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FR 2021 Entre les révélations sur les écrits antisémites de Jordan Bardella, président du Rassemblement national, le contexte de l'attentat raciste à Trappes vendredi, le mouvement social se tenait ce week-end le congrès du Rassemblement national visant à lancer officiellement la campagne présidentielle. Si une grande manifestation antifasciste s'est réunie à ses abords ayant réuni entre 13 000 et 26 000 personnes, les déboires se sont plutôt tenues à l'intérieur du palais des congrès où comme tu parles, va nous le raconter Alexandre, de nombreux déboires sont intervenus, comme l'interpellation violente de militants de l'Union des étudiants juifs de France, mais encore les injures racistes à l'encontre d'un journaliste de Mediapart, ou comme tu l'as révélé, l'entrave à la liberté de manifester de militants du collectif de la marche des solidarités. Pour revenir là-dessus, reprenons d'abord ce qui s'est passé au niveau de ces violences-là. L'humanité d'ailleurs a refusé de couvrir complètement le Congrès quand on a appris qu'effectivement un journaliste de Mediapart avait été injurié. Peut-être Alexandre, peux-tu revenir là-dessus ?
Oui, le moins qu'on peut dire, c'est que ça n'a pas été très paisible ce Congrès. Ça devait être un lancement de campagne pour Marine Le Pen. Ce n'est pas vraiment lancé en fanfare. de problématiques. Donc, tu l'as dit, cette action de l'UEJF, de militants de l'UEJF à l'intérieur même du centre des congrès, ils ont déployé une banderole pour rappeler notamment les révélations de Mediapart sur Jordan de Bardella, son antisémitisme chevillé au corps. Donc, ils ont déployé une bannière, essayé de déployer une bannière qui disait « Bardella réélu le racisme et l'antisémitisme, ça ne dérange pas ». pas le RN, au contraire. La réaction a été très violente. Il y a eu des coups de poing échangés, portés sur les militants de l'UEJF qui ont été sortis très, très violemment par le service d'ordre du Rassemblement national. Une plainte pour violence doit être déposée. C'est l'UEJF qui l'a annoncé. Donc voilà, c'était déjà très... Très tendu. La veille, déjà, des journalistes de Mediapart avaient été sortis de ce même lieu de congrès, Manu Militari, avant que le chargé de presse du Rassemblement National n'autorise qu'il réentre dans la salle. Donc c'était vraiment très, très compliqué, déjà très tendu avec Mediapart. Ils avaient été sortis des lieux sous les huées. Mediapart dehors, voilà, des centaines de personnes qui... hurlait ça dans la salle. Donc c'était un travail journalistique sous pression. Et donc ça s'est répété le lendemain dans la foulée de cette intervention de l'UEJF. Et les journalistes de Mediapart, estimant que leur sécurité n'était pas assurée, et je pense qu'ils avaient raison, ont choisi de quitter les lieux. Et en effet, en signe de solidarité, l'humanité aussi a choisi de ne pas écouter le discours de Marine Le Pen.
Yumi Kezouf a été violemment interpellé. Il a notamment entendu un retour au bled de la part de sympathisants RN qui étaient présents ici. Bien sûr, on lui apporte tout notre soutien. Et puis, toi, en plus, tu as eu une information exclusive sur cette affaire-ci. Le collectif de la marche des solidarités, qui regroupe plusieurs associations, comme Extinction Rebellion, etc., avait affecté 5 quarts pour venir... à la manifestation, mais trois de ces cas ont été interpellés par la gendarmerie au péage d'Orléans, ce qui constitue manifestement une entrave à la liberté de manifester. Est-ce que tu peux nous raconter
? Alors déjà le contexte, c'était samedi, c'était avant ces discours de Jordan Bardella et de Marine Le Pen dimanche, c'était samedi qui était une grande journée de mobilisation contre le Rassemblement national, contre l'extrême droite à Orléans. La préfecture avait interdit la mobilisation dans le centre-ville d'Orléans, mais elle a pu se tenir en marge et de façon très pacifique et joyeuse. Un village antifasciste a été monté aussi avec plusieurs débats. Tout ça à l'appel de nombreuses organisations, une cinquantaine de partis politiques, de syndicats, d'associations. Ça s'est très bien passé et l'idée c'était de montrer qu'on n'acceptait pas la mainmise. du Rassemblement National sur le débat politique, le fait qu'il impose son agenda, ses idées, ses enjeux. Tout ça s'est bien tenu. Effectivement, des quarts étaient affrétés de Paris, de Marseille, de pas mal de lieux pour montrer qu'on n'acceptait pas cette mainmise du RN sur le débat public, dont ceux de la Marche des Solidarités, qui est un collectif d'associations. de son parti de Paris. Et seulement deux ont réussi à atteindre l'objectif qui était le fait de défiler samedi contre le RN. Un peu de façon fortuite parce qu'ils sont sortis à un péage un peu trop tôt. Ils se sont trompés.
On ne les a pas laissés passer. On
ne les a pas vraiment laissés passer. Ils ont été arrêtés et puis finalement, ils ont pu repartir. Mais le plus grave, c'est que trois quarts, c'était un peu plus de 200 personnes, des militants de divers collectifs. y compris de collectifs de sans-papiers, et ce n'est pas complètement anodin, puisqu'ils ont été stoppés au péage, que les gendarmes ont voulu procéder à des contrôles, des fouilles. Les militants étaient plutôt... souples, ont accepté ces fouilles, dont la légalité peut d'ailleurs se discuter, mais ils acceptaient ces fouilles, ils ont accepté de donner oralement les identités, mais pour pas que les sans-papiers qui pouvaient se trouver dans ces courageux, sans-papiers courageux, de devenir des filets contre le Front National, le Rassemblement National, pour ne pas qu'ils soient arrêtés par les forces de sécurité, l'idée était de donner les identités simplement oralement. Voilà. Les gendarmes présents ont refusé ça, ont refusé de laisser passer qui que ce soit. Donc ces trois quarts, ces 220 personnes ont été maintenues sur ce péage toute la journée. Ils n'ont pas pu défiler à Orléans dans la manifestation qui s'est déroulée à quelques kilomètres de là. Il y a eu des négociations avec la préfecture tout du long. Le secrétaire de l'UD CGT local était aussi en lien avec ses militants. À un moment, la situation s'est tendue. Vers 15h30, il y a des gendarmes mobiles qui ont été positionnés sur place. Donc ça commençait à prendre une mauvaise tournure. Les gendarmes sur place disaient, vous ne repartirez pas sans qu'il y ait des contrôles. Et ils ont voulu embarquer, en gros, les sans-papiers. Ils ont menacé d'embarquer les sans-papiers pour les amener au commissariat. Et ça, évidemment, les militants ont refusé. Ils s'y sont opposés.
Alors justement, cette opération a bien sûr été ordonnée par le préfet du Loiret. Est-ce qu'on connaît ses motivations ? Quelles ont été les raisons ? Comment s'est-il justifié
Non. Alors, aux militants qui disaient aux gendarmes, mais là, vous êtes en train de nous empêcher de manifester. C'est une entrave manifeste à la liberté de manifester. Ils ont répondu, c'est comme ça, on a des ordres, je cite. Je ne sais pas si les ordres, c'était d'arrêter tous les sans-papiers présents dans ces bus. Peut-être pas, mais en tout cas, d'empêcher que ces militants ne défilent à Orléans. Oui, ça, sans doute. C'est ce qui s'est passé. Ils ont été bloqués sur ce péage toute la journée. De ce point de vue-là, ils ont réussi leur coup, mais les militants aussi, d'une certaine façon, ont transformé leur action. Ils ont eux-mêmes, à un moment donné, bloqué le péage. On a quelques images, peut-être qu'on pourra les voir. transformé ce moment en moment festif. Ils ont tenu une assemblée générale même avant de repartir sur Paris puisqu'en fait ils n'ont jamais pu accéder à Orléans et ils ont été escortés à partir de 16h30 vers
Paris.
Voilà donc ça c'est quelques images effectivement de... des lieux, des forces de sécurité qui étaient là. Donc
là, ce sont les militants au péage, c'est ça
? Voilà, c'est ça. C'est les nombreux militants qui ont été stoppés, qui ont dû sortir des bus. Du coup, de fait, le péage était bloqué. Il a été bloqué toute la journée, ce péage d'Orléans-Centre. C'est une situation un peu ubuesque. C'était aussi un peu contre-productif du point de vue des forces de sécurité. Mais les militants ont réussi à tourner ça et à en faire aussi un moment festif. Ils ont été privés de défiler, mais ils ont aussi, malgré tout, agi avec cette action. tenu une assemblée générale pour réfléchir aux suites du combat contre l'extrême droite. Le militant de la marche des solidarités que j'ai eu au téléphone, qui nous a raconté tout ça, Denis Godard, nous disait que ça avait été un beau moment, un moment très fort. On n'était pas sur place, mais il nous a raconté tout ça en détail. C'est action qui s'est retournée contre les services de sécurité.
Et justement, les militants que tu as eus, comment analysent-ils ce qu'il s'est passé
Très simplement, comme un empêchement de manifester. Voilà, tout simplement. Ils avaient pourtant des autorisations. Des autorisations avaient été demandées à la préfecture de Paris. Il y avait un camion plateau qui devait rejoindre Orléans. L'autorisation avait été donnée, la préfecture aussi. Donc tout ça a été fait dans une parfaite légalité, même vraiment presque... mais rien n'y a fait. En tout cas, toutes les négociations qui ont été menées toute la journée avec le cabinet du préfet n'ont pas permis de débloquer la situation.
Ce qui est important, c'est de rappeler le contexte de répression et de tournant assez liberticide dans lequel on se trouve. Rappelons qu'Emmanuel Macron, quand il a pris la parole jeudi soir pour s'exprimer sur les manifestations du mouvement social, a déclaré que seront autorisées les manifestations déclarées par les syndicats, en sortant de son rôle de président de la République, en disant qu'il peut manifester ou pas. complètement dans cette lignée d'entrave aux libertés publiques qu'on constate depuis le 17 octobre.
Alors que là, tout avait été fait parfaitement dans les règles. Il y avait effectivement des organisations qui appelaient à cette mobilisation. Il n'y avait pas de surprise. Et malgré tout, malgré ce respect des règles à la lettre, il y a eu une entrave manifeste à la liberté de manifester. On verra s'il y a des suites judiciaires. à ça, à l'heure actuelle on ne le sait pas, mais ça pourrait.
Très bien. Et pour revenir justement à ce qui s'est dit lors de ce congrès, on comprend qu'il a été émaillé quand même de nombreux déboires, donc atteinte à la liberté de la presse, atteinte à la liberté de manifester, Union des étudiants juifs de France ciblée. Pourtant, quand on écoute le discours de Marine Le Pen, elle s'est voulue justement très rassembleuse. Parce qu'en fait, Marine Le Pen, elle-même l'analyse en privé, ce qu'elle veut, c'est atteindre 15% des lecteurs en privé. plus pour être sûr de l'emporter notamment au second tour. Donc son message s'est articulé autour de l'idée d'une renaissance française, mais qui ne se fasse pas par une rupture brutale et qui ne soit pas non plus une copie du passé. Donc en fait, elle s'est voulue quand même assez consensuelle, assez rassembleuse. On voit bien que finalement, tout ce que le RN fait, tout ce qui s'est passé autour, contredit complètement ce discours. Et elle a laissé au contraire à Jordan Bardella, disons, les paroles plus dures, plus autoritaires. Bien sûr, on a eu le droit aux motifs habituels du Rassemblement national, sur les périls de l'immigration, sur le besoin de sécurité, de retour à l'ordre, parce qu'Alexandre, finalement, ce parti reste ce qu'il est, avec tout ce qu'on sait de lui.
Oui, et puis les images qu'on a vues de ce congrès. et ce que nous a raconté aussi notre envoyé spécial Bruno Ritt sur place, elle parle de manière très claire. C'est aussi un parti qui est prêt à faire le coup de poing contre ses opposants, à sortir des journalistes manu militari, alors qu'ils sont simplement en train de faire leur métier, à être violents avec des militants comme ceux de l'UEJF dimanche, qui pointent des choses qui font mal au Rassemblement National, notamment ces révélations de l'antisémitisme de Jordan Bard. qui a soutenu Marine Le Pen. Pour l'instant, elle n'en démord pas et il est toujours son peut-être possible futur Premier ministre. Donc simplement ça, assumer ça, de maintenir Jordan Bardella avec ses casseroles terribles maintenant qu'il a derrière lui, c'est aussi un signe que ce parti reste l'héritier du Front National, lancé par d'anciens Waffen-SS. cet héritage n'est pas du tout derrière lui.
et en plus, pour comprendre le contexte de ce congrès, il faut revenir sur l'attentat raciste de Trappes. On sait que le tireur Kevin T visait sciemment des personnes racisées. qu'il s'agit d'un attentat raciste. On a retrouvé Mein Kampf chez lui. Donc ça a été bien embêtant quand même pour le rassemblement national. Le maire de Trappes a rappelé que cela a été permis aussi par tout un contexte justement de discours xénophobe, de violence, qui a pu alimenter le passage à l'acte du tueur. Et alors justement, pendant le congrès, Sébastien Chenu a martelé qu'il n'y avait aucune responsabilité. collectif du rassemblement national dans ce drame de vendredi sachant que Une semaine auparavant, Sébastien Chenu imputait à la France insoumise les violences en marge des cortèges du 17 octobre. C'est quand même assez fort de café comme ça, de jouer sur une pseudo-responsabilité de la France insoumise et au contraire de complètement annihiler l'idée d'une responsabilité de l'extrême droite dans la montée des discours. donc du passage à l'acte d'individus.
Ce qui est amusant dans ce discours, si je puis dire, entre guillemets, c'est que Jordan Bardella, par exemple, a imputé aussi à LFI et à l'ultra-gauche les actions de ce dimanche de l'UEJF. Or, on sait que l'UEJF, ce n'est pas vraiment l'ultra-gauche. Ils sont aussi très en opposition avec LFI. Donc, c'est vraiment un espèce de discours pavlovien qui vise à accuser sans fondement. réponse automatique qui n'a pas de sens. Et effectivement, Sébastien Chenu a encore évoqué ça ce lundi matin en ayant toute responsabilité collective dans le discours du RN, dans ce qui s'est passé à Trappes, tout en disant que c'était dramatique ce qui s'était passé à Trappes. Mais c'est vrai que c'est difficile à entendre. Et on peut noter qu'Ali Rabay, le maire de Trappes, qui est interviewé aussi dans nos colonnes, vous pouvez retrouver l'entretien. dans l'Humanité, sur notre site et dans l'édition de ce lundi. Lui, il réaffirme, il a une parole quand même très forte et très claire. Le discours de l'extrême droite peut armer la main des meurtriers. Il répète ça et on pense qu'il a raison, malheureusement. Vous pouvez retrouver cet entretien. L'URN a beau nier cette réalité, tout le monde... Tout le monde la constate, constate que les attentats terroristes de l'extrême droite, ça existe, ils sont de plus en plus nombreux, ils font des morts, c'est la une de l'humanité ce matin, le racisme tue. C'est quand même un tournant inquiétant, un glissement assez terrible.
Très bien. Merci beaucoup, Alexandre, pour ton analyse. Vous pouvez effectivement retrouver toute notre couverture sur le site de l'Humanité ou dans le journal de ce matin. Merci beaucoup.
Merci.
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