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matinale de Radio Classique Avec Marc Bourreau.
8h41, Esprit Livre qui a déjà démarré sur Radio Classique. Avec Luc Ferry, ancien ministre. Oh là là,
ancien Yéminis, tout ça est affreux. Oui, mais bonjour Luc. Vieux Yéminis, oh là
là. Je rase les murs. Non, non, non, il ne faut pas. Des vitrines brisées, on en parlait tout au long de cette matinale. Des magasins pillés, des voitures, des mairies en feu. Scène de violence inédite ce week-end en France. Qui s'est conclue, Luc, par une allocution d'Emmanuel Macron hier soir. Je vous propose de l'écouter.
Qu'ont-ils dans la tête ? Comment des Français peuvent faire cela à la France ? Pourquoi brûler la mairie de Limoges, l'office de tourisme à Lyon, envahir la mairie à Marseille ou attaquer la résidence du préfet à Bordeaux ? Comment peuvent-ils en arriver là ? Rien ne le justifie. Rien ne l'explique. Rien ne l'excuse.
Alors d'abord, Luc, sur la prestation d'Emmanuel Macron hier soir, on a senti une sorte de désarroi.
Bon, c'était pathétique, je suis désolé. Il y a un très bon papier dans le point qui dit, complètement à côté de la plaque. Voilà, parce qu'on a l'impression qu'Emmanuel Macron est arrivé à l'Elysée il y a 15 jours. Ben non, ça fait 10 ans qu'il est là, donc il refuse toute responsabilité, alors qu'on voit bien que c'est aussi un immense mouvement de refus contre lui. Moi, je ne suis pas mélenchonien, mais hier sur LCI, Mélenchon était dans son genre à lui, qui est évidemment à lui. opposé absolu de ce que je pense, il était excellent. Zemmour aussi, d'une certaine manière. Les deux extrêmes étaient absolument... Macron a tiré les marrons du feu pour eux. Écoutez, il était la veille des émeutes. On ne pouvait pas prévoir l'ampleur, peut-être, mais on savait que ce serait très violent, puisqu'on parlait de convergence des luttes. D'accord ? Donc on savait que les quartiers descendraient dans la rue, on savait que les casseurs arriveraient, on savait qu'il y aurait une convergence, en effet, des manifestations. Mais Macron était au concert de Céline Dion, en train de se tortiller sur son fauteuil. Vous imaginez Mitterrand ou Chirac, ou De Gaulle, n'en parlons pas, ou Pompidou, enfin, la veille. Voilà, c'est inimaginable. enfin c'est complètement en effet à côté de la plaque voilà bon moi essayons d'aller plus loin parce que bon ça c'est pathétique il a complètement perdu le contrôle bon et tout le monde le voit bon mais vous savez marcus en 1964 avait écrit un livre qui s'appelait l'homme unidimensionnel Et c'est très intéressant de le relire parce que, qu'est-ce qu'il voulait dire ? Pardon, j'explique ça en trois secondes. Il voulait dire que dans toutes les révoltes qui ont marqué l'histoire, il y avait une bidimensionnalité. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il y avait la réalité telle qu'elle va. Et puis il y avait l'utopie qui permettait, ce qu'il appelle la raison critique, qui permettait de critiquer la réalité actuelle et la domination éventuellement au nom d'une utopie. Et c'est comme ça qu'il voit encore une partie de mai 68 où il y a des utopies. qui critiquent la réalité. Mais là, ce qui est très intéressant, et je pense que ça explique aussi les difficultés qu'a eues le ministre de l'Intérieur, on continue à parler de casseurs, mais on ne comprend pas que ce ne sont pas des casseurs, ce sont des pilleurs. Autrement dit, on est dans l'unidimensionnalité au sens de Marcuse. Ça veut dire que les pilleurs, ce sont des gens qui ne contestent pas la société de consommation. Ils veulent consommer encore plus. C'est ça. Et c'est ce qu'on a vu sur les vidéos. Et on voyait une gamine disant, ma maman elle a besoin d'un sac comme ça, et puis des chaussures comme ça, alors moi j'ai pillé, je les ai prises, voilà, puis j'ai lui apporté, elle sera contente. Bon, on est dans la société de consommation, on n'est pas contre elle. Il n'y a pas une utopie maoïste ou trotskisme, peu importe, c'est pas ma thèse de thé, mais au moins c'était une utopie. Donc les gens qui pensent que c'est un nouveau mai 68 se trompent totalement. On est exactement dans ce que Marcus appelle l'unidimensionnalité, c'est-à-dire dans la société de consommation. On n'a pas affaire à des casseurs, on a affaire à des pilleurs. Ce n'est pas la même chose du tout. Ou les deux. Les casseurs, c'est tout petit. C'est quelques milliers de personnes en France, mais il y avait 550 000 personnes dans la rue et il y avait beaucoup de casseurs. Dans la rue où j'habite, il y avait une voiture qui brûlait, il y avait une boutique de bijoux qui a été pillée. C'était extrêmement violent, mais c'était des gens qui voulaient, beaucoup d'entre eux en tout cas, voulaient piller, voulaient prendre des chaussures, voulaient prendre des bijoux, voulaient prendre des smartphones. Ils voulaient consommer, en fait. D'ailleurs, c'était une manifestation contre la vie chère, pour le pouvoir d'achat. Donc, vous voyez, on est dans l'unidimensionnalité. Donc, je pense que ça pose un problème aux forces de l'ordre qui n'est pas exactement celui auquel on avait affaire avec des casseurs. Alors, oui, vous avez raison, il y a les deux. Mais les casseurs, c'est tout petit. Les pilleurs, c'est énorme. Et il y a des centaines de millions d'euros de dégâts et de pillages. Non mais c'est dingue. Et Macron était la veille au concert de Céline Dion. Et là il quitte la France aujourd'hui. Donc on voit que c'est inimaginable. Jacques Chirac en 2005, souvenez-vous, avait décrété l'état d'urgence. Pendant les émeutes de Clichy. Et c'était rien à côté de ce qu'on a vécu hier. C'était une plaisanterie à côté de ce qu'on a vécu hier. A l'international, la France a perdu, et Macron avec elle, toute espèce de crédit. On est évidemment ridicule. Et donc on a là... Un problème qui est majeur, c'est que ça ne va pas s'arrêter comme ça, parce que les réseaux sociaux, évidemment, ont changé complètement la donne depuis les années 60. Ça n'a aucun rapport. Et donc, je pense que le malheureux ministre de l'Intérieur a présenté sa démission. Ce qui est intéressant dans la présentation de sa démission, c'est ce qu'il a dit pour justifier cette démission. Il a dit qu'on a perdu le contrôle. Vous vous rendez compte ? Et pendant ce temps-là, on a un président de la République qui va au concert de Céline Dion et qui s'en va pour l'étranger. Non mais écoutez, franchement, on est où ?
Emmanuel Macron qui l'a maintenu d'ailleurs à son poste, qui a refusé la démission ce matin. Il ne
peut
pas faire autrement, c'est trop tard. Luc, on va poursuivre la discussion dans un instant sur ce sujet, toujours à 8h46.
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