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À Orléans, le Rassemblement national est venu vendre la France apaisée. Pour l'occasion, la ville a été équipée comme si la paix devait être escortée par 3 000 policiers. Bienvenue au Congrès du RN. Ici, on promet le calme national avec une ambiance de sommet international sous alerte maximale. Dans l'aréna, les militants affluent. On vend des mugs, des pins, des briquets et même Jeanne d'Arc en compagnie de Marine Le Pen et Jordan Bardella. Le patriotisme est devenu une gamme de produits dérivés. Bientôt, la pucelle d'Orléans aura peut-être son coffret collecteur, avec drapeau tricolore et ouverture facile. Pour faire patienter les troupes, la sono enchaîne les tubes. Et quand Mylène Farmer chante « Tout est KO », la salle reprend en chœur. Difficile de trouver meilleure bande originale. Dehors, les forces de l'ordre quadrillent la ville. Dedans, les militants chantent le chaos. Pour un meeting consacré à l'apaisement, la mise en scène est presque trop parfaite. Le slogan, lui, est optimiste. Renaissance pour la France. Une renaissance, donc. Après dix ans de macronisme, il faudrait reconstruire le pays. Mais avant de reconstruire la France, il faudrait déjà commencer par organiser un congrès où tout le monde peut rester dans la salle. Car le week-end a connu plusieurs polémiques. Samedi, une équipe de Mediapart a été expulsée de la salle du congrès. Le parti a ensuite présenté des excuses, tout en minimisant l'incident. Dimanche, pendant le discours de Jordan Bardella, des militants de l'Union des étudiants juifs de France ont affirmé avoir été violemment sortis après avoir dénoncé sur une banderole le racisme et l'antisémitisme du parti. Ils ont annoncé vouloir porter plainte. Un journaliste de Mediapart a également affirmé avoir été expulsé puis poussé dans les escaliers. Ce sont des accusations rapportées, pas des conclusions judiciaires. Mais politiquement, le contraste est saisissant. On parle d'ordre, d'autorité et de rassemblement, pendant que la sécurité du Congrès se retrouve elle-même au centre de la polémique. Au RN, la réponse est plaire. La gauche voudrait provoquer le chaos dans la rue. Le parti, lui, prétend incarner l'ordre. Chacun distribue donc les rôles. D'un côté, les fauteurs de troubles, de l'autre, les gardiens de la paix. Et au milieu, 3 000 policiers chargés de surveiller le décor pendant que les responsables politiques se disputent le scénario. Marine Le Pen affiche sa confiance. Dans les sondages cités par le reportage, elle se situe entre 32 et 38 % des intentions de vote au premier tour. Des chiffres à replacer dans leur date et leur contexte évidemment. Une présidentielle n'est pas une facture déjà réglée. Reste aussi la question du projet économique, les controverses entourant Jordan Bardella et l'incertitude judiciaire qui pourrait peser sur la candidature de Marine Le Pen. Autant de dossiers que le slogan « Renaissance » ne suffit pas à faire disparaître. Un slogan, c'est pratique, ça tient sur une affiche, contrairement à un programme économique détaillé. Sur scène, Marine Le Pen promet que l'avenir appartient aux Français. C'est rassurant, parce qu'en général, quand un responsable politique vous annonce que l'avenir vous appartient, il faut encore vérifier les conditions générales. Et voilà le paradoxe d'Orléans. Un meeting promettant l'apaisement dans une ville sous haute surveillance, un discours sur le rassemblement au milieu d'incidents contestés et une campagne qui parle de renaissance alors que plusieurs questions restent en suspens. La France apaisée est donc en démonstration. Pour l'instant, elle a surtout nécessité des barrières, des contrôles et un service de sécurité très sollicité. Abonnez-vous ! La campagne présidentielle ne fait que commencer et visiblement, le calme est encore en cours de livraison.
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