Chargement...
Chargement...
Les affirmations chiffrées ou factuelles des personnalités identifiées sont confrontées aux sources officielles, aux fact-checkeurs et à la presse de référence. Vérification automatique : consultez les sources.
Je n'ai ni économie, ni bien de valeur, ni projet immobilier ou de voyage. Devoir payer mes soins, devoir payer pour finalement faire face à ces crimes que je me serais bien passée de vivre, a renforcé ma culpabilité et ma honte. Deux États que ne connaissent que trop bien les victimes, puisque c'est moi qui paie pour ce qu'on m'a fait, n'en serais-je pas responsable. Pendant deux ans, Virginie Créchy a enquêté sur le coût des violences sexuelles. On retrouve son travail dans son livre « Le prix des larmes ». Voici quelques témoignages. Anne a été victime d'inceste lorsqu'elle était enfant. Elle se retrouvait sans abri pendant 17 ans et a subi une centaine de viols dans la rue. Elle a développé un diabète de type 2, un cancer, plusieurs maladies chroniques lourdes pour lesquelles elle se retrouve régulièrement hospitalisée. C'est la conséquence de 5 ans sans soins adaptés. Thierry, 54 ans, a été agressé par son professeur de sport au collège. Pendant des années, il a souffert d'idées suicidaires, de scarifications, de périodes dépressives, d'hypersomnie. Aucune de ces pathologies n'a été traitée avec une thérapie spécialisée. Conséquence, les symptômes de Thierry sont devenus invalidants, l'empêchant de garder un travail dans la durée, le plongeant dans la précarité. Amandine a 38 ans. Elle a traversé des années d'errance médicale. Cela lui a coûté près de 20 000 euros au total. Dès la première séance de psychanalyse, elle a mentionné les violences sexuelles vécues. Mais la psychanalyste lui a dit que son mal-être, ses crises de panique, ses cauchemars s'expliquaient par la relation qu'elle avait avec sa mère ou par un désir inconscient d'accéder à la sexualité. Ses paroles l'ont poussé à l'automutilation. Elle a fini par trouver une psychologue formée à l'EMDR. Ses séances lui ont coûté près de 8 000 euros. Aujourd'hui, elle va mieux. Combien de ces pathologies chroniques ne seraient pas apparues si ces victimes avaient eu accès à un parcours de soins spécialisés 100% pris en charge ? De combien d'années d'errance médicale aurait-elle pu se passer ? Combien de milliers d'euros aurait-elle économisé ? A quelles opportunités professionnelles aurait-elle pu accéder ? Des solutions existent, mais les victimes n'y ont dans leur grande majorité pas accès. Les centres régionaux du psychotraumatisme ne prennent en charge que les traumas récents et sont obligés de refuser ou reporter les soins des victimes dont les faits sont plus anciens. Mon soutien psy ne comporte que 12 séances à destination des troubles légers à modérés, comme si un viol ne provoquait qu'un simple trouble léger. Les victimes au trauma complexe en sont exclues. Les CMP sont complètement saturées et les délais d'attente dépassent les un an. Quant aux associations d'aide aux victimes, elles sont 71% à déclarer une situation financière dégradée ou très dégradée et certaines ne peuvent plus assurer de permanence psychologique. Il ne reste que les professionnels libéraux pour celles qui peuvent payer 4000 euros de thérapie par an. Alors, 80% des victimes sont obligées de renoncer à des soins pour des raisons financières. La mission d'information qui est menée sur le coup des VSS et l'accompagnement des victimes nous a donné une réponse claire. L'urgence est à la prise en charge à 100% de l'ensemble du parcours de soins pour toutes les victimes, majeures comme mineures. Et c'est ce à quoi répond la loi de Gabriel Catala. La loi intégrale a permis une première avancée, la création du parcours de soins pour les enfants victimes de violences. Pourquoi ne pas aller jusqu'au bout ? Pourquoi dire aux victimes majeures ou encore aux enfants qui mettent des années à parler et n'accèdent aux soins qu'une fois adultes ? Il est trop tard pour vous soigner. Cette proposition de loi est attendue par nous toutes, le planning familial, la Fédération nationale des CIDFF, 160 000 enfants et des dizaines d'autres associations féministes et enfantistes. Elle est attendue par toutes les victimes qui veulent se reconstruire. Et si vous pensez que cette mesure coûtera trop cher pour nos comptes publics, laissez-moi vous rappeler que les violences sexuelles créent un déficit public de 40 à 100 milliards d'euros par an, dont une grande partie concerne des dépenses de santé qui pourraient être évitées si on soignait les victimes à temps. Avoir subi des violences dans l'enfance multiplie par 16 le risque d'en subir à nouveau à l'âge adulte pour les femmes. Cela multiplie par 14 le risque de commettre ces violences pour les hommes. Alors créer un parcours de soins pour toutes les victimes, c'est aussi à long terme enrayer la fabrique des agresseurs.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.