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Écoutez, on sort de cette réunion encore plus inquiets qu'on y était rentrés, et même, je pense pouvoir parler au nom de tous les écologistes, en colère. Il y a une chose sur laquelle tout le monde était d'accord, c'est que les manifestants, les casseurs et les pilleurs, ce n'était pas la même chose, et y compris le directeur général de la Gendarmerie nationale a dit clairement que dans les cortèges de manifestants, tout s'était bien passé. Mais sur le reste, j'ai le regret de vous annoncer qu'on ne se comprend plus en réalité. Monsieur le Premier ministre a commencé par préciser en début de réunion que c'était une réunion technique. On a d'ailleurs eu un powerpoint qui nous expliquait les trois piliers de la doctrine du maintien de l'ordre français. C'était assez lunaire parce qu'à partir du moment où c'est les forces politiques de ce pays, tous les chefs de partis, les présidents de groupes parlementaires qui sont invités, non, ce n'est pas une réunion technique, c'est une réunion politique parce qu'on est là. Et par ailleurs, je ne pense pas que le président de la République, quand il fait une allocution face à tous les Français à 20h, ce soit pour convoquer des réunions techniques. Donc c'était bien une réunion politique qu'on a animée, nous comme tels, depuis la place où on était, c'est-à-dire une mise en scène assez... où ils étaient sur une estrade, chacun pour nous expliquer, leur exposer, et nous sur des chaises à prendre des notes sur nos genoux. Comme dans une conférence de presse, on serait venu poser quelques questions, si vous voulez bien, à la fin. Donc on a essayé de reprendre un peu le contrôle sur cette réunion pour dire ce qu'on avait à dire, pour parler de l'ordre du jour que l'on voulait, parce qu'on peut parler de doctrine de maintien d'ordre. Évidemment qu'il faut parler de ce qui s'est passé le 17, et on était preneurs de réponses, mais il y a aussi les revendications des lycéens. On a été finalement très déçus parce que, vous savez, dans ces genres de réunions, on sort rarement avec des réponses, mais souvent on a des éléments d'analyse qui peuvent être intéressants. Des fois, on apprend des choses, des éléments qui ne peuvent pas donner hors huis clos. Et là, en fait, on n'a rien eu de tout ça. Et je dois vous dire qu'on sort avec beaucoup de colère. Sur la doctrine du maintien à l'ordre, on a pu s'exprimer, mais en réalité, il y a trois problèmes. Il y a la doctrine en elle-même. Il y a comment on les appliquait avec des ordres parfois illégaux, par exemple les massages, etc. Et il y a aussi le sujet des comportements parfois individuels. On a tous eu, vous êtes journaliste, vous voyez ces vidéos sur les réseaux sociaux, vous avez même vous-même vu et vécu peut-être des choses dans ces manifestations. Et ça, il faut pouvoir y répondre. Voilà, relever, rapporter des témoignages forts, des choses qu'on a vu qui ne sont pas admissibles, y compris les numéros de RIO, c'est quand même la base. Quand il y en a un qui ne le met pas par inadvertance, pourquoi pas ? Mais là, ce n'est pas de l'inadvertence, c'est une volonté de ne pas l'afficher. Et quand vous avez dans un groupe 3, 4, 5, 6, 10 qui ne l'affichent pas, personne ne leur dit « là, il faut le mettre ». Donc c'est aussi qu'il y a un dérapage au sein des forces d'ordre, parfois dans ce qui relève de la délégalité, qui doit être rapporté. Ce qu'on a quand même dit, c'est que dans le rapport de confiance, entre une population et sa police, c'est important que les règles soient respectées. Parce que quand on porte l'uniforme et qu'on exerce la violence au nom de l'État, ça engage fortement. Et que si on veut, et c'est important pour tous les démocrates de ce pays, une relation saine entre une population et sa police, il y a des règles qui doivent être respectées. Ce qu'on a dit aussi, évidemment, c'est qu'un mouvement social... ne pouvait pas avoir comme seule réponse du maintien de l'ordre et que la force publique à un moment ne pourra pas contenir la colère. Et donc nous on fait vraiment la différence entre les casseurs, les pilleurs, on condamne toutes leurs actions et les manifestants, mais enfin on voit bien que les casseurs profitent. des manifestations et que si on veut éviter ça, il faut aussi pouvoir répondre aux manifestations. Et en fait, là-dessus, nous, on est comme beaucoup de Français, on reste avec nos questions. C'est-à-dire qu'on se met à la place des lycéens, de leurs professeurs, de leurs parents, des étudiants aussi. qui attendent toujours des réponses à leurs revendications depuis maintenant plus d'un mois. Donc il ne faut pas nous expliquer qu'ils n'ont pas eu le temps de réfléchir, de chiffrer. Ça fait un mois, donc à ce stade de non-réponses, ce n'est pas sérieux. Deuxièmement, à la place des commerçants, moi j'étais à la rencontre des commerçants du 11e arrondissement avec David Bélière, le maire écologiste de cet arrondissement, qui ont vécu... Des scènes de non-droit qui nous ont dit l'État ce soir-là n'existait plus pour nous. Pendant des heures, ils ont défendu seul leur magasin. La police ne répondait pas et ils marquent le début du chaos au retrait des forces de police qui a été protégée l'Elysée. Donc c'est bien lié au mauvais dimensionnement du dispositif ce jour-là.
Voilà pour cette réaction de Marine Tondelier. Vous avez entendu précédemment Manuel Bompard. Eve Schefftel, on le voit bien, cette réunion extrêmement critiquée par les oppositions. Il fallait s'y attendre.
fallait s'y attendre à quoi ? Vous voulez dire à leur réaction ? À ce qu'elle soit,
bien sûr. Il n'y a rien de nouveau.
alors au moins, Marine Tondely a fini par parler, j'attendais le moment où elle en parlerait, des commerçants. Parce qu'en fait, c'est quand même eux les premières victimes, qui sont souvent des gens modestes, qui ont tout perdu. Et moi, je suis étonnée par le manque de responsabilité, que ce soit la France insoumise ou les écologistes. C'est-à-dire qu'ils sont partie prenante de la solution. C'est-à-dire que là, l'enjeu, comme l'a bien dit Henri Vernet, c'est quand même de restaurer le pacte social. qui est très abîmée entre les citoyens et l'État. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les citoyens ne se sentent plus protégés par une police qui a été débordée. Ce n'est pas seulement une question d'insuffisance, elle a été débordée par les violences. Et c'est pour ça que certains sont tentés, quelque part, de se faire justice soi-même ou de se protéger. Et je trouve que tous les partis politiques devraient faire preuve de responsabilité. Ce sont des responsables politiques, le mot, et participer à trouver une solution plutôt que critiquer le gouvernement, parler comme LFI de gigantesques opérations de diversion, de bascules autoritaires. On a l'impression presque qu'ils la souhaitent, c'est-à-dire, quelque part, on incite à la violence, la violence se produit. L'État montre son visage répressif. Et comme ça, on va dire, c'est une vieille stratégie de l'extrême-gauche. Et on va pouvoir trier au
fascisme. – C'est l'extrême-gauche. – Enfin, je ne sais pas si c'est l'extrême-gauche. – Vous êtes historien des radicalités politiques et vous connaissez bien les mouvements sociaux. À ce que l'on assiste aujourd'hui, c'est quelque chose d'exceptionnel ou on l'a déjà connu avant ?
– D'abord, ce n'est pas exceptionnel. Il y a 8 ans, il y a eu exactement la même chose le 1er décembre et le 8 décembre. On va demander gilet jaune.
J'en viens avec l'attaque des ministères.
Oui, mais ce n'est pas la même chose. C'était extrêmement circonscrit. De ce côté massif de pillage généralisé, ça a été exactement la même chose le 1er et le 8 décembre. Et cette réponse des oppositions,
en l'occurrence, la de LFI et des écologistes, elle vous
surprend ou pas ? Quand on parle de pacte pour citoyens, si on oublie la dimension sociale, il n'y a pas de pacte citoyen. Il n'y a pas que le sécuritaire, il y a l'ensemble des éléments qui doivent être pris en compte. Et quand on répond d'abord sur la question sécuritaire, ça rappelle des éléments historiques assez précis, c'est une forme de bonapartisme, au sens Napoléon III du terme, c'est-à-dire que c'est le parti de l'ordre, rien que l'ordre, et la question sociale, on verra après. On ne pense pas qu'il faut d
'abord rétablir l'ordre quand même ? Oui,
mais quand on a créé le désordre... Après, c'est une question de qu'est-ce qui s'est passé ? Comment se fait-il que des lycéens soient pendant un mois dans la rue sans qu'il y ait moins de dialogue social ? Moi, je veux bien, mais si on ne vous laisse pas de perspective, s'il n'y a pas un débat qui s'engage... On peut laisser les gens dans la rue.
Ce n'est pas les mêmes en
fait. Il y a eu un début de réponse. Vous l'expliquez d'ailleurs très bien. Il y a l
'ultra-gauche, il y a la gauche, l'extrême-gauche, et puis il y a des casseurs qui ne sont pas les mêmes.
Les gens qui ont procédé à un certain nombre de déprébations... Par ailleurs, il y a eu des
réponses quand même aux revendications lycéennes. On ne peut pas dire qu'il y en a eu zéro. On peut juger qu'elles sont insuffisantes, mais il y a eu les 3000 remplaçants. Il y aurait pu y avoir un dialogue plus important avec les lycéens, mais ça n'aurait
pas empêché les casseurs d'intervenir.
Il y a deux choses. Alors après, c'est deux éléments différents. Les pillages qui ont eu lieu, il faut vraiment distinguer le pillage des petits commerçants. Je vais vous prendre un autre exemple pour me faire comprendre. Je ne sais pas si vous vous souvenez, le 1er mai 2018, il y avait un black bloc constitué, c'est impressionnant, près de 2000 personnes. Il y a une chaîne de restauration rapide qui avait été détruite entièrement. Il y a un concessionnaire de voitures de luxe qui avait également été détruit. Entre les deux, il y avait plusieurs petits commerçants qui n'avaient pas été touchés. Donc on n'était pas dans la même symbolique. Là, il y a autre chose qui s'est passé. C'est un déferlement de violence qui est différent, qui n'était pas forcément prévisible pour une raison très simple. On a observé pas mal les choses. Et justement, je termine, le jeudi soir, il ne se passait pratiquement rien. Personne ne pensait qu'il y aurait autant de monde dans la rue. Le vendredi, c'est devenu... et le samedi, ça a été explosif.
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