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ils essaient tous de se donner l'impression au public d'être des intellectuels. Pourquoi Nathalie Saint-Cricain ? En France, comme je vous le disais, il y a quand même la nostalgie de toutes ces politiques qui étaient d'une immense culture, peut-être parce qu'ils avaient le temps, qu'ils avaient fait du grec, du latin, qui étaient des gens extrêmement impressionnants, ça se ressentait dans les discours qui étaient tenus à l'Assemblée. Et ils se disent que pour être un homme complet, un homme admirable ou un gentilhomme, il faut laisser une trace en ayant une oeuvre. Pas disparaître, on n'a rien fait.
Bonjour, les présidents et la littérature. On a voulu en débattre aujourd'hui. On sait que De Gaulle, Pompidou, Mitterrand étaient de fin lettré, qu'ils avaient de nombreuses amitiés dans le monde littéraire. Mais que reste-t-il aujourd'hui de cette figure du président lettré ? On ouvre le débat. On en débat avec Étienne de Montetti. Bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes écrivain vous-même, journaliste, directeur du Figaro littéraire. Vous avez enquêté et dirigé dans la bibliothèque de nos présidents. C'est aux éditions Talandier. Nathalie Saint-Cricq, bonsoir. Bonsoir. Et bienvenue, journaliste, éditorialiste politique. Votre dernier roman, La Petite Mère, est publié aux éditions de l'Observatoire. Christophe Barbier, bonsoir. Bonsoir. On vous doit un livre, Les Derniers Jours, de François Mitterrand. Et vous êtes, vous aussi, passionné de politique. de littérature. C'est le cas, d'ailleurs, à vous trois. Avant de parler du cas spécifique de Mitterrand, qu'est-ce qui fait cette passion française ou est-ce une exception française, Nathalie Saint-Cricq ? Les présidents, écrivains, lecteurs, amoureux de la littérature.
J'ai l'impression qu'il y en a eu beaucoup, mais qu'il y en a eu un spécialement. C'était Mitterrand et les autres par la suite. On a l'habitude de dire que c'était mieux avant et que la personnalité des présidents qui ont suivi étaient tous... amoureux de la littérature, mais l'a cité peu, l'ont lu de façon assez, comment dire, épisodique, et lui, c'était vraiment une exception, mais il le dit quand il dit sans le téléphone qui déchire, il le dit, c'est-à-dire que quand il demande l'unité... On a eu... Alors, Giscard d'Estaing, c'était un autre genre, il a essayé, lui... C'était avant, il a essayé d'écrire et puis il a écrit après son mandat, mais on est rentrés dans l'agitation... Il est même devenu
romancier avec un livre, et puis il est entré à l'Académie française.
A partir de 2007, on rentre un peu dans l'agitation avec Nicolas Sarkozy. François Hollande ne s'intéresse pas vraiment à la littérature, à l'histoire. D'ailleurs, il y a une photo célèbre, on le voit lire l'histoire pour les nuls. Une photo de vacances, et après, on a l'impression... qu'ils aiment ça, qu'ils en parlent, mais ça n'est pas aussi présent dans leur vie. Les discours de Mitterrand, il y avait 74 allusions. Moi, pour l'avoir suivi, quand il était... Même le soir de Maastricht, où il a décollé, le non l'emportait, et quand il a atterri, le oui avait gagné, il n'a eu de communication avec personne, il lisait. Donc, si vous voulez, le temps, pour un président, c'est quelque chose d'extrêmement important, et lui, il faisait partie de notre époque. Christophe Barbier
?
Oui, le seul dans la colonne
vertébrale et la littérature, c'est François Mitterrand. De Gaulle, c'est l'armée, Giscard, c'est les chiffres, le polytechnicien. Pompidou est peut-être celui qui s'approche le plus de cette passion littéraire, mais c'est aussi l'homme de la banque, l'homme de l'administration. Mitterrand, c'est vraiment toute une vie consacrée aux livres, lecteur, écrivain, bibliophile. La collection, les achats de livres, les reliures, il prêtait une grande attention. Donc oui, tous les aspects du livre font partie de la vie de Mitterrand.
jusqu'à ce monument qu'est la bibliothèque François Mitterrand. Cette exception française, d'où vient-elle et est-ce qu'elle vous surprend ?
pense qu'elle vient de quelque chose qui est l'école normale pour les uns, la faculté des lettres pour les autres. Ils sont tous les enfants des humanités qu'on apprenait au début du siècle, qui fait que spontanément, leur culture politique est nourrie de l'humanisme. Pourtant, le
seul élève de l'école normale des présidents de la Vème République, c'est Georges Pompidou.
C'est Georges Pompidou, en effet, mais Mitterrand a fait l'école des sciences politiques ou la faculté de droit. Le général de Gaulle, son père, était professeur à Saint-Cyr d'Histoire. Il me semble qu'ils arrivent à la politique avec les humanités. Jean Jaurès est normalien, Edouard Heriot est normalien, et après la guerre, tout le personnel politique va passer par l'ENA, avec une dimension beaucoup plus technique, beaucoup plus fonctionnelle de la politique. C'est la
bascule.
Il me semble que c'est la bascule. Et puis la politique rentre aussi dans un autre air où peut-être la poésie a moins de place. Il y a également le rôle médiatique. François Mitterrand se plaint d'un temps divisé par le téléphone. Aujourd'hui, quelle est la vie d'un homme politique ? Est-ce qu'à force de matinales, de grandes émissions, de ce rythme de fou, est-ce qu'un homme politique a encore le temps, raisonnablement, de consacrer à la lecture ? François Mitterrand, j'en finis par là, dans ses lettres à Anne Pingeot, est en promenade permanente, en automobile. qui est conduit par Georges Dahan, si ma mémoire est bonne, qu'est-ce qu'il fait ? Il visite les villes avec leurs églises et leurs monuments, et puis il lit en voiture. Aujourd'hui, je pense que... Et il visite
les maisons d'écrivains, également, avec Robert Banninter et Elisabeth Banninter.
Voilà, et il prend... Et il arrive
en retard, parce que c'est pas un
problème. Et il prend l'hélicoptère et il va chez Hans Jünger en Allemagne, ou chez Michel Tournier dans la vallée de Chevron. Chez Jean Guitton. Dans ce temps-là qu'il réussit à se préserver, et aujourd'hui, c'est certainement... dans ce temps-là, les écrivains ont toute leur place. Ca
faisait partie de cette culture des morts du passé. Il y avait la place. Il y en a plus beaucoup qui font ça aujourd'hui. Il y a des politiques qui continuent à prendre du temps pour écrire. Bayrou n'en était pas loin pour certains aspects, mais ça n'a pas la même dimension.
Alain Juppé et Bayrou, ils s'envoient parfois des textos en latin. Ils s'envoient des
textos en latin. Ce sont des textos.
C'est une espèce de compromis entre l'énarchie qui considère que livre, c'est pas... Alain Juppé, école normale... Oui, il y a les deux. François Bayeroux a toujours été un amoureux de lettres. Il y a un petit reste. Mais ça ne se voit pas dans leur livre. Il n'arrive plus au sommet. Exactement. Xavier d'Arcos, c'était le grec. Ça ne se voit pas dans
leur livre. C'est des livres intéressants, mais on ne se dit pas... Le dernier livre d'Alain Juppé ou même la biographie d'Henri IV par François Bayeroux, ça dénoterait... une culture, un style qui appartiendrait complètement à la littérature. On voit bien ce qui entre de communication politique dans ses livres. Pour François Mitterrand, ce serait absolument impossible.
La performance de la communication par l'image, Sarkozy, Hollande, Macron, ils ont gagné avec ça. Ils sont pas allés chercher dans le référentiel littéraire. Le dernier qui a échoué, c'est Raymond Barr. quand il est revenu en 88, avec le Comte de Lille, avec le Parnasse, a essayé d'apparaître comme un homme de lettres pour essayer de gagner face à un Chirac qui, à l'époque, n'était pas réputé pour être un homme de culture et encore moins de livres. Ca n'a pas pris sur la France de la fin des
années 80. Il y a le président qui est un écrivain ou l'homme politique qui est un écrivain. Il y a ceux pour qui on écrit des livres qu'il signe et qui, pourtant, se vendent parfois à des centaines de milliers d'exemplaires. Ceux qui mettent en scène leur découverte, leur rapport nouveau à la littérature, c'est le cas de Nicolas Sarkozy. On n'a pas parlé de lui depuis le début. C'est vrai qu'il a véritablement mis en scène sa découverte des livres grâce au Figaro et à une collection de livres, de classiques, préfacés par Jean Dormeson.
a incarné la mutation de son personnage. C'est-à-dire, dans ce septennat, dans ce quinquennat, être moins dans la mobilité sabre au clair et un peu plus dans la réflexion et le poser. Ca a incarné aussi la mutation de sa vie privée. C'est avec Carla Bruni qu'il a posé ce personnage de culture, le cinéma, d'art et d'essai, les livres. Ca lui a permis d'aller vers une sorte d'apaisement personnel et peut-être d'autres manières de convaincre les électeurs. Mais ça conservait...
Malgré tout, ça coïncidait avec un durcissement de sa politique.
mais ça a raté, surtout. Ca n'a pas suffi à convaincre les électeurs que ce président avait ouvert une nouvelle dimension et qu'il fallait le garder à l'Elysée. Celui qui est arrivé en disant que je serai le président normal, François Hollande l'a battu. Ca en dit beaucoup des limites, non pas ce simulacre, parce que c'est sincère chez Sarkozy, mais des limites de cette mutation inachevée, trop tardive, de Sarkozy en homme de livre, en homme de culture.
Ils ont toujours eu un complexe vis-à-vis des écrivains. Ils rêvent, ils essaient de s'en approcher le plus possible, souvent, comme vous l'avez dit, avec un succès très relatif, mais il y a l'idée que... Comme ils veulent toujours rester dans l'histoire, ils se disent que si par hasard... C'est pour ça que Nicolas Sarkozy en a eu assez de passer pour quelqu'un... Après la polémique sur la princesse de Clèves, il a voulu redorer son blasant. Il lit vraiment quand on lui pose des questions. Il avait fait une émission Bibliothèque Médicis où, manifestement, c'était pas du chiqué. Mais... Ils essaient tous de se donner l'impression au public d'être des intellectuels. Pourquoi Nathalie Saint-Cricain ? En France, comme vous le disiez tout à l'heure, il y a la nostalgie de toutes ces politiques qui étaient d'une immense culture, peut-être parce qu'ils avaient le temps, qu'ils avaient fait du grec, du latin, qui étaient des gens extrêmement impressionnants. Ca se ressentait dans les discours qui étaient tenus à l'Assemblée. et ils se disent que pour être un homme complet, un homme admirable ou un gentilhomme, il faut laisser une trace en ayant une oeuvre. Pas disparaître, on n'a rien fait. Comme certains veulent un musée, un bâtiment, ils veulent une oeuvre. Et chacun s'y essaie, et c'est pas toujours une réussite totale. Etienne de Montétier ?
Le temps politique s'est accéléré à coups de petites phrases, à coups d'événements qui en chassent un autre, et il me semble que les... Les hommes politiques sont, comment dirais-je, attirés par la littérature, qui est le temps long, qui est le temps respectable de la durée, de la profondeur, et donc ils sont attirés par cet univers qui semble-t-il ou pense-t-il peut leur donner une sorte d'assise, un certain ancrage. Mais évidemment, c'est un prix à payer, un temps à consacrer qu'ils n'ont pas, donc ils essayent de faire illusion. J'en veux pour preuve plusieurs campagnes de ces dernières années présidentielles qui ont été suivies par un écrivain. Yasmina Reza, qui accompagnait Nicolas Sarkozy. Livre ravageur, d'ailleurs. Absolument. Ils prennent le risque que l'écrivain dise ce qu'il a vu et entendu. Mais c'était aussi pour, dans ces campagnes qui sont effrénées, avoir un écrivain qui, peut-être, espère-t-il, donnera un peu de poids à cette aventure folle.
Si on revient à Mitterrand, ce qui est très frappant, c'est que, pour lui, son meilleur livre est un livre qu'on ne lit plus aujourd'hui, le coup d'état permanent, au moment où le général de Gaulle... invente l'élection du président de la République au suffrage universel avec l'article 16. C'est un article écrit avec une plume acide. C 'est
un livre extraordinaire. C'est un pamphlet. C'est d'une concision, d'une agressivité absolument incroyable. C'est écrit sans reprendre son souffle. C'est d'une beauté d'écriture qu'il n'a pas atteinte après. C'est un livre qui garde son efficacité destructrice. Contre De Gaulle, mais encore plus contre Michel Debré. C'est un livre de 64, et on voit bien que dans cette offensive-là, commence à apparaître le Mitterrand conquérant, de 65 la présidentielle, et de la suite. C'est plus du tout l'homme de la 4e République, le Florentin avec ses circonvolutions, c'est l'homme de la 5e. Il y a un objectif, c'est l'Elysée, et il faut donner l'assaut. C'est très éloquent. Je pense que c'est aussi ce livre-là qui le guérit de l'attentat de l'Observatoire et de cette polémique qui a failli l'engloutir. C'est un livre vraiment fondateur. Ailleurs, après... Il a écrit des compilations de chroniques dans l'Unité, journal du Parti socialiste. C'est très beau, mais c'est une manière de subsumer ce qu'il a écrit pour des journaux. Après, ça va être des livres de confidences, d'entretien, avec des tas d'interlocuteurs, de radio, de presse écrite des étrangers. On ne retrouvera jamais plus Mitterrand seul, à la plume, dans une cavalcade pareille.
Dans une correspondance. avec Anne Pinjot. Alors là, pour le coup, c'est très frappant parce que cette... Bon, des textes qui n'auraient pas dû être publiés. Par principe, c'est une correspondance privée. C'est le choix libre d'Anne Pinjot de l'avoir fait.
Mais on ne peut pas ne pas se dire... Peut-être que Mitterrand se disait, comme tous les grands hommes, un jour, peut-être, ma correspondance privée deviendra publique. Dans 50 ans, dans 100 ans, c'est arrivé pour tous les grands hommes. Par ailleurs, quand on dit Mitterrand homme de lettres, c'est comme ça qu'il faut l'entendre, les lettres que j'écris. Les chroniques, c'est des lettres aux électeurs, aux militants, aux chers militants, voilà ce qu'il faut penser. Alors, c'est pas des lettres... ce sont des lettres entre lui et le peuple de gauche. La lettre aux Français qu'on va retrouver en 88. Et les lettres à Anne Pinjeau, on est dans l'intimité, même s'il y a aussi beaucoup de ses visions de la France et de sa manière d'aborder un pays comme on aborde une femme.
Il
est
définitivement du 19e. Ca n'est pas tarte. Il
collectionnait les ouvrages et les éditions originales du 19e siècle, des romans du 19e et du 20e.
Plus que paraît-il, il avait été frappé par la correspondance de Clémenceau à Marguerite, son dernier amour. François Mitterrand a battu le record de Clémenceau qui, en 3 ans, a écrit 770 lettres. Là, c'est 1 200. Mais il y a cette espèce de romantisme, de... mais ce n'est pas plat, ce n'est pas gentillé. Il y a des choses un peu plus costaudes, mais c'est quelqu'un qu'on n'imagine pas. Quand on l'a suivi et la politique, on n'imagine pas avec cette espèce de côté qui est carrément presque des chevaliers dans le temps. C'est assez étonnant d'avoir l'opposition entre les deux.
Il y a un président qu'il faut citer parce que lui, pour le coup, s'est essayé à la forme romanesque. Ils sont rares, voire... Il n'y a pas de président qui a écrit de roman, à part Valérie Giscard d'Estaing. Un roman qui avait fait sourire, je ne sais pas si ça a été un succès de librairie, Le Passage. Je ne sais pas si vous l'avez... Ca a beaucoup fait sourire, le film
littéraire,
la R1P à l'époque. C'est un livre qui a fait sourire, mais surtout qui lui a permis peut-être d'entrer à l'Académie française, je ne sais pas. C'était un homme de chiffres. Il était passé, lui aussi, par Polytechnique. Il était capable de réciter un budget par coeur et sans notes devant l'Assemblée nationale. Le
pouvoir à la vie et deux Français sur trois, notamment ses mémoires, c'est de grande qualité. D'écriture d'essayiste. Mais dès qu'il va vers l'immaginaire...
Il est même au passant. Il est même au passant. Il est même au passant. Il est même au passant. C'était son jardin secret. Et l'homme public qu'il était, l'extraordinaire machine intellectuelle qu'il a été, avait cette espèce de blessure affective. Il avait envie d'écrire des romans. Il écrit le passage qui, effectivement... C'est un passage qu'il ne faut pas emprunter. Il avait écrit la princesse et le président, qui est évidemment l'expression d'un fantasme d'un homme béat d'admiration devant la princesse Diana. Le meilleur
est peut-être sur la grande armée, quand il imagine que Napoléon a gagné en Russie. C'est une uchronie. Et là, on retrouve d'abord le militaire, le politicien, puis l'histoire. Vous êtes dur,
quand même, sur le passage. On s'est tous focalisés, évidemment, comme on est des journalistes très bêtes, sur des scènes de pas de sexe, parce qu'on en était vraiment très loin, mais une espèce de Lady Chatterley du pauvre. Il y avait quand même des scènes érotiques, romantiques. Pierre-Louis, on n'en est pas là. C'est vrai que lui aussi n'a pas parti à une autre époque. Vous êtes très charitable. Non ! Je trouve pas mal d'essayer de faire l'effort, de faire quelque chose qu'on ne sait pas faire. Je sais qu'on avait la dent dure parce qu'on avait aussi envie de la voir et que c'est vrai qu'on a ricané tous en lisant des passages à haute voix dans les rédactions pour se moquer Giscard. Mais sur le fond, c'était pas indigne. Il
était plus passionnant quand il parlait de Tolstoy ou de Confucius que quand il
livrait son imagination romanesque, qui était un peu adolescente. Partons du premier d'entre eux, Charles de Gaulle. C'est publié dans la Pléiade, ce qui est la reconnaissance ultime pour quelqu'un qui prend la plume. C'est un grand écrivain. C'est un grand mémorialiste. Mais il n'a pas eu le prix Nobel de littérature comme Churchill. Non, il ne l'a pas eu. Même si être dans la Pléiade, c'est sans doute ce qu'il y a de plus près du Nobel.
L'a-t-il cherché ? Je ne sais pas. Je ne sais pas ce que le Nobel représentait pour lui. Mais quand même, ses mémoires sont non seulement un témoignage, mais aussi quelque chose de très agréable à lire stylistiquement. C'est très classique. de Chateaubriand, on n'est pas du côté de François Sagan, c'est évident, mais il y a quand même cette force-là. Et puis, il y a chez De Gaulle la force de sa bibliothèque. Dans la bibliothèque de De Gaulle, au coeur de sa bibliothèque, il y a Corneille. Cette France cornelienne est incarnée par De Gaulle, c'est-à-dire le Cid et le je sauve la France. Et oui, là où Pompidou, ça sera racine. Que fait Pompidou pendant la Seconde Guerre mondiale, pendant que les autres résistent ou sont à Londres ? Il écrit une préface d'une édition critique de Britannicus. plus tard, dans son anthologie de la poésie française, vous avez, je crois, cinq extraits de Corneille assez mineurs et beaucoup plus de pages consacrées à Racine. Donc une passion pour la tragédie. Oui, et surtout une passion pour Racine, et donc cette introspection du héros, le héros qui doute de lui et de son destin, alors que pour De Gaulle, le héros, c'est Corneille, il ne doute pas, il passe à l'attaque, il conquiert, il libère, il sauve. C'est la phrase des hommes tels
qu'ils sont
ou tels qu'ils devraient être pour Corneille
et tels
qu'ils sont pour Racine. Avec
une
intériorité qu'on montre. Et on a ces deux France-là derrière ces deux présidents qui se sont succédés avec la filiation. et aussi, quand même, l'antagonisme final entre les deux.
Etienne de Montétier ? Et puis, chez Pompidou, dans son anthologie, il y a aussi toute la littérature... Il faut rappeler qu'il a
publié une anthologie de la poésie française qui est extraordinaire, qui est un recueil de textes absolument somptueux.
Absolument, et avec beaucoup de poètes modernes, c'est-à-dire qu'on sent que Pompidou, à la différence de De Gaulle, dont la bibliothèque monte son goût pour Cornel, mais il faut aussi parler de Barrès, qui a été le grand maître de tous ses écrivains, et notamment du général De Gaulle, et sa passion pour la terre française, pour les paysages français, c'est Barrès. Chez Pompidou, dans son anthologie, on voit tout son penchant pour la modernité, et le art est très présent dans l'anthologie de Pompidou. C'est ce que j'allais vous
dire, c'est-à-dire que son goût pour les arts plastiques contemporains finalement se retrouve aussi d'une certaine manière dans son rapport à la littérature. Il est à la fois extrêmement classique avec Racine et très moderne. avec Éluard. Avec Apollinaire, avec
des poètes contemporains que le général de Gaulle n'a certainement jamais lus.
Alors, il y a de Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Sarkozy, on en a parlé. Il en manque un, Valéry Giscard d'Essain aussi, mais... Celui qui est très... On n'a pas beaucoup
parlé de François Hollande.
On n'a pas beaucoup parlé de François Hollande. Est-ce qu'il a le même rapport à la littérature qu'aux autres ? Ce n
'est pas quelqu'un qui lit énormément. Les autres, on pouvait... Je ne les ai pas tous connus, mais il y en a certains qui étaient capables de réciter. Moi, j'ai demandé un jour à Bayrou de commencer... J'ai commencé une tirade de l'Aiglon, et on en a eu pendant 10 minutes. C'est-à-dire qu'il connaît qu'il est habité par les textes par cœur. Certains de nous, petits, ont appris... On est capable de citer trois poèmes de Verlaine, de Rimbaud, de chez... Comme Christophe Barbier, par exemple,
qui a je ne sais pas combien de milliers de vers dans la tête. L'âge venant,
ça s
'efface
pas mal, quand même. C'est vrai
que j'ai jamais entendu un discours de François Hollande où il jouait avec des références littéraires. Et Emmanuel Macron... Non, la
seule chose dont on se souvienne, c'est une anaphore... qui est quand même une forme d'écriture assez faible, assez pauvre. Moi, président...
Un livre très important, mais qu'il n'a pas écrit. Un président ne devrait pas dire ça. C'est pas lui qui l'a écrit. C'est un livre qu'il a écrit à l'oral en le racontant, et ça s'est retourné contre lui. C'est ça qui est assez incroyable chez Hollande. C'est une
forme de suicide politique. Le
livre est un boomerang. Quand vous voyez qu'à côté de cela, le grand livre de son quinquennat, c'est le livre de... qui dit beaucoup de l'intimité des politiques, des puissants, de l'inhumanité. Il n'est pas de la littérature. Il y a un autre qui m'a échappé. L'univers du livre est un univers qui a nuit à François Hollande.
On va parler aussi d'un autre président qui est toujours en exercice. Emmanuel Macron, quel est son rapport à la littérature ? On sait qu'il est cultivé. Ceux qui l'ont rencontré, beaucoup de journalistes, mais également des intellectuels, disent qu'il est capable de citer par coeur des tirades de pièces de théâtre, par exemple. Pourtant, on n'a pas le souvenir d'un Emmanuel Macron écrivain. Il a écrit un livre, Révolution. Je ne sais pas qui l'a lu. je ne sais pas s'il s'est vendu, mais il n'a pas, en tout cas encore, manifesté un rapport intime, puissant à la littérature.
en effet, c'est probablement à cause de sa carrière fulgurante avec beaucoup d'activités. C'est probablement son jardin secret, on prétend qu'il aurait écrit un roman qu'il garde soigneusement caché. Alors ça, c'est une rumeur, justement, il faut la raconter, parce qu'elle est assez extraordinaire. Il a raté l'école normale, un rapport avec les humanités, qui est un peu douloureux pour lui. Il a fait beaucoup savoir qu'il avait été sur quelques travaux de Ricœur, un assistant du philosophe Ricœur. C'était aussi pour asseoir l'idée que la littérature ou les humanités ne lui étaient pas étrangères. Ce roman caché, il existe ? Personne ne le sait, ça s'est dit, il ne dément pas parce que c'est bien. C'est une oeuvre de jeunesse ou de grande adolescence ?
et quand on le voit physiquement, quand il a 18 ou 19 ans, on imagine qu'il ait très bien pu écrire des choses assez romantiques, assez... C'est apparemment un roman sur un conquistador. Il y a quelque chose
de l'ordre de l'épopée. Je crois que c'est Cortés, parce que c'est celui qui remonte après et qui va aller coloniser ce qui deviendra la Californie, le sud de la Californie. Il y a aussi ce pont avec la Silicon Valley et la start-up nation. Ca faisait un sens, ce roman, pour ce qui est devenu après le président.
un jour, j'en doute. Mais il faut voir si dans six mois... Emmanuel Macron se dirige vers des activités lucratives, ou ça donne à la littérature ? Est-ce que ça nécessite de discrétion ? Si on n'écrit pas
et qu'on fait écrire, l'un n'empêche pas l'autre, je suis cynique peut-être, mais qu'est-ce qui fait que les mémoires des présidents se vendent souvent très bien ? Si on songe par exemple aux mémoires de Jacques Chirac, si on songe à ceux de Nicolas Sarkozy, ce sont des succès de librairies invraisemblables, alors qu'en général, aucun de ces présidents sortis de l'Elysée... on raconte véritablement les arcanes du pouvoir. Ce sont des livres assez plats. Ca
marche toujours, le dessous des cartes. Qu'est-ce qui s'est dit en tête à tête entre Sarkozy et Poutine, entre de Gaulle et Churchill ? Dans la lignée de ces mémoires de guerre et d'espoir de Charles de Gaulle, on se dit toujours qu'il y aura quelque chose. Un deuxième phénomène, c'est que les présidents qui font leur mémoire, ils les vendent. Ils font des salons du livre, on vient voir l'animal politique, on vient se faire dédicacer, et ça, je pense que ça garde une certaine fascination. la femme de pouvoir par rapport aux citoyens par le truchement du livre et de la signature.
au cours du temps. Ils balancent de plus en plus ? C'est pour ça aussi que c'est tentant. Même pour quelques pages ou une centaine de pages dont on se fiche perdument parce qu'on l'a déjà entendu 20 fois et que ça n'a aucun sens, quelques vacheries, et notamment dans le premier Sarkozy ou dans le deuxième tome de Sarkozy, il y a un certain nombre de choses qui sont assez savoureuses sur François Fillon, sur la façon dont il considère l'opportunité. C'est le côté moraliste. Contre
vous ? Ah oui, oui. Je suis assez honoré. La vérité est assurée. C'est un bel
honneur. Emmanuel Macron, s'il écrivait ses mémoires, il était peut-être un peu jeune, la façon dont il parlerait de ses différents premiers ministres... Ca mériterait le coup. Ca donnerait envie de le lire. Il n'avait qu'une prof de français. Il ne faut pas oublier Emmanuel Macron. Son épouse est prof de français. Il considère que ça donne un supplément d'âme, la littérature. Sa grand-mère était
professeur. Il a une culture qui est celle de ses aînés, de son épouse et aussi de sa grand-mère, une culture classique, un peu datée littérairement. A
quoi ça sert, au fond ? Est-ce qu'aujourd'hui, les Français attendent toujours de leur président qu'il soit cultivé les traits ? Il y en a un qui a cultivé le mystère, Jacques Chirac, par exemple, sur sa passion pour les arts premiers, mais également pour des romans de l'extrême-orient. La culture russe aussi, la culture russe. Il n'en parlait jamais publiquement. Il s'est
préservé, mais quand il a commencé à le faire savoir, dans sa campagne de 94-95, je pense que ça lui a beaucoup servi. Ça lui a donné une profondeur, une épaisseur, une humanité, et le fait qu'il ait gardé secret, on s'est dit que cet homme devait souffrir pour se préserver une vie intérieure, loin du personnage public qu'on lui prêtait. Je pense que c'est important, encore aujourd'hui, quand Marine Tondelier s'en mêle un peu dans les présidents de la République, ou quand un politique fait des fautes de Français... les gens n'aiment pas. On aime être représentés par quelqu'un qui traîne derrière lui tout le patrimoine
de la culture. Encore quelques temps, parce qu'il y a une forme de révérence vis-à-vis de la culture, vis-à-vis des gens qui ont fait des études. On peut se demander si c'est quelque chose qui perdurera au sens où, à partir du moment où, quand vous tapez Mme Bovary, vous avez l'histoire et que vous n'êtes pas besoin, vous pouvez faire comme si vous l'aviez lu sans l'avoir lu réellement. Peut-être que ça ne sera pas dans l'ordre des choses, dans l'ordre du respect et de l'admiration. ça dure encore un peu.
Je pense qu'on est ambivalents. des hommes politiques soient efficaces, qui s'adonnent complètement à leur tâche de ministres ou de dirigeants, j'en veux pour preuve. Bruno Le Maire, qui publie un roman alors qu'il est à Bercy, après tout, écrire un roman plutôt que de faire du jogging sur les quais de la Seine... Il le fait aussi.
Comme son mentor, Dominique de Villepin, qui écrivait des livres de 700 pages tout en étant un batignon. Tout le monde est
tombé sur le dos de Le Maire sans lire le roman, comme si c'était une manière de tromperie. Les
gens ont
lu quand même quelques extraits. qui n'étaient pas les bons. On a reproché au ministre d'avoir une part de lui qui échappait au temps politique et qui était quelque chose qui lui appartenait. J'ai trouvé ça très sévère en disant que je suis assez content qu'un ministre, après on le jugera sur ses résultats, ait le droit d'avoir un temps pour lui où il écrit des romans ou de la poésie ou ce qu'il souhaite. Il est meilleur ministre quand il a écrit quelques pages avant de retourner dans ses dossiers.
Il y a un truc que dit François Mitterrand dans le documentaire, en disant qu'on ne peut pas faire de la politique sans avoir un récit. Si simplement la politique... c'est de prendre telle loi, tel décret. C'est vrai que lui, il avait... Chaque
président doit présenter une forme de
roman national. Le roman national, c'est pas de dire aux gens que vous aurez la retraite à 60 ans, le smic à 5 000 euros, mais c'est simplement... Puisqu'on est... avec un suffrage, l'élection du président au suffrage universel, c'est comme ça. Le président doit être incarné, il doit nous dire quelque chose. Si c'est pour nous dire un catalogue de mesures, ça passe pas. Et François Mitterrand, j'ai écouté plusieurs fois les discours de Mitterrand. j'avais trouvé ça sublime, et à la fois, on m'a dit de quoi il a parlé. Il a parlé du cycle du bois, des arbres, de la forêt. C'était beau. On aimait la nature, mais en résumé, j'étais absolument infoutue de dire ce qu'il avait dit.
Merci infiniment à tous les trois. C'était passionnant. Les présidents et la littérature, une passion française. Je vous retrouve demain sur l'ATCP. Vous avez aimé ce débat ? Abonnez-vous à notre chaîne pour ne rien rater des prochains débats docs.
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