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Voilà pour la prise de parole très courte du Président de la République à l'issue du Conseil de sécurité qui s'est tenu ce matin à l'Elysée avec peut-être deux choses très importantes à retenir et dont on va parler avec nos invités, nos experts. Les manifestations seront interdites quand elles ne sont pas demandées par des organisations syndicales dans les prochains jours, dans les prochaines semaines, c'est ce qu'a dit le Président de la République. Quand les organisations syndicales proposent des tracés de demande des manifestations, là elles seront examinées, là il y aura... des discussions qui seront ouvertes. Noémie, comment vous analysez ça d'abord d'un point de vue sécuritaire ? On parlera du politique après.
On l'entend. Ce que souhaiterait Emmanuel Macron, c'est qu'il n'y ait pas de manifestation dans les jours qui viennent. Vraiment, on comprend que dans la mesure du possible, il dit que si on peut éviter de manifester pour qu'il y ait un retour au calme, c'est mieux. Maintenant, si des organisations syndicales sérieuses qui... apporte des garanties, dépose des demandes, il le sait, ça ne peut pas être interdit sans être motivé. Donc il dit dans ces cas-là... On les autorisera, mais les préfets proposeront des parcours alternatifs pour protéger les centres-villes. Donc on devrait moins voir les parcours un peu classiques, traditionnels, et peut-être plus des parcours en périphérie pour éviter les dégradations et pour protéger les commerçants. L'illustration
de ça, pardonnez-moi, mais c'est peut-être justement ce qui s'est passé il y a quelques instants à Paris, l'illustration de cette discussion sur un parcours et d'autoriser ou non une manifestation. Exactement.
Deux déclarations déposées en préfecture, l'une par la coordination des Gilets jaunes notamment et Interfac Île-de-France, avec un tracé Bastille-Opéra qui a été refusé. par la préfecture de police de Paris, et un autre tracé déposé par la CGT, Bastille Nation, qui, via Picpus, donc il faudrait qu'on regarde sur une carte exactement ce que ça implique, mais sans doute de passer par des artères moins commerçantes qu'habituellement, parce que sinon Bastille Nation c'est assez classique, ça, ça a été validé. Donc vraiment on essaye de ménager le droit à manifester, qui est un droit constitutionnel, tout en envoyant des gages aux commerçants dans la mesure du possible. Ne manifestez pas dans les prochains jours. Et sinon, il faut que ce soit vraiment extrêmement encadré.
Analyse politique, Serge Simino, sur les propos du président de la République.
Toute une partie, on pouvait s'y attendre. C'est un rappel un petit peu de ce qu'a pu être la faillite du gouvernement le week-end dernier. Donc il l'a rappelé, il est revenu assez vite là-dessus, mais il n'allait pas s'étendre. Une information, c'est qu'il y aura un conseil de défense demain, donc une dimension un peu plus large. que le Conseil de sécurité, puisque sans doute le débat autour des ingérences étrangères peut aussi s'inviter là-dessus. Mais clairement, c'est ce qu'il dit sur la différence entre les deux débordements. C'est-à-dire qu'il parle d'actes politiques et sédicieux qui voulaient mettre la République à mal, et puis des actes de délinquance faisant référence cette fois-ci aux casseurs et aux pilleurs. Pour le reste, c'est un président qui est dans le même état d'esprit. que celui d'hier au Qatar, c'est-à-dire j'avais donné mes consignes, je continue à dérouler ma feuille de route et je suis là pour veiller à tout cela. Pour autant, moi je trouve à titre personnel qu'il manque une projection. Mais pourquoi il manque une projection ? Parce que la grande inquiétude, c'est qu'il y a une méconnaissance malgré tout de ce qui peut se passer samedi. Parce qu'on dit, on interdit les manifestations qui ne sont pas portées par des gens légitimes. faudrait déjà le définir, mais on sait que l'apanage des Gilets jaunes, ça a été de faire des manifestations non déclarées à plusieurs endroits différents et tout. Et ça, c'est la crainte pour le maintien de l'ordre. Donc je pense que cette volonté d'interdire tout ce qui ne serait pas syndical, et on le rappelait à un moment où il n'a jamais trop appuyé sa politique sur les corps intermédiaires, clairement, il s'appuie là-dessus. Mais il faut quand même rappeler, et il en a été témoin, comme ministre, mais aussi comme président de la République, que même quand des syndicats encadraient des manifestations, les lois travaillent. mais aussi des premiers mai qui ont failli être empêchés par des black blocs, c'est compliqué à mener. Donc c'est cet enjeu-là qui est en cours, pas trop de solennité, mais un peu de fermeté, mais avec un manque de projection, parce que clairement tout ce qui pèse sur cette semaine, la fin de semaine, c'est bien évidemment la question sécuritaire. Et un dernier point, il renvoie aux négociations, aux discussions sur le côté revendications qui ont commencé à se mettre en place un mois après le début des événements, si on ne parle que des lycéens.
Mélère Nabil, sur ce qui a été dit par le président de la République sur cette question des manifestations, on interdit quand on estime que ce ne sont pas des personnes légitimes qui déposent la demande, on examine si ce sont les syndicats. Ça, vous le lisez comment
C'est trop approximatif et il y a un potentiel liberticide incontestablement. De toute façon, ce qui se dégage de l'intervention, c'est une forme de défiance par rapport au droit de manifester. On a bien senti, il y avait même la gestuelle qui a accompagné le discours.
Et en même temps, les syndicats, il ne leur interdit pas de manifester. Il ne peut pas d'ailleurs. Oui,
ça n'existe pas cette distinction en droit. Le droit de manifester, c'est un droit fondamental, protégé par notre Constitution. à travers la liberté d'exprimer ses opinions, tout simplement, qui est constitutive de ce qu'on appelle la démocratie. Donc là, si on a un chef de l'État qui commence à exprimer... Encore une fois, par presque sa posture, une défiance à l'égard du fait de manifester ses opinions en démocratie, je trouve ça problématique tout simplement. D'autant plus que le distinguo qu'il fait ne tient pas a priori et qu'il ne peut pas le systématiser. Qui est légitime ou illégitime et qui est… habilité à définir précisément l'organisateur légitime. C'est très approximatif et c'est problématique. Alors d'autant plus, encore une fois, que cette défiance à l'égard du droit de manifester, on l'a déjà constaté dans la doctrine ou à travers la doctrine du maintien de l'ordre. celle qui s'est imposée depuis 2016 et qui consiste pour les forces de l'ordre, à aller au contact physique à l'endroit des manifestants, avec les conséquences qu'on connaît, c'est-à-dire une forme d'indiscrimination par rapport à l'usage de la force, un usage qui parfois est disproportionné. Ça donne quoi in fine ? J'ajoute qu'en plus, tout cela s'accompagne d'une judiciarisation du maintien de l'ordre, c'est-à-dire que le recours à la garde à vue est massif, les records sont battus actuellement, et donc ça donne quoi, in fine ? Ça donne une dissuasion. D'aller manifester. Et donc, ça, c'est problématique parce que ce n'est pas totalement nouveau. Ça ne date pas du 17 octobre. Ça remonte, encore une fois, à un changement de doctrine. Et entre le discours présidentiel et la doctrine du maintien de l'ordre, encore une fois, on a quelque chose qui est... de nature à dissuader d'aller manifester et qui est donc de nature liberticide.
Est-ce que vous êtes d'accord avec ça, Jean Garrigue ? La dissuasion d'aller manifester et cette défiance à la manifestation de la part du gouvernement que soulève Belir Navli ?
'ai envie de vous faire une réponse de Normand. Je serais tenté, en restant sur un terrain juridique, bien sûr, d'adhérer à l'analyse qui vient d'être faite. Mais c'est peut-être faire abstraction aussi du contexte politique et social, c'est-à-dire de la brutalisation du débat public depuis quelques années, qui n'est pas simplement imputable, il faut quand même le rappeler. à Emmanuel Macron et à ce qu'on appelle la Macronie. On peut lui reprocher, évidemment, d'avoir eu une réponse autoritaire, voire autoritariste, par rapport à tout ce qu'ont été les mouvements sociaux de sa présidence. Mais il faut rappeler aussi que, et nous l'avons dit, que y compris les manifestations encadrées par les syndicats ont dégénéré du fait d'une minorité de l'ultra-gauche, effectivement anti-républicaine et anti-démocratique. Ce sont des ennemis de la démocratie, je pense qu'il faut le dire, et que tous les partis politiques seraient bien honorés de le dire, ce qui n'est pas toujours le cas d'une manière très claire, et qu'il y a aussi cette... Nouveauté qu'on n'a jamais connue dans les grands mouvements sociaux, des phénomènes de pillage qui sont des choses tout à fait inédites. Ce qui veut dire qu'on peut considérer effectivement, voir une nuance liberticide dans le discours d'Emmanuel Macron, mais que j'ai quand même envie de pondérer par la réalité des choses et surtout, et ce sera mon dernier mot, par la perception. que les Français se font des événements. Car aussi bien les Français soutiennent les revendications, les manifestations qui se sont produites, aussi bien condamnent-ils très fermement ces pillages et ces violences. Ce qui veut dire qu'ils ont besoin que l'autorité suprême, le pouvoir présidentiel, manifeste une fermeté par rapport à ces phénomènes. Donc vous voyez... Ce que je veux dire par là, c'est que l'équilibre, il est quand même fragile. On est sur un fil. entre le respect de ce droit de manifestation et la nécessité aussi de rassurer une grande partie des Français. Pourquoi les rassurer ? Parce que sinon, vous savez où ils vont, ils vont voter pour le Rassemblement national. Mais
cet équilibre-là, et je vais vous donner la parole aussi à Serge Simineau également, dont on parle depuis des jours, on le voit se dessiner avec cette déclaration d'Emmanuel Macron, c'est un équilibre politique qui peut être dangereux pour le gouvernement, mais aussi... plus largement pour la société française. Et c'est pour ça qu'il est extrêmement important. La question de la sécurité face à la question de la liberté de manifester. En fait, c'est ça qu'a posé à nouveau presque le président de la République.
Mais justement, il ne faut pas les opposer.
Oui, mais c'est ce que lui a fait. Je suis en train de dire que c'est ce qu'il a fait. Donc c'est ça qu'il nous questionne aujourd'hui. Il faut concilier
non pas opposer. Sauf que ce n'est pas lui qui l'a posé. C'est la réalité des choses. puisque les manifestations ont dégénéré en pillage et en… – Alors c'est là où vous
n'êtes pas d'accord, je crois. – Mais à cause d'une défaillance, précisément. En même temps, il reconnaît qu'il y a eu défaillance. Sans cette défaillance, est-ce que précisément on aurait assisté à un tel… de tel débordement ? Non, pas à ce niveau. Sinon, il ne reconnaîtrait pas sa part de responsabilité, peut-être pas personnelle, mais en tout cas la part de responsabilité de l'État. En tous les cas, je pense que là, vous avez bien résumé l'enjeu d'une certaine manière, à savoir ne pas opposer… Sécurité et liberté de manifester, les deux sont. C'est fondamentaux, naturellement. L'action n'est complètement
d'accord. L'enjeu
pour lui en particulier, et l'appareil gouvernemental, c'est de concilier, de nous permettre à la fois d'être en sécurité, et pas seulement les commerçants, je dirais. Oui, l'ensemble de la société. Nous sommes tous conservés par la sécurité et l'ordre public. Et de l'autre, une liberté fondamentale. Sinon, là, on va s'habituer à l'idée suivant laquelle nos démocraties, elles peuvent très bien se passer du droit de manifester. Jean Garry et ensuite Serge
Minot.
Sauf que, je le répète, ce qui s'est passé, manifeste un courant de dislocation de notre société, de nos valeurs, de ce qu'est le vivre-ensemble républicain, même si c'est une expression un peu valise aujourd'hui. Et il faut réfléchir à ça. Pourquoi d'abord trouver les explications ? Elles sont profondes et complexes. Mais il faut aussi essayer de retisser ce vivre-ensemble républicain. Et ça passe peut-être aussi... par la dimension d'ordre qui a toujours été celle des Républicains depuis Georges Clemenceau et même d'un Jaurès qui n'était pas du tout pour l'anarchie. Donc je veux dire que soyons assez prudents quand même dans la condamnation d'un pouvoir liberticide, etc. On est dans des circonstances très particulières et avec une attente d'une grande partie des Français justement sur cette... cet équilibre entre liberté et sécurité.
Serge Imino.
c'est très intéressant, mais clairement, la démonstration de force du côté des forces de l'ordre samedi est aussi une démonstration de faiblesse.
Surtout de faiblesse.
Les interdictions de manifester, on peut considérer que le président de la République veut sortir le pays de la sidération de samedi. Là-dessus, je vous rejoins. Mais pour autant, calmer la rue de cette manière-là ne calme pas les colères. Et cette réponse-là... On ne l'entend pas. Alors c'est difficile de marcher sur deux jambes dans la période qu'on traverse, vous avez raison, et qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Mais pour autant, les interdictions manifestées présentées comme elles le sont par le président de la République en disant... Le mieux, ce serait quand même d'éviter de manifester, sauf si les syndicats reprennent la main, ce qui sera fait le 5 novembre dans un tout autre contexte. Mais c'est ça, aujourd'hui, la difficulté du président de la République, c'est de reprendre la main sans envoyer un message vers ceux qui sont en colère, quels qu'ils soient, les lycéens, les étudiants, ceux qui veulent se battre contre la vie chère. Et ça, c'est très compliqué. – Je n'ai pas
entendu dans sa bouche, je vous interdis de manifester, je vous déconseille de manifester. – Les interdictions de manifester sont mises en avant. – Il déconseille les manifestations. non autorisés. Il me semble que c'est le respect de la loi. – Il dit quand même, pardonnez
-moi messieurs, simplement pour reprendre ses propos, il dit quand même à un moment, la recommandation générale, ce n'est pas de manifestation en France pour que le calme soit là. Il y a quand même cette idée-là, ça c'est une phrase qu'a prononcée le président de la République. –
Juste pour finir, c'est que c'est le président de la République dont on parle, ce n'est pas nos avis entre nous et on se rejoint sur certains points. Mais clairement, il doit quand même, à son niveau, assurer. La possibilité de manifester et les consignes qu'il donne là, d'une certaine manière, et on comprend tout à fait le climat actuel, mais il se doit d'être au-dessus de cela. Je pense, c'est mon regard d'un président de la République en général. Et là, je pense qu'on n'est que sur un pied, celui du
maintien de l'ordre. Je sais que ma position va être minoritaire, surtout sur cette chaîne. Mais c'est normal d'ailleurs. Mais je répète que recommander n'est pas interdire. Et qu'on peut imaginer, je le répète par rapport à ce qu'est la... L'opinion de la majorité silencieuse, qui existe aussi dans ce pays, ce n'est pas simplement le petit monde médiatico-politique français. Par rapport à cette population-là, qu'il faut entendre, et que Emmanuel Macron n'a jamais entendu suffisamment, il y a aussi cette préoccupation de l'ordre. Je vous rejoins. Peut-être que la formulation est inquiétante, peut-être qu'elle tire vers le liberticide, ce que je ne crois pas. Je ne pense pas que nous sommes dans une république liberticide. Je ne pense pas que Macron est un apprenti dictateur ou un Orban en puissance. Mais si vous voulez aller dans ce sens, je peux le concéder. Mais je vous le répète, c'est peut-être un discours aussi qui est attendu. par une partie des Français.
Ce qui est certain, c'est que ce discours-là, il fait débat, la preuve sur ce plateau, et c'est ça aussi qui est intéressant. Belir Nabli, ensuite Noémie Schultz, pour compléter, allez-y.
Oui, encore une fois, il ne s'agit pas de qualifier Emmanuel Macron en tant que tel, c'est juste le spectre qui se dessine, le risque qu'il prend en tenant ce type de discours. Moi, je me permets de souligner ce risque liberticide, même si, effectivement, on n'a pas encore basculé. pas la Hongrie, ni la Hongrie d'Orban ou d'autres régimes. Il n'empêche, mieux vaut être aussi préventif sur ce plan-là, si on est attaché à la démocratie. D'autant plus que quand même, ce qui est assez remarquable avec cette séquence, c'est que, comme on l'a fait, c'est qu'on a d'une certaine manière réduit les enjeux à la dialectique sécurité-liberté, mais tout cela a quand même commencé par un mouvement social, incarné par des lycéens. jeunes lycéens, des étudiants qui ont eu des revendications très claires, très précises. Et à l'égard desquelles, finalement, on a, du côté gouvernemental, on ne peut pas dire que la réponse fut aussi claire, aussi consistante et à la hauteur.
Il n'y a a priori pas de réponse, en tout cas de réponse politique. C'est ce que disent les étudiants, c'est ce qu'ont dit aussi hier les syndicats.
Exactement, si ce n'est quelque chose qui ressemble au cahier d'oléances qu'on avait opposé aux Gilets jaunes. Avec cette plateforme. illustrer à nouveau un sentiment de déconnexion. On avait une colère. peut considérer comme légitime parce que finalement, la colère lycéenne, elle exprime précisément la promesse républicaine, l'égalité devant le service public de l'enseignement supérieur, la qualité du service public, etc. Et de l'autre, on a eu comme réponse gouvernementale incarnée par le ministre de l'Éducation. Finalement, on renvoie une expression, une plateforme numérique qui est une réponse très macronienne. Au-delà des cahiers de doléances, on a l'instrument numérique de déconnexion, encore une fois, entre le politique. et les citoyens.
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