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Vous, Marine Tondelier, qui est candidate à la présidentielle, responsable du parti Les Écologistes. Je posais la question, Marine Tondelier, à l'instant sur le plateau. Compte tenu de ce qui s'est passé, du traumatisme, du choc, de la sidération, de la désolation des images qui se poursuivent ce soir, est-ce que vous estimez que la locution du président de la République est à la hauteur des faits ?
Écoutez, je vais commencer par le positif, parce que moi je n'attends pas grand chose de ce président de la République, comme vous le savez, et donc j'ai été sensible à deux choses, je vais commencer par là. La première chose, c'est qu'il a dit que les revendications des manifestants et des lycéens étaient légitimes, donc je les répète pour tous les politiques qui sont incapables de l'affirmer. Le président de la République lui-même estime que ses revendications sont légitimes. Et deuxièmement, il a bien fait la différence. Et ça aussi, beaucoup de politiques à droite en ont été incapables. Il a bien fait la différence entre les manifestants et les casseurs. Et ça, je le dis, dans le moment très troublé, sidérant que nous vivons, c'était important qu'ils le disent. Ensuite, moi, je suis très déçue, évidemment, parce qu'il ne va pas au bout de son idée. Vous voyez, il a affirmé son soutien très fort. Il a eu raison de le faire aux forces de l'ordre. Il a affirmé son soutien très fort. Il a eu raison de le faire aux commerçants. Mais il n'a pas eu un seul mot. Pas un seul mot pour les deux manifestants qui ont été mutilés hier. C'est des choses très graves. Normalement, un seul mutilé depuis tout le début de cette crise, tout aurait dû s'arrêter. On aurait dû dire comment on fait, comment on change tout pour que ça n'arrive plus. Là, on arrive à cinq, à six, à sept personnes mutilées. Et une personne décédée hier... dans le cortège, dont on ne sait pas encore si c'est un malaise cardiaque en lien ou pas avec la manifestation, mais ça doit quand même être souligné. Et puis, il a par exemple annoncé que les commerçants seraient aidés financièrement et très rapidement. Fort bien. Mais il y a aussi une demande du maire de Lyon, du maire de Paris, du maire de Marseille, eux aussi à être aidés, comme toutes les collectivités qui ont subi des dégradations, parce que l'État n'a pas su anticiper, pas su protéger nos villes, les institutions, les commerces, etc. Et donc ça, je pense que c'est aussi un manquement. Et puis surtout, M. Macron, mais ça on le sait, jamais ne se remet en question. A aucun moment, il ne s'excuse de dire « nous avons raté quelque chose dans cette mobilisation » parce que ça fait maintenant un mois que les lycéens ont commencé à se mobiliser. Marine Tondelier, lui, ce qu'il demande, Marine Tondelier... Le gouvernement a engagé un vrai dialogue et ça c'est quand même très dommage.
Il demande même l'inverse parce qu'il dit que c'est au responsable politique de condamner très fermement, très clairement, très directement toutes les exactions, toutes les violences, tous les saccages, tous les pillages qui ont été commis. Il demande à chacun finalement de le faire clairement.
Il a raison, il faut condamner toutes les violences. C'est ce que les écologistes font depuis le début et vous le savez, je l'ai fait. dans chacune de mes interventions. Mais lui, je ne l'entends pas, condamner toutes les violences. Et quand vous avez été dans un cortège, comme c'était moi, mon cas hier, avec beaucoup d'écologistes, beaucoup de manifestants pacifiques, que vous avez été gazé, que vous avez été nassé, que vous avez été chargé, alors que vous ne veniez avec aucune autre intention que celle de soutenir des revendications. On attend évidemment des excuses de l'État, de l'empathie. On attend d'un chef de l'État qui dit, écoutez, il va falloir qu'on regarde comment ça n'arrive plus. On veut que votre droit manifesté... soient garantis dans ce pays car c'est une liberté fondamentale et constitutionnelle. Et ça, je ne l'ai pas entendu ce soir. Pire, ils nous convoquent comme des enfants, c'est ça que j'ai compris, par la voix du Premier ministre qui va nous convoquer pour qu'ils puissent vérifier que chacun est bien clair sur le sujet. Mais moi, j'ai été claire hier, avant-hier, avant-avant-hier. Donc moi, il y a une raison pour laquelle je veux bien à la Matignon. C'est pour qu'on se mette autour de la table et qu'on se dise quelles solutions on apporte maintenant aux crises qu'on traverse, à la crise écologique, à la crise sociale, à la crise démocratique, à la crise lycéenne. Ça c'est le principe de l'élection présidentielle. Je ne viens pas convoquer pour pouvoir aller au tableau et devant les autres chefs de parti m'excuser de je ne sais pas quoi que je n'aurais pas fait. Ou redire des choses que j'ai déjà dites sur tous les plateaux télé. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Pour qui nous prend-il ? Pour des enfants aussi ? Un moment c'est quand même choquant comme manière de faire. Il ne se remet pas en question et en plus il nous convoque comme au tribunal, comme si on allait être en garde à vue pour se justifier. Mais se justifier de quoi ? Excusez-moi, je ne suis pas président de la République, pas encore. Je ne suis pas première ministre, pas encore. Je ne suis pas ministre de l'Intérieur, ce n'est pas à moi de m'expliquer, de m'excuser. C'est leur responsabilité. Ils ont failli, ils ont voulu traiter une crise lycéenne uniquement par la répression. Ils ont fait monter cette colère sans à aucun moment essayer d'établir un dialogue constructif et apporter des réponses concrètes aux revendications. Et donc les manifestations ont grossi, des casseurs en ont profité pour casser et des pilleurs en ont profité pour piller. Mais ce n'est pas de notre faute.
Moi, je veux comprendre quelque chose. Il y a des mairies, des mairies de gauche. Monsieur Benoît Payan en tête, qui sera avec nous dans quelques instants. Lui, il voulait plus de forces de l'ordre. Il voulait que les forces de l'ordre puissent arrêter les casseurs, les émeutiers. Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction majeure aujourd'hui ? Je vous interroge dans tout le courant de la gauche qui, pendant des années, n'était pas pour tout, pour cet aspect sécuritaire. Et aujourd'hui, de demander ce qui a été dénoncé pendant des années. C'est une plaisanterie, madame Mabrouk. Oh non, c'est une question de très victime.
Je ne plaisante pas en ce moment. C'est très simple, la gauche a toujours soutenu. la fonction publique, tous les fonctionnaires et tous les postes de fonctionnaires. Ce n'est pas les écologistes, les insoumis, les communistes ou les socialistes qui ont supprimé des postes de policiers. C'est Nicolas Sarkozy, 13 000 postes. Ce ne sont pas les écologistes, les communistes, les socialistes et les insoumis qui ont supprimé la police de proximité. Ça aussi, c'était Sarkozy. Nous n'avons jamais voulu moins de force de l'ordre. Nous avons voulu que chaque Français puisse être correctement protégé avec une doctrine de maintien de l'ordre qui permette la confiance entre les manifestants, les Français et les policiers. Et surtout... Nous souhaitons que ces forces soient utilisées à bon escient et de manière proportionnée. Moi, je vous le dis, j'ai eu l'impression hier que les forces de l'ordre mettaient plus d'énergie à aller réprimer des manifestants qui, pour certains, n'avaient rien à voir dans aucune violence, qu'à aller protéger les commerçants. J'ai changé avec le maire du 11e arrondissement, David Béliard, avec des élus du secteur écologiste, qui m'expliquent que les commerçants boulevard Voltaire, de 19h à 1h du matin, se sont fait piller, ont défendu eux-mêmes leur commerce. en se mettant ainsi en danger. Pourquoi ils ont fait ça ? Parce que la police leur disait on ne peut pas venir, débrouillez-vous. Ils ont vu en tout et pour tout entre 19h et 1h du matin, deux voitures de police passer Bouvard-Boltaire sans même s'arrêter. Et à 1h du matin, les CRS sont arrivés, ont matraqué à tout va, et la dame qui protégeait son petit supermarché avec son fils depuis des heures et des heures, c'est le fait matraquer par les CRS parce qu'ils ont matraqué tout le monde et a fini à l'hôpital avec 12 points de suture. Donc vous voyez, le sujet c'est le nombre de forces de l'ordre et on a toujours défendu qu'il fallait arrêter de supprimer. les postes dans la police comme dans toute la fonction publique, mais c'est aussi la doctrine du maintien de l'ordre et comment c'est organisé. Et hier, je suis désolée, j'aurais aimé entendre le président amorcer le début d'un commencement de méa culpa en disant que quelque chose n'a pas fonctionné, on va y remédier. Parce que ce qui s'est passé hier, en tant que manifestante, en tant que citoyenne, en tant que française, en tant que téléspectatrice et en tant que responsable politique, plus jamais je ne veux le vivre. Plus jamais.
Merci Marine Tondelet, merci pour votre première réaction ce soir après la locution du président de la République sur BFM TV.
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