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le préfet, mesdames et messieurs les parlementaires, monsieur le maire de Châteaubriand, madame la présidente de l'amicale de Châteaubriand-Vauve-Rouillet-Incourt, chère Karine, madame la secrétaire générale de la CGT, chère Sophie, mesdames et messieurs les maires, les élus, mesdames et messieurs les représentants des associations, les portes-drapeaux, mesdames et messieurs venus nombreux, mais aussi les lycéens et les lycéennes que j 'ai rencontrés tout à l'heure. Nous voici réunis dans cette clairière de Châteaubriand, à l'endroit même où le 22 octobre 1941, 27 hommes amoureux de la France à en mourir tombèrent sous les balles de leurs bourreaux allemands, condamnés à mort par le gouvernement du maréchal Pétain et son ministre de l'Intérieur Pierre Pucheux. Ils étaient 27 ouvriers, militants communistes, responsables de la CGT, tous engagés, tous partisans de la fraternité humaine. Ils avaient des convictions, des camarades, des familles, des rêves et une vie devant eux. Ils avaient cette certitude fondée par leur engagement politique et syndical. qu'il ait des heures où détourner les yeux devient une trahison insupportable à soi-même. Et ils sont morts debout. Et nous sommes ici, 85 ans plus tard, pour leur dire que leur mort n'a pas eu le dernier mot. Car une commémoration ne saurait être un refuge dans le passé. Nous ne sommes pas réunis pour nous donner à bon compte le beau rôle de ceux qui savent reconnaître le courage d'hier. Nous sommes ici parce que leur histoire nous met en demeure de regarder la nôtre. Les morts de Châteaubriand ne nous demandent pas de nous souvenir. Ils nous demandent ce que nous faisons de leur héritage. Et cette question, elle doit nous accompagner chaque jour. Aujourd'hui, plus que jamais. Car les discours de haine sont de retour, en France, comme en Europe, comme sur tous les continents. Et ils s'accompagnent d'une autre menace plus insidieuse, mais tout aussi dangereuse, celle du mensonge, celle du révisionnisme historique. Cette entreprise de déconstruction de la mémoire qui réécrit le passé pour rendre acceptable ce qui ne l'était plus, ce qui ne devrait jamais l'être. Le révisionnisme a pour but d'effacer les responsabilités des coupables, de brouiller les frontières entre bourreaux et victimes, entre résistants et collabos, entre ceux qui ont combattu le fascisme. et ceux qui lui ont ouvert les portes. Cette volonté de réécrire l'histoire ne date pas d'aujourd'hui. Et la justice, en France d'ailleurs, condamne leurs auteurs, comme ceux qui ont pu déclarer, et parfois déclarent même encore, que les chambres à gaz étaient un point de détail de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Ma présence ici... comme secrétaire national du Parti communiste français, participe de ce combat pour l'histoire et pour notre mémoire collective. Car ceux que nous honorons aujourd'hui sont bien des dirigeants et des militants du Parti communiste français, tombés aux côtés de responsables syndicaux de la CGT, otages de gendarmes français. Et ils ont été fusillés dans cette clairière par des soldats nazis. L'histoire est constituée de faits. Ils sont ici, à Châteaubriand, implacables et sans appel. Car la folie criminelle de l'occupant a bien été secondée par des Français, par l'État français. Ici, comme partout en France, du Mont-Valérien au Veldives. Beaucoup de sang a coulé. Le sang des victimes civiles, parce qu'ils étaient juifs, ziganes ou homosexuels. Celui des résistants, parce qu'ils s'engageaient pour la France et pour notre liberté. Ils étaient de confessions et d'origines politiques diverses. Du général de Gaulle à Pierre Brossolette. De Germaine Tillon à Edmond Michelet. Les hommes et les femmes qui se sont engagés dans la résistance ont fait un choix. Ils étaient métallos, ouvriers, paysans, journalistes, préfets. Ils ont fait un choix. Tandis que d'autres choisissaient la collaboration avec l'ennemi. Et les communistes français... ont fait le choix de la résistance. Et dès les premières heures de la guerre, que la nation tout entière se souvienne de toutes celles et ceux, dans la diversité de leurs opinions, de leurs confessions, qui ont fait ce choix. Et ne laissons pas les ingénieurs de la grande confusion salir leur mémoire, piétiner leur vertu, car ils n'étaient pas nombreux. Celles et ceux qui courageusement ont pris les armes dès les premiers jours de l'occupation contre les bourreaux de la France. Mais ils n'étaient pas nombreux non plus. Celles et ceux qui combattaient l'idéologie fasciste dès le début des années 30 en Europe, en 1922 contre Mussolini en Italie, contre Hitler en Allemagne en 1933. contre les ligues factieuses en France dès 1934, ou contre Franco et ses armées en 1936. Mais à chaque fois, les fascistes ont trouvé sur leur route les communistes. Et à chaque fois, dans ces pays, les partis communistes ont été interdits, leurs militants pourchassés, torturés, condamnés. Ouvriers, paysans, intellectuels, étudiants, des milliers de nos camarades européens ont perdu la vie bien avant que l'Allemagne n'envahisse la France. Puis ce fut le tour de la France. Et là aussi, ils n'étaient pas nombreux en septembre 1938 à l'Assemblée nationale. a refusé les accords de Munich signés en septembre 1938 par Hitler, Mussolini, Chamberlain et le président du Conseil des ministres, Edouard Daladier. 75 députés seulement, dont 73 communistes, refusèrent la honte et la trahison. Et c'est le même Daladier qui fit interdire le journal L'Humanité. puis le Parti communiste français et toutes les organisations qui en dépendaient. Malgré ces interdictions, les communistes français font le choix de la résistance et appellent le peuple à l'unité, à l'action, à l'image de l'appel lancé par le député communiste déchu Charles Tillon le 17 juin 1940, quelques heures avant l'appel du général de Gaulle. Dans les semaines qui suivirent, la résistance s'organisait. Communistes, socialistes, gaullistes, patriotes, une France combattante, courageuse, minoritaire, sortait de l'ombre et multipliait les sabotages. C'est notre fierté, devant l'histoire, à nous communistes, d'avoir, avec d'autres, mené ce combat pour la République et pour la liberté. Et c'est notre patrimoine inaliénable aussi que d'avoir permis, avec la section juive de la MOI et l'Union des Juifs pour la Résistance, d'avoir pu sauver des centaines d'enfants juifs de la déportation. C'est l'honneur de Marcel Paul et d'Henri Krasuki que d'avoir protégé à Buchenwald, au camp de concentration, L'ingénieur de l'aéronautique du nom de Marcel Bloch, qui par la suite s'est appelé Marcel Dassault, pour préparer la renaissance de la France libre. C'est notre fierté. La mémoire est une responsabilité envers les morts, mais aussi envers les vivants. Et nous ne pouvons pas accepter que les morts soient privés de leur combat et que les bourreaux soient absous par l'oubli. Ici, à Châteaubriand, nous savons, nous qui sommes réunis, qui furent les victimes et nous savons qui les livra. Et aujourd'hui, nous savons quelles sont les forces politiques qui sont les vraies héritières de ce combat et fiers de ce qu'ils ont fait. Et nous savons aussi quelles sont les forces politiques aujourd'hui qui sont héritières de Vichy, de la collaboration et qui ont été fondées par d'anciens Waffen-SS et qui sont toujours animées par la haine, par le racisme et l'antisémitisme. Nous le savons. C'est pourquoi... La fidélité aux fusillés de Châteaubriand ne se mesure pas seulement à la solidarité de nos cérémonies. Elle se mesure à notre capacité à faire vivre ce pourquoi ils se sont battus. La liberté, la paix, la justice sociale. Et dans ces heures sombres où l'on voudrait nous convaincre que les idéaux sont naïfs, Que la guerre serait éternelle et que la fraternité appartient au rêve d'un autre siècle, nous devons tenir bon. Faisons vivre cette France qui choisit justement la fraternité humaine plutôt que la haine, le racisme et l'antisémitisme. Faisons vivre cette France qui respecte son peuple. et protège ses enfants. Et il y a urgence. Et je ne pouvais pas m'exprimer devant vous aujourd'hui sans revenir sur ce qui se passe en ce moment dans notre pays. Car depuis plusieurs semaines, et notamment hier soir, notre pays bouillonne et vient même s'embraser. dans un tourbillon de violences inqualifiables. Au bâtiment public, privé, s'ajoutent des petits commerçants qui ont tout perdu, pillé et saccagé. Et à ce vandalisme, il faut compter maintenant des dizaines de blessés chez les manifestants comme chez les forces de l'ordre. Mais c'est le peuple tout entier qui saigne. Et c'est la France qui s'abîme et se déchire. D'où vient cette violence ? Il est urgent d'y trouver des réponses. Et bien sûr, il faudra savoir condamner les voyous qui devront répondre de leurs actes. Mais, mais, prenons garde. d'associer cette violence à un mouvement populaire qui s'exprime depuis plusieurs semaines, venant de toutes les professions, de toutes les générations, et qui s'exprime avec clarté contre la vie chère, contre des services publics saccagés, et qui réclame dignité. Il est urgent de trouver. Des réponses aux mobilisations exceptionnelles des centaines de milliers de lycéens, de lycéennes, d'étudiants, de travailleurs, de retraités qui ont manifesté pacifiquement. Et c'est à elles, à eux, qu'il faut savoir répondre sereinement et sérieusement. Oui, il est urgent de faire vivre cette France qui sait s'écouter, se respecter, se mettre autour de la table pour trouver les réponses aux mots de notre pays, aux revendications légitimes de notre jeunesse. La République est grande quand elle sait s'unir pour refuser la haine, la violence, le chaos, tout en écrivant en même temps. Et dans le respect des opinions de chacun, les réponses ambitieuses, audacieuses que notre pays, que notre peuple attend à l'image du programme des jours heureux écrit par le Conseil national de la résistance dont nous sommes fiers d'y avoir participé aussi. Alors avec la même volonté, la même ambition que réclame la crise dans laquelle nous vivons, soyons capables, nous aussi, de faire vivre cette ambition aujourd'hui pour reconstruire une France libre, indépendante, heureuse, une France en paix, garantissant à chacune et à chacun de pouvoir vivre dignement. Merci à vous. Merci à vous toutes, à vous tous, merci à toi Karine de faire vivre cette voie qui nous rappelle que la nuit n'effacera jamais l'horizon. Devant vous et devant leur mémoire, 85 ans plus tard, nous réaffirmons l'immense promesse de ne jamais, jamais abandonner les valeurs de la République et de toujours, toujours défendre la liberté et l'espoir. de toujours résister à la violence et à la haine. Soyons dignes des 27 de Châteaubriand. Vive la France, vive la République et vive la paix
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