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Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Ali Rabet. Bonjour. Merci d'être mon invité ce matin. Vous êtes le maire de Trappes, une ville évidemment bouleversée, un pays sous le choc. Après ce périple meurtrier de Kevin T, vendredi, une véritable chasse à l'orme, un attentat terroriste, raciste. On va évidemment parler du contexte. Vous êtes bouleversé. Le pays est sous le choc. Un tournant, c'est le mot qu'a utilisé le président de la République qui s'est rendu à trappe. On va revenir évidemment aussi sur l'enquête. Mais d'abord, je voudrais que vous nous donniez des nouvelles des blessés et notamment de cette petite fille.
C'est d'après ce que m'a indiqué la famille, cette petite fille va mieux. Elle est courageuse puisqu'elle était entre la vie et la mort pendant de nombreuses heures. Elle a subi plusieurs opérations. Aux dernières nouvelles, dimanche, elle avait retrouvé conscience, elle avait pu reconnaître et échanger avec sa famille.
avait pu reconnaître et échanger avec sa famille. Les autres blessés sont certains encore hospitalisés. Et l'un d
est encore dans un état très grave. L'un d'eux a été si gravement blessé qu'il a dû subir deux opérations lourdes. Son état s'améliore et on espère également qu'il pourra rapidement être sorti d'affaires.
Je le disais, un périple meurtrier, vous l'avez tout de suite dit, ça aurait pu être... Encore pire. Et je voudrais que l'on écoute tout de suite les mots, l'émotion d'une de vos habitantes, une habitante de Trappes. Elle s'appelle Sophia. Elle s'est confiée au micro de notre reporter RMC Pierre Bazin. Elle raconte qu'elle faisait le plein d'essence quand elle a été visée par le tueur, qu'il y a eu cinq impacts sur sa voiture avant qu'il ne la mette en joue. Écoutez.
m'a dit, bouge pas, ça n'arme vers moi directement. Et moi je lui ai dit, s'il te plaît, tu fais pas ça, non, non, tu fais pas ça. Elle lui a dit, bouge pas, bouge pas. Il tire, le truc il est vide. Et moi dans ma tête c'est fini.
calme, il choisit les gens. Elle est bouleversée, elle ne dort plus.
témoignage, c'est celui de bien d'autres trapistes qui racontent petit à petit ce qu'ils ont vécu. Une femme noire qui portait un foulard sur la tête me racontait dimanche soir en larmes la même scène à quelques mètres du lieu où est assassiné Pengo Boshuwangi. Elle a dû sa survie uniquement au fait que l'arme s'est de nouveau enrayée. Il a essayé à plusieurs reprises de lui tirer dessus trois fois sans y parvenir et elle a pu ensuite fuir et se réfugier dans un bus. Donc au-delà des blessés, au-delà du décès, il y a de très très nombreux trappistes qui ont réchappé par miracle. Et nous le devons à la fois à la météo capricieuse qui a vidé les rues de Trappes, ce matin-là, notamment le marché de Trappes où il s'est rendu, où il n'a trouvé quasiment personne, et également au fait que son arme, encore une fois, était ancienne et s'est enrayée à de nombreuses reprises. Sinon, nous aurions eu à déplorer des dizaines, voire des centaines de morts. Je rappelle qu'il a tiré plus de 150 cartouches.
150 cartouches, au moins 8 lieux de crime, scènes de crime, comme le disait hier le parquet national antiterroriste. Est-ce que vous pouvez me parler de Pango Bossio Wangui
n'habitait pas la ville, il venait rendre visite à de la famille. Il est du territoire, sa famille et ses parents notamment sont du territoire. C'était un homme qui était un sportif, jeune, à 26 ans, qui avait tout l'avenir devant lui, dont les proches racontent notamment dans son club de sport combien il était plein d'avenir, plein de promesses. Il espérait que le sport lui permettrait de réussir son parcours dans la vie. Il était sur le point de devenir professionnel du MMA, un sport de combat. Il n'avait comme seul tort que de marcher au mauvais endroit au mauvais moment avec la mauvaise couleur de peau.
la mauvaise couleur de peau. Qu'est-ce que vous dites ce matin ? Qu'est-ce que vous dites depuis quatre jours aux habitants de Trappes
ne trouve pas les mots pour leur parler. Ce n'est pas simple. Ce n'est pas simple parce qu'il y a un traumatisme collectif, vous l'avez rappelé. Et que le sentiment qui domine, c'est évidemment la peur. Ce n'est même pas l'incompréhension, parce que chacun comprend. Cette dame le dit très bien. La motivation raciste qui vient de loin. Et cet acte, même si on n'aurait pas pu le prédire, ni sa date, ni le lieu de sa commission, ça fait longtemps qu'on ait quelques-uns à craindre qu'ils surviennent sur le territoire. Et c'est arrivé dans ma vie, la trappe. Sur des habitants qui ont pris l'habitude d'être stigmatisés, d'être pointés du doigt et d'être désignés comme des cibles. Et cette habitude, il faut qu'on la perde collectivement.
Vous voulez écrire la suite. Vous avez commencé d'ailleurs hier avec ces rassemblements. Il y aura à nouveau un rassemblement dans votre ville vendredi. Vous voulez écrire la suite. Comment on fait justement pour écrire la suite
n'est pas la responsabilité d'une personne ou de... d'un groupe, c'est notre responsabilité collective. Le racisme tue, on le sait depuis toujours. Il y a toujours eu des militants engagés contre le racisme qui dénoncent ces crimes, ce qui arme la main des tireurs, des tueurs. Mais la société dans son ensemble a baissé les armes. Et on a pu considérer que stigmatiser tout un territoire et toute sa population, ou une partie du peuple français tout simplement, ça ne prêtait pas à conséquence. Ça prête à conséquence. On a eu à déplorer un mort et des blessés graves. Mais au-delà, vous savez, tout un peuple traumatisé. tous les Français dans leur ensemble, singulièrement ceux qui se considèrent dorénavant comme des cibles. Ce que j'entends depuis vendredi, au sein de ma population, c'est la peur de sortir, la peur de laisser ses enfants sortir, le sentiment qu'on n'a plus sa place ici. Certains disent et considèrent, et ça m'inquiète, qu'il faut se défendre soi-même. J'entends parler d'auto-défense, des concepts dont on croyait débarrasser la République. Donc l'enjeu, c'est qu'on puisse collectivement se ressaisir, tirer les leçons. de ce qui s'est passé et de la dérive de notre débat public d'ailleurs. C'est pour ça que j'ai assez rapidement et spontanément appelé à la concorde républicaine parce que c'est l'essentiel du message que je veux passer, c'est que nous sommes un seul peuple et qu'on ne peut pas dresser la France contre elle-même.
On va revenir sur ce que vous dites, sur les racines très profondes. Vous dites de ce racisme qui monte et qui a fini par tuer chez vous à Trappes. Vous appelez un sursaut. à pouvoir vivre ensemble, à une concorde nationale. Est-ce que vous estimez que quatre jours après, elle est là ?
'ai pas assez de recul et je vais vous dire, je suis totalement allé dans le guidon, donc je ne sais pas ce qui se dit autour de moi. Et en dehors de ce qui se dit dans ma ville avec mes concitoyens. Donc c'est à vous d'en juger et j'espère que c'est le cas. J'espère que sur vos plateaux, j'espère que dans le débat politique, il y a un sursaut. On m'a envoyé quelques images du débat d'hier, sur votre antenne d'ailleurs, quand Edwige Diaz continue, représentant du RN, à dire que Trapp est une république islamiste, le revendique et réitère ses propos et ceux de son président Jordan Bardella. Donc de ce camp-là, je n'attends rien. De ces députés, je n'attends rien. d'un parti qui vient de reconduire un antisémite à sa tête, je n'attends rien. En revanche, de nous toutes et tous, de vous les médias en particulier, j'attends beaucoup et j'espère beaucoup, sincèrement. Parce que c'est vous qui avez la clé, pas vous uniquement les médias, mais ceux qui, dans la société, ont une influence, ceux dont la parole peut être entendue, ceux dont l'intelligence, les intellectuels, les éditorialistes, etc. peut permettre de contrecarrer le discours raciste, ceux-là ont le devoir de se mobiliser plus fortement.
Je partage évidemment totalement ce que vous venez de dire sur la lutte, le recadrage. la limite à apporter. Il y a ensuite une question qui est évidemment celle de la démocratie. Comment on fait dans une démocratie quand des gens sont élus, quand un peuple choisit ? Qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on dit ? Est-ce que la campagne présidentielle n'est pas, au fond, devrait être la meilleure des réponses ?
Certainement pas. Certainement pas les derniers mois avant une campagne présidentielle. C'est le débat quotidien qui me pose problème.
Mais est-ce que le débat qui va s'ouvrir, il se trouve que le contexte de ce calendrier, c'est un moment où précisément on peut entendre des voix comme la vôtre, on peut entendre « mais il faut entendre tout le monde, est-ce qu'il faut entendre tout le monde
c'est... À vous de l'apprécier par ailleurs. J'observe qu'en Belgique, par exemple, les médias d'initiatives comme la classe politique ont choisi d'ériger un cordon sanitaire et d'interdire la parole raciste sur leurs antennes. Et de ne pas inviter les représentants de l'extrême droite, qui s'appelaient aussi le Front National, en Belgique francophone. Néanmoins en France, moi je ne demande même pas cela. Je demande que l'on soit capable de tenir pied à pied la digue républicaine face à ceux qui, à longueur d'antenne, racontent n'importe quoi, développent des théories complotistes et mensongères comme celle du grand remplacement. Je demande qu'on puisse, du ministre de la République jusqu'au commentateur de plateau, éviter de détailler, de donner libre cours à la parole raciste.
Vous avez cité notamment, notamment dans les colonnes du Parisien ce matin, Aurore Berger. Elle est ministre de la lutte contre les discriminations et pourtant, vous dites, d'elle... qu'elle fait partie des responsables, en quelque sorte, de cette parole décomplexée, lorsqu'elle a affirmé que, certes, elle combattait la théorie du grand remplacement, mais que cette théorie relève, je cite, du débat politique et de la liberté d'expression.
Vous savez, moi, j'ai pas envie de régler des comptes, y compris avec Aurore Berger.
Pas
du tout. J'ai pas envie de régler des comptes, j'ai envie qu'on en tire des conclusions pour l'avenir, y compris avec votre antenne. Et j'ai envie qu'on change de comportement. Vous savez, ce serait l'honneur de Robert G, ou de François Béroux qui a parlé de submersion migratoire, ou de Valérie Pécresse qui a dit que le grand remplacement était une réalité, que tous ceux-là disent le regretter, tout simplement, et s'engagent à ne plus utiliser ce genre de théorie. Vous savez, espérer récolter des miettes électorales, en courant derrière le discours et les théories de l'extrême droite, en courant derrière les constats erronés de l'extrême droite. Ça ne marche pas. ils seront tous à la fin dévorés par ceux qu'ils auront nourris. Éric Ciotti, président du parti principal de la droite républicaine, a fini aujourd'hui dans l'orbite du Rassemblement national et n'est devenu qu'un préroquet de l'extrême droite.
Il est président des Républicains et il est désormais un des alliés de Marine Le Pen.
Mon sujet, ce n'est pas de savoir s'il y a eu des erreurs par le passé, quand encore une fois le Premier ministre de la République parle de submersion migratoire, alors que tous les chiffres, toutes les analyses, toutes les statistiques disent l'inverse. Il doit s'amender, il doit éviter d'utiliser ces ressorts-là qui ne lui apporteront et qui n'apportent rien sur le plan électoral. Il avait parlé précisément d
'un sentiment de submersion migratoire et il l'avait redit le lendemain, estimant qu'il y avait les apports étrangers positifs certes, mais que dès l'instant que vous avez le sentiment d'une submersion, alors c'est à ce moment-là qu'il y a le rejet.
Eh bien par ces mots, par ces paroles répétées, on étaye les constats et donc les solutions de l'extrême droite française. Ça suffit, il faut arrêter là. Il est temps encore, pour les six mois qui viennent, mais pour l'avenir également, d'en finir avec ces pratiques complaisantes avec le discours de l'extrême droite. Comment
on fait, Annie Ramay, pour remettre du vivre ensemble, et tout simplement même concrètement, une forme de mixité sociale ? J'ai l'impression que moi, depuis que je fais ce job de journaliste, je n'entends que des politiques qui disent qu'il va falloir remettre de la mixité sociale. Concrètement, est-ce que dans votre ville, ça a été le cas
de vous répondre, déjà, je vous remercie de cette question, qui est une question profonde, sérieuse. qui est l'un des sujets à adresser. Vous savez, notre pays, il est traversé par des chagrins collectifs. Ces chagrins-là, c'est notre incapacité à vivre en mixité sur tous les territoires. Ça se heurte à des égoïsmes politiques. Dans ma ville, on augmente la part des logements privés qui cohabitent avec des logements sociaux. On construit des nouveaux quartiers qu'on reconstruit dans le cadre du renouvellement urbain pour faire en sorte que chacun trouve sa place, propriétaire privé. accédant à la propriété accompagnée, issue du logement social, et locataire du logement social, parce qu'on a de forts besoins en Ile-de-France en logement social. Pourquoi on se heurte à des difficultés importantes, à Trappes comme ailleurs ? Parce que dans d'autres territoires, tout près de chez nous, d'autres maires refusent de respecter la loi qui a été votée en 2001, la loi de solidarité qui exige que chaque ville ait 25% de logement social. Ça veut dire que
chacun se retrouve, vous, avec trop de logements sociaux et pas assez de propriétés privées, et d'autres villes exactement l'inverse ? C'est assez bien résumé.
Mais nous... Dans les villes populaires, nous sommes ceux qui demandons de la mixité sociale, parce que personne ne souhaite vivre dans une ville où 25% de la population est sous le seuil de pauvreté. La plupart des habitants de ces communes, historiquement, y ont été installés par la République française. Ils n'ont pas fait le choix rationnel de s'y installer, même s'ils aiment leur ville aujourd'hui et qu'ils y sont attachés. Mais pourquoi le maire de Maison Lafitte ? Ils refusent depuis des années de respecter la loi, préfèrent payer des amendes plutôt que de construire des logements sociaux en résistant à la loi et aux injonctions de l'État. Pourquoi ? Est-ce qu'on va continuer à fermer les yeux sur ces réalités-là ? La plupart de ces élus sont proches des idées de l'extrême droite et de la droite radicalisée. Pourquoi ils continuent à vouloir construire un monde où chacun vit chez soi replié sur lui-même et on se tourne le dos plutôt que de se faire face ?
Comment vous faites-vous ? Pour justement ouvrir, comment est-ce qu'on fait ? C'est-à-dire que c'est une question de logement, c'est une question d'emploi ? Est-ce que ça n'est qu'une question économique ? Est-ce que c'est une question morale ? Est-ce que c'est une question religieuse ? Quels de tous ces points-là, comment on fait ? Tous
ces sujets doivent être adressés paisiblement, rationnellement, dans le débat public, qui doit pouvoir permettre d'exprimer la diversité des points de vue, des options politiques, pour que les Français choisissent tranquillement sur le logement, sur l'accès à l'emploi. sur la réalité des discriminations, sur la question de la sécurité qui est une exigence de nos territoires populaires. Sur tous ces sujets, il y a différentes options politiques. Il faut pouvoir en revanche dire clairement que les options proposées par l'extrême droite qui consistent à considérer que quel que soit le sujet, les hôpitaux où il n'y a pas assez de médecins, où les personnes âgées crèvent dans des brancards, les élèves qui se retrouvent sans enseignants pendant des mois durant, en année de terminale, tout cela c'est parce que les immigrés... consomment et prennent l'argent des Français. Les Français qui n'obtiennent pas de logements. J'entends l'extrême droite dire, et parfois sans être démenti, y compris dans vos antennes, qu'il y a une préférence à l'immigration dans l'attribution des logements sociaux. Ce qui est factuellement faux et ce qui est illégal. Je le sais, je préside des commissions d'attribution des logements. Donc toutes ces réalités-là, si on peut les adresser paisiblement et refuser de tolérer que l'extrême droite simplifie le propos, simplifie le constat et propose des solutions démagogiques, ça fera du bien au débat public. Et je veux insister à Pauline de Malherbe sur le fait que vous avez une responsabilité là-dessus. Je l'entends
parfaitement et j'en suis parfaitement consciente et je crois que la plupart des journalistes le sont. Ça ne veut pas dire qu'on ne fait pas d'erreur, mais je crois qu'on en est conscient et plus que jamais aujourd'hui dans cette société qui, comme vous le dites, est non tellement fracturée, mais au bord des larmes. En permanence, il y a, vous avez dit le mot, il y a du chagrin, il y a de la souffrance, il y a de l'angoisse, il y a aussi de la violence, il y a aussi un climat où l'on sent qu'à tout moment ça peut exploser. Comment on fait pour que le climat, y compris politique, vous disiez j'appelle à une forme de concorde. Vous avez peut-être vu hier des images où il y a des manifestations où certains membres d'une gauche qui ne seraient pas LFI ont été... Insulté. Quand le maire de Paris arrive, le parti socialiste arrive et il est insulté et que les militants qui sont sur place crient. Tout le monde, tout le monde déteste l'EPS. Est-ce que l'exemple ne doit pas venir aussi de la gauche ? Vous disiez, il y a le problème de la droite, il y a le problème de la gauche.
l'exemple, il doit venir de chacun et chacune d'entre nous. Est-ce qu'on est capable, dans le débat politique, au sein de la gauche, au sein du camp républicain, de distinguer un adversaire, un concurrent, d'un ennemi de la République ? C'est ça l'enjeu. On a expliqué qu'il n'y avait plus d'ennemi de la République. Moi, je veux qu'on m'explique pourquoi, depuis Pétain, tout d'un coup, l'extrême droite, qui a toujours voulu abattre la République, aurait disparu du champ électoral et du champ politique. Ce n'est pas le cas. L'extrême droite et le reste, ce n'est pas la même chose. Vous savez, le maire de La Verrière et moi, on ne partage quasiment aucune option politique. On est de bord opposé de l'échiquier. Et pourtant, je sais que c'est un adversaire. Un concurrent aux élections, ce n'est pas un ennemi de la République. Quand bien même, j'aurais encore une fois, y compris sur des sujets très importants pour moi, et des accords majeurs avec lui. Mais je sais considérer que face à l'extrême droite, ne reverrai jamais dos à dos. L'extrême droite est quiconque dans ce pays, jamais, ni au premier, ni au second tour d'une élection. Il s'agirait qu'on en soit tous et toutes capables.
Est-ce que vous estimez que l'État a eu une responsabilité à ne pas avoir suivi, anticipé, fiché le tueur
crois que c'est... L'une des mesures, et j'espère qu'il y a une prise de conscience au plus haut sommet de l'État, qui permettrait aussi de rassurer une partie de nos compatriotes. On a mesuré au début des années 2010 combien la France avait du retard dans la lutte contre les islamistes. Et en général, quand on a subi cette vague d'attentats successifs, on a ressenti que nous étions relativement désarmés pour identifier le mal, pour identifier les personnes qui étaient embrigadées, qui étaient connectées en réseau et qui pouvaient passer à l'acte. La France est armée. Elle s'est outillée de services spécialisés, largement équipés, qui dorénavant réussissent à circonvenir la plupart des projets d'attentats. Eh bien, il faudra la même chose face à l'ultra-droite. Je crois que les services de l'antiterrorisme en ont pleinement conscience, mais il faudra que la classe politique leur donne les moyens d'agir.
L'avocat de la famille de Pengo Bossio Wangui laisse entendre que le fait même d'avoir levé, suspendu, simplement une journée, la garde à vue de Kevin T. aurait peut-être été une manière de minimiser cet attentat terroriste raciste. Il dit, cette décision intervenant à la suite d'un examen psychiatrique demandé par le parquet national antiterroriste ne manque pas de nous étonner, car en pratique, ces levées de garde à vue pour motifs psychiatriques sont très rares. C'est faux, il y en a beaucoup des levées pour motifs psychiatriques, mais est-ce que... insinuer que l'État, au fond, serait en train de tenter de minimiser. Est-ce que c'est aussi votre propos ou pas du tout ?
L'avocat de M. Pengo, de sa famille en général, puisqu'il n'est effectivement décédé, l'avocat est dans son rôle. Ce qu'il dit est le sentiment partagé par beaucoup de Français et beaucoup de trappistes qui considèrent, qui ont annoncé avant même la levée de la garde à vue, que la théorie de la maladie psychiatrique serait celle qui serait mise en avant. Mais c'est sans doute-il pas une théorie. Et l'avocat... de l'auteur présumé est dans son rôle, qui lui suggère probablement d'indiquer qu'il est malade psychiatriquement et que finalement, il n'avait pas de mobile raciste, quand même cela contredirait ses premières déclarations au moment de son arrestation. Chacun est dans son rôle, ce n'est pas mon sujet à moi. Mon sujet, par ailleurs, j'observe que la garde à vue a repris.
Tout à fait, c'est pour ça que j'allais y venir, c'est-à-dire qu'il y a les faits. Et je pense d'ailleurs qu'on sera d'accord, vous et moi, pour dire que l'une des réponses à tout cela, c'est justement de s'attacher aux faits. Lorsque Maître Boudroux dit qu'il est rarissime d'avoir des levées psychiatriques pour métier psychiatrique, c'est techniquement faux. Il le sait parfaitement. Est-ce que ce n'est pas une manière de jouer avec le soupçon ? Vraiment,
ce débat ne m'intéresse pas. Mais j'aimerais que vous fassiez preuve de la même capacité à décortiquer précisément les fake news, quel que soit. ses fake news ou ses auteurs dans le champ médiatique et politique ? Je promets que
je fais tout mon possible. Ce qui m'importe aussi, c'est malgré tout qu'on puisse continuer à avoir confiance dans la justice.
Je partage totalement cela avec vous. Et je
pense qu'en répandant l'idée qu'on aurait fait une exception pour lui, on est en train de remettre en cause l'idée. C'est comme lorsqu'on dit que les juges seraient inféodés à d'autres. Est-ce qu'il ne faut pas, dans le moment justement que l'on traverse, être d'autant plus rigoureux sur... La justice, elle a sûrement des erreurs, mais quand elle n'en a pas, ne pas en créer.
je le répète, l'avocat de la victime, il est dans son rôle. Il est dans la stratégie qu'il développe pour défendre les intérêts de ses clients. Mon sujet n'est pas de juger cette stratégie, ni de celle de l'auteur présumé qui a été arrêté.
Avez-vous, de votre côté, confiance en la justice ?
Je suis... Comment vous dire ? C'est justement ce que j'essaye de tenir en permanence en étant premier magistrat de la ville de Trappes. De continuer moi-même et à travers moi, tous ceux que je représente, à faire confiance dans la justice, dans la police, dans nos institutions, dans la capacité de nos médias également, à ériger ce fameux cordon sanitaire. Faire en sorte qu'on ne désespère pas de la démocratie, tout simplement. Et c'est bien l'enjeu, parce que ce qui m'inquiète, c'est d'entendre des discours qui montent, qui consistent à dire que dorénavant, il faut constituer des groupes d'autodéfense, que quand on est musulman, on n'est plus protégé. que quand on est une femme musulmane, on ne peut plus sortir seule, qu'il faut être accompagnée, qu'il faut être en groupe, qu'il faut que l'on crée des groupes qui nous permettent de nous informer les uns les autres en temps réel quand il y a des agressions dans les rues. Vous leur dites
non. Vous leur dites non, ne basculons pas là-dedans. Mais
je ne passe mon temps à cela. Parce que ce monde-là, je n'en veux pas. Je n'en veux pas non seulement pour moi-même, mais je n'en veux pas pour mes filles, qui ne peuvent pas grandir dans un pays où on est terrorisé à l'idée de sortir de chez soi.
Ali Rabbe, est-ce que vous, vous avez peur depuis quatre jours ou même avant ?
Évidemment, et je me surprends dans mes fonctions politiques, dans les rassemblements, à regarder la foule comme je ne l'ai jamais observée.
vous disant peut-être parmi eux
Aucun élu, entendez-moi, aucun élu racisé, comme on dit, ne peut se prévaloir d'être en sécurité. On a tous reçu des menaces de mort. Mon domicile et moi-même avons été mis sous protection policière pendant 15 jours, il y a 5 ans, parce que j'étais menacé de mort et la cible d'un projet d'attentat déjà. Donc ça, c'est la réalité avec laquelle vivent beaucoup de vos compatriotes, en particulier quand ils décident de se mettre en première ligne, qu'on leur reproche d'exister. Et donc cette peur-là, elle existe, elle est latente, et on essaie de la domestiquer pour ne pas désespérer.
pas désespérer.
pas désespérer.
Merci infiniment d'avoir répondu à mes questions ce matin, Ali Rabé. Vous êtes le maire de Trappes, évidemment.
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