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C'est Marc Ferraci qui est avec moi ce matin, député ensemble pour la République, membre de la commission des finances, ancien ministre chargé de l'industrie et de l'énergie. Bonjour Marc Ferraci. Bonjour. Ravi de vous recevoir dans la matinale de l'économie. Vous avez publié le 7 octobre La société du plein emploi, une réponse au malaise français aux éditions Odile Jacob. Vous y écrivez, créer plus de richesses est absolument nécessaire car c'est ce qui rend possible. Tout le reste, évidemment, c'est une feuille de route que tout le monde voudrait appliquer. On n'a pas assez de temps, mais en quelques mesures peut-être, parce qu'on a besoin de concréer en ce moment. Pourquoi cette ambition d'Emmanuel Macron n'a pas abouti ? Qu'est-ce qu'il aurait fallu faire ? Qu'est-ce qu'il y avait de bien dans son projet ?
Effectivement, on a fait baisser le chômage, on a créé des emplois durant le premier quinquennat jusqu'en 2023. Et puis tout s'est interrompu, tout s'est interrompu du fait des crises. du fait de la dissolution, qui a vitrifié toute possibilité de réforme. Et puis aussi, c'est ce que j'explique dans ce livre, parce que... Dans les réformes qui ont été faites au début du premier quinquennat, on a peut-être parfois manqué un petit peu d'ambition. Des choses ont été très positives, les ordonnances travail ont donné de la visibilité aux employeurs, ont permis d'améliorer la qualité du dialogue social. Mais j'écris également qu'on n'est pas forcément allé suffisamment loin dans ce qu'on appelle la décentralisation du dialogue social, c'est-à-dire négocier au plus près du terrain, négocier les salaires, négocier les conditions de travail. Et si vous avez envie de créer des emplois, il faut faire en sorte que tout se passe dans l'entreprise. C'est important pour l'emploi, c'est important pour... pour la productivité également, parce qu'avec la vague qui nous arrive, celle de l'IA, on va avoir besoin de réorganiser le travail. Et les entreprises qui feront des gains de productivité seront celles qui seront capables de réorganiser le travail, mais pour ça il faut les aider, et en particulier il faut faire en sorte que le dialogue social soit vertueux. à la bonne échelle, au bon niveau, c'est-à-dire dans l'entreprise. Ça fait partie des sujets sur lesquels je pense qu'il faut remettre l'ouvrage sur le métier. Puis il y a aussi des choses qui ont été bien faites quand même. On parle beaucoup aujourd'hui, parce que la mobilisation lycéenne nous y invite, de l'apprentissage. Et cette réforme de l'apprentissage que nous avons faite en 2018, elle nous a coûté pas mal d'argent public. Je pense qu'on peut faire. avec moins d'argent public, mais elle a multiplié par trois le nombre d'apprentis. Moi, dans ce livre, je dis qu'il faut franchir une étape supplémentaire. Il faut aller vers ce que j'appelle le modèle suisse, c'est-à-dire un modèle dans lequel la majorité des élèves... à la fin de la scolarité obligatoire, à la fin du collège, s'oriente vers l'apprentissage, s'oriente vers la voie professionnelle dans tous les métiers, dans tous les domaines. Parce qu'aujourd'hui, avec l'université, je suis moi-même professeur d'université, j'ai dirigé des formations, de licences, de masters. On a au fond un mensonge depuis un certain nombre d'années dans notre système d'enseignement supérieur, c'est qu'on a laissé croire qu'un diplôme de master allait résoudre tous les problèmes. On a affaibli la sélection à l'entrée de l'université. Moi, je défends un système dans lequel plus de gens vont... vers l'apprentissage et plus de gens ont la possibilité de revenir vers l'enseignement général. En Suisse, vous pouvez commencer soudeur et terminer ingénieur. C'est ça le système qui doit aujourd'hui nous guider. Et ça, je pense qu'on peut s'appuyer sur notre réforme de l'apprentissage qui a changé l'image de l'apprentissage. Donc, au fond, pour résumer, ce que j'explique dans ce livre, c'est qu'on a posé un certain nombre de fondations. Il faut maintenant faire les finitions. Mais cette société du plein emploi... J'insiste là-dessus, ce n'est pas simplement un indicateur statistique à atteindre. C'est une société différente dans laquelle les salariés, dans laquelle les jeunes ont des perspectives, négocient mieux leur salaire, parce que c'est plus facile de négocier votre fiche de paye quand vous avez 4% de chômage et que vous pouvez aller voir ailleurs, que quand il y a 10% de chômage et que c'est votre employeur qui peut vous remplacer.
Mais vous le dites, il faut laisser de l'air aux entreprises pour qu'elles puissent faire face à cette vague de l'IA. Appuyer et passer une étape dans l'apprentissage, mais on est dans un contexte budgétaire terrible où chaque mesure qui nécessiterait des investissements et du temps, on ne peut pas l'appliquer aujourd'hui. Dans ce contexte, comment faire son travail ? Comment penser à la France au-delà de cette année présidentielle, voire un tout petit peu plus long terme ? Comment monter un projet réellement ?
C'est notre responsabilité, vous avez tout à fait raison. Aujourd'hui, le travail à l'Assemblée nationale, au Parlement, sur le budget, je suis moi-même membre de la communauté. des finances est un travail qui a assez peu de sens, assez peu de sens parce qu'on sait très bien qu'à la fin le budget sera adopté soit par un 49.3 soit par des ordonnances donc le travail parlementaire aujourd'hui n'a pas beaucoup d'intérêt. Mais on a besoin de tracer un cap, de donner une vision et d'expliquer ce que sera la France dans 10 ans, dans 15 ans et en particulier pour notre jeunesse. Moi je pense qu'effectivement on a aujourd'hui des leviers sur lesquels on n'a pas encore appuyé suffisamment. On a le levier, je l'ai dit, de l'apprentissage, de la formation, on a le levier du droit du travail, de la négociation collective, on a aussi le levier de la fiscalité et du financement de notre modèle social. Ce que je propose, moi, dans ce livre, c'est de faire une bascule massive du financement de la protection sociale, on sait que ça pèse énormément sur le travail. Je dis quelque chose d'assez simple, tout ce qui est dénué de lien avec le travail, les droits, famille... les prestations maladie, doit être financée par autre chose que par le travail. Ça représente 130 milliards de cotisations. la famille et la maladie, je préconise de les supprimer purement et simplement et de les basculer sur d'autres assiettes. Ça peut être la consommation, ça peut être le foncier, ça peut être le capital, ça peut être pourquoi pas les grandes successions. Le message politique c'est tout pour le travail et l'emploi et ensuite on partage les efforts pour favoriser cette société-là parce que sans créer plus de richesses, on ne saura pas financer notre souveraineté, on ne saura pas financer notre modèle social, on ne saura pas financer les défis qui sont devant nous, notamment le vieillissement démographique, le poids des retraites. Donc il faut remettre l'ouvrage sur le métier, il faut faire des choses massives, mais des choses qui aient du sens.
Je vous demandais d'avoir une explication d'une vision à plus long terme, mais en même temps, il est extrêmement difficile de passer cette barrière de cette année. Les discussions sur le budget, vous l'avez dit, et puis la présidentielle dans six mois. Sur le budget, chacun défend son prêt carré, on ne sait plus qui taxer, on a l'impression qu'on veut taxer tout le monde, et en même temps qu'il y a des reculs. Comment trouver une solution à cette situation budgétaire ? Vous l'avez dit, Oral 49.3, mais de façon générale, au bloc central qui est extrêmement divisé et qui va poser réellement un problème dans six mois.
Alors, sur le budget, la situation est absurde. Elle est même, à certains égards, consternante. À chaque fois qu'on rentre dans l'hémicycle ou en commission, on en ressort avec des milliards de dépenses supplémentaires votées par la gauche et par le Rassemblement national. Le bloc central essaye de tenir, mais la réalité, c'est que nous ne sommes pas majoritaires. Maintenant, effectivement... Dans la perspective de la présidentielle, le bloc central est divisé. Aujourd'hui, le bloc central, c'est plusieurs candidats. Moi, j'appelle depuis... Le début à ce qu'il y ait une convergence sur le fond entre les candidats, parce qu'au fond, entre Gabriel Attal et Edouard Philippe, il y a, je pense, des différences qui ne sont pas majeures. Et on a besoin évidemment d'éviter ce duel entre LFI et l'ERN. Il faut que la convergence se fasse vite, parce que si elle intervient trop tard, la campagne aura laissé des traces, et elle en laisse malheureusement déjà beaucoup. Et puis on a besoin également, pas simplement... C'est une addition de mesures techniques dans cette campagne. On a besoin d'un cap et d'une vision. Aujourd'hui, je pense que nos concitoyens sont quand même loin de la présidentielle et leur envoyer des propositions à la figure, si je puis dire, c'est... avoir la certitude qu'ils vont les oublier ou passer à autre chose. Je pense que l'enjeu à six mois de l'élection, c'est un cap et une vision, et ensuite on ira dans le détail. Moi, c'est ça que je défends, j'essaye de défendre également les propositions que je porte, mais je veux insister, il n'y a pas de fatalité. Aujourd'hui, Marine Le Pen est devant dans les sondages, Jean-Luc Mélenchon est apparemment qualifié pour le deuxième tour dans un certain nombre de sondages, mais il faut bien voir qu'à six mois de l'élection, la plupart des favoris, François Fillon, Dominique Strauss-Kahn, Edouard Balladur, si on remonte encore avant, étaient très loin dans les sondages. Donc, encore une fois, il n'y a... aucune, aucune fatalité. Il ne faut pas avoir de défaitisme. Mais en revanche, il faut se battre. Et pour se battre, il faut mettre des idées sur la table.
Je ne veux pas qu'il y ait du défaitisme, effectivement, ni du pessimisme. On est néanmoins, du point de vue un peu plus extérieur, dans une situation de dette qui explose. Les taux à long terme, eux aussi. Comment on arrive à maintenir la France dans une note d'espoir à laquelle vous tenez ?
D'abord, en adoptant un budget, pas n'importe quel budget. s'éloigner de la copie initiale du gouvernement. Un budget avec 5% de déficit, c'est ça la copie initiale du gouvernement. Je ne sais pas ce que j'appellerais un budget sérieux et rigoureux, mais c'est le minimum qui permettra d'envoyer un message de relative stabilité au marché. Ensuite, il faut un projet de réduction de la dette qui soit crédible. Et ça, ça repose sur deux principes. Baisser les dépenses, moi je fais également des propositions dans mon livre. consistant à mettre en place ce qu'on appelle des clauses d'extinction. Il y a beaucoup de dépenses économiques, sociales, d'intervention qui gagneraient à être provisoires et à ne devenir pérennes que si l'évaluation a montré qu'elles atteignaient leurs objectifs. On inverse la charge de la preuve parce qu'aujourd'hui... Supprimer une dépense inefficace, c'est très dur. Demain, il faut que ce soit très dur de la maintenir. C'est ça le principe. Et ça permet de faire beaucoup d'économies, certains pays l'ont fait. Baisser les dépenses de manière rationnelle, c'est-à-dire sans casser la croissance, et en même temps créer des richesses. On est très forts en France. Pour parler du partage du gâteau, le problème c'est que le gâteau a tendance à croître de moins en moins vite, de plus en plus petit. Moi j'ai essayé de réfléchir à la manière dont on augmentait la taille du gâteau. Et ce n'est pas simplement un sujet économique et de réduction de la dette. Évidemment on aura de meilleures rentrées fiscales sans augmenter les taux d'imposition si la croissance est plus forte. Mais c'est aussi un sujet d'équilibre social et politique. Parce qu'aujourd'hui vous le voyez... La société française est traversée par beaucoup de tensions. On les voit dans la rue, on les voit même dans les violences, dans les pillages. Et au fond, ça manifeste cette idée que tout le monde se bat pour obtenir un petit peu de la ressource publique. Je pense qu'en faisant croître la richesse créée, on apaisera également les tensions sociales. C'est en tout cas l'idée que je défends avec cette société du plaid emploi.
Ça s'appelle la Société du plein emploi, une réponse au malaise français, publié aux éditions Edith Jacob. Merci beaucoup Marc Ferracci d'être venu dans la matinale de l'économie, député ensemble pour la République, membre de la Commission des finances et ancien ministre, chargé de l'industrie et de l'énergie.
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