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Blanche, vous avez passé quelques heures à suivre dans la journée aujourd'hui les discours de Jordan Bardella puis de Marine Le Pen. On peut dire que c'est le grand lancement de sa campagne présidentielle. Qu'avez-vous retenu de son discours ?
Alors à première vue Thomas, ce qu'on a entendu cet après-midi, c'est un discours de quasi-victoire. Oui, quasi-victoire alors qu'on est à six mois du premier tour de l'élection présidentielle. Et comme vous venez très justement de le dire, on est au lancement officiel de la campagne de Marine Le Pen. Donc normalement tout commence et pourtant, écoutez-la. ... ... ... Et cette affirmation, en quelque sorte, lui permet de changer radicalement de tonalité. Fini le discours sur le déclin, le chaos, les ruines du modèle français. Là-dessus, tout le monde est d'accord, alors à quoi bon nous y attarder ? Et donc à rebours de la rhétorique décliniste qui caractérise le discours populiste depuis toujours, Marine Le Pen s'est livrée à un grand discours optimiste, basé sur l'espoir, sur le bonheur et peut-être plus surprenant encore, sur le beau. Une France belle, fière, civilisée, désirable. Un discours qui était structuré en trop. trois grandes parties, Thomas la Renaissance, puis la Puissance et enfin la Présidence, un triptyque qui lui permet de puiser dans l'histoire, celle de la Renaissance donc, tout en se projetant dans un futur qu'elle n'écrit plus au conditionnel. Mais l'objectif, Thomas, c'était surtout de rassurer et d'élargir sa base avec ce discours-là. Elle dit que cette France, elle a de beaux jours devant elle et donc elle veut d'abord et avant tout rassurer parce qu'elle sait que c'est là où va se jouer. tout le second tour. Et donc ce que promet le parti, ce n'est pas la révolution, et ça elle l'a dit aussi, c'est ce qu'elle appelle la véritable alternance. Et en se détournant de cette idée de révolution, on voit à peine voiler l'antagonisme qu'elle essaie de recréer, en tout cas de continuer à créer, avec l'infrance insoumise. Donc l'objectif, il est clair, élargir sa base, rassurer, cesser de faire peur, et montrer surtout que le camp national est prêt à gouverner. Et ça, ça ne s'est pas vu uniquement dans le discours de Marine Le Pen. Vous l'avez dit, j'ai suivi attentivement aussi tout ce qui s'était passé depuis samedi. Parce qu'il faut bien le rappeler, ce 19e congrès à Orléans, il a commencé dès hier. Hier avec la réaffirmation de la légitimité de Jordan Bardella puisqu'il a été réélu président du parti avec un score absolument stratosphérique. 98. Voilà, virgule 98. On admirera la symétrie des voix. On voit que c'est le parti de l'ordre, la symétrie y compris dans les résultats. Et Marine Le Pen l'a dit, Jordan Bardella, il sera le chef d'orchestre de son gouvernement d'union nationale à la tenue. répété après un moment qui a été particulièrement difficile, on le sait, pour la crédibilité et la légitimité de Jordan Bardella. Et puis au-delà de ce qui s'est passé hier avec la réélection de Bardella, c'était aussi cet après-midi. Vous avez mentionné Bardella, mais juste avant Bardella, qui a pris la parole ? C'était Éric Ciotti qui a ouvert le grand meeting. Et pourquoi est-ce que c'est important ? C'est pour montrer que le parti n'est pas sectaire, qu'il est totalement ouvert à d'autres courants politiques. Et Marine Le Pen l'a dit à nouveau, ce que l'on veut c'est l'unité nationale. Et ce qu'elle cherche à construire, c'est une œuvre patriote mais pas... Et d'ailleurs, elle s'est aussi présentée en partie comme grand garant d'une démocratie en danger qui promet de rétablir un état de droit saccagé, énième inversion du stigmate réalisé par le parti hier. Hier, menace pour la démocratie qui est aujourd'hui, en devient le grand défenseur. Mais dans cette litanie d'annonce, Thomas, litanie d'annonce et d'optimisme, il y avait quand même des grands absents, de réponses déjà très concrètes aux attentes des centaines de milliers de personnes qui défilent dans les rues. Où sont-elles ces mobilisations ? Où sont-elles ? Ces manifestations, pas un mot non plus a priori sur l'attentat de Trappes de vendredi. Alors je crois que dans les autres discours ça a été évoqué mais Marine Le Pen n'a pas prononcé en tout cas le nom de la ville. Et puis surtout comment accorder un quelconque crédit à cet appel à l'Union nationale lorsque l'on voit l'hostilité viscérale que suscite son parti et qui a conduit d'ailleurs les forces de l'ordre à redoubler de moyens pour protéger la bonne tenue du Congrès. Et moi, ce que ça me donne comme impression, c'est plutôt le sentiment d'une formation totalement sous cloche, en décalage, en quelque sorte, avec la réalité. Mais tout ça, pour moi, reste sous la forme d'interrogations, parce que, je le rappelle, on est à six mois d'une élection où il est toujours trop dangereux de compter sur des certitudes et des affirmations. Il ne faudrait surtout pas clamer victoire trop vite.
tout cas, ils y croient déjà, à vous écouter. Dans le pilier, dans les trois piliers, il y avait un mot, « renaissance de la vie », ça fait allusion à l'histoire. Ça fait aussi, Raphaël, largement allusion au nom du parti présidentiel qui semble avoir été capté par Marine Le Pen. C'est bien le signe que peut-être il y a une victime, un absent à Orléans, ce qu'on appelle le bloc central. Et pour nourrir cette idée, vous êtes intéressé à une grande enquête d'opinion. Oui, je l'ai fait. Vous avez marqué votre
enthousiasme. Avec beaucoup de prudence. Quand on manie des sondages à six mois du premier tour, il faut toujours regarder avec beaucoup de précaution. Mais je crois qu'il est important de regarder à intervalles réguliers dans des moments un peu clés d'une nation. Et je pense que post-17 octobre, il était intéressant de voir ce que ça avait fait bouger comme ligne de force au sein de l'opinion. Il se trouve qu'aujourd'hui, le journal Le Parisien en a fait ça une. On va la regarder juste ici. Il titre « Le choc du 17 octobre sur la campagne ». Il s'appuie sur un grand sondage lancé par Ipsos BVA. Il y a quelques petits enseignements qui me semblent très intéressants. Le premier enseignement, c'est peut-être d'abord sur l'identité des deux qualifiés pour le second tour. Pour la première fois chez Ipsos BVA… Quelles que soient les options considérées, quelles que soient les hypothèses de premier tour, c'est Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen qui se qualifient pour le second tour. D'habitude, il y a toujours un scénario qui fait qu'un autre candidat affronte Marine Le Pen, soit parce qu'un candidat se retire ou qu'un autre s'ajoute. Là, quels que soient les scénarios testés, ce sont ces deux personnalités-là qui arrivent au second tour. Ce qui quand même dit quelque chose. On commente la polarisation du pays émission après émission. Là, on voit une traduction électorale très nette. C'est la France insoumise. le Rassemblement National qui domine le paysage. Ça veut dire qu'il profite largement de la séquence. Il profite largement de la séquence. Et donc la conséquence logique, c'est qu'Edouard Philippe, qui était donné, lui, qualifié, dans la plupart des scénarios au second tour depuis sa déclaration de candidature, qui remonte déjà à septembre 2023, eh bien, quelles que soient les hypothèses testées, avec ou sans Gabriel Attal, avec ou sans David Glissnard, il est, lui, éliminé du second tour. Pour avoir les undergrandeurs, il est autour de 15% aujourd'hui, alors que Marine Le Pen est à 33, et Jean-Luc Mélenchon... C'est un
effondrement du
centre ? Alors, pour répondre à ça, parce que les mots sont très importants, peut-être ce graphique-là. Ce graphique, il y a deux courbes, on le voit ici, c'est l'évolution des intentions de vote au premier tour pour Edouard Philippe et Gabriel Attal entre le 24 octobre 2020 et aujourd'hui. Donc on a deux ans d'évolution. Qu'est-ce qu'on voit quand on le voit à gauche de l'écran ? En fait, il y a deux ans, Edouard Philippe était donné à 25%, Gabriel Attal autour de 19%. Aujourd'hui, deux ans plus tard, qu'est-ce qu'on voit ? Il est à 15%, Edouard Philippe, et Gabriel Attal à 9%. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'en deux ans, le bloc central a perdu 10 points. C'est quand même quelque chose d'assez spectaculaire. Et qu'est-ce qu'on remarque sur la courbe ? Il n'y a pas de décrochage massif et brutal. Au contraire, ce qu'on voit, c'est une sorte de lente érosion, lente mais continue érosion des intentions de vote, ce qui me fait dire que ce n'est pas tant un effondrement, c'est en fait une évaporation du bloc central. On explique comment ? Moi, je pense que ce qui est expliqué, c'est que... On voit en fait, Ipsos le montre très bien, il y a simplement un électeur sur deux de Macron en 2022 qui vote aujourd'hui pour Édouard Philippe. Donc ça veut dire que l'évaporation est là. Ils sont allés partout ailleurs. Alors deux hypothèses, soit il y a un problème de candidat, en quel cas la question c'est comment est-ce qu'Édouard Philippe peut convaincre son camp, soit, et l'hypothèse est plus sérieuse, Macron va réussir à former un électorat très hétéroclite et très divers. C'est peut-être là la fin du macronisme, à savoir chaque électeur rentre à la maison.
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