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Christophe Barbier ! Bonjour Steve. Merci de nous rejoindre comme chaque semaine. Démarrons Christophe avec les déclarations chocs d'Emmanuel Macron. Hier, le président français a dénoncé des dirigeants étrangers qui, selon lui, font campagne sur le dos de la France en marge des violences et des pillages le week-end dernier sur le territoire. Pour moi, il n'y a pas d'ingérence étrangère visible dans les événements qui se sont produits. A d'abord déclaré Emmanuel Macron lors d'un point presse à Doha où il terminait une tournée express dans le golfe. En revanche, ajoute le président, il y a eu une manipulation étrangère de l'influence. qui a donné lieu à des commentaires inacceptables autant que stupides de la part de beaucoup, y compris de dirigeants étrangers. Fin de citation. Christophe, d'abord un mot sur les destinataires. Ils visent sans aucun doute pour vous, Donald Trump et Benjamin Netanyahou.
bien sûr, le mot « ils font campagne sur le dos de la France » est limpide, puisque les deux qui sont en campagne en ce moment, c'est Donald Trump en vue des mi-termes du 3 novembre, et c'est Benjamin Netanyahou en vue des élections législatives du 27 octobre. Donc l'accusation est limpide. Il faut voir aussi d'ailleurs les commentaires et les propos qui ont accompagné les événements français ailleurs dans le monde. Donald Trump a été très clair. Oui, commençons par Donald Trump. Dans sa manière d'utiliser les événements français, ça a été limpide puisqu'il l'a fait en meeting. Donc là, on est bien dans une... campagne électorale, où il a expliqué que la France était en train d'être réduite en cendres et que, bien sûr, le vote démocrate aux États-Unis aboutirait au même résultat. Donc là, on a bien un candidat qui a fait campagne sur le dos de la France et qui n'a cessé de répéter à chaque micro tendu que la France était en train de s'effondrer, de disparaître, même s'il lui laisse un espoir de renaissance. C'est plus complexe pour Benjamin Netanyahou. Il a, dans une interview télévisée, expliqué qu'Emmanuel Macron s'était mépris sur le 7 octobre 2023 et qu'Emmanuel Macron... n'avait pas compris qu'il fallait éradiquer le Hamas à Gaza pour éviter d'avoir les ravages du Hamas en Europe et notamment en France. Et pour Netanyahou, ce qui s'est passé dimanche, samedi 17 octobre, c'est en partie... C'est en partie ce phénomène où le Hamas, où l'islamisme politique atteint la société française. Ce qui peut s'argumenter, ce qui peut se défendre, mais là encore, dans le cadre de sa campagne électorale, et peut-être s'adresse-t-il aussi aux électeurs israéliens qui vivent ou qui ont vécu en France. C'est une manière de capter
l'électorat francophone d'Israël, qui pour certains sont très critiques des choix d'Emmanuel Macron depuis octobre 2023.
tout à fait. Je pense que Benjamin Netanyahou, d'ailleurs, il l'avait déjà fait lors d'une visite en France il y a quelques années, où il avait fait ouvertement campagne. Il est coutumier de ce genre d'ingérence, notamment parce que l'électorat concerné est évidemment un peu plus en diaspora que dans d'autres nations. Par ailleurs, le meilleur agent électoral de Netanyahou sur cet électorat-là, c'est Emmanuel Macron. par ses déclarations successives, ses changements de pieds sur le cas israélien entre le lendemain du 7 octobre 2023 où il était dans la solidarité la plus totale et ses derniers mois. On pense notamment ces dernières semaines aux déclarations erronées, maladroites et même agressives que le président français a tenues à la tribune de l'ONU.
Christophe, est-ce que vous êtes surpris par le lexique, par les mots choisis par Emmanuel Macron ? Hier, commentaire inacceptable autant que stupide.
on est dans la suite d'un lexique présidentiel qui est le même depuis 2024 en quelque sorte. Il y a la volonté de parler fort, ça c'est le inacceptable, c'est un langage courant chez les chefs d'État, et puis il faut taper du poing sur la table, du poing ou de la chaussure comme jadis Khrouchev, si on veut se faire entendre. Il y a l'autre aspect. C'est un président qui a perdu les commandes de son propre pays, il n'a plus de majorité, il nomme des gouvernements qui lui échappent en partie mais qui n'échappent pas à la réalité complexe de cette absence de majorité. Bref, le gouvernail n'est plus tenu en France. D'abord, il n'y a plus vraiment de gouvernail et il n'y a plus vraiment de capitaine sur le bateau. Et donc c'est à partir de là qu'Emmanuel Macron a rajouté des invectives qu'on avait d'habitude dans la bouche des... chef d'État les plus populistes, stupide, immoral. Il a changé un peu de registre, de vocabulaire. Ça montre plus son désarroi que la réalité de ce qu'il veut dénoncer.
Désarroi du président français. Christophe, est-ce que pour Emmanuel Macron, pardon, non, est-ce que pour Benjamin Netanyahou et Donald Trump, Emmanuel Macron apparaît aujourd'hui comme un dirigeant particulièrement faible ?
bien sûr, c'est le maillon faible de l'Occident pour Trump ou pour Netanyahou. Pourquoi ? Parce que c'est un président finissant. Dans six mois, il ne sera plus là. C'est une grande puissance nucléaire qui d'un seul coup se retrouve avec une absence de cap politique par absence de majorité. Par ailleurs, c'est un pays qui est très fragile sur ses fondamentaux économiques et financiers. On le voit avec la crise de la dette. Donc oui, c'est un maillon faible et c'est donc facile d'attaquer. Emmanuel Macron à travers cela d'affaiblir la position française pour des pays qui ne partagent pas les orientations diplomatiques de la France. Ils en profitent d'autant plus qu'eux-mêmes sont dans un compte à rebours électoral. C'est le bon moment et c'est le bon client Emmanuel Macron pour ce type d'attaque et ce type de critique.
Emmanuel Macron qui déclarait, je le rappelle hier, qu'il n'y avait pas d'ingérence étrangère visible dans les événements qui se sont produits le week-end dernier, en particulier le samedi 17 octobre. Est-ce qu'on est bien sûr de cela, Christophe, alors qu'on a quelques éléments qui sont parus dans la presse sur des opérations en ligne qui auraient été menées depuis la Russie, depuis l'Iran, depuis l'Algérie également ?
on n'est absolument pas sûr qu'il n'y a pas eu d'ingérence en amont. Le président a évacué cela de manière un peu rapide. On voit bien que dans la manière de faire chauffer la marmite du 17 octobre, d'exciter les foules, de répandre sur les réseaux sociaux les messages les plus hostiles et les appels à la violence, il y a sans doute eu une part de vrais messages venant de vrais manifestants virulents, et puis il y a eu une part de bots, de faux messages, d'intox. venus probablement du côté russe. C'est curieux qu'il ait évincé cela aussi rapidement alors que les enquêtes n'ont pas complètement abouti. Il pouvait très bien critiquer ceux qui utilisent ces événements en aval, Trump et Netanyahou par exemple, et critiquer aussi ceux qui éventuellement avaient tisonné les braises en amont, notamment Moscou. Qu'est-ce qui a pu le conduire
à faire silence sur ces ingérences possibles, notamment de Moscou et de l'Iran ?
Je pense qu'il n'y a pas de volonté maligne de la part du président. Je pense qu'il a parlé trop tôt sans être sûr de ses conclusions, en s'éloignant de ses notes. un peu comme il l'avait fait à la tribune des Nations Unies, et dans ce cas-là, il est dans l'erreur. Il aurait très bien pu, il aurait même eu avantage à charger aussi l'Iran et la Russie, en même temps qu'il accusait l'Amérique et Israël. Ça n'excuse pas la vidéo faite avec IA de Itamar Menvir, où l'on voit la tour Eiffel coiffée d'un kéfier au milieu d'un Paris en ruine. Ce n'est pas parce que le président français est dans un champ lexical qui n'est pas le bon, qu'en face... Il faut basculer dans la fake news.
Alors rappelons que c'est une vidéo qui a été créée à partir de l'IA et qui voit une sorte de palestinien envoyé à Paris pour s'y sentir comme chez lui. C'est ce que dit la vidéo. On voit Paris détruit, des voitures brûlées, la tour Eiffel arborant un kéfier palestinien. Et la diplomatie française a répondu à Benvir en ligne.
tout à fait. La diplomatie française s'est mise à jour, s'est mise à l'unisson de l'époque, il y a quelques mois maintenant, avec une cellule de riposte numérique. La plupart du temps, d'ailleurs, c'est plutôt des choses humoristiques qui s'échangent et parfois c'est un petit peu plus virulent. Je renvoie à l'interview de l'ambassadeur d'Israël en France ce matin dans Le Parisien, qui est une excellente interview, où son excellence explique que les relations entre la France et Israël sont à un niveau très bas, mais pas au plus bas. Si on veut être pessimiste, on en conclut « ça pourrait être pire ». Mais si on veut être optimiste, on se dit « voilà, quand c'est au plus bas, c'est que c'est coincé, on est en crise, c'est rompu ». Ça n'est pas le cas. Il suffit d'un changement de stratégie politique, il suffit d'un changement de dirigeant pour qu'on reparre sur une page blanche. Le changement de dirigeant, on est sûr qu'il va avoir lieu en France dans six mois. Et il aura peut-être lieu en Israël dans une semaine et quelques.
Benyamin Nathalim qui avait déclaré mardi soir sur I24 News que la France avait cédé face à l'islamisme radical. J'avais mis Emmanuel Macron en garde, a souligné le Premier ministre israélien. Ce lien entre mobilisation, violence et islamisme radical, c'est quelque chose qui agace profondément l'Elysée ?
bien sûr. Incontestablement, il y a un continuum dans les manifestations. On voit le drapeau palestinien, on voit des revendications sur le voile à l'école, on voit l'islamisme politique en queue de cortège, si j'ose dire, ou en wagon à bagage du train où il y a les revendications sociales légitimes, la vie chère, les revendications des lycéens, les retraites, etc. Et donc, il y a un continuum que le président français ne peut pas nier. Il ne peut pas nier non plus que dans ses dix ans à l'Élysée, il aura... Toujours mener la lutte contre l'islamisme radical avec une guerre de retard. Le discours des Mureaux était un excellent discours, mais il est arrivé deux ans trop tard et quelques jours avant l'assassinat de Samuel Paty. Il a fallu Gabriel Attal à Matignon pour que sur la Baïa, on tranche du bon côté un dossier. Elle naît depuis plus d'un an parce qu'Emmanuel Macron avait nommé un mauvais ministre de l'éducation après les bonnes années blanquaires. Donc oui, Emmanuel Macron a sous-estimé le risque de l'islamisme politique ou plus exactement, il a surestimé ses forces, sa capacité à gérer ce problème en étant dans la bienveillance à l'égard des banlieues, en recevant tel humoriste controversé ou en étant dans la complaisance. Le summum de ça, évidemment, ça a été l'erreur stratégique de ne pas aller à la manifestation du 12 novembre 2023 en solidarité avec Israël.
précisons, pour terminer sur ce point, qu'Itar Benvir a répondu à la diplomatie française. En ligne, de son côté, Donald Trump dit voir dans Marine Le Pen la voix conservatrice en France après les violences du 17 octobre qui l'a beaucoup fait réagir. On le disait tout à l'heure, Christophe, sans aller toutefois jusqu'à apporter son soutien à la dirigeante du parti d'extrême droite et qui sera donc son représentant, sa candidate pour la présidentielle. Ça ne tardera pas néanmoins.
Oui, c'est déjà un soutien, un mot couvert. Quand il dit « je ne la connais pas », c'est presque un appel du pied pour la recevoir. Elle avait tenté de le voir, je crois, en 2012, dans sa première campagne à la tour Trump à New York, et elle n'avait pas réussi. Donc là, il y a un appel du pied pour que ça soit presque officiel. Et quand il dit « c'est la voix des conservateurs », il considère tout simplement qu'il n'y a plus de droite républicaine en France, que Retailleau, Lysnard, même Édouard Philippe, toute cette droite qui se veut ne pas être d'extrême droite. Aux yeux de Trump, ça ne compte plus. Et
qui correspond aux États-Unis, à l'ancien parti républicain, donc il a écarté tous les cadres les uns après les autres
? Exactement, exactement. Et il intègre à sa sphère d'influence au parti AMI, il intègre le RN comme il a intégré la FD ou d'autres partis. Quand ce n'est pas G. Devance qui s'en charge, c'est Trump qui le fait en direct. Il y a vraiment une nébuleuse trumpiste et elle est dedans. Elon Musk l'avait précédé en couvrant des loges Marine Le Pen il y a quelques temps. Alors attention Marine Le Pen sait que ça peut être encombrant d'être la candidate de Trump cette année dans la compétition présidentielle. Donc elle va mettre un certain temps à répondre à l'appel du pied. Mais elle rappellera au moment voulu qu'il y avait eu du côté de Barack Obama un soutien à Macron juste avant son élection en 2017. Et que donc chacun son Amérique.
Merci beaucoup Christophe Barbet d'avoir été avec nous. On peut vous réécouter. podcast sur radio j.fr et en vidéo sur notre chaîne youtube à
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