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Nous ressentons tous ce soir de la colère et de la honte, a dit le chef de l'État. Ceux qui ont détruit doivent payer. Emmanuel Macron qui, dans l'ensemble, fait peu d'annonces. Si ce n'est, Nathalie Saint-Cré, dites-nous ce qu'il faut en retenir. Une demande au préfet d'agir localement jusqu'à, si c'est nécessaire, interdire les rassemblements.
C'est-à-dire qu'il n'y a pas de dramatisation. Il n'y a ni de dramatisation avec des annonces fortes, ni de dramatisation. Il y a simplement un point, c'est-à-dire la distinction que finalement tout le monde fait entre les casseurs et ceux qui ont des récriminations ou des revendications qui semblent justes. Et là, il est revenu sur le carburant en montrant bien qu'il y avait plusieurs choses là-dedans. Mais il se contente, si j'ose dire. Et je dis ça non pas parce que c'est mon opinion, mais parce que les demandes de personnes comme Bruno Retailleau ou d'autres qui s'attendaient à un état d'urgence ou des mesures assez radicales. Finalement, il donne la possibilité aux présidents... Donc chacun, au vu de la situation locale, d'interdire des manifestations, voire des regroupements. C'est-à-dire, en gros, c'est au préfet de voir, de jauger en fonction de la situation ce qui est nécessaire. Donc il n'y a pas une dramatisation de l'état de la France ce soir. Même s'il était intégré que ça allait se résorber sous quelques jours. Le deuxième volant, c'est le volet politique. Il annonce effectivement... des réunions, c'est-à-dire qu'en gros Sébastien Lecornu est chargé de réunir les associations, les partis politiques, les syndicats de lycéens, ce qui est toujours problématique parce que les syndicats de lycéens ne gèrent pas forcément l'ensemble des lycéens et que ce qui s'est exprimé dans la rue est quelque chose de difficilement appréhendable. Enfin il y a un petit côté du côté de la négociation, sans que ce soit précis, c'est-à-dire que c'est juste se voir. Et deuxièmement, quelque chose qui est plus, comment dire, politiquement... Un petit peu plus facile, c'est de dire en gros, j'attends de vous tous là. Les syndicats, les partis politiques, ils les mettent devant leur responsabilité en leur disant j'attends que vous fassiez un appel au calme. On peut imaginer que c'est un appel qui est dirigé directement par Jean-Luc Mélenchon qui a été beaucoup mis en cause hier par Laurent Nunez en considérant qu'il soufflait sur les braises tout ayant l'air de ne pas y toucher. Et à partir de là, ils leur disent ce que tout le monde pense. y a des présidentielles, c'est à ce moment-là que ça se fait, vous choisirez, ayons une belle élection.
Le
pays mérite
une belle
élection. Le pays mérite une belle élection, mais si j'ose dire, c'est beaucoup pour pas beaucoup. C'est-à-dire que l'allocution présidentielle a toujours quelque chose de très solennel, et finalement, on ne mélange pas les piliers et les cas. Ça aurait presque pu être dit il y a une semaine. Tout ça pour ça ?
Est-ce que vous êtes d'accord ?
Oui, allocution modeste pour président conscient de son état de faiblesse en fin de mandat. En fait on est dans la figure imposée, il ne pouvait pas ne pas réagir vu l'état des violences plus fortes encore que le 1er décembre 2018 lorsqu'il y a eu le sac de l'arc de triomphe. Donc là vous avez vraiment un président qui a conscience de marge de manœuvre réduite avec presque une forme de regret quand il dit la campagne maintenant si on veut une belle élection présidentielle ça doit se faire. Avec les partis, avec les journaux, pas dans la rue, jamais dans le désordre. Mais les partis n'ont jamais été aussi faibles que depuis cette fracturation créée. C'était l'objectif du dépassement d'Emmanuel Macron en 2017, de dépasser le Parti Socialiste, de dépasser les Républicains. Aujourd'hui, vous avez des partis atomisés. plus aujourd'hui le rôle de régulateur démocratique qu'ils avaient. Donc il y a presque une forme de regret. Il faut revenir à ça. Mais il faut, il faut l'injonction. Ce n'est pas en quelques semaines qu'on refait une démocratie vivante. Donc voilà, il expose lui-même son propre nouvel en même temps. Entendre la colère, agir sur ses causes, en faisant respecter l'ordre républicain. Voilà sa mission de chef de l'État désormais. Et puis pour la jeunesse, effectivement, l'envie de... d'associer davantage, alors ce n'est pas une convention citoyenne, c'est une réception à l'Elysée, mais encore une fois, Nathalie le disait, qui sont les vrais porte-parole ? pour tous les domaines, pour la vie chère aussi, qui est aujourd'hui, dans les manifestations qu'on a vues hier, qui aujourd'hui a le leadership. Et puis un piège politique qui se referme peut-être pour Jean-Luc Mélenchon, et là c'est moins le chef de l'État qui parle que le politicien, c'est que demander à Jean-Luc Mélenchon et à son parti, et à Manuel Bompard, la France Insoumise, de dire « Nous condamnons ce qui s'est passé le 17 octobre », je ne suis pas sûr que les Insoumis entrent dans ce schéma-là. aussi facilement qu'Emmanuel Macron l'espère. C'est une manière de les corneriser, de dire vous ne condamnez pas ce qui s'est passé le 17 octobre.
Et les journalistes poseront forcément tous la question. Le chef de l'État qui appelle, je cite, les partis politiques, les organisations professionnelles et syndicales à condamner sans ambiguïté les violences. Ils ont condamné les
insoumis. Mais, vous savez, c'est toujours la même chose. On condamna, mais on ne peut pas ne pas condamner. c'est effectivement l'ambiguïté qui présente sur tous les sujets, d'ailleurs. Nous
accueillons sur ce plateau Olivier Roucan. Bonsoir. Politologue, enseignant-chercheur en sciences politiques et chercheur associé au Fersa. Et Sofiane Aklouf, qui nous a rejoint. Bonsoir, Sofiane. Éditorialiste, économie, France Info, Canal 16. Que retenez-vous ? de cette brève allocution présidentielle, un président rattrapé finalement par les mêmes questions qu'il y a dix ans
je dirais que c'est une intervention nécessaire parce qu'elle correspond à l'institution et aux devoirs de l'institution dans le moment très désordonné. Évidemment, les Français ont pris pour habitude d'attendre quelque chose du chef de l'État, donc on aurait peut-être pu... penser qu'il invite plutôt les lycéens à l'Elysée au tout début pour essayer de limiter la suite des événements. Il le fait maintenant. Donc c'est une obligation presque pour lui que de se prononcer. L'institution n'est pas vide, le président est là. Mais la parole, par contre, elle est un peu vide. C'est-à-dire qu'il n'y a pas d'annonce, ni pour rassurer les étudiants, ni pour... Par exemple, reposer une doctrine du maintien de l'ordre, parce qu'il y a quand même un problème d'efficacité de l'État sur cette question récurrente. Donc il n'y a pas de... De nouvelles orientations politiques. Vous qui avez la mémoire
de la Ve République, les présidents sur le départ, surtout quand évidemment ils ne peuvent pas se représenter, ils sont toujours en disgrâce. Il y a toujours un moment quand même assez crépusculaire. Mais à ce niveau-là, pas ? Oui,
les seconds mandats sont rarement réussis. Donc là, ce qui se passe, c'est que quand même depuis 25 ans, on a un présidentialisme de fait affaibli. Mais finalement, cette fois-ci, c'est aussi un présidentialisme symbolique qui est faible. Pas simplement les moyens, c'est aussi la parole, c'est la représentation, l'incarnation. Et c'est dans des proportions assez inédites.
C'est comme si elle ne comptait plus, cette parole. Elle ne pesait plus du
tout. Oui, c'est-à-dire qu'on a vu un Jacques Chirac affaibli lors de son second mandat. Les deux dernières années étaient très difficiles, mais là... C'est les cinq ans qui sont difficiles et la dissolution, donc les trois dernières années assurément. Et donc on voit bien que les ressorts, même je dirais presque au-delà de l'incarnation de la fonction, sont un peu usés. Donc c'est une intervention nécessaire, mais forcément, et tout le monde l'avait dit avant, il n'y a aucune surprise, ce sera insuffisant, ce sera déceptif. Et ça risque de l'être, en effet.
Et sur les réparations, alors j'ai peut-être pas été assez attentive, mais il ne m'a pas semblé que les choses étaient précises sur à la fois le chiffrage des dégâts. Peut-être n'était-il pas dans son rôle à le faire lui, ce n'est pas de son niveau. Et l'assurance au fond. que les victimes, et je pense aux commerçants, évidemment au premier lieu, seraient tous indemnisés.
Vous avez pourtant été très attentif, c'est juste qu'il ne l'a pas dit, cette phrase qu'on peut retenir. Ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser. C'est presque une incantation dans les faits. Il laisse le gouvernement faire. Il précise quand même, tout de même, si on regarde bien, que le Premier ministre va mener une cellule de crise pour aider les commerçants. D'ailleurs, le ministre du Commerce, Serge Papin, demain, à 9h, va recevoir les organisations, les grands groupes, la distribution notamment, mais aussi les commerçants, pour essayer justement de trouver des solutions. Tout à l'heure, enfin ce matin plus exactement, il y a Alexandre Bonpart, le PDG de Carrefour, qui représente les enseignes de distribution, qui disait justement, eh bien on a besoin de faire... Comme quand on déclenche l'état de catastrophe naturelle finalement. Parce qu'il y a beaucoup de magasins qui ont été détruits. Tout à fait. J'en parlais justement avec le patron de Lumi qui représente les restaurateurs et qui me disait tout à l'heure que lui est à Bordeaux et que dans la rue Sainte-Catherine, la très grande rue, il compte une cinquantaine de commerces détruits. C'est du jamais vu. Il disait, mais en 2018, avec les Gilets jaunes, on n'avait pas ça du tout. Donc le chiffrage est déjà beaucoup plus élevé. J'ai regardé juste le chiffrage pour les Gilets jaunes. France Assureur parlait de 260 à 270 millions d'euros. Là, ce matin, le commerce et la distribution disent qu'on est déjà à plusieurs centaines de millions d'euros. Donc ce serait quasiment déjà l'équivalent en une journée pour qu'on se rende compte vraiment de ce qui s'est passé dans le pays. Et effectivement, il va falloir y répondre. Mais ce soir, il y a une promesse, mais pas encore d'annonce. Mais vous
qui avez un temps d'avance, Sofiane Aklouf, qui va payer
Le problème, c'est que ce seront nous. C'est nous tous qui allons payer. C'est nous, les Français.
Il va falloir trouver de l'argent dans ce budget ? Ça veut dire le compenser ? Ou il y a les moyens de... de l'État dans des conditions d'urgence qu'on ne connaît pas.
Alors, le problème, c'est qu'il y a les assureurs qu'on peut mettre à contribution. Il y a plusieurs systèmes. On est en train de les faire cotiser, les assureurs. Il y a un fonctionnement, le fonds émeute qui est en train d'être mis en place. On demande aux assureurs de mettre de côté une part de cet argent qu'on irait cuiser en cas de situation comme celle-ci d'émeute urbaine. Le seul problème, c'est qu'il y a un moment donné, qui va payer ce fonds ? C'est évidemment nous qui allons cotiser.
en termes même financiers. J'entendais tout à l'heure un commerçant, il y en a qui ne peuvent pas, en termes de trésorerie, en termes d'Ursaf à payer, il y en a qui ne peuvent pas à la fois reconstruire, réparer ce qu'ils ont et continuer, ou alors ils vont mettre la clé sous la porte. Donc il y a une fonction des collectivités locales et de l'État d'essayer de leur permettre de faire la soudure, comme si c'était une catastrophe naturelle.
Beaucoup d'incantations. Il y a la question de la réparation, il y a la question du retour de l'ordre aussi. qui est très présente dans cette allocution, qui est martelée, mais on a parlé encore beaucoup d'éléments pour savoir comment, au fond, le président sera intraitable, puisque c'est son terme, avec ceux qui ont cassé, mis à part ces préfets qui vont pouvoir agir localement. C'est presque, je dirais, la seule annonce très concrète de la soirée.
Oui, absolument, et qui pose beaucoup de questions en réalité. J'aimerais bien avoir des précisions, parce que si les préfets, chacun à leur discrétion dans leur département, peuvent considérer que telle ou telle manifestation ne peut pas avoir lieu, qu'il y aurait un risque de casse, de trouble à l'ordre public et de désordre et d'émeute, dans ce cas-là, toutes les manifestations désormais... de type jonction gilets jaunes, gilets jeunes, seront catégorisées. C'est le contrôle du
juge administratif quand même, c'est-à-dire que ça ne sera pas l'arbitraire de chaque préfet de décider qu'on va interdire un tel, un tel. Mais
ça peut aussi créer de l'émoi chez ceux qui défendent le droit de manifester à tout prix la démocratie large, y compris dans la rue, puisque là il y a vraiment une attaque de la part du président sur le fait que cette campagne ne doit pas avoir lieu dans la rue. Ça, c'est un grand débat philosophique. La légitimité des urnes ou la légitimité de la roue, on l'a vécu en 2023 sur la réforme des retraites.
La question à Olivier Roucan. Là encore, je fais appel à votre mémoire. Un mouvement social doublé d'une crise sécuritaire et de pillages massifs si proches d'une élection présidentielle. On est à un peu plus de six mois. Est-ce que c'est du jamais vu ? Comment vous expliquez au fond que les Français... ne puissent pas attendre ce grand rendez-vous des urnes
me semble que ce qui est inédit, c'est l'affaiblissement du présidentialisme. Et à partir de là, dans un contexte, notamment social, économique, où c'est le pays aujourd'hui qui prend conscience du fait qu'il n'est plus celui qu'il pensait être. C'est-à-dire que nous n'avons plus les moyens. La société est fracturée, les perspectives d'avenir pour nombre de ménages sont insuffisantes, ne correspondent pas aux standards attendus. Donc c'est ce qu'on appelle le déclassement. Et cette prise de conscience, elle se fait en effet alors qu'une campagne est en cours de déroulement, de fabrication.
Comme si le prochain élu était déjà impuissant. Au fond, autant renverser la table tout de suite.
On rejoint la question de l'affaiblissement du présidentialisme. On finit par se demander quelle est l'élection la plus importante à venir. Est-ce que c'est celle du futur président ou est-ce que ça va être les moyens politiques d'agir pour ce nouveau président, c'est-à-dire les législatives ?
La réponse est dans votre question. Voilà.
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