a pas été simple. Et d'ailleurs, on voit que cet après-midi, Les prévisions de participation sont revues à la hausse. Là, les autorités parlent d'une prévision de 150 000 personnes qui manifesteraient en France. en dehors de Paris. Pour Paris, on était autour de 40 000, alors que les précédentes prévisions faisaient état plutôt de 110 000 personnes mobilisées en dehors de l'agglomération parisienne. Donc on a du mal à évaluer effectivement le nombre de personnes qu'il y aura dans la rue. Grosse incertitude notamment sur la présence des lycéens et des étudiants. C'est les vacances scolaires ce soir. Est-ce que demain, ils seront aux côtés des gilets jaunes, aux côtés de certains partis de gauche pour manifester contre la vie chère ? Ça c'est une inconnue. Et puis bien sûr la crainte de présence dans les cortèges, dans les rassemblements, d'éléments perturbateurs, les casseurs, des éléments de l'ultra-gauche, des jeunes aussi des quartiers populaires qui pourraient venir avec la volonté de piller certains magasins sur les parcours de la manifestation. Donc oui, les autorités redoutent une évolution vers des violences urbaines et c'est pour ça. que Laurent Nunes, ce matin, indique qu'il autorise l'usage, qu'il réautorise l'usage des grenades assourdissantes. Alors on précise juste qu'il avait... Ils ont suspendu leur utilisation dans le cadre du mouvement lycéen, le temps de l'enquête sur ce jeune de 15 ans qui a eu la main arrachée après avoir saisi une grenade. Il avait bien dit que c'était dans un temps donné et pour le mouvement lycéen. Ce matin, il confirme que les forces de l'ordre, quand elles estimeront que c'est nécessaire au maintien de l'ordre, pourront les utiliser demain dans les manifestations.
On va entendre Laurent Nunez dans un instant, mais Jean-Marie Godard, est-ce que cette situation... d'actions sporadiques, parfois non déclarées, ça implique, selon vous, une adaptation de la doctrine du maintien de l'ordre ? Ou est-ce qu'il faut faire comme on a fait jusqu'à maintenant, avec de potentiels risques aussi dans la gradation de la réponse
Il y a des règles de base. C'est-à-dire qu'à partir du moment où il y a des incidents graves, il y a emploi de la force. Et comme on le fait d'habitude, ça ne change pas tellement. Par contre, il y a une adaptation sur le terrain localement, et ça, ça sera à la charge des préfets, de gérer les choses. Parce que, évidemment, les forces de l'ordre ne vont pas agir de la même manière si elles se retrouvent en face de gens tranquilles qui installent. un point fixe sur un rond-point ou un groupe de black blocs à Paris. Ce n'est pas du tout la même chose. Donc il va falloir s'adapter énormément. Et elle est souple, notre doctrine du maintien de l'ordre en la matière ? Oui, notre doctrine du maintien de l'ordre, en fait, elle n'arrête pas de s'adapter sans arrêt. C'est vraiment en permanence. On a testé des choses, d'ailleurs, qu'on a abandonnées, d'autres qu'on a mises en place. C'est toujours une adaptation, y compris sur le terrain, quand l'événement se déroule, de la manière dont on va agir et par rapport à en face de qui on se trouve. Il y a juste une chose intéressante sur les chiffres. Le 17 novembre 2018, là les chiffres que donne le renseignement, au soir du 17 novembre 2018, première journée des Gilets jaunes, où les choses n'avaient pas franchement été anticipées, les autorités se sont retrouvées, et ça c'est les chiffres du ministère de l'Intérieur de l'époque, avec un comptage à 280 000 personnes mobilisées en province, sur les ronds-points, dans des blocages d'autoroutes. C'était gros parce que tout ça s'était passé via des appels sur des groupes Facebook.
On va écouter le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, ce matin sur France 2, puisque Noémie Schultz en parlait il y a un instant.
instructions que j'ai passées sont très claires. Les policiers et les gendarmes doivent pouvoir utiliser l'ensemble des armes intermédiaires à leur disposition. Ça va de la grenade lacrymogène aux lanceurs de balles de défense dans des conditions qui sont celles d'un contexte d'extrême difficulté et notamment quand la situation bascule en violence urbaine ou en émeute, ce qui malheureusement arrive parfois en marge des cortèges. On l'a vu à Paris ou on l'a vu dans certaines grandes villes. S'il y a des jeunes dans ces cortèges ? Qu'est-ce que vous allez faire ? Il va falloir faire attention ? La grenade assourdissante n'est jamais utilisée en maintien de l'ordre dans une manifestation quand les choses se passent bien. Dans un contexte extrêmement dégradé, s'il devait y avoir des affrontements, je ne veux pas croire que ce soit le cas, mais s'il devait y avoir des affrontements graves et lourds, tous les types d'armes intermédiaires peuvent être
utilisés. Laurent Nunez a interrogé ce matin par Francis Letellier sur France 2. Serge Cimino, on entend, malgré les précautions du ministre de l'Intérieur, les précautions qu'il vient de prendre dans cet extrait, on entend que les lycéens et les étudiants disent qu'ils jettent de l'huile sur le feu parce qu'ils l'auraient dû, selon eux, continuer cette forme d'interdiction, cette suspension, comme évoquait Noémie à l'instant. Vous pouvez
maintenir la suspension, mais le ministre de l'Intérieur... Il est clair dans sa façon de répondre, mais la difficulté de demain, elles sont nombreuses, mais si on parle que de celle-là... Clairement, si les cortèges se font les uns dans les autres, que les mouvements dont on n'arrive même pas d'ailleurs à identifier, et le volume et d'ailleurs la provenance, il se peut qu'à un moment donné, dans le feu de l'action, il y ait des lycéens, des étudiants, avec une volonté de constituer un black bloc et de s'infiltrer dans un cortège dans lequel tout se passe bien. Donc c'est vrai qu'il y a une difficulté du maintien de l'ordre dans ces cas-là, mais on sent bien plus globalement. que ce gouvernement est sur la défensive pour plein de raisons. Il ne faut pas oublier quand même qu'il y a des revendications dans ce mouvement de demain, mais elles sont là aussi protéiformes. Il y a le combat contre la vie chère pour ceux qui trouvent que le gazole et l'essence est trop cher. Il y a bien évidemment la continuité du mouvement lycéen et étudiant. Il y aura des agriculteurs de la Confédération paysanne. Donc on connaît les revendications, mais ce qu'on ne connaît pas, et vous avez raison de rappeler les premiers chiffres des Gilets jaunes, on ne connaît pas la masse qui sera dans la rue. On connaît la diversité des revendications, mais on ne sait pas qui se rendra. Et il y a un événement. Politiquement, vous savez, il y a le texte, il y a le sous-texte, il y a le contexte. Aller sur le domaine sécuritaire sur des bases réelles, fondées, comme le rappelait Noemi Schultz, il y a aussi une volonté à un moment donné de se dire ne venez pas, c'est dangereux. Et ça, ça joue aussi parfois sur les mobilisations. Alors je ne dis pas que c'est le seul but parce qu'il y a des réels dangers en termes de sécurité, vous les avez rappelés l'un comme l'autre, mais il y a aussi un enjeu. Politique pour le gouvernement qui, même s'il n'a pas les réponses sur tous les conflits qu'on a évoqués, clairement, il ne veut pas non plus avoir l'opinion publique contre lui si les choses se passaient mal en termes de maintien de l'ordre demain.
John-Christopher Roland, c'est vrai qu'il y a à la fois le fait que ça brouille les messages de part et d'autre. D'ailleurs, quelles que soient les violences qu'on relève, ça brouille le message des manifestants, ça aussi peut... influer sur le regard que l'opinion publique peut avoir sur la police.
absolument. Pour rebondir sur ce que vient de dire Serge, c'est qu'effectivement, il y a des revendications. Elles ont des temporalités plus différentes. Pour les agriculteurs, c'est le troisième syndicat qui sera là en masse. Même pour le prix du carburant, tout simplement, c'est des choses sur lesquelles le gouvernement... Peu ou ne peut pas. Après, on peut être satisfait ou insatisfait des réponses apportées, mais on peut faire un peu dans la dentelle, c'est des mesures ciblées, etc. Pour les revendications de la jeunesse, c'est un petit peu plus diffus et lointain, parce que c'est évidemment que tout le monde comprend que ce n'est pas dans le vote du budget qu'on va pouvoir recruter 20 000 professeurs. Tout le monde comprend que, même s'il fallait réfléchir à la fin de Parcoursup, ce que je souhaite d'ailleurs à titre personnel, il faut bien remplacer par quelque chose de plus… Je rappelle que vous
êtes maître de conférence à l'université.
De Paris-Nanterre, je suis assez opposé à tout ce qui est un peu robotique et non humain, c'est-à-dire les tableaux de bord, etc. Je crois que c'est un des problèmes majeurs. – Écoutez, si ça ne nous empêche pas de garder notre humanité, je ne suis pas contre, espérons. Mais il y a toutes ces choses-là, et comme ils sont dans une gestion de flux, parce qu'à la décharge du gouvernement, ils sont dans une période crépusculaire, c'est la fin du deuxième mandat d'Emmanuel Macron, donc il est évident que les messages qu'il y a derrière ces revendications s'adressent à eux, mais pas qu'à eux, ça s'adresse aussi au futur. Donc c'est très complexe, je suis assez d'accord avec ce qu'a dit Serge, il y a aussi une volonté de rassurer le parti de l'ordre. et le parti des contribuables. Donc on ne peut pas négliger malgré tout un aspect communicationnel, mais pour autant, s'il y a des vrais problèmes de sécurité, tout le monde sera satisfait que la police soit là pour éviter que ça dégénère.
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