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Il aurait dû l'accepter, cette démission de Laurent Nunez, d'Emmanuel Macron
'est compliqué, c'est vrai que le sens commun, enfin la première réaction qu'on a, c'est de dire effectivement qu'il y a eu un défaut majeur, un dysfonctionnement majeur de l'État dans une de ses missions régaliennes les plus importantes, nous assurer notre paix, notre sécurité civile. Il y a un ministre qui est en poste, c'est lui qui est vraiment en numéro un de ce point de vue-là. Donc beaucoup de Françaises et de Français disent « moi si ça m'arrive à mon travail ». Forcément, il y aura des conséquences. Donc je pense que la première action que tout le monde a, c'est qu'il y a eu un gros dysfonctionnement. Il faut que le principe de responsabilité joue. Il faut rappeler à nos téléspectateurs, les institutions, c'est l'article 8 de la Constitution qui dit que le président nomme le Premier ministre, qu'il, sur proposition du Premier ministre, il nomme les ministres et aussi il met fin à leurs fonctions. Donc c'est vrai que ce détail est très important. Le ministre peut présenter sa démission et le chef d'État peut refuser.
On va écouter Laurent Nunez puisqu'il a réagi ce matin. Il s'est expliqué sur cette démission qu'il a donc remise hier soir à Emmanuel Macron. C'était chez nos confrères de France à terre ce matin. Il parle notamment, c'est intéressant ce que vous disiez, de sa responsabilité. Il reconnaît sa responsabilité dans ce qui s'est passé samedi.
a eu des prévisions sur cette manifestation de... participation sur ces manifestations, parce qu'il y en a eu sur tout le territoire national, de participation qu'on a terminé à 550 000, alors qu'on avait des prévisions qui n'étaient pas de 100 000, comme je l'ai entendu tout à l'heure, mais c'était un peu plus de 200 000, donc il y avait deux fois et demi plus de personnes. La défaillance, elle résulte dans le fait que ça a été en partie un manque d'anticipation sur les forces disponibles, sachant, et je tiens quand même à corriger un certain nombre de choses, on a déployé l'ensemble des forces mobiles qui étaient disponibles sur le territoire. Je remets ma démission parce que je suis responsable de tout ce qui se passe. J'ai remis ma démission au président de la République pour ces raisons. Moi, j'ai été haut fonctionnaire, j'ai un sens de l'intérêt général. Et vu les dégâts qu'il y a eu, il était normal que je remette ma démission. Maintenant, le sujet qui se pose, effectivement, c'est que ça ne se reproduise pas. C'est ce que le président de la République a dit hier. Il faut être évidemment meilleur dans l'anticipation.
suis responsable de tout ce qui se passe. Non, mais c'est ça qui est intéressant dans cet entretien à France Inter, c'est qu'en fait, il plaide coupable. Il dit premièrement, je suis responsable. Deuxièmement, il y a eu un manque d'anticipation. Et troisièmement, il y a eu une perte de contrôle dans certaines villes. Bon, donc on se dit dans la liste, il a un peu tout faux. Après, on peut comprendre Emmanuel Macron, c'est-à-dire de se dire, attendez, dans une période qui va secouer, qui a secoué, qui va continuer de secouer, puisque je vous rappelle qu'il y a aussi... des mobilisations qui sont prévues le 5 novembre prochain. Laissons le capitaine à la barre, mais avec une autre feuille de course et un autre dispositif de maintien de l'ordre. En fait, il s'attendait plutôt à des manifestations avec, certes, des débordements, mais style manifestation sociale, syndicale, je vais dire du classique. Et là est apparue une véritable guérilla urbaine avec des gens extrêmement mobilisés, extrêmement agiles. Entre temps, par rapport aux Gilets jaunes, il y a les réseaux sociaux qui se sont surdéveloppés, notamment sur TikTok. Non seulement des choses préalables, c'est-à-dire avant l'intervention, mais même pendant les interventions. Parfois, une vidéo pouvait entraîner un déplacement de foule parce qu'il se passait quelque chose, quelque part. Et ça, c'est vrai que... Ce n'est pas évident à gérer.
Il y a quelque chose d'intéressant, c'est qu'hier soir, Emmanuel Macron s'est exprimé pendant une dizaine de minutes à l'occlusion solennelle. Et ce matin, on a donc un nouveau communiqué qui tombe, alors qu'il s'est exprimé déjà hier soir. Hier soir, tous les commentateurs ont regardé cette intervention en se disant qu'on n'a pas eu d'annonce concrète, on a eu... Une petite remise en question sur, effectivement, il va falloir faire la transparence sur ce qui s'est passé en termes de renseignements. Là, c'est beaucoup plus clair ce matin dans ce que nous dit l'Élysée avec, oui, il y a effectivement des défaillances. On va changer de méthode, ce changement de méthode. Pourquoi ne pas l'annoncer hier soir ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Est-ce qu'Emmanuel Macron aurait dû l'annoncer dès hier soir ? Est-ce que c'est parce qu'il entend aussi tout ce bruit qui parle d'un président inaudible hier ? Comment ça se passe ? Je
pense que c'est plutôt une stratégie de communication bien pensée. Le chef de l'État, il vient pour incarner sa fonction de chef de l'État. Il y a un moment gravissime que le pays vit. Le chef de l'État vient rappeler, au fond, les règles du jeu, le respect de la loi, la violence condamnable dans tous les cas de figure. Le chef de l'État est dans son rôle. en rappelant ça, et dans une deuxième étape, d'enclencher un moment de communication qui est un moment axé sur la dimension maîtriser la sécurité du pays. Donc, effectivement, ne pas changer le ministre de l'Intérieur parce qu'effectivement, il y a une problématique immédiate qui est celle de l'organisation en sécurité des prochaines mobilisations. J'imagine que s'il y avait à nouveau un défaut de sécurité intérieure, là, ça serait simplement intenable qu'Emmanuel Macron dise « je maintiens ma confiance au ministre qui est en poste ». Évidemment, il lui redonne une deuxième chance. Il y a aussi un autre sujet dans le calendrier. Le chef de l'État n'a plus beaucoup de temps. Il entame son dernier semestre à l'Élysée, les six derniers mois. Et donc, d'une certaine manière, c'est très difficile, sur un calendrier aussi restreint, de changer une position à l'intérieur du gouvernement, de trouver une personne qui a la compétence d'incarner la sécurité publique, qui envoie un message à l'opinion, qu'il y a quelque chose qui se passe. Donc, pour le moment, je dirais, deuxième chance donnée aux ministres de l'Intérieur, mais sous réserve. qui n'est pas à nouveau de défaut majeur de sécurité.
Et puis jusqu'à présent, Laurent Nunez, et tout son parcours le prouve, c'était plutôt un homme de fermeté, ce n'était pas le laxisme face aux manifestants. Et on peut aussi se poser la question, repenser à cette petite phrase rapportée d'Emmanuel Macron qui dit qu'il faudrait que les forces de l'ordre aient plus d'empathie. Donc il y a quand même des petites injonctions contradictoires. Alors ça c'était par rapport aux lycéens, on n'était pas dans
le même contexte là, on différencie bien, il y a des casseurs là aujourd'hui. C'est quand même
des injonctions contradictoires. c'est maintien vraiment l'ordre et en même temps, soit gentil avec les manifestants. Qui ne sont pas les mêmes, encore une
fois, quand même.
On a des lycéens. Moi, je trouve ça de la part d'un chef d'État. Chef d'État, il y a une doctrine. Et on est sur la fermeté. Après, sur l'empathie. L'empathie, quand on est dans la force... Enfin, je trouve ça un peu complexe, quand même, comme notion.
C'est ça, Bruno. La question que je voulais vous poser, c'était par rapport à ça. Au maintien de l'ordre, est-ce qu'il n'y a pas un problème, tout de même, depuis qu'Emmanuel Macron... est élu avec ce maintien de l'ordre. Il a l'impression qu'il ne sait plus où aller, il ne sait jamais où aller entre les gilets jaunes, entre la réforme des retraites. Maintenant, on a l'impression qu'il y a un vrai problème entre Emmanuel Macron et tout ça.
C'est vraiment intéressant parce que quand Laurent Nuez, au fond, avait été nommé préfet de police de Paris, il succédait à un préfet de police qui avait incarné un modèle de maintien de l'ordre. qui avait, on peut le dire, franchement fait de grandes dégâts, des controverses très importantes dans l'espace public. Monsieur Lallement. Voilà, monsieur Lallement. à la fin de la crise des Gilets jaunes, c'est Laurent Nunez qui prend sa place. Et beaucoup avaient souligné à la fois son très grand professionnalisme, le fait qu'il incarnait une nouvelle doctrine du maintien de l'ordre. Je ne suis pas un spécialiste de ces questions, mais j'ai parlé avec des spécialistes de ces questions qui disaient qu'il y avait un tout nouveau système de gestion des manifestants et des manifestations. Donc tout le monde s'attendait à ce que Laurent Nunez, professionnel aguerri des questions de sécurité, ne puisse pas connaître un dysfonctionnement aussi important. Donc il est fondamental que dans les jours qui arrivent, nous disent ce qui s'est passé, où a été le défaut. Est-ce que c'est du côté du renseignement ? Est-ce que c'est du côté de la répartition des forces de l'ordre ? Mais nous, on a vraiment besoin de savoir ce qui s'est passé. Il va falloir une réponse, parce que
les Français ont du mal. On voit ces images qui tournent en boucle, qui sont sidérantes depuis samedi. L'allocution d'Emmanuel Macron, ce n'est pas suffisant comme réponse aujourd'hui ?
Non, ce n'est pas du tout suffisant. Le chef d'État n'a même pas esquissé des pistes. de propositions concrètes. Les lycéens, quand on les écoute, ils ont des demandes extrêmement empiriques, extrêmement concrètes. Ils ne sont pas du tout dans... On veut des discours. Non, au contraire, ils sont dans des urgences, dans des propositions. Il faut effectivement... que l'État réponde à ces demandes.
Peut-être qu'on sent quand même, on voit à peu près quels fusibles devraient sauter assez rapidement, c'est-à-dire que les services de renseignement, Emmanuel Macron ne s'en est pas caché hier, ni ce matin, ni dans son communiqué, et Laurent Nunez sur Inter ce matin expliquait l'anticipation de participation deux fois et demi de moins que ce à quoi on pouvait s'attendre, une échelle du simple au double. Bon, forcément, les services de renseignement sont clairement pointés du doigt aujourd'hui.
Merci beaucoup Bruno Cotteres d'avoir été avec nous ce matin pour analyser cette démission non acceptée par Emmanuel Macron.
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