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Ici, c'est vraiment les actionnaires qui ont planté la boîte. Ça vous met en colère ? J'aimerais bien que ce soit la première fois et que j'arrive avec toute ma naïveté en me disant « Oh là là, c'est scandaleux, c'est terrible ! » Mais ça fait 50 fois que je vis le même scénario et que j'ai l'impression qu'il se répète, qu'il se répète, qu'il se répète et puis avec « On laisse faire ». on est sur le parking de l'entreprise Clégé à Bapom, dans le Pas-de-Calais. Et cette boîte, ça fabrique quoi ? Ça fabrique les cabines frigorifiques qu'on met au-dessus des camions. Ou alors, quand il y a une friterie, il y a une cabine. On a visité l'usine, c'est fait sur mesure. Et l'actionnaire a planté la boîte. Et donc derrière, on a le directeur et on a les salariés qui essayent de reprendre ça, qui doivent passer là devant le tribunal de commerce en disant, nous on a envie que notre boîte continue à vivre, on a le savoir-faire, les clients ne sont pas partis, ils continuent à taper à notre porte, à nous demander à ce qu'on fasse leur cabine. C'est comme partout, il y a des compétences qui sont très spécifiques, des mots que j'avais jamais entendus. Ferreur ! Je ne savais pas ce que c'était qu'un ferreur. C'est celui qui installe des crémonnes. Je ne savais pas non plus ce que c'était qu'une crémonne. Bon, pour que ce travail puisse se faire, ça veut dire que toutes ces compétences, elles ont été formées, rassemblées à un même endroit. Et là, ce qui se passe quand on ferme une boîte comme ça, là, ça fait cinq mois qu'elle est fermée, ça fait cinq mois qu'à l'intérieur, l'électricité est coupée. Les compétences, elles volent en éclats, elles partent éparpillées façon puzzle et que... C'est un savoir-faire qui disparaît. Cette entreprise, elle existe depuis 126 ans. 126 ans. C'est un patrimoine. industriel, c'est un patrimoine humain à l'intérieur et il devrait y avoir une mobilisation générale quand on a des salariés et le patron qui sont d'accord pour reprendre main dans la main, il devrait y avoir une mobilisation du ministère de l'Industrie pour qu'il y ait les appuis. Le poste de travail là, toutes les machines se sont arrêtées d'un seul coup, tout s'est arrêté d'un seul coup. Ils ont appris le lundi que ça fermait le mercredi. Paf, tout s'est arrêté. Les ouvriers là, ils sont prêts à y retourner et à se remettre au boulot et à faire que leur boîte... tournent, qu'on produise. Allez, on revient dans trois, quatre semaines et cette boîte, elle est rouverte et on amènera le champagne, j'espère, j'espère, j'espère.
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