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Monsieur le maire, cher Ali Duara, mesdames, messieurs, les membres du conseil municipal, je vous remercie et je vous suis reconnaissant de me donner la parole parmi vous ce soir, dans cette ville que mon père a habité il y a bien longtemps, et où j'avais besoin de venir comme d'autres qui m'entourent. députés insoumis, comme une façon de contrebalancer la douleur que nous avons ressentie, la honte de voir notre pays abaissé par ce crime comme il l'a été, et le besoin de sentir par-delà la haine que tout cela exprime, un de ces moments de chaude fraternité humaine comme celui que nous sommes en train de vivre en ce moment. Nous sommes tous venus ici pour cela, en nous regardant, en nous saluant, nous rappelant et que nous ne sommes pas atteints de cette terrifiante maladie de l'esprit. qui consiste à ne plus être capable de reconnaître dans le visage, les yeux de quelqu'un, le visage et les yeux de son semblable, d'un être non pas identique à nous, mais semblable par ses besoins, l'amour qu'il est capable de porter pour les autres, l'attention qu'il est capable de porter à plus faible qu'il soit enfant ou plus âgé. Tout ce qui fait de nous, En dépit de tous nos défauts, ces êtres si spéciaux, capables d'empathie, de commisération et d'aller au-devant des autres, parfois jusqu'au sacrifice de soi-même, comme nous l'avons vu dans ces circonstances extraordinaires, si vous vous rappelez de ce lieutenant-colonel qui s'était proposé en échange des otages et qui est mort en nous donnant l'exemple. du don de soi le plus absolu. Beltrame, figurez-vous que c'est à lui que j'ai pensé, quand la colère et le dégoût m'envahit, et même, je peux le dire, la rage, de voir que tout cela avait eu lieu. Et pas un instant, je ne me suis demandé, mais comment est-ce possible ? Parce que je sais pourquoi c'est possible. Je sais pourquoi on a laissé s'enquister la haine et le racisme. On nous dit maintenant que cet homme est accablé par des troubles psychiatriques, mais je le crois, et je pense que c'est depuis le premier jour où le racisme a fait son nid en lui qu'il est devenu perturbé mentalement. parce que le racisme n'est pas un sentiment spontané dans le cœur d'un être humain. Regardez nos enfants. Regardez nos enfants. Qui, parmi ces enfants, a vu une seule fois un petit revenir à la maison et parler de son petit camarade ou de sa petite camarade à propos de sa religion ou de sa couleur de peau ? Jamais. Les petits... dans l'innocence du commencement de l'existence sociale, ne font pas ces différences. Ils en font d'autres, hein. Ce n'est pas toujours à leur avantage, mais pas celle-là. C'est-à-dire que fondamentalement, ils savent se reconnaître dans l'autre. Et c'est l'acte le plus humain, le plus important, se reconnaître dans l'autre. Il n'y a donc aucune surprise au racisme. C'est une fabrication injectée de l'extérieur par la méthode de la répétition, de l'abrutissement volontairement organisé des heures durant, en insultant, en sous-entendant, en pratiquant l'islamophobie et la négrophobie comme si c'était des idées comme les autres, alors que ce sont des crimes. Ici, c'est la République française, nous sommes tous égaux en droit. Et ceux-là, qui même pas 24 heures après trouvent encore le moyen de dire que la ville de Trappes est un repère de djihadistes, qui prouvent qu'ils ne connaissent même pas le mot du sens djihad dans l'islam, et qu'ils ne savent pas de quoi ils parlent, assimilant tout être qui n'est pas identique à l'idée qu'ils se font d'être un être humain à quelque chose de forcément criminel. Les mêmes recommencent et ils continueront, mesdames et messieurs. C'est pourquoi, dans les circonstances si particulières où j'incarne le rôle que vous savez, c'est mon devoir de marcher devant vous en portant l'idée que dans la nouvelle France, nous ne voudrons plus jamais entendre parler d'un raciste, où que ce soit, dans une fonction d'autorité. Ce crime sera pourchassé et puni systématiquement par la déchéance des fonctions d'autorité, par ceux qui, d'une manière ou d'une autre, auront signifié qu'ils en sont infectés. Voilà ce que nous allons faire. Nous ne voulons plus jamais voir notre patrie de cette manière. Il y a eu assez de crimes racistes dans ce pays, que ce soit... contre les enfants là-bas à Toulouse, que ce soit ce prêtre tué dans son église, ou que ce soit Pengo, Bossio, Wangui, tué pour l'unique raison que celui qui l'a vu a vu qu'il était noir et ça lui a suffi pour être un motif à tirer. Comme cette jeune femme dans le nord de Paris qui a été abattue alors qu'elle était passagère d'un véhicule. où on l'a ramené chez elle. Qui est l'homme qui est capable de tirer sur une femme, passagère d'un véhicule ? Qu'est-ce qu'il a dans la tête à ce moment-là ? Il a dans la tête que ce n'est pas une femme, c'est une Noire. Voilà ce qu'il a dans la tête. Il a oublié l'humanité. Et quand il oublie l'humanité de l'autre, il oublie la sienne. Et voilà pourquoi il se transforme, quelles que soient les circonstances, en un meurtrier. Pingo n'a rien fait d'autre que de passer là, et cinq blessés. On a donné leur prénom, j'ai demandé pourquoi leurs noms n'y sont pas, on m'a dit c'est comme ça parce que les familles ne le souhaitent pas, parce qu'il va falloir vivre demain, et après-demain, et encore après, nous autres les plus anciens, et les plus jeunes, et les tout-petits. qui ne doivent pas être condamnés à être enfermés toute leur vie dans une histoire tragique, dont aucun d'entre nous ne sait si elle se finira par la justice, parce que comme tu l'as dit à l'instant, sans la justice il n'y a pas de paix, on ne parle pas de la paix civile, on parle de la paix du cœur, de la paix de la relation aux autres, on ne peut pas avoir de relation de paix si l'on a idée que certains crimes restent impunis. certains crimes motivés par le racisme ou la haine religieuse. Voilà pourquoi la punition doit venir. Marwa, Samba, Ibrahima, Ahmed, et enfin, cet enfant de 12 ans, Ramatou. Et on m'a dit que l'assassin... s'était trompé sur l'horaire de sortie de la mosquée, où il serait d'abord passé, le carnage eût été épouvantable. Voilà ce qu'il avait dans l'esprit. Et ce n'a été une surprise pour personne, si on en juge les témoignages que l'on peut déjà lire sur ce qu'était son comportement auparavant. Cette obsession raciste qui lui envahissait la tête, il ne pouvait plus rien voir, plus rien entendre, plus rien comprendre, plus rien lire, sans se demander, arabe, noir, arabe, noir, une sorte de parano qui lui infestait l'esprit. Qui a fait ce travail ? Que chacun rentre en lui-même, parce que nous, dans cette salle, nous sommes de l'ordre des justes. Nous n'avons pas... à montrer du doigt des groupes. Nous ne pratiquons pas, nous, la responsabilité collective. Ce n'est pas nous qui disons, quand un raconte sur un plateau de télé pendant des heures, des horreurs, tous les autres sont coupables aussi. Les autres sont seulement coupables de leur silence, de leur complicité muette. Mais ils devront rentrer en eux-mêmes, et il nous appartient à nous de continuer à faire confiance. dans la dignité humaine, qui est que chacun s'interroge comme quelque chose au-delà de tout bon sens, pour se demander quelle part il y a prise, et comment peut-être il aurait pu l'empêcher. Oui, il y a eu des silences qui se sont terminés par des morts. chaque fois que quelqu'un s'est eu en ayant entendu des propos négrophobes, chaque fois que quelqu'un s'est eu quand il y a eu des propos islamophobes, chaque fois que quelqu'un a oublié de s'indigner quand on a abattu cette malheureuse jeune femme, et combien d'autres, ton frère, et que nous revoyons les mêmes gestes se faire sur les vidéos à propos d 'arrestations, je pense à chaque fois à toi, à ton frère, parce que maintenant je sais. Et je me suis juré que jamais je ne doterai, et que quoi qu'il en coûte, et à moi il en coûte moins qu'à vous, je le sais bien, je tâcherai chaque fois de m'associer pour montrer que nous ne laisserons pas franchir cette frontière. Demandez-vous, vous autres, qui vous croyez au-dessus de toute loi morale et de toute loi de l'humanité, qui vous êtes tus pendant que l'on répétait sans arrêt, jour après jour, que c'était des hordes arabeaux maghrébines et noires qui avaient cassé les magasins, sans vous demander si dans le magasin précisément, il n'y avait pas un arabeau maghrébain nègre qui était là. Vous ne vous êtes pas posé cette question, vous avez insulté d'abord. en vous disant ils s'en débrouilleront, mais cet homme qui a tué dit qu'il l'a fait pour venger ce qui s'était passé. Votre responsabilité, Jean Tout-Puissant, qui avait passé toute la semaine à faire des commentaires, en affichant soigneusement derrière vous, tout le temps, du matin au soir, des images de la ville qui brûlait, pour que chacun, chaque minute, sente monter en lui la haine et l'envie. de venger ce que l'on voyait et que l'on trouvait si injuste en voyant ces gens en pleurs devant ce qui avait été détruit autour d'eux. Ils sont coupables qu'ils entrent en eux. Nous ne leur ferons pas l'honneur de les montrer du doigt. Nous ne les nommerons pas. Nous garderons pour nous, jusqu'à ce que nous ayons entendu le son de leur voix, condamné ces comportements, le mépris qui nous habite à leur égard. Et que nous ne sommes pas prêts. à laisser de côté. Je sais que, bien sûr, ces mots me vaudront les condamnations habituelles de la caste qui domine et décide du bien et du mal, trouve excessif et clivant qui proteste pour l'unité de l'humanité contre les autres. Mais il faut que cela soit dit, la responsabilité de notre patrie commune repose sur chacun d'entre nous. Nous ne devons pas pardonner. Nous ne devons pas regarder ailleurs. Chacun doit être confronté à sa responsabilité. Et je le dis avec cette force, parce que combien de fois ai-je entendu que nous étions, nous, confrontés à des responsabilités pour des événements beaucoup plus lointains et sur lesquels nous n'avions, hélas, aucune prise. Vous m'avez tous compris. Ce moment est un moment de douleur. et ce moment de fraternité par lequel nous allons surmonter cette douleur. Je vous dis le bonheur qu'il y a à vous regarder les uns les autres, et à savoir à cet instant, si vous permettez, que j'utilise ce mot inhabituel dans la bouche d'un laïc, la communion humaine, la communauté humaine, qui j'en suis certain fait écho à vos propres croyances et convictions philosophiques.
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