Chargement...
Chargement...
Bonjour Jean-Yves Camus. Bonjour. Merci d'être en direct avec nous. Vous êtes politologue spécialiste de la droite nationaliste, co-directeur de l'Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean Jaurès. La candidate Marine Le Pen a lancé officiellement sa campagne ce week-end, ce dimanche, lors du congrès du Rassemblement National hier à Orléans. Premier grand discours de campagne. Un discours au ton. Très optimiste dans un climat de tension. Est-ce que vous, Jean-Yves Camus, vous avez été surpris par ce ton très optimiste de la candidate Marine Le Pen
particulièrement parce que c'est aussi un moyen de faire entendre sa différence par rapport à certains de ses concurrents sur cette portion de légitier politique qui sont plus... pessimiste, plus décliniste parfois. Et puis, à vrai dire, quand les sondages vous accordent 35% des intentions de vote au premier tour, même si Marine Le Pen le répète, l'élection n'est pas jouée parce qu'il y a un second tour, vous n'avez pas de raison particulière de ne pas avoir le moral. Mais finalement, le plus important, c'est que Marine Le Pen ait fait ce discours en... jouant la partition d'un Jordan Bardella, futur Premier ministre, qui détaille comment il mettrait en œuvre, et une Marine Le Pen, future présidente, croit-elle, qui donne une vision. On avait des fois l'impression, dans ce discours, de... De lire un livre ou d'avoir affaire à un cours de philosophie politique, on n'était pas très éloigné à certains moments du vrai, du bien et du beau, ce qu'on appelle les transcendantaux en philosophie. Ça allait parfaitement avec le thème central qui était la renaissance, la renaissance du
pays. C'est le slogan de la campagne actuelle ? Tout à fait, c'est un drôle de renversement
de ce mot qui a aussi été utilisé par le parti du président de la République. Et on avait vraiment l'impression qu'il y avait une vision bien articulée qui donne à espérer dans des temps de morosité où chacun s'interroge non seulement sur la crise économique, mais où on peut entendre beaucoup de nos compatriotes. Évoquer notamment la suite de ce qui s'est passé le 17 octobre, des violences, une incertitude, une angoisse de ce qui se passera entre les deux tours s'il oppose Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon. C'est la raison, je crois, de cette tonalité optimiste.
C'est faire entendre sa différence, mais c'était assez... Est-ce que c'est assez audacieux de parler, elle a parlé par exemple de beauté, de courtoisie, de politesse, dans un contexte justement où la France a vécu, vous faisiez référence aux manifestations, finalement ça tranche avec le discours ambiant et avec celui qui serait au second tour, c'est-à-dire Jean-Luc Mélenchon ?
Alors, ça peut paraître un peu suranné, effectivement. Un peu hors
-sol, peut-être
? Alors, hors-sol, non, parce qu'il y avait en fait deux versants au discours. Un peu suranné lorsqu'on parle de politesse, alors que, visiblement, elle n'existe plus dans beaucoup de segments de la société. Un peu hors-sol, parce qu'effectivement, la philosophie politique, ce n'est pas a priori ce qu'attendent les téléspectateurs qui regardaient son discours. Mais en même temps... Elle mettait à chaque fois en contrepoint de l'aspect plus moral, voire philosophique du discours, des mesures, très terre à terre, très concrètes, très explicites, qu'elle prendrait, que le gouvernement prendrait si elle était élue, quand elle évoque le fonds souverain, quand elle évoque les expulsions. quand elle évoque la loi et l'ordre, quand elle évoque les fameuses guerres qui ne sont pas les nôtres, elle parle aussi de sujets qui sont dans le quotidien des Français.
-ce qu'elle veut incarner à travers cette France apaisée ? C'était aussi la reprise de ce slogan, à la fois à travers ce slogan et à la fois aussi la... Le choix de sa couleur, qui était rose pastel, elle veut incarner un recours, se porter comme une mère protectrice, quelque part, vis-à-vis des Français ?
La protection était véritablement l'un des maîtres mots de ce discours. La protection par la sécurité, qui est la première des libertés pour tous les Français. La protection économique aussi, par toutes les mesures concernant le pouvoir d'achat. Cette manière qu'elle a eu de renvoyer dos à dos la droite et la gauche en expliquant qu'entre ceux qui culpabilisent les pauvres et les mondialistes dont elle a fait sa cible favorite, il fallait trouver une autre voie. C'est effectivement une manière de montrer. que l'État, qu'elle entend construire ou remettre à flot, ce n'est pas l'État ultralibéral qui cherche à se débarrasser de pans entiers de son activité. C'est sans doute un État qui devra subir un certain nombre de coupes budgétaires parce que la situation nous l'impose, mais ce n'est pas un État à la Milley ou un État à la Trump. Elle a rappelé effectivement
par un proverbe indien. qu'elle n'était ni de droite ni de gauche. Elle a dit « Je ne suis ni l'elle gauche ni l'elle droite, je suis l'oiseau ». Proverbe indien, a-t-elle
dit ? Je ne connaissais pas le proverbe indien, mais elle se tient à cette ligne. Elle se tient à cette ligne, ni droite ni gauche, qui était d'ailleurs déjà celle du Front National, avant qu'elle le prenne en main. Et je crois qu'elle n'a pas tort, parce que si elle fait une campagne sur le libéralisme économique, qui va au-devant, on va dire, du programme du Medef... les entreprises souhaitent, elle perdra une partie de son électorat populaire. Si elle fait une campagne qui est uniquement destinée à son électorat populaire, elle ne réussira pas à faire venir des CSP+, le delta qui sépare les 41,15% de 2022, de 50% plus une voix qu'elle devra obtenir pour l'emporter.
Elle a rappelé sa confiance à Jordan Bardella comme Premier ministre. Jordan Bardella, lui, qui plutôt se dit de droite.
mais c'est complémentaire. C'est tout son pari dès le départ. Son pari, c'est de former un tandem ou un duo, c'est selon, qui tienne au moins jusqu'à, elle l'a redit, jusqu'à ce que Jordan Bardella soit... Son premier Premier ministre, alors c'est là que ça devient intéressant parce que Jordan Bardala est Premier ministre quand ? Il est Premier ministre dans la foulée de l'éventuelle élection de Marine Le Pen jusqu'aux élections législatives et ensuite... on voit ceux qui sortent des urnes, où il est de manière plus durable. Certains disent que les révélations, ou soi-disant révélations concernant Jordan Bardella, embarrassent beaucoup Marine Le Pen et qu'à un moment donné, il y aura rupture, d'après ce qu'on a entendu hier, il n'en est rien. Il n'en est rien, elle lui a rendu sa
confiance. Il n
'en est rien, en tout cas. En apparence, officiellement. Voilà, officiellement et jusqu'au début du mandat, si elle est élue.
Des accusations d'antisémitisme d'après l'enquête de Mediapart qui ne semblent pas avoir ébranlé son électorat.
là, on n'a pas une mesure complète de l'électorat, on a une mesure déjà des militants. Quand on est réélu à la présidence du Rassemblement national avec 98,98%, visiblement, c'est que les militants n'attachent aucune importance à cette affaire. Pour ce qui est du socle électoral, qui est encore une fois un socle électoral à aujourd'hui, ça va évoluer d'ici le jour J, non, ça n'a pas l'air d'entendre. ça met la confiance de ceux qui se sont déterminés le plus tôt. Ensuite, viendront, notamment entre les deux tours, ceux qui devront, si j'ose dire, se faire la voie. C'est ceux-là qui, peut-être, parmi, par exemple, les électeurs conservateurs de la droite classique qui verront s'opposer Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon et qui pourraient considérer de voter pour elle... que peut-être certains se diront, mais est-ce que véritablement ce parti peut gouverner la France ? Mais je n'en suis pas certain, je ne suis même pas certain que ça porte, parce que le socle électoral de Marine Le Pen est très fort. Parce que ses adversaires sont très faibles finalement. Songeons quand même que si l'on s'en tient au sondage d'aujourd'hui, les deux candidats qui représentent en fait la droite classique, Bruno Retailleau et David Disnard, sont à 6 et 7%. Ce n'est pas beaucoup plus que le score de Valérie Pécresse.
Elle semble indétrônable à ce stade, le score est très haut. Est-ce que néanmoins il y a un risque pour elle d'être au stand favorite à ce stade de la campagne ? Et quel serait ce risque ?
C'est toujours compliqué de partir très tôt dans la campagne. Or elle a dû partir très tôt le jour du rendu du jugement qui la concernait en fait. C'est toujours très compliqué de faire son premier meeting de campagne si tôt parce qu'il faut durer, il faut maintenir. Le suspense, il faut maintenir le rythme, il faut avoir des propositions à avancer. Là, on n'a qu'un cadre, mais il faudra à un moment donné que les groupes de travail qui... je pense, prépare déjà la suite, échafaud d'un programme et ne soit pas pris en défaut, notamment sur les aspects économiques et sociaux, qui ont toujours été, dans les grands débats, le point faible de Marine Le Pen.
Vous évoquiez sa condamnation, il y a justement cette question, elle a été reconnue coupable, en appel de complicité d'étournement de fonds publics, condamné à trois ans de prison, un an ferme, sous bracelet électronique. On en est où, là, du calendrier judiciaire ? Quand est-ce que va se prononcer la... La Cour de cassation
dit qu'elle se prononcerait, je cite, le plus tôt possible, c'est-à-dire l'échéance électorale, ensuite sur le port du bracelet électronique qui peut être un obstacle à la fin de la campagne. Il faut savoir qu'au rendu de la décision... Les effets du bracelet électronique ne viennent pas forcément tout de suite. Donc, je crois que le juge a quatre mois pour convenir avec la personne concernée, si le jugement est confirmé. des modalités du port du bracelet électronique et il y a des possibilités d'aménagement. C'est-à-dire que si vous êtes contraint de porter un bracelet électronique, vous pouvez demander au juge... d'application des peines, des dérogations pour vous rendre dans tel ou tel endroit. Ça handicape effectivement la campagne, mais en même temps, c'est une manière aussi de se mettre en scène comme victime de quelque chose qu'elle ne manquerait pas si elle était empêchée, de présenter comme une persécution politique.
Et qu'en est-il du financement de la campagne du Rassemblement national ? Je crois que le Rassemblement national cherche toujours des fonds à l'heure actuelle pour financer sa campagne. Parce que tout semble, d'après ce qu'on a vu en ordre du point de vue du parti, donc un président réélu, un organigramme réorganisé. Il y a Jean... J'ai oublié son prénom, Tanguy, son prénom, le député... Jean-Philippe. Jean-Philippe, voilà. Son prénom m'échappait, qui est au comité exécutif du Rassemblement National. Donc tout semble en ordre. Néanmoins, le Rassemblement National cherche toujours des fonds pour sa campagne, c'est ça ?
'est toujours le talon d'Achille des campagnes électorales du Rassemblement National, comme du FNJ-10. Alors la situation est la suivante. Les banques françaises rechignent, c'est le moins qu'on puisse dire, à prêter au RN. Pourtant... Compte tenu de ses résultats sur la longue durée maintenant, le risque que Marine Le Pen ne soit pas remboursée de ses frais de campagne est quand même extrêmement faible. Le financement public... Il rechignait que pour des motifs économiques,
pas pour des motifs déontologiques ou de parti pris. Le risque
pour les banquiers, si vous voulez, c'est s'il y a invalidation du compte de campagne. C'est-à-dire que s'il y a invalidation du compte de campagne, à ce moment-là... le financement public tombe. Si le financement public tombe, le prêteur, naturellement, est dans l'embarras jusqu'à ce moment-là. C'est le Rassemblement national lui-même qui doit faire appel aux bonnes volontés pour rembourser son prêt. C'est sans doute la question de fond que se posent les banquiers, mais il y a quand même quelque chose, je trouve, qui n'est pas très sain dans ce système. C'est qu'un parti qui représente une portion importante de l'électorat puisse faire durer comme ça le suspense à chaque échéance électorale. En disant, mais ça repose sur un fait qui est exact, ils n'ont pas pour l'instant de prêteurs. En disant, mais vous savez, on représente plus de 30% des attentions de vote et pourtant on est victime d'une sorte de discrimination auprès.
Que retenez-vous finalement de ce congrès du Rassemblement national ? Est-ce que c'est une entrée en matière réussie pour la candidate Marine Le Pen ?
'est une entrée en matière relativement réussie dans la mesure où l'ordre a été préservé, où les contre-manifestants sont restés à l'écart du lieu de congrès. Il n'y a pas eu de problème majeur. Il y a une petite intrusion revendiquée par l'UEJF qui a été traitée, je crois, par Jordan Bardella de manière un peu légère. L'accusation concernant l'UEJF... d'être une officine d'ultra-gauche est tout de même un peu déplacée. Pour rappel, l'UEJF pratique le même genre de happening dans les manifestations de la France insoumise. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ça n'est pas vraiment une organisation proche ni de l'ultra-gauche ni même de l'extrême-gauche. Aujourd'hui, les militants de l'UEJF continuent à se mobiliser contre le racisme et l'antisémitisme. Beaucoup de ceux que je connais... ont une... Je ne sais pas d'ailleurs si beaucoup ont un engagement militant encarté, mais la plupart s'en tiennent à un engagement républicain dans les principaux partis politiques.
Dans ce meeting, il y a eu aussi la prise de parole courte d'Éric Ciotti. Quelle place dans cette campagne et dans le futur ?
y a beaucoup de spéculation sur l'avenir d'Éric Ciotti, puisque après les révélations de Mediapart, certains spéculaient même que si Marine Le Pen venait à devoir prendre ses distances avec Jordan Mandela, ma foi Éric Ciotti ferait un Premier ministre. Le problème d'Éric Ciotti, c'est que pour l'instant... Le nombre des transfuges qui viendraient des Républicains pour le rejoindre dans un mouvement comme celui qu'il a initié sont encore relativement peu nombreux. On a enregistré ce week-end le départ de LR vers le RN d'un vice-président du Grand Lyon, maire de Chastieux. Ça manque quand même de ténors, si vous voulez. Alors ça, c'est quelque chose dont Marine Le Pen pense visiblement que ça se décantera une fois l'élection passée, on va dire, entre l'élection et les législatives. Elle
a tendu un peu la main hier. Elle a eu cette formule, un gouvernement ouvert. Un
gouvernement ouvert, un gouvernement d'Union nationale. Mais pour l'instant, un gouvernement d'Union nationale avec qui, mis à part avec... précisément les militants d'Éric Ciotti. Il n'y a pas de progression énorme de ce côté-là. Mais encore une fois, les choses bougent une fois que les forces politiques réalisent que Marine Le Pen... j'évoque là une possibilité, être élue, qu'il y a un quinquennat à tenir et qu'il faut s'ajuster à la situation.
Dernière question, est-ce que Marine Le Pen a vraiment envie d'être présidente de la République française ? Est-ce qu'elle n'est pas finalement dans un destin contraint par son histoire familiale
savez... j'ai toujours dit que Jean-Marie Le Pen avait été suspecté de ne pas vouloir le pouvoir. Il était incontestablement moins travailleur sur les dossiers que sa fille. Mais... Qu'est-ce qu'il pouvait faire de plus ? Compte tenu de l'opposition qu'il avait en face de lui, du front républicain qui fonctionnait à l'époque à plein régime, il a fait le maximum de ce qui lui était possible. Quant à Marine Le Pen, oui, je pense véritablement qu'elle n'a quand même pas fait tout cela. pour acter après l'élection de 2027, qu'elle aura essayé, mais qui n'y est pas parvenu. Je crois qu'il y a une vraie volonté de pouvoir, et cette volonté de pouvoir, elle est portée aussi par tous ces gens qui militent depuis très longtemps, même dans les instances du parti, il reste encore des gens qui ont commencé à militer dans les années 80. Donc, ils ont 40 ans de militantisme derrière eux, et ils comptent bien quand même en récolter les fruits, et pas rester perpétuellement à... à la porte du pouvoir. Oui, je crois qu'il y a une vraie volonté.
Merci Jean-Yves Camus d'avoir été en direct avec nous sur le plateau de Point de Jus.
Transcription automatique (Whisper + diarisation) — des erreurs d'attribution ou de transcription sont possibles. Vérifiez toujours avec la vidéo source horodatée.