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après sa difficile rentrée, le Rassemblement national qui était donc réuni ce week-end en congrès à Orléans. Jordan Bardella, seul candidat, a été donc très largement réélu à la présidence du parti. Marine Le Pen a lancé sa campagne présidentielle « Renaissance sans rupture brutale ». Tel était le mot d'ordre de son discours. On va revenir et analyser ce congrès avec nos invités. Bonjour Mathieu Soukher. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous essayiste et auteur de ce livre « Casser la vague et si l'on s'y prenait autrement pour faire reculer ». l'extrême droite, c'est aux éditions de l'Aube. Lou Frittel, bonjour, merci également d'être avec nous, journaliste politique à Paris Match, en charge du suivi des droites. Vous étiez donc à Orléans ce week-end, et Stéphane Zumstek, bonjour, merci d'être là, directeur du département politique et opinion à l'Institut de sondage Ipsos BVA. Lou, on va commencer par vous, après une rentrée difficile, je le disais, pour le RN, émaillée de polémiques. Est-ce que le parti a réussi son congrès ?
Oui, oui, objectivement, c'était un congrès réussi. Vous aviez, selon les organisateurs, 8 500 personnes hier pour la deuxième partie. La première partie, c'était le renouvellement des instances, la réélection de Jean-Marc Mardela. qui était seul en lice, il a eu presque 99%, sans surprise. À côté de ça, vous avez eu quelques happening, mais on est habitué, il y a toujours des... Il y a souvent l'UEJF qui vient effectivement pour dire que le RN n'est pas du côté des Juifs, mais ce n'est pas la première fois, c'est la deuxième ou troisième fois. En tout cas, ce n'était pas nouveau. À côté de ça, c'était une ambiance très festive, naturellement. Il y avait beaucoup de monde, donc c'est vrai que c'était assez impressionnant. Une ambiance assez sarco 2007. Vous aviez une scénographie qui n'était pas non plus la scénographie qu'on pouvait voir au moment d'Éric Zemmour ou quelque chose qui était trop bling-bling. Et en même temps, c'était quand même écran géant en cube, scène en T. Vous avez Éric Ciotti qui est venu au début pour inaugurer ce... ce meeting en expliquant que, en gros, ici était la nouvelle droite des gaullistes et pour faire demander à ses anciens amis de LR de le rejoindre. Donc c'est vrai que rien que ça, ça donnait un ton assez droite. Ensuite, Jordan Bardella, qui était sur quelque chose de beaucoup plus opérationnel, très Premier ministre, il a été beaucoup sur la sécurité, sur le réarmement moral, judiciaire et matériel de la police. Il a été aussi sur la question de l'éducation, donc la revalorisation du serre des professeurs, et ensuite Marine Le Pen qui était dans un discours très présidentiel. Moi, j'ai trouvé un peu brouillon quand même, mine de rien, avec trois axes qui n'étaient pas idiots sur le principe, mais elle a voulu prendre de la hauteur, elle a quand même parlé de choses plus terre à terre, ce qui était dommage dans la mesure où elle essayait justement de rentrer dans des thèmes nouveaux, donc le beau en politique, la question de la façon de gouverner, elle a remis une couche sur le référendum, mais globalement... La question des
réseaux sociaux, on va y revenir, thème qu'on entend moins dans la bouche de Marine Le Pen. On va évidemment revenir sur ce discours. Mathieu, est-ce que pour vous, Marine Le Pen a réussi son lancement de campagne ? C'est vrai qu'il y avait un vocabulaire qui se voulait peut-être assez positif, optimiste, qu'on a peut-être moins l'habitude d'entendre de la bouche de Marine Le Pen.
Oui, il y a un bouger sur lequel on reviendra un peu, un bouger sémantique qui fait écho d'ailleurs à celui de Sarah Knafo au moment des municipales. Une campagne très optimiste, on n'est plus du tout sur le constat, sur la tonalité sombre, etc. Ce qui me frappe quand même... c'est le contraste entre la séquence dans laquelle le RN est pris depuis plusieurs mois, c'est-à-dire qu'une candidate à l'élection présidentielle très lourdement condamnée par la justice de notre pays début juillet, une rentrée assez calamiteuse avec des polémiques ou des dissensions internes sur le port du voile dans l'espace public, sur l'Ukraine, sur le budget qui a quand même été considéré par tout le monde comme pas sérieux, la rentrée de Marine Le Pen devant l'AREF, devant le MEDEF. Donc quand même, un été et une rentrée. qui ont été émaillés de difficultés. Évidemment, le point d'orgue, c'était les révélations de Mediapart sur le passé antisémite de Jordan Bardella, dont peu de gens doutent en réalité, y compris dans les enquêtes d'opinion. Et la réalité de la force du RN à quelques mois de l'élection présidentielle, et tout ce que je dis, je le dis sous le contrôle de Stéphane, mais on n'a jamais vu un parti aborder une élection présidentielle avec un tel niveau et une telle avance sur tous ses concurrents, et ça ne bouge pas d'un pouce. quelles que soient les polémiques ou les problématiques que rencontre le RN. Je regardais juste en fait les sondages à six mois de toutes les élections présidentielles depuis 81, quand il y a un favori, alors le favori ne va pas nécessairement au bout, le favori n'est même pas toujours candidat, on le sait avec Juppé, on le sait avec DSK, le favori est donc rarement le président de la République qui suit, mais je regardais à chaque fois le favori est quelque part entre 25 et 30%, en réalité entre 25 et 28. Elle est elle, 10 points au-dessus de cela. Et par ailleurs, désormais... En fait, sa cote d'avance dans les sondages pour l'élection présidentielle s'accompagne d'une cote de popularité également très élevée. Et j'ajouterais presque une substituabilité avec Jordan Bardella. Dans tous les partis, il y a des rivalités et on a des candidats qui ne sont pas immédiatement ou totalement substituables, en plus au RN. Il y a un plan B qui vaut le plan A. Et donc ça, pour le coup, il me semble que c'est relativement inédit à six mois d'une élection présidentielle.
Et on va demander à Stéphane, c'est la première fois qu'un candidat à six mois de la présidentielle se retrouve dans une telle configuration. Il y a des sondages qui la donnent à 38%. Alors
ça peut monter très haut, effectivement, jusqu'à 38%, aussi dans les hypothèses les moins, enfin les plus favorables, c'est-à-dire Gabriel Attal, représentant le bloc central, et pas Edouard Philippe, par exemple. Oui, mais c'est vrai que ça monte très haut, mais Mathieu a tout dit. Il y a une stabilité. C'est remarquable, depuis plusieurs mois maintenant, qu'il s'agisse de Jordan Bardella, le candidat par intérim à un moment donné, ou Marine Le Pen avant sa condamnation et après sa condamnation. Et il y a un autre élément, c'est que très longtemps, le Rassemblement national a été un parti totalement seul, totalement isolé. Mais il y a d'autres candidats. Il y a Éric Zemmour, il y aura Nicolas Dupont-Aignan, ces gens-là. Comment ? Donc les électorates, ces candidats-là, se comporteront-ils au second tour ? Probablement en apportant les voix à Marine Le Pen. Donc si l'on fait la totalisation des voix, appelons ça la droite radicale aujourd'hui, on n'est pas à 30, 32, 33%, on est quasiment à 40%. Et quand on rentre dans le détail, et c'est ça, je trouve aussi, qui est quand même ce qui a profondément changé et qui est le signe de la... La formidable victoire de Marine Le Pen ces dix dernières années, c'est qu'il y a encore quelques années, vous étiez un jeune, vous étiez un cadre, vous étiez un retraité, c'est pas que vous ne votiez pas RN, c'est juste que vous manifestiez votre hostilité, votre rejet, votre rejet absolu des idées véhiculées par le Front national puis par le RN. Aujourd'hui, le parti dominant dans la... quasi-totalité, pas tant tous, mais dans la quasi-totalité des segments de la population, c'est le Rassemblement national. Quand vous êtes à 30-35% des intentions de vote pour une élection présidentielle, soit près du double de vos éventuels challengers, des seconds, qu'ils soient Édouard Philippe ou Jean-Luc Mélenchon, vous êtes en tête presque, je dis bien presque partout, mais vous êtes presque en tête chez les jeunes, alors que... Rappelez-vous 2002, la jeunesse dans la rue pour manifester contre la présence de Jean-Marie Le Pen. Aujourd'hui, vous avez de 20 à 25% des jeunes de moins de 25 ans qui comptent voter pour Marine Le Pen à l'élection présidentielle. Et les
retraités aussi votent clé, ça c'est un tournant parce qu'elle n'avait pas les retraités lors des deux précédentes élections. Là, elle est majoritaire chez les retraités. Ça peut marquer un retournant. Bien sûr, elle est notamment
majoritaire, voire ultra majoritaire chez les retraités modestes. Les retraités plus aisés, eux, restent un peu fidèles à ce qu'est leur ADN, c'est-à-dire le vote loyaliste pour le centre. entre le centre droit ou pour la droite, mais aussi parce que les retraités d'aujourd'hui, ce ne sont pas des retraités d'il y a 30 ans, ce ne sont pas des retraités qui étaient à l'époque sensibles aux arguments sur l'Algérie française, sur la période de la collaboration et donc de l'entourage de Jean-Marie Le Pen. Ces gens-là ne sont plus là. Évidemment, les retraités d'aujourd'hui, ce sont des gens qui avaient 50 ou 40 ans au moment de l'accession, voire moins, au moment de l'accession dans l'espace médiatique du RN. Donc oui, le RN est puissant partout et dominant maintenant presque partout. Et c'est ça vraiment ce qui change, ce qui fait que... Évidemment que plein de choses peuvent encore se passer. Oui, il y a six mois avant l'élection, François Fillon était assuré d'être président de la République. Il n'était pas au second tour pour les raisons que l'on connaît. Mais aujourd'hui, même si plein de choses peuvent encore se passer, elle est très clairement, je parle bien du premier tour, la grande favorite du premier tour. Je parle bien du premier tour parce qu'au soir du 18 avril prochain, c'est une autre campagne qui commencera.
En l'occurrence, il y a quand même un élément qui explique aussi cette extrême stabilité, c'est la situation actuelle de politique intérieure. Il y a dix jours, vous avez eu, même pas une semaine, vous avez eu des pillages d'ampleur avec des agressions. Les images, elles ont tourné en boucle. Vous avez eu, effectivement, vous avez un budget qui, effectivement, oui, la... La projection budgétaire qui a été présentée a pu être critiquée, mais en fait, elle a été critiquée par qui ? Elle a été critiquée par des gens qui sont des experts, des gens qui font partie du système, des gens qui sont considérés par les électeurs du RN, mais pas seulement, par une bonne partie des Français en réalité, comme ceux qui ont envoyé la France dans le mur. Et aujourd'hui, vous avez un parti qui est... en fait, le plus vieux parti de France, avec une structure encore importante, parce que je suis désolée, mais le PS et LR, c'est plus ce que c'était. Donc vous avez ce parti-là, qui finalement est un parti de rupture, et en même temps un parti qui ancre énormément dans le passé, auquel les Français se sont habitués, et qui n'a jamais été en fonction. Donc c'est vrai que de dire, en plus, oui, ils n'ont pas la capacité pour gouverner, aujourd'hui, les ceux qui pensent voter Rassemblement national, même pas ceux forcément qui sont convaincus, vous le disent, mais vous êtes qui pour dire ça ? parce qu'en soi, on a tout tenté et on est allé dans le mur. Et alors, vous rajoutez la situation intérieure et la situation sécuritaire, effectivement, ils n'ont pas besoin de faire campagne en réalité. Quand vous allez sur les accusations d'antisémitisme de Jordan Bardella, les gens vont vous dire, oui, mais alors, peut-être que c'est vrai, et sans doute que c'est vrai, mais il avait 15 ans, et aujourd'hui, il y a un parti qui passe quand même pour très antisémite, c'est la France insoumise, qui, en l'occurrence, fait peur quand même majoritairement aux Juifs.
Avant de vous entendre, on va revivre cette séquence. Hier, Joanne Badela, qui a donc été reconduit, qui a fait son discours hier devant les militants du Rassemblement national, discours perturbé par l'Union des étudiants juifs de France. On va regarder cette séquence.
Félicité à l'ultra-gauche qui déteste la démocratie. En attendant que les services de sécurité fassent leur travail, je vous propose de chanter la Marseillaise. Allons enfants !
comment ça s'est passé sur place, vous qui y étiez ?
Honnêtement, ça s'est passé comme ça se passe à chaque fois. Vous ne savez pas que c'était l'UEJF, mais un groupe de trois personnes a sorti une banderole pour manifester son hostilité au Rassemblement National. le service des partenaires de protection... Oui, il était écrit,
visiblement, vous me confirmerez, Bardella réélu, le racisme et l'antisémitisme, ça ne dérange pas le... Alors,
je ne l'ai pas vu parce que moi, j'étais sur le côté à leur droite, donc je les ai vus se faire embarquer, mais je ne pouvais pas voir la banderole. Donc, je ne sais pas, pour le coup, mais c'était trois personnes, il me semble. Il y a eu aussi un journaliste de Politis qui a commencé à filmer la scène et qui s'est fait sortir Manu Militari. une erreur, selon le parti, qui l'a fait re-rentrer ensuite. Il y avait eu le même genre de cas de figure, la veille avec Mediapart qui avait été huée par la foule et ça avait commencé à chauffer le DPS, donc Service Département et Protection et Sécurité. Il les avait sortis, mais il y a une nuit militariée de façon assez violemment. Mais je reconnais quand même que pour avoir fait d'autres meetings d'URN et vécu d'autres périodes, c'est la première fois que je vois des journées se réintégrer ensuite. Bon, au moins, ça, c'est pas une erreur, parce qu'effectivement, si vous regardez aujourd'hui la situation des journalistes dans les différents partis politiques, on n'est pas la profession la plus appréciée. Et donc, d'avoir un parti qui est censé justement pas nous apprécier non plus et qui fait ce genre de choses, c'est politiquement très intelligent.
Mais ça veut dire que les polémiques qui concernent Jandar Bardella, en interne, elles ne le prennent pas ? Absolument pas. Absolument pas. Il a réussi à passer au-dessus de ça ? Cette question
de l'antisémitisme est l'illustration chimiquement pure de cette affaire de stratégie de dédiabolisation et du succès qu'elle a opéré. Il y a dans l'ADN de ce parti un son antisémite que tout le monde connaît. Et je ne parle pas seulement des dérapages multiples qui ont valu condamnation à Jean-Marie Le Pen, on le sait. Et encore une fois, je parle sous le contrôle de Stéphane pour ce qui est des enquêtes d'opinion. L'antisémitisme de Jordan Dardella est quelque chose d'archi-crédible. d'archi crédible, pas seulement parce que Mediapart est un média crédible. Je veux dire, il y a un fonds antisémite dans ce parti dont Marine Le Pen stratégiquement a réussi à progressivement se débarrasser comme sparadrap. Et il se trouve que par ailleurs, dans le débat public, Jean-Luc Mélenchon, pour des raisons qu'on peine parfois à expliquer quand même, a repris ce sparadrap de l'antisémitisme au moment des municipales. On peut d'ailleurs noter que dans les sorties que Jean-Luc Mélenchon fait à caractère antisémite au moment des municipales, électoralement, ça ne se paye pas non plus pour lui. Et je dirais... que depuis, objectivement, Jean-Luc Mélenchon est aussi en dynamique. Alors attention quand même, pour ceux que ça affole, une Marine Le Pen à 33 ou 35, ça vaut deux Jean-Luc Mélenchon au mieux 17. Donc on n'est pas du tout quand même dans les mêmes épures. Et je termine d'un mot, si la dédiabolisation a fonctionné parfaitement. parfaitement, il ne faut pas se tromper. La dédiabolisation du parti n'a en aucun cas été une déradicalisation de l'électorat. Et je parle aussi de l'enquête électorale d'Ipsos. En réalité, ce qu'on observe, c'est que la demande de radicalité dans notre pays est désormais forte, très forte. forte comme jamais. Un Français sur deux, ou à peu près, est en demande de radicalité. Et ne nous trompons pas, on associe souvent Jean-Luc Mélenchon, par sa posture, par son style, etc., à l'incarnation même de cette radicalité. Non, l'électorat en demande de la plus grande radicalité, ça reste celui de l'extrême droite, ça reste celui de Marine Le Pen. L'électorat qui veut de la radicalité, qui veut de la rupture, qui veut de la transformation profonde et de la rupture avec le système, c'est celui de Marine Le Pen, en dépit, encore une fois, du discours très édulcoré. qu'elle tient désormais.
C'est totalement en jeu, c'est aussi l'électorat le plus en colère avec l'électorat insoumis. Et vous parliez à l'instant de radicalité, ce qui est intéressant dans ce que fait Marine Le Pen, c'est quoi la priorité des priorités pour Marine Le Pen dans le cadre de cette campagne, surtout dans la perspective du second tour ? C'est rassurer, rassurer le plus de Français possible, que ce ne sera pas le chaos s'il arrive au pouvoir et que ce ne sera pas un programme économique. Parce qu'il y a encore des Français
inquiets Stéphane ? C'est-à-dire qu'il y a des Français qui sont inquiets de l'arrivée de Marine Le Pen ? Parmi les gros doutes qui
planent sur la capacité. ou sur la crédibilité ou sur la légitimité du RN à accéder au pouvoir à Marine Le Pen. Il y a les bobby galeuses, d'une part. Alors les brebis galeuses, la plupart du temps, ce sont des secondes voire des troisièmes couteaux. Là, avec l'affaire Bardella, c'était autre chose, on parlait du président, même si les faits n'ont pas du parti, même si les faits ne sont pas avérés, il y a effectivement une suspicion. Et il y avait, donc, les brebis galeuses, on l'a vu dans l'entre-deux-tours des élections législatives, c'est quand même ce qui coûte en partie la victoire, non pas la majorité absolue, mais en tout cas une majorité relative puissante à l'Assemblée nationale que le Rassemblement national n'a pas obtenu. Et il y a un programme économique où... une supposée incapacité totale du RN à développer et à faire dérouler un programme économique. Ça, ça perdure encore, donc elle est là pour rassurer. Mais on me parlait de radicalité, ce que je voulais dire, c'est que Marine Le Pen, elle envoie aussi des cartes postales parfois et des clins d'œil à son électorat historique. Quand elle reprend, il y a quelques semaines... Le principe de préférence nationale, en l'appelant priorité nationale, notamment pour le... Elle l'appelle comme
ça depuis longtemps, mais c'est vrai qu'elle a complètement accès dessus.
Elle se rappelle quand même aussi au bon souvenir des gens qui votent FN et ou puis RN depuis des décennies, c'est-à-dire des gens souvent qu'on a trouvés dans l'Est de la France ou dans le Sud-Est, les gens qui ont fait le succès de la formation de Jean-Marie Le Pen. Donc elle est sur deux jambes, mais qui sont complémentaires, qui ne s'opposent pas longtemps. On a dit que la ligne Bardella s'opposait à la ligne Le Pen. Elles sont complémentaires, mais elle, elle a changé les choses. Il y a l'électorie historique à qui ? qu'il faut rassurer. Non, le RN n'a pas changé. Et non, l'immigration reste une priorité. En l'occurrence, la lutte contre l'immigration sous toutes ses facettes reste une priorité. Et d'autre part, les primo-votants, ceux qui sont prêts à basculer, eux, il faut les rassurer. Avec soit un discours social quand ils viennent de la gauche ou de l'abstention, soit avec un discours un peu pro-business, c'était le job de Bardella. On en entend moins parler aujourd'hui, mais je pense qu'on en entendra parler davantage dans notre tour si Marine Le Pen se qualifie pour le second tour, ce qui n'est pas une hypothèse totalement irréaliste.
Alors, il y a les thèmes historiques et puis il y a des thèmes nouveaux. qu'on n'avait pas beaucoup l'habitude d'entendre dans des discours de Marine Le Pen, comme la question des réseaux sociaux. On va l'écouter.
'hui, l'équivalent de l'imprimerie, ce sont les réseaux sociaux. Ils ont permis de contourner le prêt-à-penser de gauche, l'invisibilisation des réalités qui gênent, les pensées slogans des européistes et les interdits d'un système douilletement installé dans ses certitudes et ses insuffisances. La liberté de diffuser des idées a fait émerger une nouvelle manière de penser le monde, la vie et même l'homme. Cette vague de renouveau qui monte, nous n'allons pas la laisser passer. En France, cette vague sera bleu marine.
c'est des thèmes qu'on n'avait pas l'habitude d'entendre. Pourquoi ce choix, Lou ? Alors, je
pense que c'est paradoxal parce que nous, vous avez beaucoup briefé aussi sur les thèmes qui seraient mis en exergue. Les réseaux sociaux, ce n'était pas du tout quelque chose qui avait été mis en avant spécialement. Et je vous avoue même que nous, entre collègues, ce n'est pas forcément ce qui nous avait sauté à l'esprit. Mais il est vrai que Marine Le Pen, en tout cas, je pense aussi sous l'influence des jeunes, parce qu'il y a beaucoup de jeunes au Rassemblement National. Jordan Bardella, il a 31 ans, les gens autour de lui ont une trentaine d'années. Je pense qu'effectivement, il y a eu une sorte de renouveau du logiciel, au moins dans les méthodes. Et puis elle n'oublie pas quelque chose quand même, c'est que tous les populistes qui ont gagné ces dernières années... Les réseaux sociaux ont joué une importance, ont été déterminants. Donc j'imagine aussi qu'elle compte bien investir ces canaux-là. Pour l'instant, c'est vrai que moi, j'avais surtout observé Éric Zemmour devant un dernier présidentiel très actif. Il avait une équipe très fine sur le sujet, qui mettait même en place des campagnes de boat, qui l'assumait pour faire monter le phénomène Zemmour sur les réseaux sociaux. Mais finalement, ça s'était un peu retourné contre eux, parce qu'ils avaient surestimé. le poids d'Éric Zemmour, quand Marine Le Pen avait fait une campagne très classique, très à la papa, qui était d'aller sur le terrain, de faire des petites réunions publiques et surtout le calme des vieilles troupes. Donc, ce n'est pas une anti-moderne, Marine Le Pen. Après, elle a l'expérience politique pour ne pas se laisser avoir sur le genre de choses.
Marine Le Pen qui s'est projetée dans la composition d'un futur gouvernement dont elle dit qu'il sera dirigé par Gendarme Bardella, elle a réaffirmé gouvernement d'Union Nationale, gouvernement pluraliste et un peu plus tôt son allié Eric Sautier avait tendu la main aux Républicains. On écoute.
'appelle solennellement aujourd'hui, dans ce moment si grave pour notre nation. mes anciens amis et collègues des Républicains qui aujourd'hui se querellent pour être les figurants d'une défaite annoncée, à nous rejoindre.
maison, c'est lui qui l'a quittée d'abord. La maison, nous, on la tient aujourd'hui et je pense que cette maison-là, la maison de la droite républicaine, c'est celle qui en réalité peut sauver le pays de cet affrontement stérile entre l'extrême gauche et l'extrême droite qui ne mène encore une fois à aucune solution concrète.
les Républicains qui ferment la porte ce matin par la voix de leur secrétaire général, Audman Nassrou. Ça peut marcher, ce gouvernement d'Union nationale, Mathieu, selon vous ?
Alors, pourquoi ça peut marcher ? D'abord parce que la porosité entre les deux électorats est désormais totalement acquise sur un certain nombre de sujets quand même. L'électorat des LR, des Républicains, pardon, est aussi radical que l'électorat de l'extrême droite. Deuxième dimension quand même, les transfuges, les transferts. sont anciens. Là, évidemment, on parle d'Éric Ciotti, Sébastien Chenu et d'autres viennent de la droite. Donc la porosité, elle est acquise et évidemment Marine Le Pen a besoin pour passer de 33 ou 35% à 51, elle a besoin d'afficher une capacité d'union assez large. L'union des droites, elle est désormais en fait dans le paysage depuis longtemps et paradoxalement, lors de la dernière présidentielle, la présence d'Éric Zemmour, c'est-à-dire la radicalité de l'extrême droite, on l'a retrouvée chez Éric Zemmour, mais le passé d'Éric Zemmour, d'essayiste et d'éditorialiste du Figaro, a quand même permis de transformer... même quand on n'est pas bon en géométrie dans l'espace, on peut le comprendre tout en s'en étonnant, il a quand même permis de transformer une partie de ce lectorat du Figaro en un électorat potentiel pour l'extrême droite. Y compris la sienne, Éric Zemmour, une extrême droite, encore une fois, totalement décomplexée et radicalisée. Mais désormais, c'est quand même un sas ou un rabatteur pour Marine Le Pen. Donc on voit qu'on en est là. Et encore une fois, ce qui frappe, c'est et les sondages de premier tour et les sondages de second tour, même si tout le monde a raison de dire qu'à six mois d'une élection présidentielle, les projections de second tour ont quelque chose d'un peu aléatoire ou même d'un peu absurde. Ce qui frappe, c'est ça. Que le noyau dur de l'extrême droite soit désormais à 33% avec une solidité très forte, c'est une... chose acquise qu'aujourd'hui en fait marine le pen quand même continue à être la gagnante ou quasiment quelles que soient les configurations du deuxième tour c'est une capacité à rallier des gens qui jusqu'à présent la trouver infréquentable ou pas du tout crédible en particulier sur le plan économique ça ça frappe quand même les nouvelles recrues du rn c'est à dire les cadres et les retraités qui ont toujours été très attentifs à la crédibilité du programme économique enfin on a vu que le programme économique quand même était jugé peu crédible par tous ceux qui sont experts de ces sujets et ça ne bouge pas dans ces nouvelles catégories. On en est là quand même aujourd'hui. Bruno Rotaillot, c'est quand même une droite dure. David Lysnard, qui pourrait être son challenger, il ouvre d'une certaine façon la porte à l'union des droites. Quand il parle depuis des mois d'une primaire qui serait ouverte à toute la droite jusqu'à Sarrago, c'est Laurent Wauquiez. Le boulevard, il a quand même déjà été creusé, ouvert par d'autres.
Stéphane, on entend Antman Nassrou qui ferme la porte, mais la porte, elle est déjà entre-ouverte, plus qu'entre-ouverte
Oui, elle est plus qu'entre-ouverte, parce que là encore, qu'est-ce qui va se passer à un moment donné ? Parce qu'il y a une élection présidentielle, alors on fait de la politique fiction. Si Marine Le Pen était du président de la République, il y a une dissolution. Il y a des élections législatives qui sont organisées entre 20 et 40 jours après cette décision de dissolution. La majorité, ce ne sont pas des partis politiques, ce sont des députés. Et quand vous regardez aujourd'hui un petit peu le profil des circonscriptions, de la cinquantaine de circonscriptions qui ont été gardées par les candidats de droite classiques, par les républicains ou par des divers droites qui viennent de ce parti, ce sont des circonscriptions où le danger pour eux, pour les sortants de droite, le danger RN est extrêmement élevé. Donc ce sont ces gens-là qui en fait décideront. presque individuellement, et ce ne seront pas forcément les appareils politiques qui décideront si oui ou non il convient d'offrir à Marine Le Pen soit une majorité absolue, soit d'avoir une majorité relative un peu puissante, un peu comme la Macronie a pu disposer en 2022. Là encore, on fait de la politique fiction, mais vous parliez d'Éric Ciotti tout à l'heure, ce qui un autre élément de danger pour les ALR, c'est qu'aujourd'hui... un député LR qui ne passerait pas au RN, ce ne serait pas une sorte de reniement, ce ne serait pas pris comme un reniement. Il y a un sas de décompression ou d'absorption qui s'appelle l'UDR, comme il y a un sas en ralliant horizon, si on veut se centriser quelque part et participer à la prochaine majorité présidentielle, quel qu'elle soit. Il est là le principal danger, c'est que vous avez des sas, vous avez des opportunités pour ces députés sortants qui ont eu chaud la dernière fois, les députés LR face à leurs opposants RN, il y a une possibilité finalement de négocier une candidate. unique, elle existe réellement, j'insiste, là on fait des suppositions, mais le principal problème viendra selon moi à droite, le principal danger d'une évaporation, d'une disparition du parti de droite classique, les LR, ex-UMP, ex-RPR, viendra plus de sa base d'élus, en l'occurrence des députés, que des choix d'appareils.
Lou, vous pouvez suivre les droites, est-ce qu'il y a des LR, des élus LR qui sont prêts à basculer
? Alors ça, complètement, j'en connais beaucoup. La seule chose, je vais quand même ajouter une nuance à ce qui vient d'être dit, le fait que ce soit Marine Le Pen et non pas Jordan Marnella, ça a un peu rebattu les cartes. Certaines personnes qui ont pu passer, certains militants notamment, qui ont pu passer à l'UDR et au Rassemblement National ces deux dernières années, disons, ont pu éprouver un peu de regrets et commencer à retoquer un peu vers l'autre côté. Est-ce qu'ils sont allés jusqu'au bout ? J'en suis pas certaine. En revanche, c'est vrai que ça a été une déception pour ces gens-là. Et ça a aussi convaincu une bonne partie des cadres LR et des sympathisants LR, y compris les jeunes, que ce n'était pas du côté de Marine Le Pen qui voulait regarder, parce qu'elle l'a redit pendant son discours d'ailleurs. Elle, c'est un oiseau, elle a une aile droite et une aile gauche. Et elle tacle d'ailleurs la droite et la gauche, durement. En l'occurrence, ça, ça ne peut pas passer dans un paysage politique qui est devenu hyper identitaire aussi sur la... d'appartenance politique. Moi, je suis frappée de voir les gens qui se revendiquent de droite ou de gauche comme si leur vie en défendait sans même mettre tant de contenu derrière. Autre chose, sur les circonscriptions des députés LR, effectivement, ils sont durement concurrencés par le Rassemblement national, mais il est quand même considéré en interne au RN et en interne chez LR que les duels face au RN, la droite traditionnelle les gagne bien. Parce qu'en l'occurrence, effectivement, il y a un paradoxe qui est complètement souligné sur le RN et qui le dessert. En tout cas, pour l'instant, je ne sais pas ce qu'il en sera lors des prochaines élections, mais c'est vrai que je pense qu'il faut raison garder.
Pour conclure, Marine Le Pen, qui dans son discours a également parlé de l'impact de sa potentielle élection sur le reste de l'Europe. Est-ce que la vague dont vous parlez, si Marine Le Pen est élue, c'est une vague qui pourrait déferler sur nos pays voisins ?
Ce qui est sûr, c'est que la France, ce n'est pas l'Italie. Marine Le Pen, ce n'est pas Mélanie, donc pour le coup, ça change tout. Encore une fois, Mélanie, elle n'est pas présidente de la République, elle est présidente du Conseil. Il y a au-dessus d'elle un président de la République qui est le garant de l'état de droit en Italie. Alors, ça ne veut pas dire qu'elle n'a pas essayé de l'attaquer. Mais les dégâts ont malgré tout été limités. Et pardon pour l'Italie, mais il se trouve que l'Italie n'est pas au conseil de sécurité de l'ONU. Ou que l'Italie n'a pas exactement le même rôle historique dans la construction européenne que la France. Et
donc
précisément, si l'extrême droite est au pouvoir en France, ça ne concerne pas que la France. C'est pour partie l'histoire de l'Europe et même l'histoire du monde potentiellement qui sont changées.
Et on aura évidemment l'occasion d'en reparler. Mathieu, je remonte votre livre, Casser la vague et s'y prenez autrement pour faire reculer l'extrême droite, c'est aux éditions de l'Aube. Merci Mathieu, merci Lou, merci Stéphane d'avoir été avec nous. Merci à tous de nous avoir suivis. On se retrouve demain. Très bonne journée.
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